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daire spécial, œuvre utile entre toutes, qui a été méconnue à ses débuts, mais qui triomphe maintenant sous nos yeux, parce qu'elle est la conséquence forcée des nécessités d^existence de notre société démocratique. En 1 864 9 il les avait consultées sur le choix des livres destinés aux bibhothèques des écoles primaires. Le 1^' décembre, il écrivait aux présidents des Sociétés : « Monsieur le président, chaque année mon Département achète un certain nombre de livres pour être distribués aux bibliothèques des écoles primaires. Ce sont, en général, des ouvrages d'histoire ou de géographie, de littérature ou de morale, des manuels d'agriculture, ou des traités élémentaires de science appliquée , destinés aux élèves les plus avancés de ces écoles ou à leurs parents, pour les lectures d'hiver. Il m'a paru qu'il serait très désirable de pouvoir mettre entre les mains de cette classe de lecteurs, indépendamment de ces ouvrages d'une utilité générale, des livres présentant un caractère d'intérêt particulier pour les populations de telle ou telle localité et spécialement appropriés à leurs besoins. Les membres de la Société que vous présidez seraient mieux que personne en mesure de m'éclairer sur ce point. Je vous serai donc très obligé de vouloir bien, après vous être concerté avec eux, m'indiquer quels sont, au point de vue de la littérature, de l'histoire, des sciences , de l'hygiène , de l'agriculture , de l'industrie , etc. , les ouvrages qui pourraient être le plus utilement répandus dans votre département (^). » Ces exemples seraient bons à suivre, et sur ce point encore, M. Duruy est, avec M. Guizot, l'instigateur de presque toutes les réformes qui ont été accomplies ou qui devraient être accomplies au Ministère de l'instruction publique.
Mais le meilleur ou plutôt l'unique moyen de laisser au Comité la direction des Sociétés savantes est de l'élargir lui-même , à mesure que ces Sociétés se développent et étendent le champ, de plus en plus vaste, de leurs travaux. Nous croyons avoir montré, dans les pages qui précèdent, que si le Comité a si souvent changé de titre et d'organi-
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sation, que si de simple il est devenu multiple dans ses pailies, c est qu'il a dû grandir avec les Sociétés savantes et s'appliquer à toutes les sciences vers lesquelles elles étaient graduellement attirées. Au début , nous l'avons montré, l'histoire seule semblait être de leur domaine; l'archéologie Ta suivie presque immédiatement, puis les lettres, puis les sciences mathématiques et naturelles , puis enfin toutes les sciences. Pour comprendre la portée de ces accroissements successifs dans le programme des Sociétés savantes , il suffit de se reporter à celui qu'un philosophe célèbre, Jouffroy, traçait, en 18 36, à l'académie de Besançon (^), avec un art si persuasif et d'une main qui parait si sûre , si maitresse de l'avenir. < Ce sont, disait Jouffroy, les principes indigènes qu'il appartient à une académie de province de saisir, de développer et de féconder. Elle peut en cela ce que nidle autre ne peut. La fibre provinciale est sous sa main, c'est à elle de la faire vibrer; là est la partie originale de sa mission, et c'est en la remplissant qu'elle peut rencontrer la gloire , qui ne s'attache qu'à l'originalité. L'art des académies de province est de dégager, dans la recherche générale de la vérité , les recherches particulières qui touchent spécialement la province » ou dont la province seule possède les éléments , et , se résignant à n'être sur le reste qu'un intermédiaire utile, de se consacrer exclusivement à ces recherches, d'en organiser le plan, d'en trouver la méthode, de les exciter par tous les moyens en son pouvoir, et de réunir en elles tous les rayons qui peuvent les éclairer. Toute académie locale qui saura se faire ainsi sa part, la gardera. On ne demandera pas à quoi elle est bonne, on le saura. La province , interrogée sur sa littérature, sur son histoire, sur sa géographie, sur sa statistique, sur ses souvenirs et ses espérances, sur sa gloire et ses infortunes, sur tout ce qui la touche, surtout ce qu'elle sait, et quelle seule peut savoir, répondra juste, et le corps de ses réponses deviendra pour la société qui lésa formulées
^*' Proposition adressée à V Académie de Besançon par M. Jouffroy, dépaté du Doabs, Paris, le i5 novembre i836. Le but de cette proposition est la publication par TAcadèmie des documents inédits de l'histoire de la province. — Voyez Mémoires de V Académie de Besançon, année iSSy.
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un monument glorieux pour les sciences, un document original; pour la province, une source abondante de poésie, de patriotisme, de lumière et de vie. Cherchez ce qu^ont produit, depuis qu'elles existent , les différentes académies de province, vous verrez qu'elles n'ont moissonné que dans ce cercle , et que tout ce qu'elles ont semé au delà n'a pas levé. En quoi sont précieuses les archives de certaines académies et qu'y va-t-on chercher? Sont-ce les mémoires sur les questions générales que l'habitant de Calcutta est tout aussi apte à résoudre que celui de Besançon ou de Marseille ? Ces mémoires sont oubliés, nul ne s'en soucie. Ce qu'on y va chercher, ce sont des études sur la province, que l'on ne trouve que là. Ces études, quiconque s'occupe de la France, ou même de l'Europe, sous une face quelconque , en a besoin : c'est une pierre de l'édifice qu'il essaie d'élever, et si elle lui manquait, son œuvre serait moins parfaite. Il vient la chercher où elle doit être et, quand il la trouve , il rend hommage à l'académie locale qui a eu le bon sens de comprendre que sa mission était de la lui préparer. » Ces vues étaient-elles complètement justes en i836? C'est douteux. En tous cas, elles le sont beaucoup moins aujourd'hui, et peut-être ne le seront-elles plus demain. D'abord, il est impossible de bien faire des recherches dans les limites étroites d'une province sans connaître l'ensemble de la science, et, par suite, sans essayer quelquefois de résoudre les questions générales que se pose l'habitant de Calcutta, aussi bien que celui de Marseille et de Besançon. Et pourquoi ne serait-il pas permis de l'essayer? Parce qu'on vit en province? Mais, si la province avait en 1 836 des horizons étroits, si on y était renfermé parce qu'il était trop long d'en sortir, on est-il de même aujourd'hui que, grâce au progrès des moyens de communications, il n'y a réellement plus de distances? Il n'y en a pas plus pour la pensée que pour le corps. La science est devenue universelle; en quelques heures, en quelques jours tout au plus, une découverte faite sur un point quelconque du globe est connue dans le globe entier. Besançon n'est plus si éloigné de Calcutta, et pourquoi relever dans les esprits les barrières qui n'existent plus dans les choses?
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Ferons-nous également ressortir combien la science a marché depuis i836? Pour ne parler que de l'histoire et de Tarchéologie , est-ce que la découverte de TOrient, est-ce que la lumière nouvelle projetée par les recherches modernes sur la Grèce et sur Rome , est-ce que la grande et profonde exploration qui a remonté jusqu à nos origines préhistoriques, n'ont pas ouvert aux travailleurs une carrière immense , qu'on pouvait à peine soupçonner il y a trente ans ? Et pourquoi en interdirait-on l'accès aux savants de la province ? Pourquoi les jugerait -on incapables dy marcher? On leur fournit tous les moyens de travail; on met partout à côté d'eux des laboratoires et des universités; chaque année on les réunit en congrès à Paris, afin d'y traiter avec les hommes les plus compétents, avec les maîtres de la science, tous les problèmes qu'ils ont agités durant de longs mois, dans leur vie tranquille et laborieuse; et l'on voudrait ensuite borner absolument leur ambition à fouiller le sol de leiu* propre province , à rechercher ses souvenirs , à recueillir pieusement ses espérances HDieu nous garde de les détourner de cette dernière mission , pour laquelle , Jouffroy a raison de le dire , eux seuls sont préparés. Mais ils s'en acquitteront d'autant mieux qu'ils n'y seront pas toujours cantonnés, et après avoir parcouru le cercle de la science, ils n'en défiricheront que mieux le champ particulier qui est placé le plus près d'eux. L'idée que se faisait Jouffroy, et que se faisaient tous ses contemporains, des académies et des sociétés de province, tenait à la situation que l'organisation universitaire et l'excessive centralisation de leur époque avaient faite alors aux départements. Tandis qu'en Allemagne, la science était partout cultivée, tandis que de trèspetites villes devenaient de merveilleux foyers de découvertes, chez nous rien ne se produisait en dehors de Paris. Il n'en est déjà plus tout à fait ainsi , et il faut espérer qu'il en sera de moins en moins ainsi à l'avenir. Les grandes universités qu'on s'efforce depuis dix ans de fonder en province y ramèneront sans doute l'élan scientiGque qui y régnait au xvii* et au xviii* siècle. Paris n'y perdra rien , et la France y gagnera. Mais, pour atteindre ce résultat, il faut qu'il existe, à côté
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des écoles, et parallèlement à elles, des réunions, des cercles, des sociétés où les hommes sortis de leur sein puissent continuer à travailler et s'essayer à produire. C'est une des conditions du réveil scientifique de notre pays.
Pour répondre à toutes les nécessités de sa tâche, le Ministère de rinstruction publique doit évidemment, à côté du corps qui enseigne et qui fait la science en enseignant, satisfaire aux exigences de certains corps qui n'enseignent pas et qui, néanmoins, contribuent aussi à faire la science. Toutes les découvertes de nos jours ne sont point l'œuvre de professeurs. Pour ne parler encore que de l'archéologie et de la philologie, et pour donner des exemples frappants, Champollion, qui a déchiffré les hiéroglyphes, M. de Rougé, qui a continué son œuvre et jeté les bases de l'histoire égyptienne, n'étaient point des professeurs. M. de Rougé était un officier de cavalerie. En Angleterre, Georges Smith, qui le premier a déchifiPré le cypriote, était un horloger, et ne savait pas le grec. Il faut donc que la science qu'on peut appeler laïque, que la science, non pas seulement des amateurs, mais des travailleurs non universitaires, trouve au Ministère de l'instruction publique conseil et appui. Une grande part des découvertes actuelles est due à des missions qui n'ont rien d'universitaire : missions archéologiques, missions scientifiques , missions géographiques, faites souvent par des officiers comme MM. Aymonier et de Brazza, par des hommes du monde comme M. Chamay et tant d'autres.
Leur importance deviendra de plus en plus considérable, à mesure que se développera le grand mouvement de curiosité et aussi de conquêtes qui jette les savants et les armées modernes sur tous les points du globe où n'a point encore triomphé l'action européenne. La France, pour son compte, a toujours voulu que ses soldats fussent accompagnés ou immédiatement suivis par des missionnaires scientifiques. Cette tradition, inaugurée en Egypte, on sait avec quel éclat, s'est perpétuée en Morée, et nous venons de la voir reprise en Tunisie et au Cambodge : le Tonquin en profitera bientôt. Les missions scientifiques ne sont-elles pas des sortes d'enquêtes, qui se font, non plus
dans DOS bibliothèques et dans nos archives, non plus même sur notre territoire, mais partout où il y a un problème à résoudre ou une observation à recueillir ? On pourrait donc à bien des égards les rattacher, elles aussi , à Tœuvre des Sociétés savantes , et considérer le Comité comme une sorte de conseil pour tout ce qui, dans TUniversité, ne fait pas partie de renseignement proprement dit. Que ce fût dépasser de beaucoup la pensée première de M. Guizot, on ne saurait le nier; mais ce ne serait assurément pas la trahir. Le Comité a été fondé pour donner im centre et ime direction à tous les travaux qui s'accomplissaient en dehors des écoles. Comme ces travaux, en i834i ne sortaient pas du cercle de l'histoire et de Tarchéologie nationale, et comme d'ailleurs II y avait un intérêt capital à parcourir d'abord ce cercle entier, M. Guizot s'y est très judicieusement maintenu. Toutefois nous avons montré que le germe déposé par lui dans une terre singulièrement riche avait pris des développements qui avaient fini par tout envahir. Moreau ne songeait qu'aux chartes , et tout au plus aux rapports de l'histoire et de l'administration. M. Guizot a enfibrassé dans son programme toutes les branches de f histoire. Ses successeurs ont étendu le leur à la science entière, mais il n'y a là que le produit d'une évolution régulière, d'un progrès nécessaire et fécond, qui se poursuivra dans l'avenir comme il s'est poursuivi dans le passé. C'est à le démontrer que nous nous sommes appliqué dans cette introduction, et si nous y avions réussi , nous aurions fait ce que nous avons voulu faire.