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savantes du royaume , qui sont animées d^un amour vrai de Tétude et qui n'ont besoin que d^ètre dirigées pour donner les plus utiles résultats. U faut que leurs travaux puissent être encouragés ; la plus sûre récompense est la publication de tous les matériaux et de tous les documents qui seront dus à leur zèle, et qui auront mérité d'être mis sous les yeux de Votre Majesté, des Chambres, de l'Institut, aux termes des arrêtés. C'est dans ce but qu'un accroissement de dotation est demandé. La situation des départements, sous le rapport de l'instruction, des études, de la science, occupe constamment ma pensée. Le Ministre de Tinstruction publique compte parmi ses devoirs celui de faire refluer du centre aux extrémités les lumières qui sont la vie morale des peuples. ■
Le rapport du même Ministre, M. de Salvandy, sur Texercice de i84o, était plus explicite encore: «Je demande une somme de 1 0,000 francs pour subvention aux Sociétés savantes. Mon administration s'est appliquée à donner à ces Sociétés , souvent reconunandables par leurs lumières, plus d'action, plus d'ensemble et plus d'autorité. Il a été dressé , ce que le Ministère ne possédait pas , une statistique complète de ces Sociétés, comprenant leurs statuts , leurs travaux , leurs recueils , leur direction et leur but. Elles ont été mises en rapport avec les Comités historiques établis près de mon département, et le seront avec rinstitut. Elles ont été invitées à concourir aux travaux de redierches sur l'histoire de France , que dirigent les Comités. Promesse leur a été faite de demander aux Chambres les moyens, soit de les récompenser de ce concours, en les aidant pour leurs publications particulières, soit de les indemniser de ce qu'aurait pu leur coûter la préparation de matériaux dont les Comités compétents auraient reconnu l'utilité. C'est dans la même pensée qu'elles sont autorisées à s'adresser réciproquement, par l'intermédiaire de mon Ministère et sous mon couvert, leurs publications périodiques. Cet échange se fait sans frais. Il en résultera, non seulement une émulation utile entre toutes ces Sociétés, mais encore, une communauté de direction, qui naîtra d'ellemême de la comparaison entre toutes les publications , et qui y intro-
duira 1 unité sans laquelle les travaux isolés sont stériles. Cette mesuré a produit deux bons effets : elle a répandu et propagé d'excellente travaux, qui étaient, jusque-là, renfermés dans les localités; et elle a été pour les Sociétés une faveiu* appréciée , qu elles reconnaîtront par leurs efforts. Par degrés s'établira, à Taide de ces communications réciproques qui remontent jusques à l'Institut, l'empire désirable de ce grand corps sur tous les travaux de l'intelligence et sur toutes les institutions locales qui se vouent à remplir et honorer les loisirs de la vie de province par la culture et le progrès des connaissances humaines. »
EnBn , dans le budget de 1 8^7, un chapitre spécial fut créé pour les Sociétés savantes. « On l'a dit, en i838, observait le rapport, le Ministère de l'instruction publique doit décentraliser en fait de lumières , il doit vouloir que les départements participent à ce grand mouvement des esprits qui caractérise si heureusement notre époque de paix et d'études. Les Sociétés savantes, fortement secondées dans l'essor qu'elles essaient d'imprimer autour d'elles, sont les instruments naturels de cette pensée. Votre Majesté a daigné approuver les efforts de mon administration dans ce but; le concours des Chambres n'y manquera pas. » En effet, les Chambres portaient à 5o,ooo francs le crédit primitivement fixé à 10,000 francs. C^était un grand pas!
Ces citations nous ont semblé curieuses, parce quelles montrent bien les progrès successifs de l'idée qu'on se faisait à cette époque des Sociétés savantes et de leur rôle. A l'appel du Comité, elles avaient répondu dé toutes parts avec un admirable entrain. Sous son impulsion , elles s'étaient multipliées et s'étaient mises vaillamment à l'œuvre. La province semblait se ranimer; quelque chose* de l'ardeur intellectuelle qu'on y remarquait au xvn® et au xvni* siècle y reparaissait; et, comme les Facultés étaient alors de médiocres centres de vie scientifique, comme rien n'y ressemblait aux universités allemandes ou aux universités que, depuis quinze ans, on travaille à fonder chez nous, c'est dans les Sociétés savantes, devenues de véritables foyers de solide érudition, que, suivant le mot de M. Guizot, l'activité intellectuelle du pays se déployait. Mais cette activité ne pouvait pas toujours se
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borner aux études purement historiques. De l'histoire des arts elle devait s'étendre aux arts, de l'histoire des sciences aux sciences mêmes et à leurs progrès. La transition était naturelle. Il suffisait donc que le Comité exerçât en fait une sorte de direction sur les Sociétés savantes, pour que, fatalement, son propre programhie et son organisation s'en ressentissent; la manière nouvelle d'envisager l'histoire comme le résumé de toutes les manifestations de la civilisation devait produire en lui une transformation inévitable. Sans manquer à l'idée première qui avait présidé à sa formation, le Comité d'histoire proprement dite de M. Guizot avait pu se doubler presque immédiatement d'un Comité de littérature , de sciences et d'art. Mais ce n'était là qu'un début; et; quand les Sociétés savantes apportèrent de toutes parts leurs tributs aux deux Comités, comme des fleuves de plus en plus nombreux coulant tous vers la même mer, celle-ci vit ses rives s'élargir toutes seules, par l'effort incessant des flots qui les pressaient. De là vint la réforme de M. de Salvandy, qui remplaça ces deux Comités par un Comité unique divisé en autant de sectioas que l'Institut a de classes, comprenant dans le cercle de ses études Ten*semble des sciences, offrant aux savants de province, dans quelque champ que s'exerçât leur intelligence, un secoxu's et un appui. On peut dire qu'à partir de la réorganisation du Comité par M. de Salvandy, son rôle principal, qui n'excluait, d'ailleurs, en rien celui pour lequel il avait été inauguré, fiit la direction des Sociétés savantes des départements. Désormais, presque toutes les circulaires, presque toutes les instructions émanées du Ministère de l'instruction publique, sous l'inspiration du Comité i ont pour objet le service de ces Sociétés. Il ne suffisait pas de les rattacher toutes à un centre commim pour donner à leur activité un essor complet; il fallait encore les unir les unes aux autres, leur permettre d'établir entre elles une correspondance régulière , des relations suivies. C'est ce dont on s'occupa sans retard , comme on a pu le voir dans les rapports sur les différents budgets que nous venons de citer. Une circulaire de M. de Salvandy, en date du 5 juillet i838, disait aux préfets : « Monsieur le préfet, je suis informé que
plusieurs Compagnies savantes des départements désireraient établir entre eUes l'échange des recueils qu elles publient, et qu'elles n'en sont empêchées que par l'insuffisance de leurs ressources, qui ne leur permet pas de faire les frais des transports. Comme je suis convaincu que ces communications des Sociétés entre elles serviraient puissamment les progrès des sciences et des lettres, j'ai cru qu'il était du devoir de l'Administration de présider à cet échange intellectuel, et d'assurer la promptitude et la régularité des envois que les Compagnies savantes se feraient réciproquement. J'ai donc décidé que les présidents ou secrétaires perpétuels de ces corps savants seraient autorisés à m'adresser toutes leurs publications , et que des mesures seraient prises pour que tous les documents qu*ils auraient à distribuer parvinssent exactement à leur destination (^). »
Le Ministère de Tinstruction publique devenait donc le centre commun et le lien de ia correspondance des diverses Sociétés établies dans les départements. La franchise postale leur était accordée pour leurs communications avec le Ministère, en sorte quelles pouvaient échanger par son entremise toutes leurs publications sans qu'aucune difficulté matérielle les arrêtât. Mais ce n'était pas tout, et, pom* que Faction réciproque du Comité siu* les Sociétés et des Sociétés sur le Comité eût toute sa fécondité, il était nécessaire que ce dernier s'initiât directement aux travaux des Sociétés, qu'il en fit des comptes rendus réguliers, et qu'il les eût toujours à sa disposition. M. Guizot, nous l'avons vu , était pénétré de cette nécessité ; il s'était proposé de former un recueil qui fut « un véritable monument de l'activité intellectuelle du pays, en tant qu'elle s'exerce et se manifeste par la voie des Sociétés savantes; » son projet fut repris et mis à exécution en i85i. Une circulaire de M. de Parieu, adressée aux présidents des Sociétés savantes, en date du 5 janvier de cette année, dit : « Il existe, entre le Comité des arts et monuments institué près le Département de l'instruction publique et les Sociétés savantes qui s'occupent d'archéo-
'^ T. If; p. 70.
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logie, une similitude d'études qui peut rendre très profitable, à Tun comme aux autres, la connaissance des travaux entrepris dans un but commun. A Toccasion d'une communication qui lui a été faite à Tune de ses dernières séances, le Comité a été frappé de celte corrélation, et il a exprimé ie désir que ies compagnies qui se livrent aux recherches archéologiques et historiques fussent invitées à se mettre en rapport avec lui par ia communication des procès-verbaux de leurs séances et Tenvoi régulier de leurs publications imprimées. Le Comité examinerait ces documents, renverrait ies uns à la commission formée dans son sein pour la publication du Bulletin, et il déposerait les autres dans ses archives et sa bibliothèque ^^K »
Le Bulletin dont parle le Ministre n était pas nouveau, mais M. de Parieu en modifiait le caractère. D'abord Bulletin purement archéologique, M. de Falloux Tavait étendu aux diverses sections du Comité. M. de Parieu allait plus loin : il en faisait à la fois Toi^ane des'Sociétés savantes et celui du Comité. Dès lors, celui-ci aurait pu recevoir le nom que lui donna plus tard M. Rouland de Comité des travaux histori(fues et des Sociétés savantes. Avant d'en arriver là, le Comité devait toutefois subir une épreuve qui aurait pu dénaturer sa mission en renfermant encore dans des bornes trop étroites. M. Cousin lavait déjà mutilé en iS^o, dans le dessein de le concentrer. En vue de donner plus d'activité et plus d'unité à leurs travaux, il avait réuni en un Comité unique les quatre premiers Comités de M. de Salvandy : les Comités historiques de la langue et de la littérature françaises, — des chroniques, des chartes et inscriptions, — des sciences, — des sciences morales et politiques; le Comité prenait le nom de Comité pour la publication des documents écrits de Vhistoire de France. Le Comité des arts et des monuments subsistait à côté de lui. Cétait^ en réalité, revenir en arrière, supprimer les sciences et ne laisser plus que rhistoire et Tarchéologie. Plus tard MM. Villemain, de Vaulabelle et de Falloux apportèrent quelques changements à cette organisation^
<' T. Il, p. 147.
mais sans en modifier les lignes principales. En 1 85 2 , M. Fortoul le soumil, au contraire « à une transformation radicale. Soit que les études historiques eussent changé leiu*s méthodes et que la linguistique y eut pris la place prépondérante, soit plutôt que, pour des raisons politiques, Thistoire proprement dite eût cessé d^attirer les faveurs ministérielles, soit tout simplement peut-être par l'effet d'imc idée fausse, la philologie prit le pas surtout le reste, et le Comité fut nommé : Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France. On le chargea surtout de recueillir les poésies et les chants populaires de notre pays , sous le prétexte, d'ailleurs justifié, que rien ne reflétait mieux toutes les époques de notre civilisation et toutes les variétés de ses manifestations dans nos diverses provinces que les inspirations naïves et spontanées de la muse populaire. De remarquables instructions, rédigées avec im goût parfait par J.-J. Ampère, furent envoyées à cet effet aux correspondants du Ministère , aux Sociétés savantes et aux instituteurs. De toutes parts affluèrent les poésies et les chansons, mais le Comité ne les fit point connaître. Elles sont déposées à la Bibliothèque nationale ; et, des nombreux documents produits par cette grande enquête, pour laquelle on avait cru devoir modifier l'organisation et le titre du Comité , les instructions de J.4. Ampère ont seules été publiées. En présence de cet échec, il est piquant de voir, dans un rapport adresse, le i3 septembre 1862, au Prince Président, quelles espérances animaient M. Fortoul lorsqu'il proposait de tourner presque exclusivement l'activité intellectuelle de la province vers la recherche des manifestations du génie populaire : « Fondatem* d'un gouvernement qui aime à s'appuyer sur la fidéhté des souvenirs poétiques du peuple , vous avez voulu. Monseigneur, conserver avec respect les chants qui rappellent les luttes héroïques de nos pères et les joies paisibles de leurs foyers domestiques. Cette pensée que l'Empereur avait conçue, vous m'avez ordonné de la réaliser. J'ai l'honneur, en conséquence, de vous proposer de faire publier, sous la direction de mon Ministère , le jRe cueil des poésies populaires de la France. Dans ces chants , qui offrent non seulement la trace des événements de l'histoire nationale, mais encore
les modèles de beautés trop longtemps méconnues, nous aimerons à retrouver une fraîcheur de génie qui n appartient qu'à quelques époques heureuses. Au contact de l'expression naïve du vieil esprit français, notre littérature se surprendra peut-être à rougir des fausses délicatesses où s'égare parfois sa subtilité ^^K »
Si les promesses moralisatrices de M. Fortoul ont été réalisées par TEmpire, si ce régime nous a ramenés aux luttes héroïques de nos pères et aux joies paisibles de leurs foyers domestiques, il ne serait pas convenable de le rechercher ici ; mais, quant à ses promesses littéraires, il est assurément permis de dire qu'elles n ont point été remplies. C'est sous TEmpire que s'est arrêté le grand mouvement lyrique et romantique , qui avait entraîné la France durant les belles années de la Restauration et du Gouvernement de Juillet, mouvement désordonné sans doute, auquel on reproche justement bien des exagérations, bien des emportements, bien des violences , maïs qui ne péchait pas du moins par les fausses déhcatesses ni par l'extrême subtilité. La littérature documentaire et descriptive, qui lui a succédé et dont nous voyons aujourd'hui le con^let épanouissement, a des qualités de vérité, d'ingéniosité et de puissance qu'on ne saurait méconnaître; mais ce qui lui manque le plus, n'est-ce pas la naïveté et la simplicité que rêvait pour elle M. Fortoul P Elle ne s'est pas mise à l'école de nos vieux chanteurs; elle ne s'est pas égarée dans les campagnes pour y rechercher une < fraîcheur de génie qui n'appartient «qu'aux époques heureuses ; » elle s'est adaptée, au contraire, aux conditions des époques tourmentées, compliquées et pessimistes, où l'âme humaine, loin de se livrer à des sentiments paisibles, ordinaires, et en quelque sorte extérieurs, se replie sur elle-même pour rechercher jusqu'en ses profondeurs les plus obscures des impressions el des émotions qui n'aient point encore été ressenties.
L'idée de subordonner l'histoire à la philologie populaire était donc dépourvue de justesse et, dans tous les cas, elle a manqué de succès.
<»î T. ÏI,p. i53.
eux
M* Fortoul ne fîit pas mieux inspiré en toucbant au Bulletin. Le 1 6 mars 1 854, il écrivait aux présidents des Sociétés savantes : « Monsieur le président, les mesures déjà prises par mon Département dans Tintérêt des Sociétés savantes, et en particulier l'organisation du service d^échange de leurs publications, ont eu pour effet de favoriser leur développement en établissant entre elles des relations plus suivies. Pour resserrer encore le lien qui les unit et mettre en lumière des travaux trop peu connus, j'ai décidé qu'il serait publié un Balletin des Sociétés savantes. A côté des faits intéressants que peuvent o£Bîr les missions scientifiques et littéraires, les séances du Comité de la langue, de Thistoire et des arts de la France, auquel se rattachent si naturellement les Compagnies savantes, le Balletin présentera le compte rendu aussi complet que possible des mémoires publiés par ces Sociétés. Leurs travaux recevront une publicité plus étendue et seront immédiatement signalés à Tattention du monde savant. Ce Bulletin sera le centre où viendront aboutir les résultats divers de leurs recherches, qui, ainsi réunies, s'éclaireront et se compléteront les unes par les autres. Pour que ce but soit atteint, il est nécessaire que les Sociétés savantes entretiennent avec mon Département des communications régulières et fréquentes. Je vous engage donc, Monsieur le président, à m^adresser à l'avenir, le plus exactement possible, deux exemplaires des bulletins, mémoires, comptes rendus et autres publications de votre compagnie, conformément à l'article 2 de Tordonnance du 27 juillet 1 846. Vous voudrez bien y joindre les programmes des prix qui auront été pro-^ posés. Ces documents, après avoir été analysés dans le Balletin, seront classés dans la bibliothèque des Sociétés savantes, qui vient d'être réorganisée par mes ordres et placée sous la direction de M. Vincent ,. membre de l'histitut. Ds formeront ainsi une collection précieuse , que les Sociétés elles-mêmes pourront utilement consulter (^'. »
Vouloir enfermer dans un même recueil le compte rendu des faits intéressants que pouvaient offrir les missions scientifiques, en même
<') T. II, p. 164-165.
temps que celui de tous les travaux des Sociétés savantes, des correspondants du Ministère et du Comité lui-même, était le moyen d'amener une inévitable confusion. Or, en i854, le Bulletin n^étaît pas divisé, comme il Ta été quelques années après, en fascicules dis« tincts, correspondants aux diverses branches» d'études dont s^occupait le Comité, et une idée qui aurait pu amener plus tard une réforme sage et profitable se trouvait alors hâtive et mal conçue. Mais l'inspiration vraiment malencontreuse de M. Fortoul , inspiration qu^on n'abandonna jamais complètement sous l'Empire, fut de soumettre en quelque sorte les Sociétés savantes à l'autorité universitaire, de les placer sous la dépendance des recteurs, d'en faire des appendices et des accessoires des Facultés. C'était méconnaître entièrement la nature de ces Sociétés. Elles n'ont rien d^universitaire ; leur indépendance et leur autonomie doivent être absolues; si elles sont liées au Ministère de l'instruction publique, c^est par un échange de services, non par une sujétion quelconque. Aussi correspondent -elles directement avec lui : elles n'ont pas besoin de l'entremise des recteurs^ la compétence de ceux-ci ne saurait s'étendre jusqu'à elles sans leur faire craindre des empiétements sur leur liberté, dont elles sont à bon droit très jalouses. Le Comité lui-même n a aucune juridiction sur elles : il leur sert de conseil, pas d'autre chose. Il les dirige par des avis et des instructions, dont elles tiennent compte à leur gré. C'est une tutelle toute d'insinuations et de bonne grâce, qui n'a rien d'imposé et, pour ainsi dire, rien d'officiel. Dès lors, n'était-il pas très imprudent de placer, entre le Comité et les Sociétés, le personnel des Rectorats et des Facultés P C'est poiu*tant ce que M. Fortoul essaya de faire. Le lo janvier i856, il écrivait aux recteurs: « Monsieur le recteur, par les dispositions de la loi du 1 4 juin 1 854 ^^\ p&r les décrets et actes officiels qui en ont réglé l'exécution, vous avez vu que le Gouvernement, en constituant les nouvelles académies, a voulu créer de grands centres d'activité intellectuelle, d'où puisse s'étendre sur
^*) Cette loi est relative à Tadministration générale de rinstruction publique.
la France entière Timpulsion qu il entend donner aux études de tout ordre. Depuis lors, des instructions spéciales vous ont montré Tesprit de la loi, en ce qui touche son application aux divers degrés de renseignement public. Sans aucun doute, la première, la plus essentielle de vos attributions consiste à diriger et à surveiller les écoles de TEtat et à présider à Tinstruction classique proprement dite. Mais là ne sWrête pas votre mission : au Ministère de Tinstruction publique se rattachent d*autres institutions, qui, sans participer d'une manière immédiate à la distribution de renseignement et sans ressortir directement à votre autorité, ne doivent pas cependant demeurer en dehors de votre action, car elles contribuent à la diffusion générale des connaissances littéraires et scientifiques. Je veux parler des Sociétés savantes et des correspondants de mon Ministère poiu* les travaux historiques... Votre position élevée vous permettra, je Tespère, d'exercer rinfluence la plus salutaire sur les Sociétés qui sont comprises dans la circonscription de votre ressort. Au moment où la nouvelle or- ^ ganisation des académies, en s'inspirant des anciennes traditions de la France, rassemble, sous une même direction rectorale, des départements unis par la communauté de leurs souvenirs, de leurs mœurs et de leurs intérêts, vous trouverez, dans les Sociétés savantes spécialement vouées à Tétude de la science locale, des centres où se conserve, avec le cidte intelligent des traditions particulières de la province, l'amour sincère du pays. De semblables associations méritent tous vos encouragements. Je vous invite à vous mettre en rapport avec MM. les présidents des Sociétés savantes, à leur assurer le concours de vos lumières et de votre autorité. Je verrais avec plaisir qu'il vous fût possible d'assister aux séances publiques de ces compagnies. Vous témoigneriez ainsi de la sollicitude du Gouvernement pour des associations qui entretiennent et propagent en France le goût des lettres et de la science. Ne craignez pas d'engager les membres du corps enseignant à prendre leur part de ces travaux, qui leur feront étudier et aimer le pays qu'ils habitent et auquel ils s'attacheront d'autant plus qu'ils le connaîtront mieux. Ils doivent tenir à
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honneur d'être admis dans ces doctes compagnies, qui ne seront peut* être pas insensibles à des mérites solides et vraiment classiques. Quand vous verrez des eflbrts se produire pour réorganiser des Sociétés malheureusement dispersées, quand une compagnie nouvelle cherchera à se former et n'attendra plus pour se constituer que l'approbation du Gouvernement, vous me signalerez ses tendances, son but, les revenus dont elle dispose. J'examinerai avec beaucoup d'intérêt les rapports que vous m'adresserez à ce sujet, et j'aurai soin de les consulter lorsqu'il s'agira de répartir des encouragements entre les Sociétés et d'assurer mon concoiu^s tantôt à leurs publications, tantôt à des recherches importantes et à des fouilles qui nous rendent les monuments et les précieux débris du passé (^). i
Ces belles espérances ne se réalisèrent pas ; elles reposaient sur une conception fausse : les réformes de M. Fortoul n'étaient pas heureuses. Sous son administration, le Comité traversa une véritable période de stérilité. Il se releva avec M. Rouland. Ce dernier comprit que, pour lui rendre la vie intense dont il avait joui sous M. Guizot et sons M. de Salvandy, il fallait le ramener à l'histoire, tout en restituant aux sciences la place qui leur avait été enlevée depuis M. Cousin. 11 comprit également que, dans le même intérêt, il fallait le rattacher de plus en plus aux Sociétés savantes , en faire leur organe principal et central. A cet efiFet, il le divisa, par un arrêté en date du 22 février i858, en trois sections distinctes : 1° section d'histoire et de philologie; 2^ section d'archéologie; 3° section des sciences; et, pour marquer à la fois son unité et sa mission, les trois sections réunies formèrent le Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes.
«Il a semblé convenable, écrivait-il le 29 mars i858 aux présidents des Sociétés savantes , de rendre au Comité le titre consacré par l'usage; mais j'ai désiré que cette dénomination rappelât, en outre, les liens étroits qui devront rattacher le Comité aux Sociétés savantes. Les associations que l'on désigne d'ordinaire par ce titre générique ne s'occupent pas exclusivement d'histoire , de philologie et d'archéo- <») T. II, p. 165-167.
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logie; elles cultivent avec non moins de succès les sciences morales et économiques, les sciences physiques et mathématiques, les sciences naturelles, agricoles et industrielles. Le nouveau Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes n^aurait pas justifié son titre ni répondu à ma pensée , s'il avait .dû négliger, comme par le passé , cette branche importante des études poursuivies en province. En y ajoutant une section des sciences , je Tai mis en mesure de suivre désormais tous ces travaux, et de me présenter chaque mois un compte rendu des mémoires parvenus au Ministère dans le mois précédent. Ce compte rendu sera publié dans la Revue dont je vais avoir bientôt l'honneur de vous entretenir ^^\ »
Cette Revue y dont allait parler M. Rouland, la Revue des Sociétés savantes, avait remplacé le Bulletin. Elle était appelée à rendre les mêmes services, mais d'une manière plus suivie, plus régulière et plus complète. M. Rouland avait été frappé, à ce qu'il disait non sans quelque exagération, de voir que les efforts faits par ses prédécesseurs pour mettre en lumière les travaux et les recherches des Sociétés savantes ne produisaient pas tous les effets qu'on en avait attendus. L'échange de leurs publications , sous le couvert du Ministère de l'instruction publique, la création du Comité des travaux historiques et celle du Bulletin, qui avait eu pour objet de leur donner un centre commun, où leurs travaux pussent aboutir, et de leur offrir la publicité qui leur manquait, n'y étaient pas toujours parvenus. Les Sociétés ne se connaissaient pas beaucoup mieux que par le passé; souvent les mémoires restaient ignorée en dehors de la province où ils paraissaient, et la critique leur accordait à peine un regard distrait. M. Rouland espérait arriver à de meilleurs résultats, soit en rendant plus intimes les rapports du Comité et des Sociétés , soit en faisant delà Revue des Sociétés savantes un organe perfectionné de ces dernières. • Les sections du Comité pourront, disait-il, rédiger des instructions spéciales pour les Sociétés savantes qui lui en feront la demande; ces compagnies pourront être invitées à se faire représenter par un t'> T. II, p. 19a.
délégué au sein du Comité; MM. les présidents ou vice-présidents et secrétaires perpétuels qui se trouveront momentanément à Paris, ainsi que MM. les correspondants du Ministère, auront le droit d^assister à toutes les séances des sections (^^ » Mesures libérales et sages, qui mériteraient peut-être d'être reprises. Dans une circulaire aux correspondants M. Rouland disait encore, le 26 aoiit i858 : « L^importance croissante des travaux historiques ou scientifiques entrepris en province et les heureux résultats des recherches opérées parles Sociétés savantes m^ont engagé à donner au Comité institué près de mon Ministère une organisation nouvelle, qui lui permette d'embrasser Fensemble de ce mouvement intellectuel, de constater les faits nouveaux acquis à la science, de leur offrir la publicité* qui leur manque, de diriger et d'encourager les efforts isolés et les publications collectives. Tel a été le but de Farrêté du 22 février dernier, dont j*ai Thonneur de vous adresser un exemplaire. J^ai cru devoir rendre officiellement aur Comité le nom qu^il porta jadis et que Tusage lui a conservé; mais j'ai voulu, en même temps, que cette dénomination rappelât les attributions nouvelles qui lui sont confiées. Par le fait même de sa constitution, le Comité se voyait contraint de négliger les publications scientifiques : en créant une section des sciences, je Tai mis en mesure d'embrasser toutes les études poursuivies avec succès en province. J'ai pu, dès lors, étendre sa sphère d'action, et, tout en lui conservant les attributions qui lui ont appartenu jusqu'à ce jour, le charger de me présenter un compte rendu mensuel de toutes les publications des Sociétés savantes; de me donner son avis sur les encouragements qui pourront être accordés à ces associations , et sur les demandes en reconnaissance légale qu elles formeront; de proposer des questions à ces Sociétés, sous mon approbation , et de me présenter la liste des mémoires qui lui paraîtront mériter des prix'^^. »
Et pour bien préciser que les travaux du Comité ne devaient pas se borner à la publication des documents inédits, qu'ils devaient être
'») T. II, p. 193.
w T. II, p. 197.
aussi variés et aussi vastes que la science elle-même, M. Rouland ajoutait : a Dans ces dernières années, MM. les correspondants ont été invités à se borner à envoyer des documents inédits. U y aurait un grave inconvénient, à mon avis, à maintenir ces rectrictions : le Comité forme, en quelque sorte, avec les correspondants, une vaste Société savante qui embrasse toute la France et doit résumer les travaux des associations locales; il recevra donc avec reconnaissance les communications quon voudra bien lui adresser dans ce but; il accueillera avec intérêt des notices sur des points d'histoire, de philologie ou d'archéologie locale, sur les découvertes qui pourront avoir lieu et les faits curieux qui viendront à se produire. Les sections du Comité pourront être chargées , à l'avenir, de publier des travaux historiques ou scientifiques : telles seraient, par exemple , des études générales sur la géographie historique de la France, sur les anciennes institutions des provinces, leur bibliographie, leurs dialectes, leurs monuments, leur faune et leur flore ^^K >
La réorganisation et Textension de la Revue des Sociétés savantes, dont on voulait faire le lien des nombreuses Sociétés répandues dans les divers départements, était la suite naturelle des modifications apportées au Comité. Cette Revue devait ouvrir une tribune aux érudits de province, leiu* fournir un public, leiu* permettre de faire profiter la France entière de leurs savantes recherches. Une analyse bienveillante et sérieuse devait y résumer tous les travaux des Sociétés, et signaler les ouvrages ou mémoires importants publiés sur tous les points du pays. « Ce sera, disait M. Rouland, une statistique intellectuelle des départements, rédigée chaque mois sous les auspices du Ministère de Tinstruction publique (^'. » Mais la Revue devait perdre i cette transformation un des avantages essentiels de Tancien Bulletin^ que la réforme opérée dans ce Bulletin par M. Fortoul, et dont nous avons parlé plus haut, lui avait d'ailleurs en partie enlevé. Le Bulletin n^était pas précisément à son origine im journal des Sociétés savantes,
^*> T. Il, p. 198.
w T. II, p, 198.
il était le complément naturel des documents inédits publiés par le Comité. Chaque fois qu'un correspondant du Ministère ou quWe Société savante découvrait une pièce quelconque d'un véritable intérêt, mais de trop peu d'étendue pour faire Tobjet d'une publication spéciale, il l'envoyait au Comité, et ce dernier, s'il l'en jugeait cligne, lui donnait asile dans le Bulletin, où elle paraissait accompagnée du rapport d'un des membres du .Comité et avec la discussion qu elle avait provoquée. Le Bulletin formait ainsi une collection de travaux historiques et archéologiques, qui tenaient leur place dans la Collection des documents inédits. La Revue de M. Rouland oublia de plus en plus cet intérêt, pour se consacrer dune manière presque unique au soin de mettre en lumière les études particulières des Sociétés savantes; elle leur servit d'organe, ce qui était à coup sûr dans son rôle , mais n'était point tout son rôle , et elle ne s'occupa pas assez des communications faites au Comité. De plus, M. Rouland était imbu sur certains points des mêmes idées que M. Fortoul, et c'est aux professeurs de Facultés , devenus ainsi les juges et quelque peu les pédagogues des Sociétés savantes, qu'il confiait le soin de dresser ce qu'il appelait la statistique intellectuelle des départements. On voulait avant tout , à cette époque , s'emparer des esprits , les diriger, les contenir, les maîtriser. Toutes les manifestations de l'activité morale de la nation devaient entrer dans les cadres réglementaires : t Je désirerais vivement, écrivait M. Rouland aux recteurs, que MM. les professeurs de Facultés ne restassent point étrangers à la rédaction de cette Revue. Il appartient à leur savoir et à leur expérience de provoquer et de stimuler l'activité intellectuelle dans nos départements; il leur appartient également d'en constater les résultats. Il importe donc, M. le recteur, que vous désigniez chaque année, dans l'ordre des lettres et dans l'ordre des sciences , un professeur qui sera chargé de recueillir tous les faits relatifs à Tobjet spécial de ses études qui se produiront dans le ressort académique dont l'administration vous est confiée, et de suivre attentivement les publications faites, soit collectivement dans des mémoires, par les membres des Sociétés sa-
vantes, soit individuellement, dans des livres, par les membres de ces mêmes Sociétés. Le professeur à qui sera confiée cette intéressante mission consignera dans un rapport le résultat de ses recherches et de ses observations. Ce rapport, sévèrement divisé par ordre de matières ^^evra comprendre, pour chaque groupe de livres ou de mémoires, une analyse dans laquelle seront exposés les sujets traités par les auteurs, leurs conclusions critiques et les faits nouveaux que les diverses publications pourront mettre en lumière. A la suite de ce premier travail, purement analytique. Fauteur du rapport rédigera un résumé dans lequel il exposera quelle est, dans le ressort académique, la tendance générale des esprits, quelles études occupent de préférence les Sociétés savantes , et les éléments nouveaux que ces Sociétés ont apportés à l'ensemble des connaissances humaines (^'. »
Ainsi c'étaient les Facultés, dont la vie scientifique était pourtant alors si peu développée, qu'on chargeait de provoquer et de stimuler l'activité intellectuelle des Sociétés savantes. Un professeur, désigné par le recteur, devenait le guide et le censeur ofiBiciel de ces dernières. Ajoutons, d'ailleurs, qu'on lui recommandait la plus grande bienveillance et les ménagements les plus délicats. Mais la mission qu'on lui confiait n'appartenait-elle pas au Comité et pouvait-elle appartenir à un autre qu'à lui ? Puisque celui-ci recevait toutes les publications des Sociétés, il était évidemment mieux placé que les professeurs des Facultés pour les apprécier et pour mettre en lumière celles qui en étaient dignes. Lui enlever ce soin, c'était le priver d'une partie particulièrement importante de son rôle , au moment où on l'appelait Comité des Sociétés savantes. Toutefois M. Rouland insistait beaucoup sur cette action des professeurs, dont il attendait les meilleurs effets.
«Recueillis par des hommes aussi éclairés, aussi dévoués aux intérêts des lettres et des sciences que MM. les professeurs des Facultés, les renseignements que je leur demande aujourd'hui, disait-il, ont à
»*) T. Il, p. 181-182.
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mes yeux une grande importance. La presse quotidienne ou périodique n'a jamais donné jusqu'ici aux ouvrages publiés dans nos départements Tattention qu'un grand nombre d'entre eux méritent. File a, pour ainsi dire, laissé dans l'ombre des hommes que leur modestie et leur désintéressement auraient dû recommander de préférence à son attention; c'était plus que de l'oubli; c'était de l'ingratitude, et c'est pour réparer eette ingratitude que je fais appel aux membres du corps enseignant. Leurs rapports me permettront, par l'insertion dans la Revue des Sociétés savantes, de montrer que les travaux de ces sociétés ne restent point étrangers à la sollicitude du Gouvernement , et qu'il entre dans les vues de mon Administration de signaler, dans un oi^ane de publicité toujours impartial, toutes les manifestations de l'esprit français, quels que soient les points du territoire sur lesquels elles se produisent. L'Empereur Napoléon I^ a demandé à l'Institut le résumé décennal du progrès des sciences et des lettres dans notre glorieuse patrie. Je demande aujourd'hui un résumé du même genre à l'Université pour chacune de nos grandes circonscriptions académiques; et, grftce aux renseignements qui seront recueillis sous votre haute direction, je pourrai chaque année présenter au pays , qui ne peut manquer de l'accueiUir avec une légitime satisfaction, le tableau général du mouvement intellectuel accompU dans l'empire français (^). »
Pour qu il n^y eût pas de doute sur le but poursuivi dans cette surveillance des Sociétés savantes par les Facultés, M. Rouland disait encore : «Je verrai avec satisfaction MM. les membres du corps enseignant devenir membres actifs de ces associations, et, par leur exemple, imprimer aux recherches de leurs confrères la direction la plus conforme aux véritables intérêts de la science. Pour acquérir Tinfluence désirable, ils devront renoncer aux théories générales et aux vues d'ensemble qui peuvent trouver place dans leur enseignement; ils aborderont, au contraire, dans leurs mémoires ces questions qui ne sauraient être résolues que sur les lieux mêmes, et,
^') T. II, p. 183.184.
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pour les traiter, ils nliésiteront pas a se pénétrer de Tesprit de la province quils étudient. Ils n'oublieront pas; du reste, les obligations spéciales que leur impose à cet égard leur titre de fonctionnaires, et ils se garderont avec soin de s'associer à certains projets qui ont pour but d'enlever à TEtat toute influence sur les Sociétés savantes. Le Gouvernement ne peut rester étranger à ce mouvement littéraire, qu'il lui appartient d'encourager et de diriger; il doit compter, pour l'accomplissement de cette tâche, sur le concours intelligent de MM. les membres de l'Université ^^\ »
Tout ce projet de M. Rouland , si bien conçu qu'il fût en apparence , n'en était pas moins trop contraire aux désirs légitimes et aux besoins d'indépendance des Sociétés savantes pour avoir quelque chance de réussir. Comme nous l'avons d'ailleurs remarqué , un professeur jugeant sur place, avec les vues particulières du milieu dans lequel il se trouvait , les œuvres des savants de province , était bien moins en mesiu^e de les apprécier justement que les membres du Comité siégeant à Paris, au centre même où convergent toutes les études. M. Rouland fut mieux inspiré en créant le congrès annuel des Sociétés savantes à la Sorbonne, qui permet aux savants venus de tous les points de la France de se rencontrer, de discuter ensemble leurs travaux et leurs intérêts, de se mettre en relation avec les maîtres de la science, de trouver enfin, auprès de leurs collègues et de leurs égaux, la plus vaste et la meilleure des publicités. Mais, là aussi, une idée malencontreuse se mêla à une réforme féconde. Pour mieux encourager les travailleurs de province et appeler les investigations sur certains points qui lui paraissaient avoir été négligés, ou qui réclamaient le concours d'un grand nombre d'érudits, répartis dans tous les départements, M. Rouland décida que trois prix annuels de 1 5oo francs seraient décernés à celles des Sociétés savantes qui présenteraient les meilleurs mémoires imprimés ou manuscrits sur des questions proposées par le Comité avec l'approbation du Ministre. Chacun des prix donnait droit à deux
'•i T. II. p. 189.
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médailles : Tune, de 3oo francs, était décernée à la Société qui avait présenté le mémoire couronné, et Tautre, de 1200 francs, était donnée à Tauteur ou aux auteurs de ce mémoire. La « distribution solennelle (^) » des prix de ces sortes de grands concours avait lieu i la Sorbonne, à Tissue du congrès des Sociétés savantes. Ce congrès luimême se composait de « séances solennelles •W, Tout cela ne rappelait-il pas beaucoup trop les cérémonies dans lesquelles sont couronnés les collégiens.^ Et Ton ne s'arrêta pas dans cette voie fâcheuse. On créa plus tard des prix de 1000 francs, à décerner dans chaque, académie au mémoire ou à l'ouvrage jugé le meilleur sur quelque point d'archéologie, d'histoire politique et littéraire ou de science intéressant les provinces comprises dans le ressort académique. Les commissions qui décernaient ces prix devaient être formées en majorité par les présidents ou les membres des Sociétés savantes de Tacadémie. Leur proclamation, également « solenn^e > , devait avoir lieu dans la séance de rentrée des Facultés. C'était encore un moyen de rattacher les Sociétés aux établissements universitaires. Mais comment ne comprenait-on pas que , si les savants de la province ne devaient pas être humiliés ou même s'ils pouvaient être flattés d'être récompensés à Paris par le Comité, il leur était impossible de se laisser juger chez eux parleurs égaux, ou plutôt par leurs rivaux P Tout ce système de prix était donc regrettable. Quant à la subordination des Sociétés aux Facultés, elle ne pouvait qu'amener, et elle n'a amené en effet, qu'un grand refroidissement dans les rapports des Sociétés avec le Ministère de l'instruction pubUque. Pour échapper au joug pédagogique auquel on voulait les soumettre , les Sociétés préféraient renoncer à la direction morale et à l'appui du Comité. C'est en vain qu'on leur promettait de respecter leur indépendance et leur initiative; c'est en vain qu'on leiu* affirmait n'avoir d'autre dessein que de leur être utile; elles ne se laissaient pas plus prendre i ces bonnes paroles qu'aux prix et aux médailles qu'on leur tendait d'une main si ma-
t^J T. II, p. a 12.
'} T.II, p. ai2.
jestueuse. Elles voulaient avoir avec les Facultés des relations scientifiques, mais sans se soumettre à leur juridiction; elles voulaient correspondre avec le Ministère de Tinstruction publique, mais sans entrer dans le cadre universitaire , trop étroit et trop rigide pour elles. Tous les efforts tentés sous l'Empire pour rendre les Sociétés savantes en quelque sorte vassales des Facultés, pour les faire diriger et contrôler par leiu's prof esseiu^s , sous l'autorité supérieure des recteurs, ne réussirent donc qu'à ralentir le mouvement d'activité intellectuelle dont elles avaient été quelque temps , en province , les principaux foyers. Mais, à partir de 1 87 1 , un esprit nouveau anima le Ministère de l'instruction publique, qui, revenant aux traditions de M. Guizot et de M. de Salvandy, ne prétendit plus à autre chose qu'à seconder les Sociétés savantes dans leurs travaux, sans leur faire payer ce concoui^s par la moindre atteinte portée à leur indépendance , par la plus légère diminution de leur liberté. Dès le mois de décembre 1 87 1 , M. Jules Simon adressait une circulaire aux recteiu^s , afin de les inviter à presser sur tous les points du territoire la reprise des travaux littéraires et scientifiques interrompus parles catastrophes qui venaient de s'acciunider sur la France. Si l'on voulait relever le pays, le régénérer, il était lu^gent de ranimer partout ce zèle pour les études, cet amour des découvertes, ce culte des recherches désintéressées, qui sont un des éléments essentiels de la dignité, de la force morale et même de la puissance matérielle des nations. MaisM. Jides Simon recommandait aux recteurs de s'acquitter de leiu* tâche avec toute la prudence qui convient aux représentants du Gouvernement dans leurs rapports avec des associations autonomes et avec des savants indépendants. « L'intervention de l'État, disait-il, dans les travaux de l'intelligence est délicate; elle ne peut être fructueuse qu'à la condition de ne pas entraver la liberté des hommes de science et de ne pas éteindre ou gêner en eux l'esprit d'initiative^^'. > En conséquence, sur l'avis du Comité, il posait les deux principes suivants :
t»*T.II,p. a46.
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« 1® Que les fonds dont l'Administration pourra disposer pour Tencouragement des sciences soient attribués à des travaux de recherches et à la publication des résultats acquis;
t 2^ Que TAdminist ration s'abstienne d'une intervention directe dans les travaux scientifiques, et qu'elle en laisse le soin au zèle éclairé des savants et des Sociétés. »
Et, développant ces principes, il ajoutait :
• Il se peut que des savants insu£ELsamment aidés jusqu'ici dans leurs études se soient laissés parfois aller à l'inaction. Il vous sera facile de relever leur courage, de les engager à reprendre leiu*s travaux interrompus et à s'adresser à vous avec confiance pour les moyens d'exécution. La mission que je vous confie, M. le recteur, ne peut réussir qu'à la condition de n'avoir rien d'officiel; sinon, nous manquerions aux principes que nous avons posés. Mais vous connaissez vos collaborateurs; vous savez quels sont ceux qu'animent un zèle et une ardeur véritables, et qu'on peut solliciter, sans crainte de faire naître des prétentions que le talent ne justifierait pas ^^\ »
Il suffit de comparer cette circulaire à celles que nous avons citées précédemment pour voir quel changement s'était produit au Ministère de l'instruction publique. De cette manière nouvelle d'envisager le rôle du Comité et des Sociétés date, pour Tun et pour les autres, une ère de renaissance et de régénération. M. Jules Simon n'eut malheureusement pas le temps d'accomplir les réformes qui devaient leur rendre la prospérité d'autrefois; mais, du premier coup, il en avait tracé les règles et préparé l'exécution. Un décret, en date du 21 décembre 1872, suppi:ima les concours provinciaux entre Sociétés savantes. Les prix distribués à la Sorbonne ne tardèrent pas non plus à être abrogés. On renonça à traiter les Sociétés comme les lycées et les collèges, en leur distribuant des couronnes. On préféra leur venir en aide, leur donner des secours et des encouragements, sans prétendre
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intervenir dans leurs travaux, les laisser libres, tout en leur oiTrant un appui. Mais il était naturel qu'échappant à la surveillance des Facultés et des recteurs, elles revinssent se placer d'elles-mêmes sous la direction du Comité , le seul guide , non seulement qu'elles pussent accepter, mais qu elles eussent intérêt à solliciter. De celui-ci elles n avaient à craindre aucune intrusion fâcheuse, aucun empiétenîent , aucun procédé dictatorial. Sa tutelle leur avait toujours servi et ne les avait jamais asservies.
A partir de 1871, le Comité reprit donc toute son importance comme organe central des Sociétés savantes; seulement son organisation ne répondait plus tout à fait aux nécessités de la science. A mesure que les Sociétés savantes s'étaient développées, elles avaient de plus en plus élargi le cercle de leurs études : histoire nationale, histoire universelle, archéologie, philologie, arts, sciences chimiques, physiques et naturelles , droit, économie, géographie, etc., rien parmi les manifestations multiples du travail scientifique de notre époque ne leur était resté étranger. En reprenant plus directement en main la tutelle de ces Sociétés, le Comité se voyait forcé de les suivre sur toutes les routes du progrès où elles s'étaient engagées. Tout préjugé de coterie, toute exclusion d'écoles, tout retour inopportun vers le passé, devaient disparaître pour ne laisser place qu'à une intelligence vraie des conditions multiples du mouvement scientifique contemporain. Pour bien marquer le nouvel esprit avec lequel son rôle était désormais compris , on changea d'abord le nom du Comité. De Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes, il devint Comité des travaux historiques et scientifiques , dénomination très large, qui avait le double mérite de rappeler son origine pure* ment historique et de n'opposer aucune limite à ses développements futurs. Mais cette modification d'étiquette n'était que le prélude d'une modification bien plus importante dans l'organisation même du Comité. En présidant, le i5 avril 1882, la réunion générale des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne, le Ministre de l'instruction publique, M. Jules Ferry, disait : t II n'y a pas assez de sections
au Comité des travaux historiques et scientifiques; il en faut une de plus, j^en conviens, et je réalise un de mes vœux secrets les plus chers en établissant dès à présent, pour le prochain congrès, une section des sciences morales et politiques. Il serait vraiment surprenant et peu respectueux pour la science, que les sciences sociales, qui s'incorporent de plus en plus les méthodes exactes et expérimentales des autres sciences, fussent seules tenues à Técart de ce congrès scientifique. Il ne le faut plus; elles auront une section, elles poseront des questions et délibéreront sur le même pied que toutes les autres (^). » Ainsi, de même que M. Rouland avait créé la section des sciences, Nf. Jules Ferry créait la section des sciences économiques et sociales. Une troisième section venait donc s'ajouter aux deux qui existaient déjà. De plus, à côté du Comité, siégeait une commission particulière , la Commission de géographie historique de Vancienne France y nommée précédemment Commission de la carte des Gaules, qui publiait des cartes et des dictionnaires archéologiques dWe importance capitale, mais qui, par leur nature même, auraient dû rentrer dans le cadre des attributions du Comité. Pour fondre cette commission dans le Comité, aussi bien que pour adjoindre à celui-ci une section des sciences économiques et sociales, il fallait toucher à sa constitution intime. On s'appliqua à le transformer d'après des règles plus simples et d'une telle élasticité quelles pussent se prêter à la fois aux nécessités du présent et à celles de l'avenir. Un arrêté, en date du 12 mars i883, conserva au Comité son nom de Comité des travaux historiques et scientifiques, et le divisa en cinq sections : i^ une section d'histoire et de philologie; 2** une d'archéologie; 3** une des sciences économiques et sociales; à^ une des sciences mathématiques, physiques, chimiques et météorologiques; 5^ une des sciences naturelles et géographiques. Plus tard, un arrêté complémentaire, en date du 3 novembre i885, réunit les sciences naturelles, sous le titre de Section des sciences, aux sciences mathématiques, chimiques et météo
^*^ Bulletin du. Comité des travaux historiques et scientifiques , année 188a, p. 17 5.
rologiques, afin de donner plus d^unité à la cincpiième section, devenue section de géographie historique et descriptive.
Cette division du Comité en sections n^est d'ailleurs qu'un cadre général, laissant à chacune de celles-ci Tentière liberté de ses mouvements. Si bien délimité qu'il soit, le champ de leurs études particulières est tellement vaste qu'il peut y avoir parfois intérêt à créer des commissions tant permanentes que provisoires, soit pour surveiller certaines publications, soit pour diriger certaines entreprises scientifiques. C'est ainsi qu'une commission est chargée en ce moment de recueillir et de publier, sous l'autorité générale du Comité , les renseignements et documents archéologiques qui nous arrivent de Tunisie. Du reste, les frontières des sections ne sont pas plus infranchissables que celles des sciences elles-mêmes. Entre l'histoire et l'archéologie, par exemple, que de rapports, que de services réciproques et pom^ ainsi dire quelle pénétration mutuelle I Des membres du Comité peuvent donc appartenir à plusieurs sections à la fois , et chacune d'elles est libre d'appeler dans ses commissions les membres des sections voisines dont le concours lui paraît utile à l'exécution d'une œuvre quelconque. Une commission historique ne saurait manquer de faire appel à des archéologues, de même qu'une commission d'archéologie ne se passera jamais complètement d'historiens. Mais , grâce à l'organisation multiple et pourtant concentrée du Comité , tous ces emprunts, toutes ces communications, tous ces échanges de services se font naturellement de section à section, sans aucune révolution intérieure. C'est la réalisation de ce que les théologiens de l'Eglise gallicane appelaient la diversité dans l'unité. « Mais on pourrait craindre » , disions-nous nous-même , dans un rapport au Ministre de l'instruction publique, en date du 5 mars i883, «que cette division en sections et en commissions , qui rendra le travail plus actif et plus facile , n'eût l'inconvénient de perpétuer, d'ime manière chronique, la mobilité du Comité et les variations dont j'ai rapidement esquissé l'histoire. U est bien clair, en effet, que les cinq sections dont je demande la formation tendront encore à se fractionner. Le nou-
veau cadre du Comité risquerait donc, comme rancicn, d'être modifié sans cesse, peut-être, en fin de compte, d'être totalement brisé. Cest pour prévenir ce danger, c'est pour fonder quelque chose d'un peu stable dans le flux et le reflux perpétuel des sections, pour maintenir l'accord entre ces sections parfois un peu arbitraires, que je propose de leur donner, dans le Comité même, une représentation permanente, au moyen d'une commission administrative composée des présidents de chacune d'entre elles, ainsi que de quelques-ims de ses membres choisis par le Ministre de l'instruction publique, si celui-ci le juge à propos. EmaDée directement des sections, dont elle sera l'image fidèle, cette commission formera l'élément durable du Comité. Chaque fois qu'une section sera créée, la commission, sans changer de mandai, sans modifier sérieusement sa composition, comptera seulement un membre ou deux de plus. En revanche, si une section venait à disparaître, sa représentation dans la commission disparaîtrait également. Ce procédé fort simple , en permettant de ne toucher qu'avec délicatesse à son organisme essentiel, maintiendra dans le Comité l'unité d'esprit et de direction. Sans être absolument immuable, le Comité n'aura plus à redouter ces révolutions profondes, ces transformations radicales auxquelles il a été trop exposé. II formera une sorte de faisceau qu'on augmentera ou qu'on diminuera à volonté , en resserrant ou en élargissant le lien chargé de le contenir. La création d'une commission administrative aura des avantages théoriques et pratiques incontestables. Si différentes qu'elles soient, les sciences ont entre elles de nombreux rapports. 11 est donc nécessaire qu'au-dessus des méthodes particulières à chacune d'elles une méthode générale, une sorte d'esprit commun les anime. C'est pour cela que le Comité doit rester un, malgré la multiplicité des sections. Mais ces sections ne seront pas seulement réunies par leur intérêt scientifique, elles le seront aussi par leurs intérêts matériels. Pour cela encore, il faudra entre elles toutes une sorte de trait d'union, et elles le trouveront dans la commission centrale. Sans doute l'Administration aurait pu en jouer le rôle, mais Tautorité d'une commission formée de
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tous les présidents des sections sera bien supérieure à la sienne lorsqu'il s'agira de traiter des questions délicates : en pareille matière , l'action administrative doit être aussi peu apparente et même aussi peu agissante que possible. L'unité d'action du Comité ainsi assurée, il n'y aura plus aucun inconvénient à laisser se produire les divisions de spécialités , sans lesquelles il ne saurait y avoir ni vie ni progrès. 11 n'y aura plus également aucun inconvénient à étendre le cercle des travaux du Comité, À mesure que celui de la science s'étendra , car, si ses rayons s'allongent, son centre sera fixe. Il restera seulement à mettre ses publications en rapport avec les perfectionnements qu'il aura reçus '^^ »
Pour bien faire comprendre comment on a atteint ce dernier résultat, il est bon de rappeler que les publications du Comité ont pris un double caractère. Fondé en vue de mettre au jour les documents inédits de notre histoire, il s'est acquitté de cette mission en faisant paraître la grande collection qui a obtenu dans le monde savant un si grand et si légitime succès. Mais il ne s'en est pas tenu là. Peu à peu il s'est vu amené à publier un recueil périodique, contenant le compte rendu de ses propres travaux et celui des travaux des Sociétés savantes, ainsi que les pièces, documents, renseignements intéressants qu'il recevait de ces dernières ou de ses correspondants particuliers. Ce recueil n'obtint pas d'emblée tout le succès dont il aurait été digne, soit peut-être , à l'origine , parce qu'il paraissait à des intervalles trop éloignés, soit parce que, plus tard, il était un peu massif et manquait d'ordre et de clarté. Nous avons remarqué d'ailleurs qu'en se transformant peu à peu , comme 11 devait naturellement le faire, en Journal des Sociétés savantes, il avait trop laissé de côlé la publication des pièces diverses qui auraient servi de complément aux documents inédits. Le Bulletin originaire, qui avait formé cette sorte de complément, n'était consacré qu'à l'histoire et à l'archéologie; la Revue, qui se préoccupait surtout des Sociétés savantes, s'appliqua également aux sciences : elle fut divisée en deux parties, l'une historique, philologique et archéologique, l'alilre scientifique. Cette divi-
f*) T. II,p. 3ii.3i3.
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sion, qui pouvait sembler naturelle à quelques époques de la vie du Comité, où celui-ci ne comprenait que deux sections, devait forcément être modifiée depuis les dernières transformations de 1 883. Il a paru bon de revenir ^u Bulletin et d'y publier, à côté de l'analyse des travaux des Sociétés savantes, qui doit toujours en être une partie essentielle, les documents recueillis par les correspondants du Ministère ou les Sociétés savantes, les rapports faits sur ces documents et le compte rendu des discussions auxquels ils ont donné lieu dans le sein du Comité. Ce Bulletin est devenu Torgane commun de toutes les sections. On a pris soin seulement d'y établir des divisions très nettes, de manière à réaliser là aussi et à mettre en pratique le principe de la diversité dans Tunité. Le Bulletin du Comité compte donc autant de parties que le Comité compte de sections. Chacune de ces dernières rédige la partie qui la regarde, et la commission administrative veille à la centralisation de Tensemble en s'efforçant de mettre dans le tout quelque unité, t Cette unité du Bulletin, disions-nous en annonçant sa nouvelle organisation, correspondra à Tunité même du Comité , représentée par la commission centrale ou administrative. De même qu'autour de celle-ci les sections pourront se multiplier autant que les manifestations de la science, de même, autour du Bulletin, les Sociétés pourront se développer constanunent sans lui imposer d'autre changement que Taugmentation du nombre de ses feuilles. H rendra compte de tous leurs travaux, il les analysera et les appréciera. Grâce à la régularité de sa publication, les savants de province seront tenus rapidement au courant des décisions du Comité et de l'accueil fait à leurs envois. Leurs communications, qui, lors de la Revue des Sociétés savantes, attendaient parfois de longs mois avant d'être livrées au public, seront mises sans retard à sa portée. Cependant la publication trimestrielle du Bulletin actuel est encore bien insuffisante ; il faut espérer qu'il arrivera à paraître tous les mois, comme parait la Revue des travaux scientifiques ^^K »
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Ainsi, le Bulletin du Comité se compose, comme le Comité luimême, de cinq sections. U y a: i° le Bal félin d'histoire et de philologie ; 2® le Bulletin d'archéologie ; 3° le Bulletin des sciences économiques et sociales; A** la Revue des travaux scientifiques; b^ le Bulletin de géographie historique et descriptive. La section des sciences a voulu conserver à son Bulletin, — où sont signalés tous les travaux scienlifiques publiés en France ou faits à l'étranger par des Français et tous les travaux de laboratoire qui lui sont connus, — le nom de Revue, pour en mieux marquer le caractère un peu distinct de celui du Bulletin des autîres sections. Au reste, ces dernières continuent à apprécier, suivant le désir de M. Rouland, les travaux des Sociétés savantes et à jouer auprès d'elles le rôle d'oi^ane destiné à diriger et à mettre en lumière leurs efforts. De cette manière les Sociétés savantes ont leur journal, et le Comité publie des sortes de mélanges périodiques. A côté du Bulletin, les sections d'histoire et d'archéologie font paraître un Répertoire des travaux historiques qui contient l'analyse de tout ce qui se publie, tant chez nous qu'à l'étranger, sur l'histoire et l'archéologie de la France. Ce Répertoire fournit aux savants de la province un instrument qui leur permet de dresser, au cours de leurs recherches, la bibliographie du sujet choisi pour leurs études et qui les met au courant de tout ce qui a été écrit à ce sujet. Uniquement consacré à notre pays, il est destiné aussi à maintenir dans le Comité la pensée primitive de M. Guizot et à appeler sans cesse sur la recherche de nos origines les efforts des érudits de la province. Quoique fondé d'hier, il est donc l'expression vivante de la tradition la plus ancienne du Comité, d'une tradition qu'il faut conserver à tout prix, à mesure qu'on se plie davantage au progrès et qu'on se porte de plus en plus en avant. Notre histoire offre encore tant de lacunes, tant de déserts s'étendent entre les champs cultivés du passé , des périodes entières y restent si mal connues, qu'on ne saurait trop répéter les exhortations de Moreau et de M. Guizot aux savants de bonne volonté, pour piéparer les découvertes qui répandront enfin la lumière sur tous les points obscurs de notre existence nationale.
Toutefois, ces exhortations ne doivent pas prendre dans le Réper^ toire la forme d'articles de* critique sur les œuvres qu'il signale. Ce recueil ne doit pas être une revue, comme le Bulletin , mais un simple répertoire bibliographique. On lui a justement reproché de vouloir être autre chose. Véritable instrument de travail, véritable outil entre les mains des savants delà province, il faut qu'il se borne à leur indiquer tout ce qui se publie sur notre histoire nationale, à leur signaler tout ce qu'ils ont intérêt à connaître pour travailler avec efficacité, et sans faire double emploi, à la résurrection totale du passé.
Afin de compléter cet ensemble de réformes destiné à imprimer une vie nouvelle, soit au Comité, soit aux Sociétés savantes, il fallait donner de plus en plus aux réimions annuelles de la Sorbonne le caractère d'un congrès scientifique dans toute la vérité du mot. Pour cela, deux choses étaient nécessaires : amener les Sociétés savantes de Paris à y prendre part, et tracer des programmes de travaux qui ne permissent pas aux discussions de s'égarer, mais qui les retinssent sur des objets précis, sérieux et utiles à tous. Le 28 mars 1881, M. Jules Ferry écrivait aux présidents des Sociétés savantes de Paris : « Les Sociétés savantes des départements assistaient seules, par le passé, aux réunions annuelles de la Sorbonne. L'absence très regrettable de celles de Paris ne pouvait que nuire à l'intérêt, à l'éclat et à l'ensemble de ces manifestations scientifiques. Il était difiGicile aux savants de la province, rassemblés sans leurs collègues si distingués de Paris, de trouver dans ces rendez-vous confraternels tout le profit qu'ils étaient en droit dVn attendre. Aussi ai-je pensé qu'un appel aux Sociétés savantes de Paris serait entendu et qu'elles s'empresseraient de se joindre aux Sociétés des départements, pour apporter aux réunions de la Sorbonne le concours de leui s lumières, et pour donner un témoignage de leur sympathie à des hommes qui, sur les points les plus reculés de la France, savent se consacrer à l'étude (*).» Quelques mois plus tard , le 1 8 juillet 1 88 1 , le Ministre de l'instruction publique
T. II, p. 391.
constatait Theureiix résultat produit par cetlc fusion des savants de Paris et des savants de la province. Il est certain que le plus grand encouragement que ces derniers puissent recevoir est de se voir appuyés, soutenus, fraternellement aidés par des hommes dont beaucoup sont leurs maîtres en même temps que leurs collègues. Aucune récompense ne vaut à leurs yeux celle-là. Sentir qu'ils forment avec les savants de Paris une sorte d'association dont ceux-ci sont la tête, mais dont ils sont les membres puissants, est ce qui développe le plus en eux le noble orgueil du travail. Mais, pour que cette impression soit plus vive et surtout pour quelle réponde à la réalité, les réunions de laSorbonne doivent correspondre à un but déterminé et présenter un intérêt précis. C'est donc à dessein qu'un programme de délibérations est tracé pour chacune d'elles. On s'adresse d'abord aux Sociétés savantes; on leur demande de faire connaître les points sur lesquels devraient porter les discussions, puis le Comité arrête, d'après leur avis, les sujets qui paraissent de nature à être traités dans les séances et à donner lieu à de fructueux débats. Ainsi conçues, les réunions de la Sorbonne sont, suivant le mot de M. Jules Ferry, auquel revient l'honneur de toutes ces fécondes réformes, t un véritable congrès des savants de France ». Il importe de le leur assurer de plus en plus. Quelques esprits sceptiques ou pessimistes ont beau railler les travaux qui s'accomplissent en province et les savants qui s'y adonnent, il est nécessaire de maintenir partout dans le pays une atmosphère intellectuelle et morale où se conserve l'honneur des études, où peuvent naître les vocations, où se préparent les éléments avec lesquels se font les grandes découvertes. 11 doit en être dans les sciences comme dans ces familles pauvres où, suivant le mot d'un charmant écrivain, les aînés prciment sur leurs épaules les enfants plus jeunes afin de leur faire traverser les obstacles difficiles. Le dédain pour les efforts qui se font dans les départements vers un développement plus complet des intelligences serait, de la part des savants de Paris, un signe médiocre de supériorité : que d'hommes remarquablement doués renferment nos So-
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cietés départementales, auxquels il n'a manqué, pour «remplir tout leur mérite », ainsi qu'on disait au xvii^ siècle, que d'avoir à leur disposition de meilleurs instruments et de recevoir une direction éclairée 1 Une nation n'est jamais si riche qu'elle puisse mépriser ou négliger une source quelconque de sa richesse; et, de même que son trésor financier se compose non seulement des gros impôts payés par quelques puissants capitalistes, mais des millions de cotisations moins importantes prélevées sur tous les contribuables , de même son trésor scientifique doit se former, à côté des œuvres de ses grands hommes, des innombrables recherches faites par les milliers de travailleurs qui s*efibrcent d'augmenter son patrimoine intellectuel et de le rendre non moins vaste et non moins solide qu'éclatant.
Nous avons décrit les progrès et le développement du Comité , suivant en quelque sorte la marche des Sociétés savantes et grandissant avec elles. Si nous avions le dessein d'écrire son histoire complète , ou plutôt l'histoire de ses travaux, nous devrions maintenant revenir en arrière pour exposer l'œuvre personnelle qu'il a accompfie, non plus seulement comme tuteur des Sociétés savantes, mais encore comme continuateur du Cabinet des chartes et du Bureau littéraire de Moreau, en publiant les documents inédits de notre histoire. Mais tel n'est pas le projet que nous avons conçu. A notre avis, l'heure n'est pas encore venue, après un demi-siècle d'existence, d'écrire l'histoire du Comité et d'apprécier ce qu'il a produit. En réunissant dans ce recueil les matériaux qui pourront aider à le faire un jour, nous ne songeons pas à empiéter sur la tâche des historiens futurs, mais uniquement à la rendre plus facile. Il leur suffira de consulter ces trois volumes pour connaître à fond les origines du Comité et de la grande collection dont il dirige la publication. Ils trouveront des détails complets sur cette dernière, d'abord dans différents rapJ)orts adressés
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au roi par M. Guizot et par M. de Salvandy, que nous avons pris soin de reproduire à leur date et qui sont, en quelque sorte, les bulletins de victoire des années héroïques du Comité , et secondement, dans les notices faites par divers membres du Comité sur les travaux des sections d'histoire, d'archéologie et des sciences, que nous reproduisons également. Nous n'aurions rien à ajouter à ces notices, et il n'y aurait aucun intérêt à les résumer. Nous nous sommes borné à prier leurs savants auteurs de les compléter et de les mettre au courant de tout ce qui a été publié depuis 187^9 époque où elles ont paru pour la première fois, accompagnées de rapports adressés à M. de Cumont, Ministre de Tinstruction publique. Celles de M. Léopold Delisle sur les travaux et sur les publications de la section d'histoire contiennent une analyse, faite de main de maître, de tous les ouvrages historiques de la collection des documents inédits. Celles qui concernent la section d'archéologie sont Tœuvre de M. Léon Renier, dont la perte récente a laissé dans la science un si grand vide; elles ont été complétées, avec une compétence qu'il serait certainement superflu de signaler, par M. Robert de Lasteyrie. Enfin celles qui résument les publications de la section des sciences et des œuvres des savants français dont le Comité a entrepris de donner une édition nouvelle et définitive. sont dues à MM. RIanchard, Dumas, Lissajous, Milne Edwards et Serret. M. Darboux a bien voulu se charger de les conduire jusqu'à ces derniers temps, et son nom seul est aussi une garantie de la manière dont l'œuvre a été accomplie.
Dieu nous garde donc d'avoir la prétention de refaire ce qui a été si bien fait! Pour toute cette partie de. l'œuvre du Comité, — et c'est la partie la plus essentielle, celle en vue de laquelle il a été créé, — notre rôle doit se borner à signaler à l'attention du public érudit el à l'engager à relire, dans leurs développements nouveaux, les courtes mais substantielles notices dont nous venons de parler. Chaque volume de la grande collection des documents inédits y est décrit avec une brièveté et une sûreté admirables. On mesure, en les parcourant, toute la mission du Comité. «Fouiller les dépôts publics ou par-
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ticuliers de la France et de Tétranger, disait M. Léopold Delisle dans son rapport à M. de Cumont, recueillir, examiner et puUier tous les documents inédits qui of&ent un caractère historique, tels que chartes , diplômes, chroniques, mémoires, correspondances, œuvres même de philosophie, de littérature ou d*art, pourvu qu'elles révèlent quelque face ignorée des mœurs et de Fétat social d une époque de notre histoire : tel était le programme tracé par M. Guizot. Le Comité ne s'en est jamais écarté , comme l'atteste l'ensemble de ses travaux .... Aucune époque de nos. annales n'a été négligée, et sans que les cadres généraux aient pu être arrêtés d'avance , les efiPorts du Comité et de ses collaborateurs ont déjà donné à la France une collection volumineuse, dans laquelle chaque époque est représentée (^). » Mais, comme nous l'avons fait observer, le programme de M. Guizot ne se bornait pas à la recherche des documents écrits de notre histoire, les documents archéologiques n y tenaient pas une moindre place. De là vient qu'à côté de ces remarquables collections de cartulaires, de ces chroniques, de ces mémoires, de ces correspondances, etc., qu'analyse M. Léopold Delisle, ont trouvé place les belles statistiques monum^itales, les répertoires archéologiques, les monographies, etc., que décrivent MM. Léon Renier et Robert de Lasteyrie. Enfin la science a son histoire, comme la politique, les lettres et les arts, ou plutôt elle Fait partie de l'histoire générale, et le rôle qu'elle y joue, à partir de la Renaissance, n'est certainement pas le moindre. La France a eu sa part, part singulièrement glorieuse et féconde , dans les progrès scientifiques des derniers siècles. < Sur l'avis du Comité des travaux historiques et des sociétés savantes, la publication des œuvres des plus illustres savants finançais», disait, à son tour, M. Blanchard, dans son rapport sur les pubhcations de la section de sciences, « fut décidée au commencement de l'année i86i. Il était devenu impossible de se procurer les principaux ouvrages des créateurs de la science moderne, et de ces maîtres beaucoup de mémoires, de notices, de
Rapports au Ministre sur la eollection des documents inédits, p. 83-84* Paris, 1874.
rapports, de correspondances, n^avaient reçu qu'une publicité restreinte ; plusieurs étaient demeurés inédits. Afin de permettre k chacun de remonter aisément aux véritables sources de la science , de si précieux documents devaient être réunis; il importait qu'on vit dans leur ensemble, et ainsi dans tout leur éclat, les monuments qui font la gloire scientifique de là France (^). » Cest cette pensée qui a inspiré la publication des œuvres de Lavoisier, de Lagrange, de Fresnel, etc., qui sont pour la section des sciences ce que les documents inédits sont pour la section d'histoire , et les monuments pour la section d'archéologie. L'ensemble de ces trois collections, en y comprenant les bulletins et les revues, qui les complètent, forme aujourd'hui un nombre considérable de volumes. La quantité ne manque pas plus que la qualité , et l'œuvre du Comité ne vaut pas moins comme masse de matériaux recueillis et mis au jour que par l'importance de presque tous ceux qui la composent, pour l'éclaircissement et la connaissance du passé.
Mais , encore une fois , nous n'avons pas à insister sur ce point qui est évident et incontesté. Ce que nous nous sommes proposé surtout d'étudier dans cette introduction, c'est l'action du Comité siu* le mouvement scientifique de notre époque, non pas l'action directe résultant de ses publications , mais l'action indirecte que ses exemples , ses leçons , ses conseils , ont exercée sm* les corps savants répandus dans tout le pays. Nous avons siu*abondamment prouvé qu'on lui devait, ainsi que M. Guizot l'avait prévu, la réorganisation ou plutôt l'organisation de nos archives et de nos bibhothèques , laissées par la Révolution dans im état d'utile concentration, mais aussi dans un état de désordre, dans un chaos indescriptible. C'est grâce à lui, c'est grâce à ses efforts, que le Ministère de l'instruction publique a réclamé et amené le classement des archives et la rédaction de leur inventaire. Presque à chaque ligne des instructions de M. Guizot, il est question de la réforme si importante des archives. Bien que ces établisse-
RappoHs au Ministre sur la collection des iocwnents inédits, p. 169. Paris, 187^.
t«r«IXI«IB IIATIOlIltl.
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mente fussent placés sous la direction du Ministère de Tintérieur, M. Gnizot envoie sans cesse en province des missionnaires , des archi* vistes(^\ des élèves de TÉcole des chartes; il se fait rendre compte de la situation des archives, il indique aux préfets les moyens dy remédier, il ohjui^e ses correspondants de.s*en occuper. Enfin, en 1839, ^^ ^^ ^^^' ^^ Ministre de Imstruction publique fait inspecter les archives par un sous-chef de son administration; puis il presse son collègue de Tlntérieur d'entreprendre leur réoi^anisation; les premiers règlements sont rédigés, la Commission supérieure est instituée , le service constitué ; on commence les inventaires , et l'œuvre de restauration se poursuit sans interruption, sinon sans quelque faiblesse , jusqu'au jour où elle reçoit une impulsion nouvelle par le rattachement des archives au Ministère de l'instruction publique. Sur les bibliothèques, l'influence du Comité se fait aussi sentir très heiu*eusement, bien qu'elle ait eu des conséquences moins rapides et moins complètes. M. Guizot demande sans cesse le classement des manuscrite et l'établissement de catalogues. Mais on se heurte aux Résistances locales , et l'œuvre de la réorganisation est loin d'être aussi avancée dans les bibliothèques que dans les archives. Le personnel des bibliothécaires, nommé par les municipahtés , est souvent médiocre et sans compétence, tandis que presque tous les archivistes, choisis, pour la plupart, parmi les élèves de l'Ecole des chartes, sont excellents. L^nventaire quUls dressent est fait d'après les meilleures méthodes scientifiques. Il n'en est que rarement ainsi du catelogue des bibliothèques, et dans im grand nombre de ces établissements il n'y a même pas de catalogue du tout. Des livres d'une grande valeur, des manuscrit^ de première importance , peuvent exister ou disparaître sans qu'on s'en doute. Toutefois , si
(^) n partit même parfois les nommer officieliemeot archiWstes : t A Poitiers ■, dit-il dans un rapport au Roi en date du 37 novembre i83&, « à Poitiers, où sont déposées les archives de l'ancienne province d'Aquitaine, j'ai envoyé, avec le titre d'archiviste de U ville, un des élèves les plus distingués de l'École des chartes, M. Redet. M. Chdles, élève de la même École , a été également envoyé à Lyon , avec ie même titre. • (T. Il , p. 17.)