EXTRAIT D'UNE LETTRE DE LA PORTE DU THEIL À BREQUIGNY
i" février 1777.
... Le seul secours qu on m ait encore procuré a été de m aboucher avec i abbé de Lestache . . . Après plusieurs raisonnemens sur la difficulté de pénétrer danslarchive secret du Vatican., et même dans celui du château Saint-Ange, il a fallu se réduire à feuilleter le catalogue des manuscrits de la bibliothèque publique. Croiriez-vous que pour cela même il s est trouvé quelques imbrogli, assez difficiles h dénouer? Il faudroit a ou 3 pages pour en faire ici le détail , qu*il vaut mieux supprimer, attendu quil ma donné assez d'humeur. Bref, il a fallu demander la permission de feuilleter ce catalogue, sous le prétexte de rechercher ce qu*il.pouvoit y avoir de manuscrits d'Athénée et de Nonnus en grec. Une légère recommandation de Tabbé Gabriel (secrétaire de son Éminence) mal conçue, dans un sens mal entendu (seul secours que je me suis encore procuré, quoiquon m'en promette d'autres), m'avoit -concilié quelque peu de facilité auprès de M*^' Assemani^*\ le P. bibliothécaire du Vatican , et je lui avois avoué forcément que la permission demandée au cardinal Albani^^^ bibliothécaire en chef, pour des manuscrits grecs, s'étendroit, sous son bon plaisir à lui, à des manuscrits concernant l'histoire de France en général. J'avois formé un petit plan , relativement au peu d'ouvertures que j'avois. Je m'étois donc proposé de lire d'un bout à l'autre ce catalogue (quoique je le crusse très-peu intéressant, pensant bien que ce travail avoit déjà été fait cent fois par Mabillon et mille autres) , de prendre le titre de toutes les pièces qui me paroitroient concerner notre histoire; de passer ensuite à la bibliothèque Barberini pour faire le même travail, puis ensuite aux autres bibliothèques, de vous envoyer après tout ce relevé et d'attendre votre réponse. . . A peine avois-je employé 5 ou 6 matinées au Vatican à cette fastidieuse besogne , que M^ Assemani a paru soup-
W Ëtienne-Ëvode Assemani, archevêque cl*Apainée, néà Tripoli en 1 707, mort le sdnovembre 1 782, auteur du BihHothecœ Mediceœ, Laurentianœ et Palaiinœcodicummss. orientalium catalogus , Florence, 1749, in-fol. ; du Catalogo ddla bibliotheca Ckigiana, Rome, 1 76!, in-fol.rdu Bihliothecm apostolicm Vaticanœ eodicum manascriptorum cafa/o^oj , Rome , 1 756-1759 , 3 vol. in-fol. l! fit ce dernier ouvrage en collaboration avec son onde Joseph -Simon , archevécfue de Tyr, préfet de la bibliothèque du Vatican et auteur du catalogue des manuscrits orientaux de ce dqiôt , puJ)lié de 1719a 1738, en 4 vol. in-fol.
^) Né à Urbin le lô octobi'e 169a, il mourut le 1 1 décembre 1779.
çonner que je voulois prendre copie du catalogue en entier, et ma dit que, pour le travail que je faisois, il falloit une permission expresse du pape. Mon embarras n*a pas été mince... Je trouvois quelque satis&ction à tirer un relevé très-exact de tout ce qu'il y avoit de manuscrits connus au Vatican concernant de près ou de loin notre histoire, afin que, s'il n*y en avoit aucun dont le titre excitât la curiosité, on n imaginât plus du moins dorénavant quil y en eût... La vacance forcée à la bibliothèque pendant le Carnaval a tout suspendu. . . Je vous envoyé ce que j*ai relevé. . . Vous trouverez cy-joint les titres du peu que j ai trouvé dans le catalogue des manuscrits concernant Innocent m. Voulez-vous que j'examine ce que ces titres annoncent? Je me suis gardé de commencer par demander soit à M'' Assemani, soit au custode même, s*il ny avoit rien de plus touchant ce pape; jaurois craint de les rendre plus difficiles et sûrement, pour la première fois, ils au-
roient répondu que non Le Vatican est très-éloigné. Le custode ne vous
voit et ne se prête sans peine à vos demandes que quand elles sont accompagnées de mancie , c est-â-dire quand il voit suivre les paules et les demisequins, etc.
(Cdlecdoo Morets, n* 517, fol. a a.)
EXTRAIT D^UNE' LETTRE DE LA PORTE DU THEIL k BRiQUlGNY.
4 juin i777>
M. Bertin, nio dites- vous, ne semble destiner aux frais des transcriptions que i,aoo livres par année ^^). Cela me paroit infiniment trop court, et rompt tout d un coup les mesures et les arrangemeos que j*avois déjà pris d*après vos lettres précédentes. Qu'est-ce qu'un homme seul peut faire dans une matinée? Vous savez que les livres du Vatican ne sortent point de la bibliothèque, encore moins les manuscrits; il faut donc ne tabler que sur cinq heures au plus de travail par jour, depuis sept ou huit heures
jusquà midi ou une heure. Je ne vous cache point que j'avois déjà com-
^*) Sur la rédamatîon de La Porte du Theil, il lui fut alloué i,5oo lifrefl, payables à partir du 37 août 1776, et une indemnité pour frais de copies qui ne devait pas dépasser à, 000 livres. Le bon du Roi est dans la Collection Moreau, n* 3 16, fol. 10.
mencë à en employer trois à la fois, pour vous envoyer promptement : i"" les instructions et la correspondance (originales toutes deux) du cardinal Ginetti (Barberini)^*^ à Cologne, en 1 687 et 1 638 ^^^ et plusieurs autres pièces, aussi originales, de ce tems; q"" la pièce que vous m*avez désignée sur Avignon, et quatre autres du même genre qui se trouvoient dans le même manuscrit. Ce sont des mémoires ou écritures légales, mais qui sont très-curieuses et que j'ai trouvées, A la pleine lecture, beaucoup plus intéressantes encore et devant être encore plus utiles que je ne Tavois trouvé à la première inspection , quoiqu elle seule m'eût décidé.
Ce nest pas tout, à beaucoup près; il y a déjà un travail en train aux archives de Saint-Pierre, pour me rechercher toutes les lettres des Papes anecdotes qui concerneront la France. On m'en a déjà donné seize d'Innocent III , tirées précisément des livres que n a point vus Baluze et que vous m'aviez recommandé d abord de tâcher d'avoir, et quoique ce début ne promette pas poire molle, puisque ces seize lettres me coûteront (à bon marché, m'a-t-on dit, encore) 10 écus romains (5& livres), j'avois cru pouvoir prendre sur moi de faire continuer, quitte à suspendre dans six semaines, après votre avis sur cet article.
Somme toute, parce que je no peux pas aujourd'huy entrer dans un grand détail , comme il seroit nécessaire , je pense affirmativement que M. Beiiin ne peut se dispenser d'aflecler au moins &,ooo livres par an au travail que j'entreprends de suivre, s'il veut que ma petite collection datte de quelque chose dans la littérature, et que mon tems ne soit pas perdu. Cependant vous ne lui direz de cela que ce que vous jugerez à propos. Je vous confie en outre que je suis rançonné d'importance pour tout ce que je veux faire et que, petit à petit, je découvre que tous les obstacles et les embarras que j'éprouve ne tendent qu'à m'extorquer des manches plus fortes et même
des prcsens pour les chefs En gros, je vois que tous ces difPérens
copistes s'arrangent pour m'en donner chacun pour k francs par jour, et, dans le fait, cela iroit très-bien comme cela, et comme j'enverrois quelque chose toutes les semaines ou tous les mois , le Ministre auroit le plaisir de vérifier lui-même sans peine si la recette vaudroit la dépense et, comme
t*) Le cardinal Antoine mort en i646, surnommé il Vecchio, |)ar op{x>8ition au cardinal Antoine mort en 1 67 1 .
<*) L'instruction du pape Urbain VUI au cardinal Ginetti est dans ie n* 1 270 de la Collection Moreau , et la correspondance du cardinal dans le n* 1 268 de la même Collection, fol. 1-88.
il ne dépenseroit qu après avoir reçu, il auroit la satisfaction de voir que ia dépense seroit bien faite et sans méchant prétexte.... D'ailleurs les copistes ne peuvent se prendre ni à l'an ni au mois, mais à tant par page.... Je vous préviens que je vous ferai pa.«ser très-incessament : i^ seize lettres que je crois anecdotes d'Innocent IJI; a" plusieurs pièces originales du tems d'Urbain VIII et de Richelieu; 3** cinq pièces concernant Avignon et les évéchés avoisinans de Languedoc; k'' un relevé des pièces qui se trouvoient jadis à la bibliothèque, mais qui sont présentement dans l'archive, où je peux les demander.
(Colleclioii Moreaa, n* 317, foL .^6.)
EXPOSi DES RECHERCHES LITTERAIRES RELATIVES À L^HISTOIRE DE FRANGE FAITES k ROME , PAR L'ORDRE ET SOUS LA DIRECTION DE M. RSRTIN , MI- NISTRE ET SECRETAIRE D*EtAT, ENSUITE DE M. LE GARDE DES SCEAUX, DEPUIS LE MOIS D^OCTOBRE 1776 JUSQU'AU MOIS D'AOÛT 1782, PAR M. DE LA PORTE DU THEIL ^^K
Au mois d'avril 1776, je formai le projet d'aller voyager en Italie. Mon unique but, dans le principe, étoit de satisfaire une curiosité naturelle à. tout amateur des lettres et des arts. Je ne me proposois de séjourner dans cette belle contrée que le temps nécessaire pour connoitre par moi-même les monumens célèbres de l'antiquité, dont l'étude avoit de tout temps flatté mon goût et fait ma première occupation. M^is je sa vois que M. Bertin (qui, comme Ministre et Secrétaire d'État, étoit alors à la tète des travaux relatifs à l'histoire de France, ordonnés par le Roi, dont la direction est ac« tuellement confiée ù M. le Garde des sceaux) nourrissoit l'idée de faire faire à Rome des recherches semblables à celles que M. de Bréquigny avoit été chargé de faire à Londres. Quoique voué originairement à l'étude dn grec et du latin , je n'avois point négligé celle de notre ancienne hi.^stoire , et je pensai qu'il étoit de mon devoir d'offrir à ce Ministre mes services, simplement pour prendre des informations sur la manière la plus utile de procéder dans ces recherches. Soit qu'il fût disposé à présumer beaucoup
<') Lu à rassemblée jmhliqae de Pâques 1784 et publié dans les Mémoinis de t Académie des inscriptions et belleS'Uttres , t. XL VI, p. 691-713.
de mon zèle, soit quil crût que, nourri dans ia société des Foncemagne et et des La Gume , je devois avoir acquis dans le commerce de pareils hommes une partie des lumières nécessaires à cet objet, soit plutôt qu'il espérât que leurs conseils et leurs avis suppléeroient abondamment à ce qui me manquoit, non-seulement il accepta mon ofire, mais il m annonça que, si je venois à entrevoir la possibilité de remplir ses vues, il ne songeroit point à en chaîner d'autres que moi.
Dès ce moment , je me livrai à l'espoir de rendre mon voyage directement utile à la littérature de mon pays; je me dévouai, en cas de réussite, à une séparation indéterminée de tout ce qui m'est cher. M. le comte de Vergennes, qui, au milieu des soins pénibles et des succès brillans de son Ministère, semble toujours craindre d avoir peu fait pour l'Etat, et ne laisse échapper aucune occasion de contribuer au bien , sous quelque aspect que ce soit, m'assura d'un secours de sa part, que de|)uis j'ai vu sans cesse prévenir mes besoins. M. Bertin me remit mes instructions au mois daoùt; je partis sur-le-champ : mon objet n'étoit plus d'obéir i\ une simple curiosité; je pris la route la plus courte; je m'embarquai à Antibes, et, sans m'arrèter ailleurs qu'à Gênes et à Livoume, pour raison de santé, je me rendis directement à Rome, où j'arrivai le 20 octobre.
Mes premiers regards se tournèrent, comme il étoit naturel , vers le dépôt littéraire du Vatican. Quoiqu'il n'existât aucun catalogue imprimé des manuscrits qui y sont renfermés, néanmoins ce dépôt étoit déjà assez connu, par différens relevés que plusieurs hommes de lettres ont publiés, pour que je me crusse assuré d'y trouver sans peine, et sans de longues recherches, ^ matière à une ample moisson. Je me persuadois que le livre seul du Père Montfaucon intitulé BiblhthecabibUothecaram munuscriptoram ^^^suffnoit pour me guider sûrement , et que , en examinant avec soin ceux des articles cités dans ce livre qui n'auroient été imprimés ni on entier ni par extrait, depuis que ce savant religieux en avoit fait connoître l'existence, je pourrois m'o&cuper longtemps avec fruit; mais je fus bientôt détrompé. D'abord, je reconnus que Tordre dans lequel étoient rangés les manuscrits, à l'époque oii a paru le Bibliotheca bibliothecarum , a été depuis totalement intei*verti, de manière qu'il est impossible de retrouver aujourd'hui sous le numéro qui y
^^) Ce catalogue, para en 1739, en 2 vol. in-fol., est le dernier grand ouvrage {iublié f>ar Bernard de Montfaucon, qui mourut à Saint-Germain-des-Prés , le 9 1 décemlire 174 1, ài*Age de- quatrevingt-six ans: il était né le 1 3 janvier i655 , au château de Soulage.
esl marqué un seul des articles qui y sont indiques; de plus, le nombre des manuscrits est considérablement augmenté. Il fallut donc nécessaire-* ment commencer par me dévouer au même travail à peu près que le Père Montfaucon a dû faire en son temps. Je me mis non-seulement à lire atten* tivement ceux des catalogues manuscrits des différentes bibliothèques du Vatican qui indiquent article par article tout ce qui est contenu dans chaque volume, mais à examiner scrupuleusement les volumes que ces catalogues, qui ne sont point encore terminés, ne font connottre jusque présent que par un simple numéro et un seul titre général. Ce travail , purement mécanique et fastidieux (s*il neùt promis une grande utilité ultérieure), na pas laissé d'être long.
Sans rapporter des détails bibliographiques suffisamment connus , sur les différentes parties du dépôt littéraire du Vatican, je rappellerai seulement ici qu*il est composé de quatre grandes bibliothèques : celle du Vatican proprement dit, anciennement formée et successivement augmentée par les Papes, depuis Hilaire I*', s*il faut en croire Tancienne tradition, jusqu à Sixte V; celle des électeurs Palatins, dont.Maximilien de Bavière ^^^ lit présent à Grégoire XV ^^); celle des ducs d*l}rbin^^), qu'Alexandre VII y a fait transporter, et celle de la reine Christine , qui avoit originairement appartenu aux célèbres savans françois Pétau ^^^ et Dupuy^^^ ; indépendamment de plusieurs cabinets considérables, acquis, dans des temps plus modernes, par les papes Alexandre VIII et Benoit XIV. Cette réunion, pour la partie du moyen âge, la seule qui ait dû m'occuper, forme un total d'environ 1 5,060 volumes manuscrits, dans lesquels il n'y a pas un seul article ayant trait à notre histoire nationale, sous quelque point de vue que ce soit, dont je n'aye pris de ma main une note exacte; è quoi il faut ajouter environ 5,ooo autres volumes manuscrits, renfermés, soit dans la bibliothèque des Pères de l'Oratoire Saint-Philippe-de-Néri, dite délia Chieza
{*) Mazimilien I*', qui régna de 1696 à i65i. Cette bibliothèque provenait da chAteau d'Heideiberg.
^') Du 9 février i6ai au 8 juillet i6a3.
t') Ce fonds avait été formé par Guido Ubaldo du Montefellro et accru par les La Rovère.
(*} Paul Petau, érudil et collectionneur, né à Orléans le i5 mai i568, mort à Paris le 17 septembre i654i avait formé une bibliothèque furt riche en livres rares et en manuscrits. La plupart de ces derniers furent vendus à la reine Christine de Suède, en i65o; le reste (ut dispersé. Voyelle Cabinet des manuscrits, par M. Delisle, 1. 1, p. 287-989.
W Pierre Dupuy?
nuova^^\ soit dans les bibliothèques des princes Gorsini et Ghigy, dont j ai pareillement dépouillé les catalogues.
De ce dépouillement est résulté un relevé de près de a 0,000 articles. Durant le cours de cette opération, laltention la plus scrupuleuse ne m*a pas manqué un instant, et je puis croire que, dans les différens dépôts dont je viens de faire mention, il ne se trouvera plus aucun monument relatif à la France dont je n aye pris connoissance et dont je n aye donné une notice exacte; de isorte quon ne sera .plus dans le cas de faire de nouveau un semblable travail, lorsqu'on voudra savoir plus précisément en quoi consistent les ouvrages ou les pièces indiquées.
Ce travail terminé, et la connoissance de ce qui existoit une fois acquise, je mis sous les yeux du Ministre, et de ceux qui^ sous ses ordres, veillent à la garde ou s occupent de Ingrandissement du dépôt que je devois tâcher de mon côté d enrichir, la perspective qui s'ouvroit d'une récolte abondante. J'indiquai les articles qui m*avoient paru mériter de fixer d'abord Tattention; je hasardai d'en faire copier quelques-uns qui me sembloient porter un intérêt marqué; mais surtout je demandai avec instance qu'on examinât mes relevés, et qu'on déterminât ce que je devois préférer. Si j'eus quelque satisfaction, en apprenant que le plan de mon travail et le début de mes recherches avoient obtenu une pleine et entière approbation, je ne fus pas médiocrement embarrassé de la liberté qu'on me laissa de choisir moi-même, et moi seul, les pièces et les ouvrages que je jugerois mériter d'être connus et copiés aux frais du Roi. La juste méfiance de mes lumières; la disette, naturelle en pays étranger, des secours nécessaires à ce genre de recherches; fimpossibilité de connoître tout ce qui a été publié, â plus forte raison, tout ce que nous possédons manuscrit en France; et, quand j'aurois pu le connoitre, le risque de me tromper sur le degré d'importance que j'aurois pu attribuer à des pièces ou à des ouvrages que les Baluze, les Mabillon, les Dacheri , les Martenne , ont cru peut-être devoir négliger : tout m'alar-
moit; et, sans suspendre l'examen long et réfléchi qui seul pouvoit me faire éviter, dans les dépôts immenses que je viens de citer, ou de faire de doubles emplois, ou d'appliquer peu utilement le pouvoir et les moyens qui m'étoient confiés, je m'efforçai de pénétrer en même temps dans quelques
^^) La Porte du Theil a donné un catalogue des extraits relatifs à la France que renfermait la bibliothèque des Pères de l'Oratoire Saint-Philippc-de-Néri , n* 1360 de la Collection Moreau, fol. 58.
nirRiviRts 1AT1011A1.1.
dépôts moins vastes, où je pusse espérer davantage de ne me point égarer, parce que la nature des pièces constamment anecdotes qui y serpient renfermées me donneroit la certitude d'augmenter réellement par mes acquisitions nos richesses littéraires.
Tels me paroissoient devoir être, et tels étoient en effet, les deux dépôts connus sous le nom d'Archives de Saint-Pierre et du châieaa Saint-Ange; là se trouve une multitude de pièces gardées avec soin, dont f existence est encore ignorée, ou dont la communication, lorsc[u*on a su qu'elles existoient, a été souvent refusée aux sa vans les plus distingués, comme aux personnages les plus éminens en dignité. Les recherches assidues que j*avois déjà faites ailleurs m'avoient fait découvrir plusieurs index des différentes pièces que contiennent ces doubles archives, et je ne pouvois douter de ■ exactitude ni de Tauthenticité de ces catalogues, que les possesseurs de certaines bibliothèques particulières, ou ceux qui en ont eu la garde, y ont placés dans des temps où, ayant un accès totalement libre dans les archives, soit par des droits honorifiques, soit k cause des travaux dont le Gouvernement les chargeoit, ils avoient profité de cet avantage pour faire un inventaire exact de tout ce qui se trouvoit dans ces. dépôts célèbres. Quand je naurois pas eu des liunières aussi sûres, il suffisoit de me rappeler que cest dans ces archives que se conserve la célèbre collection des Regestes (c est-àdire Recueils) des lettres des Papes, pour m*assurer que là, sans autre peine que de parcourir successivement des volumes, rangés dans un bel ordre, ()our la plupart d'un beau caractère et d*une conservation parfaite, on recueilleroit une foule de pièces aussi intéressantes que nouvelles.
Mais quel espoir pouvois- je former à cet égard, et quelles facilités pouvois-je me promettre? En effet, les Regestes sont encore intacts, presque en entier. Les seuls savans à qui le Saint-Siège ait permis d'en faire quelque usage ont été jusqu'à présent ceux qui, par l'ordre exprès des Papes, ont travaillé en difféiens temps à l'histoire ecclésiastique. Sans les Annales de Bzovius et de Rinaldi , on ne connoitroit pour ainsi dire encore que de réputation cette collection, unique tant par son étendue que par l'importance dont elle est pour l'éclaircissement de l'histoire ecclésiastique et civile de presque toute l'Europe.
Quant aux étrangers, jusqu'ici la cour de Rome s'étoit constamment défendue de leur en communiquer même des parties séparées. J'ai vu les preuves existantes des refus réitérés qu'ont essuyés jadis à ce sujet, et le
célèbre Baluze, qui avoit si bien mérité des lettres, et ses protecteurs, si res< pcclables par leur naissance. Jamais ils n'ont pu obtenir la conununication des Regestes de six années du pontificat d'Innocent III , qui se trouvoient dans la collection des archives , et qui manquoient dans les manuscrits d*après lesquels Baluze a publié ce que nous possédons des lettres de ce pape. Avec bien moins de titres et de mérite, j*ai été plus favorisé que lui; mais, si en me trouvant à portée de rendre sur cet objet particulier un service réel à la littérature, je jouis d'une satisfaction qui lui eût été due, je ne Tattribue qu'à un bonheur inespéré, et je consacre en même temps ici Thommage d'une juste reconnoissance à celui des Ministres du Chef de l'Eglise qui a bien voulu se rendre, jusqu'à un certain point, à mes désirs, et m'accorder une partie de ce que je n'osois espérer : je parle de M. le cardinal Palavicini, Secrétaire d'État de Sa Sainteté ^^^ Cette Éminence , peut-être touchée de mon zèle , mais à coup sûr disposée favorablement, è cause de la bienveillance signalée dont elle me voyoit honoré de la part d'un homme ^^^ qui, dans le poste élevé où le Roi l'a placé auprès du Saint-Siège, recommande aussi puissamment, pour ainsi dire , par une seule marque de son estime personnelle que par la protection ministérielle la plus hautement annoncée; cette Éminence, dis-je, voulut bien m'obtenir du Saint-Père la permission de faire copier dans les archives toutes les pièces qui pourroient intéresser l'histoire purement ecclésiastique de la France. Cette faveur étoit, il est vrai, limitée; cependant elle étoit grande, et l'on verra, par le détail des fruits que j'en ai retirés, si elle a été d'ime médiocre importance pour la littérature françoise. Muni de cette permission, il me fut facile d'inspirer aux archivistes, MM. les abbés Calisto et Gaètano Marini ^^\ la volonté de seconder un zèle pour les lettres , qui ne leur est point étranger à eux-mêmes : ils convinrent avec moi qu'ils dépouilleroient successivement les Regesies, afin de noter et de faire copier ensuite toutes les lettres qui, par les matières xpii y seroient
^) Lazare-Opiiio Pailavidni , né à Gènes en 1719, légat de Bologne, fait cardinal en 1766 par Clément XIII, et mort en 1785.
(') « M. le cardinal de Bemis. » ( Note de La Porte du Theil. )
t') Gaètano Marini, né le 10 décembre 1749 à Santo- Archangelo , mort le 17 mai 181 5 à Paris, est le plus connu des deux. Archiviste adjoint du Vatican, depuis 1 77a , il remplaça, en 1 78a , Tabbé Zampini comme préfet des archives. Les travaux qui ont fait sa réputation d'érudit sont ses Àtii e monnmenti de fratelU ÂrvaU, etc., Rome, 1795, 3 vol. in-4*« surtout les Ptipiri dipUmadci descritd ed iUnttnUi, Rome, i8o5, in-fol., et les Memorie istoriche de^ archivi deUa Santa Sede^ publiés parle cardinal Maî, à Rome, 189 5, in-4^
traitées, ou par les personnages dont il y seroit fait mention, pourroient avoir trait à Thistoire ecclésiastique de la France. On sent déjà que, après avoir recherché avec soin toutes les lettres qui seroient dans ce cas, il devoit en rester peu de relatives à notre histoire, même générale, qui ne rentrassent pas dans la classe de celles qu il leur étoit permis de me communiquer. On sait que, pour bien des siècles, les monumens de Thistoire de France ne sont guère que des monumens ecclésiastiques, tant les chefs et les ministres de iÉglise, même les simples clercs et les religieux, ont eu d'influence sur le gouvernement et de part dans le maniement des affaires, pendant une longue suite de règnes.
Il seroit à souhaiter, sans doute, que cette précieuse collection des Regestes remontât jusqu aux temps ténébreux où tant de points de notre droit public ont encore besoin d*étre éclaircis. Malheureusement, elle ne commence quau règne d'Innocent III, qui date de 1 1 98. Ce qui se, trouve dans les archives de relatif aux époques antérieures, si on en excepte les manuscrits originaux des Regesies des papes Jean VIII et Grégoire VII , qui ont été publiés ^^\ ne consiste que dans un certain nombre de pièces éparses et sans ordre. On n a point négligé de trier celles qui peuvent intéresser notre histoire. Il y en a ceitainement plusieurs qui sont remarquables , telles que des lettres de Galiste II et de Gélestin III, absolument inconnues jusqu'à présent, et qui rétablissent la succession de plusieurs évéques ou abbés de France; une lettre de l'empereur Manuel Gomnène, relative aux croisades, dont le manuscrit original , qui se garde dans les archives du château Saint- Ange , écrit en grec et en latin , en lettres d'or sur du parchemin rouge , conformément à la description exacte que j'en ai envoyée, est un des plus curieux qu'il soit possible de rencontrer. Il y a aussi quelques privilèges accordés à des églises de France par différens papes, avant le xiii* siècle , et d autres monumens de ce genre; mais, comme ils ne sont pas en grande quantité, je n entrerai dans quelque détail que sur les Regestes, qui m'ont fourni des récoltes encore plus dignes de l'attention de l'Académie.
J'ai dit qu'à l'égard du Regeste d'Innocent III, j'avois été plus heiu^eux que
(^) Les recueils les plus complets des lettres de Jean VIII (id décembre 871 — 15 décembre 883) parus à cette époque sont ceux que, en i5gi, le cardinal Antoine Garafa a insérés dans le t. m des Epiâtolm dect-etales snmmorwn pontificnm, p. aS^-Sià^ei Mansi, dans la collection intitulée : Sacrorum conciliorum nova et amplissima cùllectio, t. XVII, col. 3-2 64* Les lettres de Grégoire VII ont été publiées par Mansi, dans le même ouvrage, t. XX, col. 61 -386; grftce à Ph. Jaffé, nous en avons une excellente édition dans les Monnmmiia Gregoriana , Beilin, 186 5, in>8'^.
Baluze; en effet, j*ai complété ce qui rious manquoit jusqu'à cette heure ^^\ des lettres encore existantes de ce pontife, aussi célèbre dans Thistoire de l'Europe que dans les annales de TÉglise ; non que j aye obtenu aux archives des copies de la totalité des lettres qui y restent encore anecdotes; au contraire, on a été, pour ainsi dire, plus scrupuleusement attentif, pour ce pontificat que pour tout autre, à ne point outrepasseï^ les limites de la communication qui mavoit été accordée; et des archives mêmes, je nai rapporté que les seules lettres qui pouvoient être relatives à Thistoire purement ecclésiastique de la France. Cet article formoit déjà la majeure partie du supplément anecdote; le hasard et mon assiduité à tout parcourir mont fait trouver ailleurs ce qui pouvoit me manquer. Le règne dlnnocent III est si mémorable en tous genres, le recueil de ses lettres a toujours paru si important pour rhistoire de son temps, et les savans ont si souvent regretté quil restât des lacunes dans le recueil publié par Baluze , qu il me seroit peut-être permis de m'étendre un peu sur la manière dont je suis parvenu à me mettre
en état de contenter à cet égard le vœu des gens de lettres. Mais ce détail sera mieux placé à la tète de Tédition que je me propose de donner de ce précieux supplément; ici, je me borne à dire que je suis dans le cas de démontrer invinciblement que , sur le nombre de plus de mille lettres de ce pape qui peuvent exister encore anecdotes, il n*y en a peut-être pas cent dont je ne sois parvenu, soit aux archives, soit ailleurs, à me procurer une copie exacte; encore de ces cent lettres, y en a-t-il plus de cinquante dont j*ai des argumens (ou notices) datés, équivalant aux lettres mêmes ^^). J*ai de plus la copie d'un manuscrit de la vie même d'Innocent III ^^\ bien plus correct, surtout bien plus étendu que tous ceux qui avoient été connus de Baluze, et plusieurs autres écrits, pareillement anecdotes, traitant des actions particulières de ce pontife, d'après lesquels j'ai déjà préparé une dissertation historique qui fera connoitre son règne d une manière plus exacte et plus détaillée qu'il n'a été jusqu'ici. N'eussai-je rapporté de mon séjour à Rome d'autre fruit que de m' être mis dans le cas de pouvoir donner au public ce supplément à la collection publiée par Baluze, je suis persuadé que les véritables amateurs de l'histoire m'en sauroient quelque gré, et p^nseroient que mon temps n'a pas été inutilement employé.
('} Les livres lit, V-IX, [lus quatre-vingt-cinq pièces tirées de diflerents dépôts d^arcbives. ^'} Les copies des lettres d'Innocent III forment les n"' i i63-i 177 de la Collection Moreau. ^^) Les Gesla, qui figurent en tête de Tédition de La Porte du Theil.
Après Innocent III, vient immédiatement le pape Honoré III, qui, pen* daut dix ans de règne, a principalement influé sur les croisades. Par un travail à peu près semblable, et avec les mêmes ressources , j*ai rassemblé les copies de onze cents lettres de ce ponlife, presque toutes uniquement relatives à la France, indépendamment d*un nombre au moins égal d'argumens, détaillés et datés, d'autres lettres du même pape, ayant traita This* toire générale de l'Europe ^^K
Pour le règne de Grégoire IX , plus long et plus intéressant encore que celui dHonoré III , son prédécesseur, et célèbre surtout par les démêlés du chef de TEglise avec l'empereur Frédéric II, le nombre des lettres entières que j ai recueillies se monte i\ près de quinze cents, parmi lesquelles il ny en a que quatre ou cinq cents qui soient étrangères à la France. A quoi j ai joint pareillement les argumens précis et datés de plus de deux mille autres lettres, traitant de divers sujets ^^^
A Grégoire IX succède Innocent IV; son pontificat, non moins mémorable que le précédent, et sous lequel se tint le fameux concile de Lyon^^^, m'a fourni plus de neuf cents lettres directement relatives à notre histoire nationale. Elles sont également accompagnées d'une grande quantité d'argumens du même genre que les autres ^^\ Je ne parle point ici de la copie de plus de six cents lettres anecdotes, formant le Regeste de la sixième année du pontificat de ce pape, qui manque dans le recueil des archives, tandis qu'il se trouve à la Bibliothèque du Roi^^^. Cette circonstance m'a fait naître fidée d'enrichir moi-même le dépôt où l'on me permettoit de puiser. J*en ai demandé la permission au Ministre, et j*ai été autorisé à déposer aux pieds du Saint- Père cette offrande, spontanée de ma part, et qui, comme on verra tout-àfheure, n'a pas été infructueuse pour la continuation de mes recherches. Je reconnois bien volontiers ici les obligations que j'ai eues pour fexécution de ce dessein à celui de nos confrères qui est spécialement chargé de la garde des manuscrits du Roi ^^\ et ce n'est pas la première fois qu'il s'est acquis des droits à ma reconnaissance.
Les Regestes d'Alexandre IV et d'Urbain IV, dont les règnes réunis ne
^*) G)llection Moreau , n"* 1178-1183. i33i, i!i3'j, i336eti337.
(') Collection Moreau , n"^ 1184-1193, i23i, laSa, i233 et i338-is4i<
(') En 1345.
(*} GoUectioa Moreau , a** ii94« i3o3, i33i, i333, is^a eti3d3.
<*) N* 4o39 du fonds laUn.
(•) tM. Béjot.» (Note de La Porte du TheiL)
comprennent qu un espace de dix ans, n'ont pas laissé de me fournir près de quatorze cents lettres entières, la plupart n ayant trait quà notre histoire particulière, indépendamment aussi d'une multitude dargumens d autres lettres des mêmes papes jusqu'à présent anecdotes ^^\
J'observerai en passant que le Regeste de la septième et deiTiière année du pontificat d* Alexandre IV est perdu. Tout ce qui en reste , au moins tout ce qu'on sait en rester, se réduit à trente-sept lettres , et elles se trouvent encore, non aux archives de Saint-Pierre à Rome, mais ici à la Bibliothèque du Roi ^^K Gela est d'autant plus étonnant, que ce pontife, non seulement n'a point, comme Innocent IV, séjourné en France, mais en général ne s'est point immiscé avec autant de prépondérance que son prédécesseur dans les affaires politiques.
Dans les Regestes des trois années du règne d'Urbain IV, on a eu soin d'éviter un double emploi, et de collationner seulement les lettres qui se trouvoient avoir été déjà publiées dans la collection de D. Martenne^^^. Le risque à cet égard n'étoit pas considérable, puisque ce savant religieux n'a pu en rassembler que soixante-quatre, et que j'en ai recueilli plus de six cents.
Il a fallu plus de précaution pour les Regestes de Clément IV. Le nombre des lettres de ce pape qui sont imprimées dans la CoUectio amplissima du savant que je viens de citer est d'environ sept cents ^*^; le recueil des archives en contient près de quinze cents , partagées en cinq volumes différens , dont les quatre premiers pourroient paroitre avoir été les originaux des copies d après lesquelles D. Martenne a publié ce qu'il nous a donné; cependant il s'y est trouvé plusieurs lettres qui manquent chez lui, et que j'ai rapportées. Quant au cinquième volume , qui renferme seul plus de sept cents lettres , il est tout entier anecdote. Je n'ai point fait encore procéder à la copie de celles de ces lettres qui regardent la France, et dont la communication me sera accordée sans difficulté, parce' que j'ai lespérance la plus grande , si ce n'est l'assu-
(^) Collection Moreau, n**' iao4-i2o6, isSi, i333, i333 et i244-ia45; laoy-iaio, 1281 et ia46.
<*} N" 4o38 B du fonds latin.
^') Seize lettres d* Urbain IV sont dans la Vetenm scriptonun et monumentorum hisiorieorum , dogmaticorum et moralinm amplissima coUectio, t. II , col. ia5o-ia66. Celles auxquelles fait allusion La Porte du Theil sont dans ie Tkesaanu novns anrcdotonun, t. II, col. 1-96.
W La Porte du Theil a commis une erreur; ces lettres sont dans le Thêtaaras runus aneedotorum, t. II , col. 97-636.
rance, d'obtenir que, pour ce pontificat spécialement, tout me sera communiqué sans réserve ^^K
Parla même raison, j*ai dû pour le moment, mais dans l'intention dy revenir dans la suite , laisser de côté les Regestes de Grégoire X ^^K La collation de ces Rsgestes avec le formulaire de Bérard de Naples^'^, qui contient une grande quantité de lettres de ce pontife , et que je possédois déjà i demandoit du temps; et pour n'en point perdre , on a passé, en attendant, aux Regestes de Jean XXI ^^^ et de Nicolas III ^^\ qui n'exigent pas autant de précaution. Celles des lettres de ces deux papes qui doivent m*être communiquées étoient déjà notées avant mon départ. La copie s'en poursuivra pendant mon absence, et je dois la trouver achevée à mon retour.
De cet exposé. général, il résulte que, pour la partie seule des Regestes, les six premiers pontificats du xiii* siècle m'ont fourni environ cinq mille lettres entières relatives à la France , indépendamment d'une assez grande quantité d'autres lettres , pareillement entières , mais étrangères à notre histoire nationale. Celles que j'ai fait connoitre simplement par des ai^mens ou des notices avec la date sont également au nombre de plus de cinq mille.
Outre ce recueil, j'ai encore eu des archives communication d'un assez bon nombre de pièces diverses , toutes relatives à notre histoire ecclésiastique, mais pour des époques postérieures au xii* siècle; des lettres écrites de France par des particuliers, par des évêques, même par quelques-uns de nos rois; différens procès, entre autres celui qui fut intenté, vers le milieu du xni* siècle, contre l'évéque d'Alby, Bernard de Castagnet^^^, et qui apprend
(^) GoUection Moreau , n*' laii-isis, ia3i, ia32, i333 et la^y-isSi.
W Collection Moreau ,n*' I2i3-iai7eti23a.
(') Bérard de Naples, notaire à la cbanceUerie des papes pendant la seconde moitié du xin* siècle, dont M. Delisle a étudié le formulaire dans la Notice sur cinq manuscrits de la Bibliodti^que naiionaU et sur un manuscrit de la lihliotlthque de Bordeaux, contenant des recueils épistolaires de Bérard de NapUs (extrait du t. XXVll, a* partie, des Notices des manuscrits), 1877, in*d* de 87 pages.
W Collection Moreau, n*** iai8, ia3i et laSa.
(*) Collection Moreau, n** laig-iaao, ia3a, 1 a 33 et ia53. Le recueil des lettres des papes comprend encore celles de Martin IV, n*' laai, laaa, 1 a3a , 1 a33 et 1 a54-i sSS de la Collection Moreau ; celles d'Hoilorius IV, n*' 1 a 23-i aad , 1 23a , 1 a33 et 1 256; celles de Nicolas IV, n** 1 aaSiaa7, ia3a et ia33; celles de Boniface VIII, u*' iia8, laag; des lettres de Clément V, de Jean XXJI, de Benoit XII, de Clément VI, d'Urbain V, et d£ugène IV, n" ia3o et laSa; de Jean XXIII, de Nicolas V et de Pie II, n* ia3o; d'Innocent V, n~ ia3i et laSa; d'Innocent VI, de Grégoire XV, d'Urbain VI et d'AIeiandre VI, n" ia3a.
(*) Bernard de Castanet, né à Montpellier, arcbidiacre de Narbonne, évèque d'Alby, le 7 mars
sur ce personnage, dont le nom est cité sojivent dans Thistoire de son temps, une foule de particularités inconnues aux auteurs du Gallia christiana; des inventaires de biens où se trouvent des actes qui peuvent devenir intéressans, à cause des signatures des notaires et des témoins qualifiés; des dispenses de mariages, pièces toujours importantes, surtout quand elles concernent les grandes maisons; telles sont, par exemple, plusieurs lettres concernant les comtes de Périgord, que j'ai lieu de croire n'avoir pas été connues jusqu'à présent, et qui ajoutent beaucoup à ce que Baluze, dans ses notes siu* les vies des papes d'Avignon , a dit touchant la généalogie de cette illustre maison. Les dispenses de mariages sont un des articles qui ont le plus fixé mon attention. Jai rassemblé soigneusement celles que j'ai trouvées éparses dans les difTérens dépôts où j'ai fouillé jusqu'à présent, et je me suis toujours promis de recueillir généralement toutes celles qui sont réunies dans larchive de la Daterîe , où se gardent particulièrement les pièces de ce genre. Mais , comme ce dernier dépôt ne remonte qu'à la fin du xv* siècle, et que laccès en est toujours ouvert, j'ai dû le réserver pour la fin et le complément de mes recherches : je n'y ai encore puisé que certaines pièces relatives à d'autres objets, qui m'ont été spécialement demandées parle Ministre, en différentes occasions.
Pendant que la copie de tant de pièces se poursuivoit aux archives, ainsi que le travail qui de ma part y avoit rapport, je ne suspendois point les recherches que j'ai dit avoir été entamées dans les différentes bibliothèques citées au commencement de ce mémoire. Je supprime bien des détails; mais il doit m'étre d'autant plus permis d'entretenir aussi quelques momens l'Aca» demie de cet objet, que je n'ai point dissimulé quelles avoient été mes craintes à cet égard, et que cette sex^onde partie de ma récolte est celle qui m'a coûté le plus de temps, de peines et de soins.
Jai dit que le relevé des catalogues des quatre grandes bibliothèques du Vatican et des bibliothèques des Pères de l'Oratoire, des princes Ghigy et Corsini , portoit un total de près de vingt mille articles ayant trait à notre histoire'^^
1376, du Puy en i3o8, cardinal-évèque de Porto le 18 décembre i3i6, mort à Avignoii le id août 1317. Cette pièce est dans le n* 1260 de la Collection Moreau, fol. 1.
(*) Le rdevé des articles du Vatican relatifs à la France est dans les n** ia66 et 1267 de la Collection Moreaa; cdui des artides de la bibliothèque Corsini dans le n* 1967, et celai de la bibliothèque Chigi dans len* 1369 delà même collection.
Le nombre des volumes manuscrits entiers dont j*ai pris et envoyé des notices exactes et complettes se monte environ à cent vingt; ce qui peut paroitre assez considérable, si on songe que je parle non de tous ceux que jai examinés avec soin, mais seulement de ceux qui, après f examen, m ont paru et n'avoir jamais été décrits , et mériter de letre. La plupart de ceux auxquels je me suis arrêté se sont trouvés dans la bibliothèque de la reine Christine; et c'étoit dans ce dépôt, qui, commej*aidéjà observé, a originairement appartenu aux deux hommes de lettres peut-être les plus versés dans l'étude de notre histoire, que je devois naturellement trouver le plus de richesses nationales : mais aussi, c'étoit là que je risquois le plus de faire de doubles emplois; et ce na été qu'après beaucoup de précautions, que j'ai cru pouvoir envoyer comme intéressantes les notices] dont je parle. Dans les autres bibliothèques , les manuscrits relati£i à la France sont plus communément encore intacts, mais le nombre en est proportionnellement moins considérable, et les objets présentent moins souvent, au premier coup d'œil, un intérêt marqué.
Les pièces séparées qui jusqu à présent ont été copiées dans ces différentes bibliothèques sont au nombre de près de deux mille, dont plus de la moitié est restée à Rome. Je les y ai laissées, parce qu'il me deviendra nécessaire de les y avoir sous les yeux pendant la suite de mes recherches.
Telles seront , par exemple , toutes les lettres contenues dans un exemplaire du formulaire de Bérard de Naples, beaucoup plus étendu que celui qui est à la Bibliothèque du Roi ^^\ Je les ai rangées dans Tordre chronologique , avec des notes qui indiquent celles qui sont connues et celles qui sont encore anecdotes. Il y a aussi les lettres, purement relatives h la France, que j'ai triées dans le recueil (jusqu'à présent non connu, à ce que je crois, en France) de Marinas de Eubalo^'^\ personnage peu célèbre, mais qui a été suc* cessivement le secrétaire particulier de plusieurs papes duxm* siècle, et dont la vie manuscrite, qui se trouve à la tête de son recueil, ne laisse pas d'avoir de l'intérêt.
Parmi celles de ces pièces que j'appelle séparées , qui ont été déjà remises
^*) La Bibliothèque du Roi possédait don quatre exemplaires du recueil de Bérard : les n** 4o43, 43 11, 858 1 et 8567 ^^ fonds latin. Le n* 858 1 est une copie faite pour Golbert.
<*) Marin d*Ëboli, dominicain, vice-chancelier de TÉglise romaine du 27 septembre iihà au i3 décembre i35i, archevêque de Gapoue en 1966, mort en i385. L*extraitda recueil de Marin est dans le n® ia3d de la Collection Moreau.
au Ministre, il y en a plusieurs qui formeroient presqu autant d*ouvrages complets. Il y a entre autres un recueil de toutes les inscriptions relatives à des personnages François, tant anciens que modernes, qui se trouvent éparses dans ta ville de Rome. Il y a des cartulaires, des procès-verbaux d'assemblées d'États provinciaux, des consultations légales, des causes litigieuses, des instructions importantes, telles que celle qui fut donnée par le pape Urbain Vm au cardinal- Gin etti, lorsqu'il l'envoya à Cologne, pour assister aux premières négociations de la paix, qui ne fut conclue qu*en i6iï8, à Munster. Cette pièce volumineuse, absolument anecdote, écrite de la main de Benessa, le secrétaire particulier du pape, ainsi que la correspondance également originale du légat pendant son séjour à Cologne, dont j'ai pareillement pris la copie, pourront me fournir seules la matière dun mémoire intéressant. Il y a encore des comptes de finance et de recette , des suites d'inféodation des terres du Comtat et de la Corse ^^); quelques généalogies, parmi lesquelles celle dé la maison de Chavigny ^^\ tirée de la bibliothèque de la reine Christine , m'a paru contenir des particularités nouvelles. J'ai aussi recueilli des vies particulières, par exemple, celle de l'abbé de Fleuri Goslin^^), que dom Clément, ce savant si profond en ce genre de connoissances, a trouvée, je crois, assez intéressante pour mériter d'être insérée comme supplément dans le nouveau volume du Recaeil des historiens de France, qu'il va publier incessamment. Je ne parlerai point des collations de manuscrits avec les ouvrages imprimés, qui m*ont été demandées (comme, en dernier lieu, la collation d'un manuscrit des lettres et des ouvrages d'Ildebert ^^\ dans lequel j ai trouvé, indépendamment de plusieurs variantes importantes, des lettres entières de ce célèbre archevêque de Tours, totalement anecdotes); non plus que d'autres objets divers, dont rémunération seroit longue et superBue.
(» N* 1 s65 de la Goilectioa Moreau.
^') Cette géuédogie est dans le u* ia6o, fol. à'j'ig, de la Collection Moreau.
(') Goslin, abbé de Fleury ou Saint-Benoit-snr-Loire en fan loodi archevêque de Bourges en Tan ICI 3, mort le a septembre 1039. Contrairement à ce que croyait La Porte du Theil, sa vie n'a point paru dans le Recueil des historiens de France : M. Oeiisle Ta publiée dans le tome II des Mémoires de ia Société archéologùfue de V Orléanais, avec un tirage à part in-8*, i853.
<*) Hildebert, né à Lavardin en 1057, archidiacre du Mans en 1099, évéque de cette vilk en 1 097, archevêque de Tours en 1 1 aS , mort en 1 1 33 ou 1 134* Ses œuvres ont été puUiëes , en 1 708 , par dom Beangendre, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur. Les lettres copiées par La Porte du Theil sont dans le n* 1 377 de la Collection Moreau.
J ai dit des cartulaires ; ce genre de pièces étoit un de ceux i^u^il m*avoit été recommandé de chercher avec le plus de soin. Je n ai rien négligé pour remplir sur ce point particulier mes instructions ; mais la sincérité me force à faire ici Taveu que ça peut-être été celui sur lequel j'ai le moins réussi à seconder les vues du Ministère. On sent que le nombre des chartes relatives à la France qui peuvent se rencontrer à Rome doit être limité. «Ten ai pourtant rassemblé quelques-unes. Lorsque j^i trouvé des pièces, et surtout des signatures, originales, j*ai eu soin de les faire calquer exactement sur du papier huilé. Tel est un exemplaire du décret d union des Ég^es grecque et latine^'), sous le pape Eugène IV, que j'ai envoyé à M: de Bréquigny, avec quelques notes, dont il a fait usage dans un mémoire qui s'imprime actuellement parmi ceux de l'Académie ^'^\
Je puis citer encore une copie , également calquée avec le soin le plus scrupuleux, représentant parfaitement le caractère original des lettres de Henri VIII à Anne de Boulen ^^\ écriles de la main de ce prince, les unes en françois, le& autres en anglois, manuscrit célèbre, et qu'on ne manque jamais de montrer aux étrangers, comme une des curiosités les plus piquantes de là bibhothèque du Vatican.
J*ai parié d'un recueil d'inscriptions; je dois confesser également ici, et par franchise et par reconnoissance, que l'honneur de ce travail ne m'est point dû. C'est un présent que m'a &it généreusement Monseigneur Galletti^^^ religieux bénédictin du couvent de Saint-Galliste, évèquede Cizenne in partibas infideUam. Ce savant et laborieux prélat, qui a rassemblé toutes les inscriptions, tant du moyen âge que des temps modernes, dont le nombre à Rome est immense, et qui les a divisées en autant de parties qu'il y a de nations diverses citées dans ce monument curieux, a bien voulu, en ma faveur, détacher de cette collection complette la portion encore anecdote qui
<^> Ce décret est du 5 juillet 1 439.
^) Il est intitulé : Mémoire sur les exempiaires originaux da décret d union de ÏÈgUse grecque a»ec CÉglise latine, et a para dans les Mémoires de C Académie des inscriptions, t. XLill, p. 287-3 10.
t^) Henri Vm, roi d* Angleterre , et Anne de Boulen, sa deuxième femme, qu'il fit décapiter le a6 mai i536.
(*> Pierre-Louis Galetti, né à Rome en 1734* mort dans cette même ville le i3 décembre 1790, biUiothécaire et archiviste des Bénédictins de Florence, nommé par Pie VI évèquedeCyrène in partihus, Galetti ei>t auteur d*un grand nombre d*ouvrages d'histoire et ci*archéoiogie, dont le plus important est le recueil d'inscriptions du moyen âge en Italie, publié sous le titre d7nscriptiones medii «vi, Rome, 1757-1766, 7 vol. in-4". L'exemplaire de ce travail qu'il ofint à La Porte du Theil est dans le n* ia6i de la Collection Moreau.
regarde la France. Je n ai d*autre mérite que d avoir rangé dans un ordre chronologique, et accompagné de quelques remarques, ces inscriptions, qui, dans le manuscrit dont on m*a fait le sacrifice, se prësentoient dune manière moins propre à en faciliter l'usage.
De toutes les pièces dont j'ai fait mention dans ce mémoire, soit en général, soit en particulier, et qui ont fait la matière de cent cinquante envois successifs, adressés au Ministre, il n'en est aucune dont la copie n'ait été collationnée avec attention, si ce n'est peut-être une vingtaine, pour lesquelles des circonstances particulières m'ont forcé de m'en rapporter à la fidélité des copistes.
A la tête de chaque lettre, sans aucune exception , j'ai placé un argument assez clair et assez détaillé, pour qu'il pût presque toujours tenir lieu de la lettre même. Toutes les fois qu'à la lecture d'une pièce j'ai pu , du premier coup-d'œil, en entrevoir l'utilité pour éclaircir quelque point d'histoire, je l'ai indiqué à la marge. Parmi celles que j'ai déjà notées ainsi, et dont le nombre ne laisse pas d'être considérable, il y en a plusieurs qui me fourniront matière à des dissertations dont le sujet est arrêté. J'aurois voulu multiplier ces remarques, surtout les rendre plus intéressantes; mais, dans un pays étranger, les livres nécessaires manquent souvent. Les bibliothèques publiques de Rome, pour la partie de f histoire de France, sont d'un foible secours, et d'ailleurs la jouissante en est difficile, dès quil s'agit de consulter presque à là fois quantité d'ouvrages différens.
Dans tout le recueil, à la plupart des noms propres on trouvera des citations et des renvois aux articles du Gallia chtistiana et des principaux ouvrages connus qui traitent des personnages dont il est fait mention dans chaque pièce. A chaque envoi (|ue j'ai fait au Ministre j'ai joint un Indexet-notice de toutes les pièces dont il étoil composé (^). Ces Index et notices separés forment seuls un volume in-folio, écrit de nia main, et assez considérable, d'autant que (pour mettre plus d'ordre dans le recueil qui a été tiré des Regestes) aux argumens des lettres anecdotes j'ai ajouté, avec des marques distinctives, ceux des lettres qui ont déjà été publiées, tant en entier que par extrait, ou même simplement indiquées dans les ouvrages deBzovius, de Rinaldi, deWading^^^ dans les Mélanges de Baluze, le Spici-
^} Ces notices forment les n** 1279-1381 de la Collection Moreau.
<*} Les Annales ordinis Minarum de Liike Wadding, né à Waterford le 18 novembre 1S88,
lége de Dacheri, les cotiections de Martenne et autres livres de ce genre. Xai eu soin de dresser en même temps une table générale de tous les noms propres cités dans ces lettres, travail ingrat, sur lequel néanmoins je nai voulu me fierqn^à moi-même ^^^ Enfin je puis me rendre témoignage que je nai rien négligé, de ce que mes forces et mes lumières m ont permis de faire, pour faciliter, dès à présent, à ceux qui tftchent d*éclaircir notre bistoir.e, Tusage dune collection uniquement destinée à les aider dans leurs travaux.
Ce but si recommandabie du Ministère qui m'employoit n*a jamais cessé d*être présent à mes yeux. Afin de répondre, autant qu'il étoit en mon foible pouvoir, aux vues purement dutilité publique du Gouvernement, j'ai consigné fidèlement dans le dépôt qui m'étoit indiqué, et qui est confié à la garde de M. Moreau , historiographe de France , tout le fruit, quel qu'il soit, de mes recherches : les pièces entières, les index, jusqu'à mes notes particulières, tout y est déposé, rien ne m'est resté en propre; même, à l'instant où j'éciis ceci, des circonstances particulières ayant fait que M. Moreau, précisément à l'époque de mon retour, s'iest occupé plus particulièrement à mettre en ordre tout ce que contient ce dépôt précieux, je n'ai pu retirer à temps mes index. Je n'ai point voulu néanmoins ni interrompre une occupation si utile de sa part, que je croyois devoir être plus tôt terminée, ni remettre à un terme plus éloigné le compte que je devois a l'Académie, que j'étois impatient de lui rendre, et que la circonstance dont je parle ma cependant fait retarder de quelques semaines.
Peut-être, en parcourant ces index, y aurois-je facilement trouvé quelques pièces intéressantes à citer, que ma mémoire ne m'a point rappelées; mais mon objet n'étoit point de relever dans cette Compagnie le mérite ou la singularité de quelques pièces détachées; il me suffira d'avoir pu lui prouver la constance de mon travail. Également éloigné d'une fausse modestie , je ne craindrai pas de laisser entrevoir que ce travail me paroit n'avoir pas été totalement infructueux; je ferai plus, j'oserai m'applaudir un instant des marques d'approbation que j'ai reçues plus d'une fois de la part des Ministres.
mort à Rome le 18 novembre 1657, auteur de nombreux ouvrages de tbëcdogi^ et d*hutoire. Ces Aimaies furent publiées à Lyon et à Rome, 16 38-1 654, en 8 vol. in-fol.
{*) Les bulletins de cette table forment les n** 1779-1784 de la Collection Morean.
Tant que M. Beitin a été cliargé de la direction des travaux littéraires dont ie mien faisoit partie, les témoignages de satisfaction qu'il a daigné me donner fréquemment dévoient d'autant plus m'encourager, que je n*ignorois pas avec quel soin son amour constant pour les lettres lui faisoit examiner, non-seulement les Index et notices, mais souvent Iqs pièces mênies, qui lui étoient toujours directement adressées. A sa retraite, M. le Garde des sceaux, qui lui a succédé dans cette partie d administration , na point paru penser différemment de son prédécesseur sur Temploi de mon temps à Rome, et, lorsque, en 1 782, il m'avoit jugé digne d être chargé, conjointement avec M. de Bréquigny, de Tédition des Chartes et pièces anecdotes relatives à l'histoire de France, il m'avoit autorisé, que dis-je? il m'avoit exhorté à ne point revenir, tant que mes recherches prometti^oient autant de fruit qu'elles lui paroissoient en avoir produit jusqu'alors. Que ne m'estil permis de rapporter ici ses expressions, uniquement pour la consolation de ceux qui m'écoûtent! Sans doute, il seroit doux, dans cet asyle de l'étude, de voir le plus émineni en dignité des Ministres du Roi, malgré les soins graves dont le Chef de la magistrature en France paroit devoir être accablé, veiller attentivement sur des travaux particuliers et sans éclat, sur l'agrandissement d'un dépôt qui se forme en silence, et dont l'utilité ne peut se faire sentir que par la succession lente des temps, s occuper pers(Tnnellement même du plus foibie des travailleurs qu il emploie, se plaire à l'animer et & le soutenir. Mais si, pour éviter tout soupçon de vanité de ' ma part, je dois taire ce qui lui feroit honneur à lui-même , qu'on me pardonne au moins d'avoir indiqué légèrement ce que peuvent en attendre ceux qui, plus sûrs de leurs forces, auroient un jour à faire valoir, non simplement, commç moi, un zèle pur, de l'assiduité, si l'on veut, quelque bonheur peut-être, mais des succès réels et des services vraiment méritoires.
Avant de fmir cet exposé, je ne dois pas omettre de parler de tout ce que j'ai trouvé de protection, de secours, soit dans les personnages les plus éminens, soit dans les gens de lettres les plus recommandables du pays où j'ai séjourné si longtemps. Rendre compte à l'Académie de ce qu'on a bien voulu faire pour un de ses membres est un devoir enver's elle, dont je suis impatient de m'acquitter. '
Jai déjà dit ailleurs tout ce que je devois aux bontés de M. le cardinal Palavicini, Secrétaire d'État de Sa Sainteté.
Feu M. le cardinal Alexandre Albani, qui, à mon arrivée, é toit bibliothécaire de la Sainte Église , sur le titre seul que je portois de membre de TAcademie des belles-lettres, mavoit accordé l'entrée la plus libre dans le dépôt du Vatican.
Aux mêmes facilités, qu'il m'a conservées, son successeur dans cet emploi, M. le cardinal Zelada^^^ par un effet de sa bienveillance personnelle, a joint la permission de fouiller dans sa propre bibliothèque, et n'a point cessé de s intéresser aux succès de mes travaux.
M. le cardinal Antonelli ^^\ l'un des principaux ornemens du Sacré Collège « malgré les occupations si constantes et si importantes dun préfet de la congrégation De propaganda Jide , n'a point dédaigné de m'aider lui-même dans quelques recherches, que j'avois été chargé de faire sur des objets de son département.
Dans plusieurs occasions , M. le cardinal Archinto^'' m'adonne des marques d'estime, qui me seront éternellement chères et précieuses.
Grâce aux bontés de M. le cardinal Gorsini^^), j'ai trouvé l'accès ouvert dnns la bibliothèque de sa maison, bibliothèque l'une des plus considérables et des mieux entretenues de Rome.
M. le prince Ghigi, dont les connoissances, l'esprit et les talens sont connus, m'a donné généreusement communication de plusieurs pièces singulièreipent curieuses qui se trouvoient dans la sienne. *"
Je confesse avoir dû beaucoup, tant & feu Monseigneur Assemani, garde particulier des livres et des manuscrits du Vatican, qu'à ceux qui travaillent sous ses ordres, MM. les abbés André et Élie Baldi, et surtout M. l'abbé Spaletti, connu dans la littérature par des ouvrages de mérite, principalement par l'édition d'Anacréon que j'ai mise demièrenient de sa part sous les yeux de T Académie ^^K
(^} Le cardinal François-Xavier Zelada , né en 1717, d*une famille espagode, mort le 39 décembre 1801, fut bibliothécaire du Vatican, secrétaire d*État, etc. La belle collection de médailles qQ*tl avait formée est au collège ronfain.
(*> Léonard, cardinal Antonelli, évèque de Velletri et d*Ostie, né à Sinigaglia le 6 novembre 1730, mort dans sa ville natale le 3 3 janvier 1811.
('> Jean Arcbinto, Milanais, né en 1 736, évéque de Sabine, créé cardinal en 1776 par PieVI, mort en 1799*
^*) André Gorsini, Florentin, né en 1735, évéque de Sabine, créé cardinal par Clément XIII en 1759, mort en 1795.
<*} Cette édition parut en 1781.
M. Tabbé Foggini^^^, aujourd'hui bibliothécaire de la maison Gorsini, a pareillement des droits à ma gratitude.
Le R. P. Zaccharelli ^2\ auteur de la nouvelle Histoire ecclésiastique dont il y a déjà onze volumes d'imprimés , en me facilitant le plein usage de la bibliothèque des PP. de TOratoire de Saînt-Philippe-de-Néri, ma rendu un service essentiel.
Citer le P. Jacquier ^^^ c/est rappeler un homme aussi cher k une foule de ses compatriotes, qui ont éprouvé ou éprouvent journellement à Rome ia tendresse et la sensibilité de son cœur, que respecté de ia république des lettres, qui lui doit tant d'ouvrages lumineux sur toutes les parties des hautes sciences, même de la belle littérature. L'éclat de sa réputation me dispense d'ajouter ici le moindre éloge de son nom; mais je me plairai toujours h me rappeler et à confesser hautement que, pendant sept ans, il ne s'est presque passé aucun jour sans que j'aie eu sujet de lui vouer la reconnoissance la plus tendre.
Les détails exposés dans ce Mémoire ont pu faire sentir tout ce que doivent avoir fait pour moi MM. les abbés Gallisto et Gaëtano Marini.
Il me resteroit à parler de celui î*^ qui, seul et sans eflbrl, par le simple reflet de sa bienveillance et de son estime marquée à mon égard, m'a valu l'inappréciable avantage de trouver en un pays étranger des protecteurs si puissans, des amis si précieux. Mais ce n'est point à moi qu'il appartient, au milieu de ceux que lui-même s'honore si souvent de pouvoir nommer ses confrères, d'essayer à louer un homme dont l'Europe entière et ses souverains applaudissent journellement les talens et les vertus. Que ferois-je pour prétendre apprécier la moindre des qualités dont le rare assemblage forme chez lui le prince splendide, le prélat respectable, le ministre habile, le patriote zélé, le poète brillant, l'homme aimable et charmant? Toutefois, parmi ces qualités éminentes, il en est une, moins hors de ma portée , qu'une circonstance particulière paroit m'autoriser personnellement à
(^) Peat-étre Pierre-François Foggiai, né à Florence en lyiS, mort à Rome le3i mai 1783, éditeur du fameux Virgile de Florence, sous-bibliothécaire, puis bibliothécaire de la Vaticane, dès 1776.
<*) Gaspard Saccarelli, né à Turin, auteur d*une Hisioria eccUsiastiea per annos (/i^to, publiée à Rome de 1771 à 1778, en 36 vol. in-d".
(') Voyez plus haut, p. 69.
(*) c M. le cardinal de Remis , académicien honoraire de rAcadémie des inscriptions et belleslettres.» (Note de La Porte du Thçil.)
IHI'RIVbKIK KATIORALC.
vanter, c'est la bonté de son cœur. Amené d abord par le hasard auprès de lui, bientôt après invité par lui-même à Tapprocher encore davantage, si, pendant sept ans, comblé de ses bienfaits, j ai joui sans réserve de toute la noblesse de son âme, de toute la douceur de son amitié, de tous les agrémens de sa société, jai pu aussi, malheureusement, me croire destiné par le sort à recueillir les larmes que dévoient lui arracher, durant ce période « la perte successive des amis les plus anciens et les plus utiles, des parens les plus proches et les plus aimés, des enfans d'adoption les plus chéris et les plus dignes de Têtre. Frappé sous mes yeux de ces coups redoublés, il m'a donné, de plus près qu'à personne, le spectacle, aussi noble que touchant, de la fermeté inébranlable d'un sage consommé, luttante contre la sensibilité vive d'un père tendre. Aussi, désormais chaque fois que j'entendrai répéter ce concert de louanges qui s'élève si souvent en sa faveur, durant le cours de sa belle vie, et qui retentira, sans doute, chez la postérité, d'une voix modeste, mais assurée, j'oserai dire : «Ajoutons à tant d'éloges si bien mérités que, essentiellement, il est peut-être le meilleur des hommes. »
PLAN 1 SUIVRE POUR L'ioiTION DES LETTRES DUNNOGENT III.
23 octobre 1786.
M. du Theii étant chargé par Monseigneur le Garde des sceaux de cette édition et se trouvant obligé de conférer lui-même les unes avec les autres toutes les copies qui composent cette partie de nos portefeuilles, il est juste que le Cabinet d'histoire et de droit public attaché à la Chancellerie lui remette toutes les liasses quiconticnentles lettres d'Innocent III.
Mais cette édition devant conserver au Cabinet toutes les copies envoyées de Rome et laisser même à l'historiographe de France la liberté de consulter celles dont il peut avoir besoin, M. du Theil, en échange de chaque liasse qui lui sera remise, laissera dans le Cabinet un récépissé indiquant le
nombre des pièces qu'elle contiendra, el la date de la première et de la dernière.
Toutes celles que, attendu les abréviations, il sera nécessaire de transcrire de nouveau, seront copiées par les commis de la bibliothèque de la Chancellerie, qui, en remettant à M. du Theilla nouvelle copie coUationnée, remettront à sa place celle de Rome , et de toutes ces copies remises au dépôt il sera fait mention au dos du récépissé de M. du Theil. Quant aux copies qu'il croira pouvoir livrer à l'imprimeur sans transcription nouvelle, il aura soin de veiller à ce qu'elles ne soient ni coupées ni maculées par les compositeurs, et elles seront toutes remises au dépôt, à mesure de la composition et de Timpression. C'est en effet cette remise qui, dans tous les tems, pourra garantir au public la fidélité d'une édition surveillée par Monseigneur le Garde des sceaux.
Il sera envoyé à Monseigneur le Garde des sceaux une épreuve de toutes les feuilles de cette édition, indépendamment de toutes celles dont M. du Theil aura besoin pour ses propres corrections , et il sera pareillement envoyé au dépôt deux exemplaires de chaque bonne feuille.
Au titre qui sera donné à cette collection : Litterœ, etc^, Monseigneur le Garde des sceaux approuve que Ton ajoute ex archivis et scriniis supremi Galliaram Cancellarii historiam et res francicas spectantibus depromptœ, ou tel autre titre qui indiquera la source du bienfait que l'on ofire au public. Il approuve aussi, qu'ainsi qu'il en a été convenu entre M. Moreau et M. du Theil, il soit fait, et dans l'avertissement en tête de l'ouvrage, et dans le mémoire préparé pour annoncer les progrès de nos travaux littéraires, une mention historique et détaillée des recherches qui ont donné lieu à cette édition, de manière qu'elle puisse être regardée comme l'un des produits de l'établissement commencé par M. Bertin, et devenu, sous la direction de Monseigneur le Garde des sceaux , un véritable secours pour les lettres.
Au premier comité que Monseigneur le Garde des sceaux assemblera ,
M. du Theil voudra bien exposer son plan et faire part du travail utile dont il s*est chargé; il paroit juste en effet et également honorable, pour ie Comité et pour M. du Theil lui-même, que cette édition ait, comme le Rymer françois, l'approbation des gens de lettres que le Ministre a daigné rendre ses coopérateurs.
(Collection Moretu , n* 516, fisL i6o.)