‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 19 sur 155 · AA · texte numérisé non relu

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et le Comité engagea les correspondants à continuer leurs investigations, en se préoccupant du plain-chant. Tune des formes particulières, l'une des fractions de Tart universel qui régnait au moyen âge. A la même époque, dom Guéranger préparait un recueil de six cents pièces de plain-chant, prises dans toutes les époques, depuis la plus ancienne jusqu^au xvi^ siècle , et le Comité applaudissait à ses efforts. Le Comité proposait enfin la publication , par M. Bottée de Toulmon, de trois messes choisies parmi les plus remarquables des xiv^, xv^ et XVI® siècles. Le rapport lu sur ce sujet par M. Bottée de Toulmon est plein d^intérèt. L'année suivante, en 1 844 ^ M. de Coussemaker, correspondant, proposa la publication dixSpecalwn musicœ^^^ et du traité De discanla, de Jean de Mûris. A ce moment, le Comité semble élargir le cercle de ses travaux sur la musique. Il se préoccupe des chansons populaires, des cris des marchands ambulants; il prescrit aux correspondants de recueillir, non seulement des chants de toute nature, mais encore tous les renseignements possibles sur les anciens instruments de musique et même sur les cloches et les anciennes sonneries. Un mois plus tard, M. de Coussemaker, rappelant d'excellentes observations présentées, en 1 84 1 ^\ par M. Bottée de Toulmon, condamnait les altérations que le goût inintelligent du siècle faisait subir aux chants liturgiques , si sublimes dans leur simplicité native. Il exprimait cette opinion que tout le mal venait d'une ignorance absolue de Tarchéologie musicale, et il appelait de noilveau l'attention du Comité sur les ouvrages de Jean de Mûris, dont l'impression pourrait, disait-il, être précédée d'une étude sur la marche et les progrès de la musique harmonique et mesurée jusqu'à lui. Il citait encore les écrits de Philippe de Vitry, de Jérôme de Moravie, de Jean le Chartreux. Il est fAcheux, en effet, qu'aucune de ces publications n'ait été faite alors. Le dominicaini Jérôme de Moravie est l'auteur d'un important traité sur la fonte des cloches (xiii^ siècle) et d'une excellente encyclopédie musicale W^

('' Manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds latin, n" 7207.

f'> Séance du i4 avril.

(') Bibliothèque nationale, fonds latin, n* i6663.

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Quant à Jean de Mûris, docteur en Sorbonne du xiv^ siècle (^), et à Philippe de Vitry, surnommé la perle et lajleur des chantres, ils ont été les premiers théoriciens, les créateurs de la musique au moyen âge, et leurs œuvres auraient présenté, à coup sûr, pour les artistes et les savants, un intérêt de premier ordre«

Les années 1 845 et 1 846 ne furent pas moins fécondes en recherches et en découvertes. Dans la séance du 1 5 juin i845, on décida rimpression au Bulletin d'un travail de M. de Lafage sur un mode de notation en usage en Allemagne au xvi^ siècle, comportant des portées de huit lignes pour Técriture des dessus et des lettres superposées pour les parties exécutées par la main gauche. En i846, M. de Courcelles fut invité à préparer un catalogue général de tous les ouvrages relatifs à la musique ^^\ et M. Bottée de Toulmon proposa encore de publier la musique de plusieurs messes anciennes. Il faut citer aussi de très curieux documents communiqués, en 1847, par M. de Coussemaker. Ce sont les devis des orgues de Bourges (i663) et deux conventions, l'une de i448, l'autre de i4 74, pour la réparation et l'entretien des orgues de Notre-Dame de Termonde. Il est bon de rapprocher cette communication de celle que fit M. Redet , en 1844, AU sujet de quatre pièces relatives aux grandes et petites oi^es de Saint*Hilaire et de la cathédrale de Poitiers. La lecture de ces divers documents donne les indications les plus exactes sur la fabrication des grandes orgues au xv^ et au xvu® siècle. On y voit la nomenclatmre bizarre de ces jeux de mutation , que la facture d'orgues moderne a utilisés en les transformant, et qui s'appelaient : Quintadine, Nazard, Nazard double. Cymbales, Tierce, Quinte, Sex, Comet-à-bouquin , Cornet en écot [sic)^ Larigot. En 1 848, M. Schneegans envoie une notice sur un chant protestant du temps de la Réformation, avec des détails biographiques intéressants sur son auteur, Flenri Vogtherr, né à Wimpfen, boui^eois de Strasbourg en lôaô.

^'^ Il écrivait de i3a5 à i345.

^'^ Le rapport adressé au Ministre par M. de Gourceiles au sujet de ce catalogue est publié dans l'Appendice du tome III, p. Sgi.

Nous passons, bien entendu, sous silence beaucoup d^autres commu* nications non moins attachantes, mais dont Fandyse prolongerait sans utilité ces observations. En 1 8^9 y le moavement en faveur de Farchéologie musicale avait pris un tel développement qu*à la séance du 2 1 décembre M. de Laborde exprima le désir de voir adjoindre au Comité des arts et monuments un archéologue spécialement expert dans la musique ancienne. Ce désir ne paraît pas avoir été jamais réalisé, ce qui est regrettable. En 1 85o, le Comité décida que le Ministre serait prié de donner à M. F. Clément une mission à TefFet de faire des recherches sur la musique ancienne dans les bibliothèques et les archives de la France. Ce fut là une erreur, car M. F. Clément n^était point apte à remplir une mission de ce genre. Le choix qu'on fit de lui s'explique d'autant moins qu'il venait de publier (^) ses Chants de la Sainte-Chapelle, tirés des manuscrits du xiii^ siècle et mis en parties avec accompagnement d'oi^es, ouvrage qui révélait chez son auteur une connaissance insuffisante des tonalités grégoriennes. Un article du Correspondant ^^\ signé T. Nisard, fait des Chants de la Sainte-Chapelle une très sévère, mais très judicieuse critique. M. Nisard renvoie très spirituellement M. Clément à saint Grégoire , à Guy d'Arezzo , à Jérôme de Moravie, à Engelbert, qu'il lui semble avoir trop oubliés. La même année , M. de Coussemaker proposa la publication de documents manuscrits inédits relatifs à la musique du moyen âge, du ix^ siècle au xv^ siècle. La pénurie des crédits empêcha seule la réalisation de ce projet. De 1 85o à 1 856, on peut relever dans les procès-verbaux des séances de fréquentes communications relatives à la musique, de nombreux envois de pièces. Enfin le Comité, devenu Comité de la langue, de r histoire et des arts de la France, adopta, dans la séance du 5 mai 1 856, un plan d^instructions sur la musique préparé par M. de Coussemaker'^^ C'est en comparant ces instructions à celles de M. Bottée

«*) En 1849.

<*) N' du i5 août i85o.

(^> Publié dans TAppendice du tome UI , p. 6i3. -— Nous avons publié dans cet appendice tous les documents de cette nature qui nous ont paru avoir quelque intérêt.

de Toulmon que Ton voit le chemin parcouru de 1889 à i856. Il est juste de dire que les concerts historiques du prince de la Moskowa et de Niedermeyer, ainsi que la publication faite, en vue de ces concerts, des plus beaux spécimens de la musique ancienne, avaient largement contribué au mouvement musical de cette époque. Quoi qu'il en soil, la voie est alors ouverte, il ne reste plus quà poser les jalons indicateurs, et c'est ce qu'a essayé de faire M. de Coussemaker. Son cadre est celui d'une monographie très étendue de la musique. Rien n'y est oublié. Il comprend: la mélodie, l'harmonie, la notation, les instruments de musique, plus une par* tie bibliographique et biographique, où figurent même les facteurs d'instruments. On se rendra compte de la précision du travail de M. de Coussemaker en parcourant ses titres de chapitres et leurs divisions. Les chants amhrosiens, créés au iv^ siècle sur des mélodies grecques par saint Ambroise, archevêque de Milan; les chants grégoriens, qui les ont remplacés aux vi^ et vii^ siècles; les chants gallicans, qui, malgré la réforme grégorienne, persistèrent dans les* Gaules jusqu'au règne de Charlemagne (viiiMx^ siècles); les chants mozarabes (^), étabUs poiu* les chrétiens d'Espagne par saint Léandre, archevêque de Séville, et par saint Isidore, son frère et son successeur; W chants religieux non liturgiques, ceux de l'Eglise réformée, les chants profanes, les divers systèmes de notation, tout est éniunéré, tout a âa place nettement déterminée; On doit donc regretter que des données si claires n'aient, depuis lors, tenté personne, et qu'un travail si consciencieusement préparé n'ait jamais été poursuivi. A partir de 1 856, les commimications relatives à la musique cessent brusquement; les correspondants et les Sociétés savantes semblent avoir com-

^*) Les Mozarabes étaient les chrétiens d*£spagne qui , après la conquête du royaume par les Arabes, avaient conservé, moyennant un sacriiice d*argent, Teiercice de leur religion (vm* siècle). Le rite mozarabique persista jusqu'au xii* siècle. Le cardinal Ximénès le rétablit au xyi* siècle, mais pour peu de temps. Cependant, en i845, dans une chapelle de la cathédrale de Tolède, on disait encore la messe conformément au rite mozarabique. M. Bottée de Toulmon pense , et il a sans doute raison , que les chants mozarabiqaes ont retenu la tradition du chant ambrosien.

plètement abandonné cette direction. Il ne serait peut-être pas impossible de les y ramener, en leur tenant le même langage que leur tenait le Comité en 1839, en i843 et en i844* Les raisons qu'on invoquait alors en faveur de ces études n'ont pas perdu leur valeur, et les récentes transformations du Comité Tont préparé lui-même à élargir de plus en plus le cadre de ses travaux , et Tout certainement rendu capable de faire aujourd'hui ce qu'il faisait, ou du moins ce qu'il entreprenait autrefois.

On nous pardonnera d'avoir parlé avec quelque détail des études sur la musique; nous avons voulu par là faire ressortir la diversité des objets sur lesquels se sont portées l'initiative et l'activité du Comité. Nous devrions montrer maintenant quels étaient les procédés qu il employait pour attirer l'attention de ses correspondants sur chacun de ces objets, et comment il arrivait à créer, dans un sens déterminé, un couraqt de recherches qui parcoiurait toute la province. Mais cela nous conduirait trop loin. Nous nous bornerons à signaler, parmi ces procédés, celui qui nous parait avoir eu le plus d'efficacité, et que, par suite, nous désirerions voir employer et développer de plus en plus : nous voulons parler des enquêtes. Dès le début du Comité, c'est en ordonnant une enquête générale, à laquelle on conviait toutes les Sociétés savantes et tous les correspondants à prendre part,* que fut entreprise cette Histoire da Tiers Etat, que la mort d'Augustin Thierry a laissée inachevée, mais qui , telle qu'elle demeure, n'en est pas moins un monument admirable de patriotisme et d'érudition. On lira, dans les rapports de M. Guizotet d'Augi|stin Thierry, le résumé des efforts individuels qui ont collaboré à Tédification de cette œuvre. Mais, outre les matériaux qui ont été utilisés, la Bibliothèque nationale possède une masse de matériaux précieux dont il n'a pas été jusqu'ici possible de faire usage. Les documents expédiés de province, et que le Ministère de l'instruction publique a déposés à la Bibliothèque, se composent de 54 volumes de copies; ils forment actuellement les registres cotés 3375-3/129 du fonds des nouvelles acquisitions françaises, auxquels il faut joindre un répertoire alphabétique sur Gches>

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renfermé dans 46 boîtes cotées 3432-3477 du même fonds. Cest aussi la Bibliothèque nationale qui possède les trésors de poésies populaires, résultats de Tenquète de M. Fortoul. Faire travailler tous les savants de la province à un grand monument élevé à Paris, recevoir de chacun d'eux mie pierre pour l'édifice , n'est-ce pas leur donner la meilleure et la plus utile direction? Souvent le travailleur isolé s'endort faute de trouver un but précis à son activité, souvent il s'égare faute de savoir comment il peut servir, avec le plus de succès , les intérêts de la science qu'il aime. L'inviter à collaborer à une enquête dont les résultats réunis et publiés doivent former un vaste ensemble historique ou scientifique , n'est-ce pas mettre un terme à ses hésitations ou à ses erreurs? N'est-ce pas aussi reprendre, en ce qu'elle a de pratique, l'idée de Moreau, et composer des collections d'un prix inestimable qui seront une mine toujours ouverte aux érudits? Les enquêtes du Comité ont été très variées et constamment fructueuses. A côté de celles qui ont servi à V Histoire du Tiers Etat et au recueil projeté des chants populaires, nous citerons encore celle qu'ordonna M. Fortoul, en 1 856, pour préparer le recueil des inscriptions de la Gaule et de la France. L usage des enquêtes n'a pas cessé , bien qu'on puisse , ce nous semble , généraliser plus qu^on ne le fait une méthode de travail aussi féconde : la nouvelle section des sciences économiques et sociales en a prescrit plusieurs, pour son compte, qui ne sauraient manquer de produire d'heiu*eux efiPets ; mais ne pourrait-on pas considérer aussi comme une sorte d'enquête l'appel adressé aux voyageurs et aux oflBciers qui découvriront des inscriptions en Tunisie , inscriptions qu'une commission spéciale, rattachée au Comité, examinera et se chaînera de publier? Ce qui est plus évidemment, ou plutôt ce qui est incontestablement une enquête, c'est l'exécution du programme de recherches adressé par le Comité à ses correspondants et aux conservateurs des bibliothèques pour la publication des documents inédits relatifs aux Etats généraux. Cette pubUcation, qui sera l'une des plus importantes de la Collection des documents inédits, et qui y prendra place

iMruMsaia ratioialk.

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au même rang que ^histoire du Tiers Etat, est confiée à Thomme qui pouvait assurément le mieux en prendre soin. Sous la main de M. Georges Picot, n'avons-nous pas ie droit de compter que cette œuvre capitale sera exécutée conmie il convient, et mettra en lumière les origines de la liberté et de la vie pailementaire dans notre pays? Le rapport que M. Georges Picot a adressé à ce sujet au Comité nous permet plus que de concevoir des espérances. Le savant historien des Etats généraux est au niveau de la tâche dont il a si bien tracé le plan et qui jusqu'ici avait été entreprise, sans pouvoir jamais être poursuivie.

Plus le système des enquêtes se généralisera et plus deviendront solides les liens qui unissent le Comité aux Sociétés savantes. On a prétendu quelquefois que ces liens étaient bien factices ; que le Comité n'avait jamais été réellement, utile aux Sociétés; que, sous sa direction, elles n'avaient point acquis le mouvement et la vie qu'une direction différente leur aurait donnés. Pour répondre à ces allégations sans preuves, il suffirait de noter dans la Bibliographie des sociétés savantes de la France, dressée, en 1878, par M. Ulysse Robert, complétée et mise au courant par M. Eugène LdGàvre-Pontalis et que nous publions plus loin , toutes les Sociétés qui sont nées en quelque sorte sous Tinfluence du Comité. Les trois quarts de celles qui existent dans les départements ont vu le jour depuis 1834* et il n'y a point de témérité à affirmer que c'est le grand courant d'études et de recherches créé par le Comité qui leur a donné naissance. Quant à ce qu'elles ont fait sous l'influence du Comité , nous n'entreprendrons pas de le dire; il nous faudrait de longues pages pour exposer en détail la part qu'elles ont prise aux travaux généraux de ce dernier.

Leurs travaux personnels et particuliers nous entraîneraient plus loin encore. On se rappelle combien M. Guizot tenait à les mettre en lumière. Plus tard, on songea à créer, pour atteindre ce même but, un Annuaire des Sociétés savantes. L'entreprise était trop délicate; elle ne réussit pas longtemps. Mais, si nous ne publions plus

d* Annuaire des Sociétés savantes, en revanche nous faisons la bibliographie de leurs travaux. On jugeait encore la chose impossible en 1877. Une circulaire ministérielle constatait que des projets relatifs à cette entreprise avaient été plusieiurs fois soumis au Comité, mais qu'aucun plan n'avait été adopté, et que les difficidtés étaient telles qu'on ne saurait, sans délibération approfondie, ni arrêter un plan de travail, ni se prononcer sur la question des voies et moyens de réalisation (^). Cependant, cette bibliographie a été entreprise et menée à bonne fin depuis lors, au moins pour la partie historique et archéologique; il est vrai que c'est M. Robert de Lasteyrie qui s'en est chargé, et qu'aucune entreprise érudite n'est au-dessus de ses forces. Le premier fascicule de son travail a paru en i885; le reste est sous presse. La bibliographie scientifique va être commencée à son tour. On voit donc que le Comité ne cesse pas de s'occuper des Sociétés et de mettre leurs travaux en relief. Nous ne voulons pourtant point dire qu'il ne puisse pas faire pour elles davantage encore, sinon matériellement, au moins moralement. Il pourrait^, sans tomber dans Terreur qui avait produit sous l'Empire de si fâcheux résultats, sans tenter une sorte de mainmise sur les Sociétés, leur donner plus de conseils, plus d'instructions pour leurs travaux, exercer sur ceux-ci une action plus constante et plus constamment sympathique. Il faut reconnaître que les relations si intimes qui existaient du temps de M. Guizot entre le Ministère et les Sociétés sont devenues moins étroites, moins fréquentes, presque insuffisantes. Puisqu'elles ont eu autrefois un autre caractère, pourquoi ne le reprendraient-elles pas à l'avenir? Peut-être pourrait-on agir sur les Sociétés non seulement par une tutelle bienveillante, mais aussi par des égards qui auraient en eux-mêmes quelque utilité. En i865, M. Duruy, faisant preuve en cela, comme en tant d'autres choses, d'un admirable esprit libéral, n'hésita pas à leur demander de s'associer à son œuvre de la création d'un enseignement secon-

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