‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 4 sur 155 · X\IU · texte numérisé non relu

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les nombreux symptômes, la congrégation de Saint-Maur prêta à l'œuvre de Moreau im utile concours. Elle l'aida, à la veille de la Révolution , qui allait porter un si grand tro\d)le dans nos archives , à en recueillir d'importantes parties; et, même après sa dispersion» des membres isolés, séparés de leur ordre, ralliés aux idées nouvelles» contribuèrent à sauver ce qui nous est resté de ces précieux dépôts , que le vandalisme révolutionnaire livrait à la destruction.

Bertin s'adressa donc , au nom du Roi , aux Bénédictins , et ceux-ci lui répondirent, non sans quelque vanterie, le 2 7 juillet 1762, qu'ib comptaient dans la congrégation une foule de religieux habitués au déchiffrement des titres anciens , dont plusieurs étaient occupés à la con)position de différentes histoires de provinces ; qu'ils étaient en état de distribuer des hommes savants et laborieux de toutes les maisons de leur ordre , soit dans les villes , soit dans les grandes seigneuries et les monastères possédant des chartes; qu'ils pourraient « couvrir toute la France de travailleurs ^^' »; et enfin qu'ils étaient disposés à envoyer au dépôt qui leur serait indiqué les notices des chartes qu'ils connaissaient déjà ou qu'ils découvriraient par la suite. Il n'était pas encore bien nettement question, en effet, de former \m dépôt des chartes proprement dit; on se bornait à une collection de notices sur le plan du recueil chronologique des actes relatifs à la France, entrepris par Secousse , continué par Sainte-Palaye et Bréquigny .

C'est Bertin qui déclara le premier que des notices ne donneraient pas les résultats que l'on était en droit d'attendre de la nouvelle institution. Dans un mémoire d'ime logique serrée , il représentait à Moreau que, si, à la rigueur, une notice pouvait suffire quand il s'agissait de documents conservés dans les dépôts d'archives de l'Etat» la plupart accessibles à tous, d'actes dont le contrôle était facile, il n'en était plus de même pour ceux qui restaient dans les chartriers privés; qu'une notice ne présentait aucun caractère d'authenticité; qu'indépendamment du plus ou moins de valeur qu'elle tirerait du

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plus ou moins de soin avec lequel elle serait faite, il fallait surtout tenir, compte des opinions des pdacteurs et du point de vue où se placerait chacun d'eux. Sans vouloir précisément affirmer qu^en ce qui concernait les Bénédictins, ces notices n offriraient pas toutes les garanties désirables, il disait : «De quelle utilité véritable pourroit être une notice faite par des religieux, aont nous connoissoQs tous l'application et le mérite en ces matières, et dont le grand nombre qui sera employé ne peut avoir les mêmes lumières, la même assiduité ou plus tôt la même patience (^\ etc.?» Et, plus loin, il concluait : « Ce n est point une notice quMl nous faut, c'est une collection de titres ou de copies fidèles de ces titres et chartes, k laquelle les sçavans puissent recourir conune aux originaux , soit en attendant qu'elles soient imprimées, soit après leur impression. Cela ne nous empêchera pas, dans notre intérieur, de faire faire par M. de Bréquigny et autres bons citoyens ou sçavans une notice de ces chartes, des catalogues raisonnés, etc. Mais alors ce sera avec utilité, tout le monde pouvant recourir à Tinspection des chartes mêmes ou des copies fidelles qui seront au dépôt ou qu'on fera imprimer (^). » Insistant sur cette idée, dans une lettre aux Bénédictins , il ajoutait : • 11 y a dans le Royaume deux sortes de déposts : les uns sont des déposts publics, toujours accessibles aux recherches, et dont la surveillance des officiers royaux qui sont commis à leur garde écarte tout danger et de spoliation et d'altération même; tels sont les greffes des Parlemens, Chambres des comptes et autres Cours souveraines, ainsi que ceux des jurisdictions royales , biureaux. des villes et autres de cette nature ; les autres sont , pom* ainsi dire, des déposts particuliers, dont la garde n'est confiée qu'au propriétaire, et sur lesquels l'Administration, quelque attentive qu'elle soit, ne peut que difficilement porter ses regards ; tels sont les chartriers des abbayes, maisons religieuses, églises et même des grandes terres et seigneuries. Par rapport aux premiers, il doit vous suffire, dans le cours de vos recherches, de procurer à Sa Majesté

des notices des différentes chartes ou titres qu'ils renferment. Le Roy pourra même demander par la suite à vos religieux, et surtout à ceux que vous jugerez les plus dignes de sa confiance, des eclaircissemens sur l'état dans lequel se trouvent ces déposts et sur les soins que peuvent exiger et leur conservation et leur perfection; mais, quant aux titres qu'ils renferment, il suffira que le Roy les connoisse et sache, par la notice que vos religieux lui en donneront, les lumières que Ton en peut tirer. Quant aux déposts particuliers, comme le Gouvernement doit veiller pour les propriétaires eux-mêmes à la conservation des moniunens qui intéressent le droit public, le Roy entend que vous tiriez des copies figurées de toutes les chartes et de tous les actes importans que vous y trouverez. Ces copies, renfermées dans un dépost, pourront quelque jour -suppléer les originaux, dans le cas où ceux-ci seroient perdus, soit par la négligence des propriétaires, soit par la mauvaise foy de ceux auxquels la garde en est confiée, et formeront une collection à la portée des sçavans qui auront besoin de consulter ces titres, qu'ils ne pourroient bien connoistre s'ils restoient dispersés dans des déposts particuliers ou si l'on n'en avoit qu'une notice (^J. »

Sur ces observations de Berlin, qui marquaient à la fois l'importance et les limites, la valeur et les lacunes de l'œuvre qu'on entreprenait, il fut décidé que, pour les dépôts p\d)lics d'archives dont la surveillance était confiée aux officiers royaux, tels que les greffes des Parlements , des Chambres des comptes et autres Cours souveraines, ainsi que ceux des juridictions royales, bureaux des villes, etc., il suffirait de dresser des notices des chartes ou titres qu'ils renfermaient; mais que, pour les dépôts particuliers, il serait fait des copies figurées de tous les actes importants, afin qu'elles pussent, en cas de perte de ceux-ci, tenir lieu des originaux, et que les savants fussent mis en mesure de consulter sans déplacement les chartes disséminées dans les chartriers du royaume.

Le Cabinet des chartes était fondé ; il restait à s'occuper du per-

IBPMMIftIS lATIOlAtl.

sonnel. Un projet d'arrêt du Conseil , qui ne parait pas , d'ailleurs , avoir été rendu ^ instituait, d'après les idées de Moreau, une sorte de comité supérieur des chartes, qui se serait réuni tous les mois en conférence, à la Bibliothèque des finances, pour procéder à la revision des chartes recueillies par les Bénédictins. Ce comité était composé , ou devait être composé, de Sainte-Palaye,deFoncemagne,deVillevault,de Moreau , de Bréquigny, de Bouquet , de Coqueley de Chaussepierre « de Gibert et de Bonamy ^^\ L'état des collaborateurs fournis par la congrégation de Saint- Maur fut envoyé à Moreau, le i4 décembre 1762, par le Père général des Bénédictins ^'^K Moreau fut chargé de la direction administrative, Bréquigny eut à dresser le catalogue et ia notice des chartes découvertes par les Bénédictins: en premier lieu figuraient toutes les chartes originales ayant quelque- rapport avec l'histoire de France, ecclésiastique ou civile, générale ou particulière. Un premier modèle d^nstructions fut expédié aux Bénédictins, mais il manquait de précision^'^ On ne donna à ces instructions une forme définitive que par le directoire du i4 mai 1764» document fondamental, qui mit im terme aux tâtonnements et devint le guide de toutes les personnes attachées au dépouillement des chartes.

Les fonds à consulter y étaient énumérés : c'étaient les cabinets des curieux, les archives des gentilshommes et des seigneurs, celles des Ëtats, des provinces, des sièges royaux, des Cours souveraines « des évêques, des églises, des abbayes et des commimautés régulières, des villes et des commmunautés laïques. La nature des actes à recueillir dans les di£Pérents dépôts était indiquée; mais on appelait aussi l'attention, dans les archives des particuliers et dans celles des seigneuries, sur les titres généalogiques, lettres de rois ou de princes, qui pouvaient être conservées, sur les actes d'hommages, aveux, contrats de ventes, contrats d'achats et de mariages, testaments, comptes, etc.; dans les archives des Etats et des provinces , sur tous les

documents sans exception ; dans celles des Cours souveraines, sur les registres de leurs actes; dans les Chambres descomptes, sur les comptes de flnànces, les rôles de montres, les rôles de réformation, lès quittances, les scellés, etc.; enGn on signalait surtout, parmi les richesses des archives ecclésiastiques, indépendamment des diplômes, chartes et actes divers que nous venons d'énoncer, les synodes et règlements ecclésiastiques, les délibérations des chapitres, les fondations de toute sorte, les élections, confirmations, bénédictions, réceptions solennelles, collations, dédicaces et confraternités d'églises. Quant à la méthode à suivre pour arriver à obtenir des copies d'une rigoureuse exactitude , elle mérite d'être rapportée en entier, tant elle est claire et sûre. Elle présente en peu de lignes un programme qui peut être proposé en exemple , même de nos jours :

« VI. On aura grand soin, dans cette transcription, d'observer Tortographe emploiée dans l'acte, ne supléant ny les diphtongues, ni la ponctuation , et copiant même les fautes ; surtout on prendra garde d'estropier les noms de personnes ou de lieux; et lorsque les noms de lieux seront hors d'usage ou latins, on s'informera dans le païs des noms modernes correspondans, autant qu'on pourra les découvrir, et on en fera note, ainsi qu'on le dira çi-dessous, article IX.

«VII. On dessinera, au moins d'une façon grossière, les sceaux des rois, princes, évéques, abbés, seigneurs, etc., qui sont au bas des chartes ; et , s'il y en a plusieurs siu* le même acte , on les rangera dans l'ordre qu'ils y occupent, sans oublier le contre-scel.

«VIII. On emploiera, dans la date ou ailleurs, les mêmes caractères numériques emploies dans l'acte même. On copiera aussi les monogrames et les croix, qui tiennent souvent lieu de signature, observant l'ordre dans lequel les croix sont rangées , transcrivant les noms qui les accompagnent, et rangeant aussi, selon leur ordre, les signatures mêmes , de sorte que la coppie soit , a divers égards , aussi semblable qu'il sera possible à l'original.

« IX. A la fin de chaque copie on joindra, sur un papier séparé, les notes que Ton croira devoir faire : i® sur le tittre que Ton croira convenir à la pièce, ou que Ton aura trouvé au dos d'icelle ; 2® sur les noms des lieux ou personnes ; 3^ siur les caractères numériques de la date; 4^ sur les signatures, croix, etc., observant si elles ne sont pas toutes de la même main , comme cela arrive quelques fois ; 5® sur les sceaux, distinguant ceux qui sont entiers, frustes ou qui paroissent avoir été enlevés , et décrivant ceux qu'on n'a pu dessiner ; 6® sur les ratures , interlignes , endroits gratés ou altérés , etc. ; 7® enfin , sur la forme phisique de Tacte, lorsqu'elle aura quelque chose de singulier; sur la nature du parchemin ou autre matière , quand cela sera remarquable ; sur Tencre même , la forme de certains tittres qui peuvent servir à désigner Tftge de la charte, et les autres caractères extrinsèques qui paroitront mériter d'être marqués. Il seroit bon de puiser quelque connoissance de ces divers caractères dans le Nouveau traité de Diplomatique. Au reste, ces observations doivent plustôt contenir des faits que des réflexions ; elles seront courtes et seulement indicatives <*'. »

La limite extrême des documents à transcrire fut fixée à l'année i38o; pour les pièces d'une importance exceptionnelle, elle fut reculée jusqu'à^ la fin du règne de Louis XIII. Enfin il fut décidé que les copies de titres et les actes tirés des cartulaires seraient compris dans la collection, lorsque ces copies offriraient un caractère incontestable d'authenticité.

Aux termes du titre II de l'instruction sur les recherches des chartes manuscrites , la notice des pièces trouvées dans les dépôts devait être préalablement communiquée à Moreau , puis à Bréquigny , lequel vérifierait sur les tables des titres imprimés si ces pièces étaient ou non publiées. Mais cette opération, si simple qu'elle paraisse au premier abord, n'était pas sans présenter de réelles difficultés ou des garan-

ce)

ties insuffisantes. Les Bénédictins l'avaient bien compris. Après avoir déclaré qu'il n'y avait rien « de mieux à faire que de suivre de point en point le mémoire instructif» de Bréquigny, ils ajoutaient: « On est persuadé que toutes ces précautions, loin d'accellérer l'exécution du projet en question, ne serviroient qu'à la reculer et à semer de nouvelles épines sur un travail où il ne s'en trouve déjà que trop. D'ailleurs tout cela iroit à ne point finir et ne remédieroit pas à gp^and chose. Que feroit-on dans im chartrier, en attendant le résultat de l'examen de ces Messieurs, qui alors seroient peut-être absents, comme l'est actuellement M. de Bréquigny, ou occupés d'affaires qui ne leur permettroient pas de faire sur le champ l'examen en question ? Ne seroit-il pas plus simple dfe coppier tout de suite celles de ces chartes qui paroîtroient intéressantes, sans trop s'embarrasser si elles sont imprimées ou non ? Sur un chartrier qui contiendra quatre à cinq cents chartes , il y en aura sept à huit , une douzaine peut-être , qui aiu'ont été imprimées tant bien que mal. Est-ce la peine de perdre tant de tems à s'en assurer? D'ailleurs l'inconvénient de copier des chartes déjà imprimées est-il si grand ? On ne le pense pas , d'autant plus que, dans les imprimés, on n'observe pas conmiunément la ponctuation, l'ortographe, les abbréviations et le caractère des originaux, toutes choses très utiles, et que, conformément à une sage et judicieuse critique , on a raison d'exiger aujourd'hui^^'. »

Ces objections étaient d'autant mieux fondées que la Table chronologique des chartes et diplômes, que Bréquigny avait été chargé de continuer, restait en préparation et n'était pas assez avancée pour que les coUaborateurs du Cabinet des chartes pussent savoir, d'une façon précise , si les documents dont ils transmettaient les notices avaient été imprimés ou étaient encore inédits. En effet, le premier volume de cet important travail, sur lequel nous aurons à revenir plus loin, ne parut qu'en 1769. Néanmoins, la décision prise en ce qui concernait les notices et les copies fut maintenue. Les recherches

et les travaux de transcription furent poussés avec ardeur dès 1764* Déjà même, en 1763, plusieurs Bénédictins avaient mérité detre signalés à cause de leur zèle et d'être compris pour une gratification de 1 5oo livres à prélever sur la somme de 4ooo livres que le Roi avait attribuée annuellement à la congrégation de Saint-Maur, en vue d'indemniser les religieux attachés aux travaux du Cabinet des chartes des frais de copies et de leurs dépenses extraordinaires. Cette allocation était indépendante de la somme de 6000 livres que le Régime de la congrégation affectait chaque année à la continuation des ouvrages d'érudition entrepris par ses soins. Le travail ainsi rétribué semblait devoir toujours marcher à souhait. Les débuts étaient pleins de promesses, ce qui s'expliquait, du reste, car les provinces dans lesquelles la congrégation de Saint-Maur avait des monastères furent naturellement le champ sur lequel les Bénédictins exercèrent d'abord leur intelligente activité, terrain bien préparé où la semence ne pouvait jnanquer de lever assez vite.

Mais ce travail intérieur parut bientôt insuffisant à Moreau et à Bertin. Ce n'est pas seulement chez nous que se rencontrent les documents de notre histoire. Un peuple dont la vie, depuis tant de siècles -et à travers des alternatives si diverses, s'est trouvée mêlée à la vie de tous les autres peuples , a laissé partout en Europe des monuments de sa gloire et de ses malheurs , de ses succès et de ses revers , enfin des innombrables entreprises où Ta conduit sa fortune bonne ou mauvaise, dans le cours d^une longue et féconde existence. H était donc inévitable que les recherches entreprises en France se poursuivissent aussi à l'étranger, et que des missions au dehors vinssent compléter l'œuvre qui s'accomplissait dans nos propres archives. Rome et Londres surtout offraient au Cabinet des chartes des ressources trop considérables et trop précieuses pour qu'on les négligeât. Dès 176^, des démarches fiu*ent faites par Bertin auprès du marquis d^Aubeterre, ambassadeur de France à Rome, afin de l'interroger sur la possibilité d'explorer les archives du Vatican. Pour des motifs que nous ignorons, cette première tentative n'eut pas de résultat immédiat, mais elle devait

être renouvelée dix ans après avec un succès inespéré. A Londres, où, dès 1762, Durand de Distorf, garde des archives des Affaires étrangères, avait signalé la grande quantité de richesses historiques relatives à la France, que conservaient la Tour, l'Echiquier et le British Muséum, — richesses dont l'existence n'était d'ailleurs pas ignorée , — nous devions être plus rapidement heureux. Durand écrivait au duc de Prashn, alors Ministre des affaires étrangères : « Monseigneur, après le succès de vos négociations et après avoir mérité, par votre manière de traiter, l'estime de Sa Majesté Britannique et de son ministère, j'entrevois des facilités dans l'exécution d'un projet que M. le duc de Nivemois a cru que je devrois mettre sous vos yeux. Il s'agiroit d'obtenir la commiuiication d'ime prodigieuse quantité de titres originaux, de perfectionner par cette connoissance Thistoire de plusieurs de nos provinces, de prociu'er, en suivant cette route , un nouveau jour à notre histoire générale et de jetter im nouvel éclat sur un grand nombre des principales maisons du royaume. ... Il seroit fort à souhaiter qu'on pût faire un inventaire de ces titres et qu'on eût de plus la permission d'en tirer des copies authentiques. » Frappé sans doute par ces renseignements, le duc de Praslin confia à Bréquigny, vers 17649 la mission de copier, dans les différents dépôts de Londres , les pièces qui concernaient la France. Il semble que, tout dVbord, ces copies étaient destinées à enrichir les ai:chives du Ministère des affaires étrangères. Moreau s'en émut; et, à la veille du départ de Bréquigny pour Londres, aux premiers joiu*s de mai 1764, il réclama instamment auprès de Bertin, devenu Ministre d'État et qui avait conservé dans ses attributions le dépôt des chartes, le suppliant d'intervenir pour que ce dépôt ne (ut pas frustré des documents qui pouvaient légitimement lui être attribués. Moreau obtint gain de cause. Installé à Londres, où il employait six copistes, Bréquigny commença par dépouiller, dans les greniers de l'Echiquier, des quantités énormes de parchemins considérés conune inutiles, qui y avaient été accumulés. Il y trouva, ainsi qu'aux bibliothèques Cottonienne et Harléienne et aux char-

triers du British Muséum, un nombre considérable de documents intéressant la France ; il les fit copier ou en rédigea des notices. H explora les dépôts des Affaires étrangères , nommés Chaptei^House et Paper-Office. Toutefois c'est à la Tour, dépôt précieux entre tous pour les recherches auxquelles il se livrait, mais gardé avec un soin jaloux dont il sut heureusement triompher, que Bréquigny fit la plus importante et la plus abondante récolte. N'ayant avec lui que deux copistes, de peur d'éveiller la défiance s^il en employait davantage , et feignant de travailler pour son compte personnel, il put compulser tous les documents qui se rapportaient à nos provinces occupées autrefois par les Anglais : un grand nombre avaient été enlevés de nos chartriers lors de la conquête. Les titres relatifs aux droits du Roi et au domaine de la couronne ; les lois municipales des villes de France qui avaient été soumises à la domination anglaise; les ordonnances des rois de France et d'Angleterre concernant ces villes ^ des lettres originales de nos rois, de nos ministres et de nos généraux; les instructions des ambassadeurs d'Angleterre en France; les dépèches, les traités et les projets de traités; les bulles relatives à la France; la collection des rôles gascons, normands et français ; en un mot, tout ce qui était de nature à éclairer d'un jour nouveau la politique exté* rieure de la France, son administration intérieure, Thistoire civile et religieuse, celle des familles, etc., attira l'attention de Bréquigny et devint pour lui Tobjet de transcriptions et d'analyses. Le résultat de ses recherches, pendant deux ans et demi qu'il passa à Londres, fut vraiment prodigieux. Il n en rapporta pas moins de 7,000 copies de pièces, qui constituèrent le premier fonds du Cabinet des chartes et qui restent un des plus précieux trésors du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Dans un mémoire sur sa mission, qu il lut en séance publique de l'Académie des inscriptions et belleslettres, en i766(^\ il fit entrevoir tout l'intérêt de la collection qu'il avait formée et les dissertations qu'il publia par la suite montrent

assez quel secours elle pouvait apporter à l'histoire de France. On ne saurait trop admirer non seulement le zèle, mais Tintelligence déployée par Bréquigny dans sa mission en Angleterre. Tandis qu'un trop grand nombre des collaborateurs de Moreau, en France, se bornaient à copier les chartes , Bréquigny, devançant en partie la critique contemporaine, ne laissait passer aucun papier, quel qu'il fût, sans l'avoir examiné, et retirait souvent d'un compte, d'une quittance, d'une pièce en apparence dépourvue de valeur, d'intéressantes indications historiques. Il y mettait tant de zèle qu'il passait parfois auprès de ceux qui le voyaient travailler à Londres pour un de ces maniaques dont la vie se consume en efforts aussi vains que fatigants. Voici ce qu'il racontait à ce sujet dans son mémoire à l'Académie des inscriptions et belles-lettres :

« Les pièces conservées à l'Echiquier sont divisées en deux classes. Celles qui sont d'un usage journalier, renfermées dans un grand nombre d'armoires, sont rangées dans un bel ordre, et bien connues de ceux à qui elles sont confiées. Celles que l'on regarde comme inutiles sont, les imes accumidées dans un grenier, sur environ dix toises de long et quatre pieds de haut ; les autres entassées sans ordre dans un cabinet obsour, couvertes d'un enduit épais de poussière humide et infecte : preuve du long repos dans lequel on les a laissées, et qui sembloit devoir éteindre tout désir de le tro\d)ler. Je travaillai durant trois mois dans cette espèce de chaos, que je bouleversai sans ménagement. Je n avois point à craindre d'en augmenter le désordre. Les surveillans qu'on me donna toujours, témoins de l'opiniâtreté de ce travail pénible et dégoûtant, me plaignoient en souriant, persuadés de l'inutilité de mes recherches. En effet, dans cet amas immense de vieux parchemins, je ne trouvai d'autres pièces concernant la France que d'anciens états de la recette et de la dépense des revenus de quelques-unes de nos provinces occupées jadis par les Anglois. Cependant, comme les pièces justificatives étoient jointes à ces états, plusieurs me parurent propres à éclaircir quelques points de l'administration ancienne de ces provinces, à rappeler le souvenir de quel-

IMPmifKBIl ^ATIOliLS.

ques usages oubliés, k jeter du jour sur les généalogies de notre noblesse, dont une partie, surtout celle de Guienne, fut longtemps au service des rois d\\ngleterre. Je transcrivis un assez grand nombre de ces pièces. Je fis aussi des extraits de diflerens comptes des revenus de diverses parties de la France, dans le xiv* siècle : purs objets de curiosité. Par exemple, en dépouillant un gros registre des droits de la douane de Bordeaux en i35o, je vis quil éfoit sorti de ce port^ dans le cours d*un an , cent quarante-un navires chargés de treize mille quatre cents vingt-neuf tonneaux de vin , qui avoient produit de droits cinq mille cent-quatre livres seize sous, monnoie bordeloise (^'. ■ Est-ce là im simple détail de curiosité , conune le dit Bréquigny ? N*est-ce pas plutôt une information importante pour l'histoire du commerce? Bréquigny était trop modeste; mais, en élargissant Fœuvre k laquelle il prenait part, il semblait présager Textension nouvelle qu'elle devait recevoir de nos jours.

Pendant que Bréquigny accomplissait à Londres sa féconde mission, Moreau s'occupait en France d'organiser d'une manière plus complète sa grande exploration des chartriers. Il s'agissait de pénétrer partout, et, par suite, d'avoir des travailleurs adaptés à chaque espèce de dépôt dans lesquels on voulait s'introduire. Certains de ces dépôts pouvaient être fermés aux Bénédictins; il fallait que d'autres y entreprissent le travail qui leur serait interdit. Moreau divisait les char» triers en quatre classes : i® les Chambres des comptes, les bureaux des finances et les hôtels de ville, qui appartenaient au Roi ; a® les archives des églises et des corps ecclésiastiques, soit réguliers, soit séculiers, et celles des seigneurs particuliers; 3® les Parlements; 4* la Bibliothèque du Roi, le Trésor des chartes et les collections particulières. Pour la première catégorie de dépôts, Moreau n'éprouvait au-

<'J T. I, p. aoo-aoï.

cun embarras; rien ne lui paraissait plus simple et plus économique que de s'adresser aux oflBciers payés par le Roi, qui en étaient chaînés, et de leur demander des inventaires et des notices des titres dont ils avaient la garde; mais il ne comptait point se borner à un appel général, préférant s'adresser à quelques fonctionnaires particulière- * ment zélés qu on séduirait par d'alléchantes promesses et d^habiles flatteries. Moreau était toujours d'avis qu'il était préférable de donner aux gens de belles paroles que de la monnaie sonnante. On verra qu'il en usait ainsi envers tout le monde, n'hésitant pas à prendre au piège le plus de naïfs possible , dans Tintérèt de la science , et peut-être aussi, hélas! dans son intérêt, car son traitement personnel, qu'on Ta accusé de grossir aux dépens de celui des autres, ne se composait pas uniquement de fumée louangeuse et d'encens. Il prétendait non pas gouverner, mais faire travailler les hommes par la vanité, chose néanmoins excusable , car si Ton peut dire que la injustifié les moyens, c'est assurément en pareille matière. « Or, disait-il, i^ il n'y a aucune de ces Compagnies dans laquelle on ne puisse trouver un ou deux magistrats honêtes et laborieux qui seroient flatez d'une correspondance avec le Ministre et d'un travail qui les mettroit à portée d'être connus du Roi : avec des motifs d'honeiu- et de gloire, on fera tout ce que l'on voudra de la pluspart. 2** Il n'y a aucune de ces Compagnies qui n'ait dans son sein des officiers pensionez du Roy : ces pensions ont été accordées aux services et à l'ancieneté ; si donc on faisoit espérer la survivance de ces pensions à celui ou à ceux que l'on chargeroit des inventaires et des notices dont il s'agit , il est certain que l'on trouveroit plusieurs officiers qui se présenter oient à l'envy pour les mériter. Il n'en coûteroit rien au Roy, puisque, lorsqu'il tiendroit sa parole, jqui doit être inviolablement exécutée, il n'accorderoit qu'une pension qu'il payoit auparavant ^^K » Moreau était convaincu de l'efficacité de ce procédé. « Sur le champ , disait-il, il se présentera des travailleurs qui mettront même leurs services au ra-

baU, tant est puissante dans les provinces Tarobition d'avoir une correspondance directe avec ie Ministre et l'espérance d'obtenir quelques grâces pour soi et pour sa famille. D'après cela, le Ministre doit choisir panny les sujets qui lui seront présentez et faire à celui qui sera choisi Thoneur de lui écrire ane lettre an pea enyvrantc. Rien n^esi si facile. Il faut bien peu connoitre les François pour ne pas savoir combien il est aisé de les mener; avec de belles paroles, on leur fera faire tout ce que Ton voudra. Il y a tel honète magistrat en province qui, se voyant nommé dans la gazete comme choisi pour cet ouvrage, feroit plus de cas de cet honeur que d'une véritable récompense W. >

Les travailleurs ainsi alléchés, ou enivrés, on les chai^eait, conune nous lavons expliqué , de simples notices et inventaires , puisque , les dépôts publics restant entre les mains de TÉtat, la copie des documents eux-mêmes paraissait inutile. « On peut ajouter, et on la desjà éprouvé, disait Moreau, que tout ce que ces inventaires coûteront au Roi se réduira aux frais du papier et au salaire des copistes. ■

En ce qui concernait les archives qui n'appartenaient pas au Roi , la difficulté devenait plus grande. On ne pouvait plus se borner à des notices et des extraits de titres ; il était nécessaire d'en avoir autant que possible des copies figurées. Ces archives étaient de deux sortes, celles des églises et des corps ecclésiastiques , soit réguliers , soit séculiers , et celles des seigneiu^ particuliers. Pour commencer pai^ les premières , Moreau estimait que les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur pouvaient mieux que personne y pénétrer; et, dans la pensée sans doute que les hommes se ressemblent partout et que le cœur humain d'un moine n'est pas fait autrement que celui d'un magistrat, il proposait d'employer, en vue d'inciter les religieux k la besogne, les mêmes moyens. qui lui avaient paru de nature à séduire les fonctionnaires. « On doit ajouter icy, disait* il, qu'ils sont presque tous extrêmement sensibles à Thoneur, à la confiance et aux

distinctions ; une lettre du Ministre qui contiendra quelqu'éloge de leur zèle fera sur plusieurs d*entre eux autant et plus d*effet qu une récompense pécuniaire. Cette ressource est facile. Mais il semble que , pour hâter leur travail et pour lui donner la plus forte activité et les plus grandes facilitez , il y auroit un moyen qui ne coûteroit rien du tout à Sa Majesté. Ce seroit de saisir l'occasion d'accorder sur quelques-imes des abbayes de leur ordre quelques pensions à ceux de ces religieux qui aiu^oient le plus utilement et le plus longtemps travaillé. Il pourroit se faire même que cette pension fut moins une récompense du travail qu'ime ressource pour le continuer; auquel cas elle seroit donnée non à tel ou tel religieux en particulier, mais attachée à telle maison et destinée au Bénédictin qui y sera emploie par ses Supérieurs aux études de l'histoire et de la diplomatique. Par exemple, M. l'évêque de Valence est abbé de Saint-Benoit-sur-Loire, et ce bénéfice est fort considérable. Qu'à la mort de M. de Valence , le Roy veuille bien charger celui qui, après lui, aura l'abbaye, de payer i ,000 livres de pension à celui des religieux de la maison qui lui sera indiqué par le Père Général comme chargé des travaux littéraires ordonnez par Sa Majesté, que cette grâce soit publiée dans les gazetes, et l'on ose avancer sans crainte qu'elle excitera la plus grande ardeur dans toute la congrégation de Saint-Maur, soit pour emploier les savans queUe renferme, soit pour en former d'autres. Ce que Ton fera sur l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire peut être répété sur d'autres abbayes du même ordre, et, outre l'émulation que le Roy aura excitée, il se sera peu-à-peu assuré les frais de ce travail, et les 4tOOO livres qu'il y a destinez pourront être employez à récompenser d'autres études. On ne croit pas que les canonistes les plus sévères puissent critiquer un pareil emploi des revenus de l'Eglise ^^K »

Il est permis, toutefois, de se demander ce qu'auraient pensé , sinon les canonistes les plus sévères, au moins certains moralistes un peu méticuleux , de la manière dont Bertin , appliquant les idées de Mo-

reau, écrivait à levèque d'Orléans, chaîné de la feuille des béoéfices, pour le prier de réserver les pensions ecclésiastiques aux religieux et aux prêtres qui travailleraient à enrichir ses collections. « Vous ne pouvés me le refuser, » lui disait -il; et la raison qu^îl lui donnait c^est quen somme il ne s'engageait à rien. « Par exemple, ajoutait-il, il y a un certain M. Tabbé Joli, chanoine de Dijon, grand diplo tuatique, jadis employé et longtems par feu M. le chaucellier d*Aguesseau, et qui est très mal à son aise. Cet homme vient de donner au Roy quelques manuscrits anciens et précieux , et il les a donnés bien gratuitement. Ainsi vous ne m*alléguerés point la simonie; mais je voudrois, de mou côté, lui procurer, quoi? Ce nest ny une abbaïe, ny un prieuré. Rassurés-vous , c'est une misérable pension de 600 hvres sur un bénéfice. Vous ne sauriés croire com^ bien une pareille grAce, que nous ferions sonner bien haut, attacheroit de gens aux travaux qui me sont confiez. Je vous la demande donc, et ma lettre vous servira de mémoire pour la mettre sous les yeux du Roy. Autre exemple. Dom Prosper Tassin est un vieux Bénédictin de quatre-vingts ans qui a pensé mourir il y a deux ans. Cet homme a fait un magnifique traité de diplomatique en plusieurs volumes in-A"^ et a travaillé toute sa vie à receuillir les monumens de notre histoire. Je lui ai fait présenter son ouvrage au Roy, mais cet honeur ne pique point l'émulation des autres, comme le ferait une petite pension de 3oo ou Aoo livres sur une abbaye bénédictine. Vous ne la payeriés pas un an; mais cet événement me feroit trouver dix ou douze honètes gens qui se jetteroient dans la poussière des titres pour mon service. Voilà, Monsieur, tout ce que j'y sais, et je vous appelle avec confiance à mon aide. Il est si aisé d'encourager les hommes que, si, sur ces deux objets, vous voulés me faire une belle réponse ostensible, la copie que je leur en enverrai leur inspirera le plus grand zèle, et doublera l'ardeur dont je profite. Nous autres Ministres, quand nous n'avons point de bon argent, il faut au moins que nous donnions de belles paroles '^). • '*^ T. I, p. iia-ii3.

La question du personnel tranchée par ces habiles procédés, Moreau remarquait que , si le Roi n'était pas propriétaire des archives des églises et des chapitres , il n'en avait pas moins , comme protecteur de rÉglise, le droit et peut-être la charge de veiller à leiu* conservation. Il lui semblait donc qu'il pouvait, ou plutôt qu'il devait, faire visiter ces archives par les Intendants des provinces pour vérifier l'état dans lequel elles se trouvaient; puis ordonner aux évêques et aux chapitres de dresser des inventaires exacts de tous les titres qu elles renfermaient, inventaires dont une copie serait envoyée gratuitement au dépôt des chartes.

De la part des Parlements, il y avait à craindre des difficultés plus sérieuses encore que du côté des églises et des chapitres; les défiances qui existaient entre la plupart de ces Compagnies et le Ministère étaient trop vives pour qu'on n'en redoutât pas les funestes effets ; on devait donc attendre qu'elles fussent assoupies. Toutefois, il n'était pas impossible d'acquérir ou de faire transcrire une des nombreuses copies des registres du Parlement de Paris que conservaient les bibliothèques, et de se faire communiquer les tables et inventaires que , dans certains Parlements, plusieurs magistrats avaient dressés poiu* leur usage personnel, t Enfin , disait Moreau, il viendra un tems où les troubles, Tagitation et les défiances ayant cessé , il sera facile au Ministère d'agir de concert avec les premiers Présidens et les Procureurs généraux pour faire transcrire, en vertu des ordres du Roy, tout ce que les registres des Parlemens peuvent renfermer de curieux et d'important poiu* l'administration publique. Ce ne sera qu'alors qu'il sera possible d'avoir des mémoires impartiaux sur toutes les parties de notre droit pubhc; car tant que les dépôts des Parlemens ne seront connus que de ceux qui y cherchent à justifier leurs opinions particulières, on ne tirera point de lumières sûres de ces immenses dépôts ^^K «

Pour le dépouillement de la Bibliothèque du Roi, qui ne contenait pas moins de 3o,ooo chartes non imprimées et presque entière-

mentiDConnues, on pouvait le confier à deux Bénédictins; et quant au Trésor des chartes, au Palais, le Procureur générai serait invité à faire faire, pour le dépôt, un double de ses registres. Enfin, la plupart des collections particulières qui appartenaient à des corps spéciaux, tels que Tordre du Saint-Esprit, la Pairie, etc., étaient en ordre et parfaitement inventoriées par des personnes intelligentes et laborieoaes; il était aisé d^obtenir des copies de leurs notices et catalogues.

Restaient les chartriers des seigneurs, dont la plupart pouvaient renfermer des pièces fort intéressantes. « Leur dépouillement, disait Moreau, entre dans le plan que se proposent les Bénédictins, et ce sont eux qui peuvent le plus facilement s'en procurer Taccès, précisément parce que , n étant que gens de lettres et ne travaillant que pour rhistoire, ils ne sont point suspects dans ieiu*s recherches. On espère d'icy à quelque tems avoir par leur moyen un état exact et général de tous les dépôts, soit publics, soit particuliers, qui, dans toute retendue du Royaume, peuvent exciter la curiosité et mériter quelqu attention. Mais on ose se flater que, lorsqu'une fois le cabinet ou dépôt formé par Sa Majesté sera connu, lorsqu'il sera bien avéré qu'il n est destiné qu à former une chaîne de connoissances qui puisse lier le droit public et l'histoire de toutes les provinces et conserver même aux particuliers des copies capables de suppléer les originaux, s'ils étoient jamais perdus, tout le monde s'empressera de faire connoître les monumens dont il est possesseur, et que le sup* plément que peuvent fournir ces dépôts particuliers sera peut-être de tous le plus facile à acquérir ^^\ •

Comme on le voit, ce projet était complet : il indiquait toutes les sources où l'on devait puiser, tous les moyens à prendre pour en approcher, enfin toutes les personnes que l'on pouvait charger de ce soin. Mais, à cet égard, Moreau et Bertin n'étaient point encore satisfaits. Dans la pensée d'augmenter le plus possible le nombre des travailleurs attelés à leur œuvre , ils songèrent à s'adresser, en outre ,

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