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par la marine. à vapeur, depuis qu'elles ne sont plus. les grandes roules du monde?; Qui sait. si ces contrées .ne reprendront pas ou plutôt ne prendront pas à l'avenir ime importance considérable? A force de chercher partout des débouchés 9 les grandes nations contemporaines seront fatalement rejetées sur. les points momentanément abandonnés , parce que d'autres , d'un . abord plus facile et d'une richesse plus immédiate, ont attiré les premiers l'attention. Ne venons-nous pas de voir, les Carolines, dédaignées depuis le xvi^ siècle par l'Espagne, exciter les convoitises de la nation actuellement la plus envahissante de l'Europe? Nous voudrions, par conséquent, que la nouvelle section de géographie, se rappelant que le Comité a eu une origine historique , ne se bornât point à s'occuper des découvertes présentes, mais recherchât et remit en lumière les découvertes passées , qui sont aussi une part de notre gloire et de notre patrimoine national.
Mais les archives de toutes sortes et les bibliothèques ne sont point, à beaucoup près, les seuls instruments de découvertes scientifiques sur lesquels, et à Faide desquels, se soit exercée Tactivité du Comité. Nous avons raconté les efforts aussi stériles qu'intelligents de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres pour assurer la conservation et rinventaire de nos monuments d^architecture. Jusqu'à la création du Comité, toutes les tentatives faites dans ce sens avaient été vaines, de même quWaient échoué toutes celles qui se rapportaient à Torganisation des archives et des bibliothèques. Des œuvres aussi compliquées , aussi difficiles, ne pouvaient être menées abonne fin qu'avec de grandes ressom*ces et grâce à une direction que rien ne supplée. Les monuments archéologiques dont notre pays est si riche avaient donc le même sort que nos chartes et nos manuscrits : ravagés par la Révolution, ils continuaient à subir tous les outrages de rignorance ou de la cupidité. Quelle perte pour Fart et pour l'histoire I t Depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, écrivait M. de Salvandy, des monuments de toute espèce ont couvert le sol de la France. Quelques-uns ont complètement disparu, d'autres, encore en grand
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nombre , restent debout ou nous sont signalés par leurs ruines. Ces monuments, qui révèlent à l'artiste les variations successives de Fart et du goût, peuvent aussi fournir à rhistorien d^utiles indications sur Tétat politique, intellectuel, moral et industriel de chaque siëde. Tantôt c est une inscription qui se déroule sur le bois, sur la pierre, sur le verre ou sur le métal : le monument alors fait l'office d^un ma* nuscrit; tantôt c^est la grandeur des constructions, le caractère du travail , la nature et le choix des emblèmes qui deviennent autant de révélations pour l'historien, et qui mettent en relief des faits que la lettre morte des documents écrits ne pourrait pas même laisser apercevoir. Il n y a pas encore longtemps qu'on a reconnu combien les études historiques doivent emprunter de secours à Tétude des monuments. Les hommes laborieux des deux derniers siècles, qui ont sauvé d'une destruction inévitable un si grand nombre de chartes et de pièces manuscrites en les faisant revivre par leurs patientes transcriptions , ont laissé se dégrader et s'écrouler sous leiu^ yeux cette innombrable variété de monuments que les siècles passés avaient entassés sur tous les points du royaume. Si des dessins et des descriptions fidèles nous en avaient reproduit les formes et les dimensions, si seulement \m relevé exact nous en donnait le dénombrement, que de problèmes pourraient être résolus ! Que de lumière sur des questions à jamais douteuses I II est trop tard pour réparer ce déplorable oubh; mais plus nos regrets sont vifs, plus rigoureux est le devoir de ne pas mériter à notre tour les reproches des siècles à venir. Nos richesses monumentales, quoique décimées depuis cinquante ans, égalent encore en beauté et surpassent en variété celles de tous les autres pays de l'Europe. Notre premier soin, assurément, doit être de travailler à leur conservation , de les entourer de respect et de prolonger leur durée. Mais, quoi que nous fassions, ces pierres sont périssables , et le jour viendra où la postérité en cherchera vainement la poussière. Qu'il en reste au moins une image, un souvenir. Que partout où un monument existe aujourd'hui on sache à jamais qu'il a existé; que ses proportions, sa figure, son importance, sa destination
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soient religieusement conservées , et que les historiens futurs puissent en retrouver dans tous les temps ime trace impérissable ^^K >
Les soqhaits de M. de Salvandy étaient la reproduction presque textuelle de ceux que l'Académie des inscriptions et belles-lettres avait émis en 1 8 1 8 , et qui avaient été consignés dans le rapport analysé plus haut de M. de Laborde. Après F échec inévitable que ces dei:niers avaient subi, on avait plusieurs fois essayé de les reprendre et de leur donner quelque suite. Dès 1 83 1 « il existait au Ministère du corninerce et des travaux publics un inspecteur des monuments historiques et des antiquités nationales, et cet inspecteur était M. Vitet. C'est dire que tout ce qu'un homme seul pouvait faire avait été fait. Mais c'était malheureusement peu de chose. Nous avons trouvé quelques documents qui portent la trace des démarches tentées par M. Vitet, en vue d'arrêter la destruction des monuments historiques en province. Nous citerons , en particulier, une circulaire adressée, le i6 novembre i832, aux préfets par le Ministre du commerce et des travaux publics. Elle est remplie de bonnes intentions : < A différentes époques, les ministres du culte ont fait faire des réparations et des changements dans les églises et autres édifices consacrés , sans prendre Tavis des autorités chargées de veiller à la conservation des monuments historiques. Des églises ont été grattées , de vieiUes peintures badigeonnées, des objets d'un curieux travail pour la ciselure ou la serrurerie ont été enlevés et remplacés par d'autres d'un travail moderne et en désaccord avec le style général du monument où ils sont employés. Si un semblable abus était continué, la conservation des plus importants de nos monuments historiques serait gravement compromise, et serait subordonnée ou aux besoins ou aux fantaisies des ministres du culte. Je vous invite, en conséquence, à refuser votre autorisation à tous les changements et à toutes les opérations importantes qui seraient demandées par les curés, pour des édifices consacrés au culte, appartenant à votre département, si ces demandes ne
'■' T. II. p. 94-95.
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sont pas approuvées par Tinspecteur générai des monuinents historiques, ou, à son défaut, par une commission composée d'architectes et d'artistes ou d'antiquaires, dont vous ferie:^ choix. Je vous invite également à me faire connaître la situation des principales églises de votre département sous le rapport de fart. Je désirerais, par exemple, savoir si elles possèdent des tableaux ou statues, anciens ou modernes ^ des vitraux, des vases antiques, des tombeaux(^), » etc.
Une pareille surveillance et de pareilles enquêtes ne pouvaient être Tœuvre d'un seul inspecteur général des monuments historiques, assisté par des préfets incompétents, assistés eux-mêmes par des commissions provisoires, d'une compétence discutable. Il fallait, pour qu'elle réussit, l'impulsion d\m comité central à Paris, ayant des ressources administratives suffisantes et rayonnant dans toute la province à l'aide de nombreux correspondants et de nombreuses Sociétés savantes, qu'il animerait de sa vie et rempUrait de son ardeur. Qr, nous avons déjà dit , et nous aurons l'occasion de montrer que la création du Comité par M. Guizot, avec la tutelle des Sociétés savantes qu'on lui avait immédiatement accordée, avait eu pour résultat de faire pulluler ces dernières dans les départements, de leur donner un essor que jamais elles n'avaient eu. Mais c'est surtout le Comité des arts et des monuments qui avait vu son action s'étendre et acquérir une extraordinaire fécondité. De toutes parts, les correspondants lui étaient venus et les Sociétés savantes s'étaient fondées, pour répondre à son appel. Des commissions archéologiques s'établirent d'emblée à Vesoul , à Bordeaux , à Lille, au Mans, à Carcassonne, & Saint-Omer, à Clermont en Auvergne, à Boui^es, à Dijon, à Montauban, au Puy, etc. Ces commissions, constituées à l'exemple du Comité de Paris, se donnèrent pour mission, avec l'approbation des préfets et sous la surveillance du Ministère de l'instruction publique, d'assurer la conservation des moniunents historiques et d'en surveiller la restauration, de procéder à leur recherche et à leur étude, de dresser cnGn la statistique
^'^ Recueil des circulaires et instructions émanées du Ministère de Vintériewr, t. I, p. SSg-
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monumentale du pays. L'entraînement était si général quil gagna le clergé^ comme les savants laïques. Les séminaires de Beauvais, de Toiu-s, du Mans, de Bourges, de Troyes, d'Auch, d'Amiens, etc., fondèrent des cours d'archéologie. Quelques évêques, tels que ceux de Ne vers, du Puy, de Lyon, ajoutèrent à ces cours des musées et des commissions archéologiques, et adressèrent à tous les curés de pressantes circulaires pour leur renouveler, avec plus d'efficacité encore, les recommandations de M. Vitet. Cette fois, un mouvement d'opinion était créé, et nos monuments, enfin protégés, allaient partout attirer la sollicitude et éveiller le zèle, qui, jusque-là, ne s'étaient portés sur eux que d'une manière intermittente et iùefficace.
C'est donc hien au Comité de M. Guizot qu'est due l'inspiration de cette conservation toujours utile, et de cette restauration phis ou moins heureuse de nos monuments historiques, qui, depuis trente ans, ne se sont point ralenties un seul jour. U n'est même pas téméraire d'affirmer que, parmi les commissions et Sociétés savantes auxquelles ilja donné la vie, on doit compter en première ligne la commission des monuments historiques au Ministère de l'intérieur, puis au Ministère des beaux-arts, qui a paru si souvent lui faire concurrence, et dont l'action a été, en tout cas, constamment parallèle à la sienne. Le Comité du Ministère de l'instruction publique , ne voulant pas sortir de ses attributions, ni contrarier jamais les autorités compétentes, ne s'emparait pas des monuments appartenant à d'autres Ministères ; il se bornait , quand ces monuments menaçaient ruine, à signaler aux Ministres qui en avaient la charge , tantôt au Ministre de l'intérieur, tantôt au Ministre de la guerre, tantôt au Ministre des cidtes, les dangers auxquels ils étaient exposés et les moyens à prendre, à son avis, pour les prévenir. Mais peu à peu le Ministère de l'intérieur, succédant pour cette œuvre au Ministère du commerce et des travaux publics, étendit sa juridiction sur tous les monuments historiques. En iSS^^ M. Prosper Mérimée avait été attaché à ce Ministère, pour occuper les fonctions, occupées avant lui par M, Vitet, d'inspecteur général de ces monuments. M. Prosper Mérimée faisait d'ailleurs partie du Comité.
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Il semble donc que rien n*eût été plus simple que de continuer à y centraliser tous les renseignements archéologiques, en laissant à Tinspectem* général, qui en était membre, Texécution des mesures de conservation et de réparation décidées par lui. Néanmoins Tardeur était telle à cette époque et la fécondité des créations si exubérante que le Ministère de l'intérieur voulut avoir sa conunission particulière des monuments historiques. Elle devait lui servir à recueillir les documents qui se rattachent à ces monuments, à lui donner des avis sur toutes les affaires qui concernaient leur entrelien et leur conservation, et à lui désigner, parmi les nombreuses demandes de secours qui lui étaient adressées tous les ans, celles qui offraient le plus d'intérêt, rinsuflisance des crédits obligeant à faire un choix restreint parmi ces réclamations. Pour faciliter la tâche de cette nouvelle commission, instituée par un arrêté du 29 septembre 1887, le Ministre de rintérieur adressait aux préfets, le 10 août de la même année, une circulaire qui s^ inspirait des mêmes principes, exprimait les mêmes idées et se servait presque des mêmes termes que celles de M. Guizot et de M. de Salvandy. En voici le texte :
Monsieur le préfet, le culte des souvenirs qui se rattachent à Thistoire des arts ou aux annales du pays est malheureusement trop négligé dans les départemens; on laisse en oubli des monumens précieux; on passe avec indifiërence devant des vestiges qui attestent la grandeur des peuples de Tantiquité; on cherche en vain les murs qui ont vu naître les grands hommes dont s'honore la patrie ou les tombes qui ont recueilli leurs restes; et cependant tous ces souvenirs, tous ces débris vivans des tems qui ne sont plus, font partie du patrimoine national et du trésor intellectuel de la France. Il importe de mettre un terme à cette insouciance. Le Gouvernement et les Chambres viennent de donner, k cet égard, une nouvelle preuve de leur sollicitude : le fonds destiné aux monumens historiques a été augmenté; mais ce fonds ne peut être considéré que comme un encouragement au zèle des départemens : ils doivent compr(;ndre que la conservation des anciens monumens les intéresse autant qu'elle les honore, en offrant uo attrait de plus aux méditations de l'historien ou à la curiosité du voyageur.
Je vous invite donc. Monsieur le préfet, à recueillir tous les renseignemens propres à me faire connaître tous les anciens monumens qui existent dans votre
département, Tépoque de leur fondation, le caractère de leur architecture et les souvenirs historiques qui s'y rapportent. Vous les classerez dans leur ordre d'importance, et vous indiquerez les sommes qui seraient nécessaires pour les conserver et remettre en bon état, sans oublier que les secours que je puis donner ne sont qu'une prime au généreux empressement du conseil général et des conseils municipaux.
Le fruit de vos recherches sera soumis à une commission que je viens d'instituer, et je me ferai un plaisir de diriger les fonds dont je puis disposer vers les départemens qui auront le mieux apprécié l'importance de ce travail. J'espère que votre réponse pourra me parvenir dans Tespace d'un mois, à dater de la léception de ma lettre.
Agréez, etc.
Le Pair de France, Ministre secrétaire S Etat de Vintériear,