LETTRE DE DOM LABBAT AU GARDE DE8 SCEAUX
17 juillet 1787.
Monseigneur, j'ai reçeu avec la plus respectueuse reconnoissance la lettre dont vous m'avés honoré en date du lâ de ce mois, et je m'empresse de fournir les réponses les plus exactes sur les objets qu'elle contient.
Le prospectus dont on vous a parlé. Monseigneur, n'est autre chose que
Touvrage. Le P. Hardouin soutenait que les conciles antérieurs au concile de Trente étaient chimériques.
(*) François Salmon, né à Paris le 29 janvier 1676, mort à ChaiUot le 9 septembre 1736, bibliothécaire de la Sorbonne, auteur d'un Traité de l'étude des conciles et de leurs collections, Paris, 172^1 in-4*, et Leipzig, 1729, in-4*. Il avait formé le projet de donner un supplément à la collection des conciles du P. Labbe, mais ce dessein ne fut pas réalisé.
le mémoire imprimé que j'ai l'honneur de vous of&ir. Ce mémoire a été fait pour pressentir le goût des gens de lettres au sujet du plan sur lequel on a rédigé la collection des conciles de France.
Il a été communiqué à la dernière assemblée du Clergé, avec une épreuve seulement d un prospectus en latin, qu*on se propose de publier lorsqu'il sera suffisamment autorisé et que Timprimeur pourra y ajouter ses observations particulières. Je joins au mémoire imprimé la seide copie corrigée qui me reste de cette épreuve.
M. de Galonné ^^\ à qui j'eus Thonneur d adresser un petit mémoire pendant le dernier séjour de Fontainebleau, consentit pour Sa Majesté à une souscription pour 5o exemplaires. La dernière assemblée du Clergé a souscrit pour uSoy et le Régime de la Congrégation pour loo.
Le prix des souscriptions est de 2 5 *^ par volume.
Une lettre par laquelle M. de Villiers, un des premiers commis des finances, annonce le consentement de M. le ControUeur général; un extrait en forme de la délibération du Clergé, et un autre également en forme de celle du Régime de la Congrégation; ces trois pièces sont entre les mains ' du sieur Didot laine, qui, moiennant ces encouragemens, s est chargé de Timpression de l'ouvrage.
L'impression est commencée depuis quelques mois; nous en sommes à-peu-près à la trentième feuille. Le censeur est M. Camus.
On m'avoit d'abord prévenu qu il ne pourroit paroître qu'un volume de deux en deux ans; et cest ainsi que je l'ai marqué dans le mémoire à M. de Calonne. Mais M. Didot promet de donner un volume chaque année.
Les commencemens de l'impression ont fait éprouver quelques lenteurs, comme ii arrive dans les entreprises considérables. Mais, à mesure qu'on avance, les embarras diminuent; et j'ai tout lieu d'espérer que nous aurons le premier volume dans les six premiers mois de l'an 1 788, et ainsi de suite, les 7 ou 8 volumes que la collection doit contenir, dans un pareil nombre d'années.
Je n*ai d'autres coopérateurs que deux religieux de notre maison, qui veulent bien m'aider pour la correction ou revision des épreuves.
Un de ces religieux vous sera connu , Monseigneur, par la grande part qu'il a eue à la rédaction et à l'impression des deux derniers volumes du Recueil des historiens de France : c'est dom Brial.
^^ Gontrôleor général en 1788; destitué le 3o avril 1787.
L'autre, qui ne cherche qu*à se cacher en travaillant sous ies yeux de Dieu , a tiré des manuscrits de la Bibliothèque^ du Roi une infinité de va-' riantes; et la piuspart des pièces anecdotes dont j'ai mis la liste à la fin du mémoire imprimé. C'est à lui principalement que j*ai i obligation d avoir corrigé les épreuves des pièces qu*il a fallu donner en grec. C*est dom de Goniac ^*^
Outre le travail qu'on a fait avant moi , je trouve de grandes ressources dans les lumières des religieux de cette maison , dont le travail est analogue à celui dont je suis chargé.
Si Dieu me conserve les forces qu*il ma données et quelques années de vie, j'espère qu'avec ce secours je pourrai conduire l'ouvrage jusqu'à la fin.
Il se trouve dans notre maison de quoi occuper des religieux animés de l'esprit de leur état. Sans parler des ouvertures que dom Clément pourroit leur donner, ainsi que son coopérateur, pour l'ancienne chronologie et pour l'histoire de France, ces religieux pourroient mettre k profit ce que dom Pierre Constant avoit préparé pour la continuation de l'important recueil ' des décrétâtes des papes.
Mais qu'il me soit permis , Monseigneur, de vous le représenter avec la
confiance qui est due à vos vertus et à la place éminente que vous ren^>lissés
si dignement. Il n'y aura de bons travailleurs parmi nous , qu'autant qu'ils
seront animés de l'esprit de leur état. Les plus savans religieux, ceux qui
ont mérité à la Congrégation Je glorieux témoignage d'avoir rendu quelques
services à l'Eglise et à l'État, étoient en même temps les plus attachés aux
devoirs de l'observance régulière.
J'ai l'honneur, etc.
Fr. Labbat.
( Collection Moreau , n* 307, fol. 6 1 . )
EXTRAIT D'UN RAPPORT DE IIOBEAU SUR L'ÉTAT DES TRAVAUX LITTERAIRES (^).
1* mars 1788.
Cet ouvrage, très-essentiel à l'histoire, mérite d'autant plus la protection
<^) Dom de Goniac, né à Rennes, où il fat pro(^ à Saint-Melaine le 3 février 1751, à Tàge de vingt ans.
(*} Remis à Lamoignon, le 1*' mars 1788.
de Monseigneur le Garde des sceaux, que, dans le grand mémoire qui lui sert de prospectus, les auteurs de ce receuii annoncent les obligations qu*ils ont aux recherches qu*il fait faire dans les provinces et les secours considérables qu ils ont tirez des dépôts où nous rassemblons le produit de ces recherches.
A la tète de ces auteurs est dom Labat, et cette collection , dont tous les matériaux sont à-peu-près rassemblez, s'imprime actuellement chez Didot lainé, qui en promet un volume tous les ans, dont le premier paroitra d*icy au mois de juillet. Le Roy a souscrit pour 5o exemplaires, la deriùère assemblée du Clergé pour siSo, et le Régime de la congrégation de Saint- Maur pour i oo ; le prix de la souscription est de vingt-cinq livres par chaque volume.
Dom Labat instruira tous les ans Monseigneur des progrès de son travail, dont il lui a desjà rendu un premier cooiple très-détaillé par sa lettre du 17 juillet 1787.
(Collection Moreau, n* 307, fol. 56.)