‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 5 sur 155 · LI · texte numérisé non relu

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à tous les érudîts de province ou à tous ceux qui montreraient des dispositions à le devenir. «Il existe, écrivait Bertin aux Intendants le 2i5 janvier 1765, il existe dans les provinces beaucoup de gens de lettres et de savans ignorés dans la capitale : il est toujours utile de faire connoître de pareils sujets, et souvent nécessaire de les employer. Si donc vous découvres dans votre département des gens de mérite qui, appliqués par goût aux études de l'histoire et du droit public, soient capables de recherches et ayent fait preuve de leurs talens, je vous serai bien obligé de vouloir bien m'en envoïer les noms, et d'y joindre un état de ce qu'ils ont fait, du genre particulier auquel ils sont propres et même de leurs facultés et de leur fortune. Ces catalogues de gens utiles formeront, Monsieiu*, une partie précieuse des connoissances que je veus acquérir et qu'il est important de donner au Roi. Si, dans l'étendue de votre département, il est possible de faire faire par vos subdélégués, du moins par ceux d'entre eux que vous jugerés plus propres à ce travail, ou par des gens de lettres de votre connoissance , des découvertes utiles, vous me fairés grand plaisir d'y faire travailler (^^. • C'était, dès ce moment, ridée même des correspondants du Ministère de l'inslruction publique, telle qu elle a été reprise et réalisée par M. Guizot pour seconder le Comité des travaux historiques. Dans la circulaire où Bertin l'exposait, il demandait aussi que les Intendants, leurs subdélégués, les Bénédictins,, leurs collaborateiu^s , fussent invités à dresser, chacun dans sa région, un état des chartriers existants, à en faire connaître l'ancienneté, l'importance et l'utilité, à indiquer s'ils avaient déjà été visités ou non, si l'on pouvait facilement y pénétrer, etc. 11 priait les Intendants d'user de toute leur influence auprès des chapitres, dont les archives étaient pour la plupart mal en ordre , mais qui manifestaient une grande méfiance lorsque les agents du Roi voulaient y pénétrer, pour qu'ils consentissent à les classer eux-mêmes, à en dresser l'inventaire et à en fournir la copie. Enfin il les priait d'user

iMpaiatais «atiorals.

également de foute leur influence afin de faire ouvrir aux travailleurs les dépôts d'archives. En même temps, Moreau poursuivait son projet de création d^une société littéraire , cpii devait donner un centre à toute Fentreprise, projet conçu, comme nous Tavons vu, en 1 76a , mais qui , sans doute , n*avait point reçu d'exécution. Cette société « dans laquelle se trouve en germe Toi^anisation de notre Comité des travaux historiques , et dont il demandait à être le secrétaire perpétuel, aurait été composée de douze membres, nommés ou agréés par le Ministre , et ayant fait leur principale étude de la diplomatique , du droit public et de f histoire : elle se serait assemblée, tous les quinze jours, chez le Ministre, pour examiner, entre autres choses, les listes de documents envoyées par les Bénédictins ou par d'autres savants; pour indiquer les titres dont il y avait lieu de demander des copies figurées, ou seulement des notices; enfin pour assigner à chaque charte et le degré d'autorité qu'elle méritait, et la place qu elle devait occuper dans le dépôt. Outre les membres que nous pourrions appeler résidants, la société eût choisi dans les provinces des correspondants chaînés de les aider de leurs travaux. Une liste, jointe au mémoire pré* paré par Moreau pour cet objet , contient les noms de Sainte-Palaye , Foncemagne, Bréquigny, Dalbert, Moreau, Capperonnier, Fabbé Boudot, Chérin, Boucher d'Ai^is, Villaret et Mézagues. Le plan de Moreau est si bien conçu, si simple et si complet, qu'en le lisant, on se croirait, il faut le répéter, en présence de celui du Comité des travaux historiques, tel que M. Guizot devait le tracer si longtemps plus tard. Néanmoins ce second comité semble , comme celui que Moreau avait déjà proposé en 1762, n'avoir jamais fonctionné; et nous croyons que le premier qui ait été réellement et officiellement constitué, sans que nous puissions préciser la date de son oi^nisation postérieure à 1768, est celui qui comprenait Foncemague, Sainte- Palay e , Moreau , Bréquigny , Béjot , Gibert , Chevalier, Boucher d'Ai^is , Bouquet et Chérin, et qui, sous le nom de Bureau littéraire, devait se réunir, tous les quinze joiu*s, au dépôt des chartes, pour « eu examiner les progrès, pour juger du mérite des pièces qui y seront en-

voiées, et pour suggérer au Ministre de Sa Majesté les différentes vues qui peuvent, ou assiu^er la conservation des monumens, ou en rendre la rechercha plus facile et plus avantageuse (^l »

Cest sans doute le projet de Moreau qui inspira au conseil de la congrégation de Saint-Maur la pensée d'ime institution du même genre. Le désordre s^était introduit dans les chartriers de plusieurs monastères bénédictins, ce qui rendait les recherches difficiles pour les travailleurs et entravait probablement les progrès du Cabinet des chartes. En vue de remédier à cet état de choses , Bertin , par une lettre du 1 4 septembre 1 766, demandait au Supérieur général d*établir, dans chaque monastère, un archiviste chargé de la garde et de la mise en ordre des titres, de la confection des inventaires et de la communication aux savants. D^autre part, le nombre des religieux qui avaient le goût des études diplomatiques et historiques diminuait à tel point que Moreau n en trouvait plus que douze sur lesquels il pût compter. Bertin ne voyait de remède à cette déplorable décadence d'un ordre jadis si renommé pour son amour de la science, que dans la création d'archivistes et dans l'organisation d'un Bureau de littérature, qui serait chargé à la fois de stimuler le zèle des Bénédictins et do les mainte* nir dans la discipline. « Ne craignez pas , écrivait-il plus tard au Supérieur de la congrégation de Saint-Maur, ne craignez pas qu'en cherchant à réveiller dans votre Congrégation cet esprit des bonnes études, on y affoiblisse jamais l'esprit religieux et la discipline intérieure dont le maintien vous est confié. Jamais il n'y a euparmy ses membres plus de bons religieux que lorsqu'ils étoient presque tous savans, et ils n'ont jamais été plus soumis à leurs Supérieurs que lorsqu'ils ont été tous occupez. C'est avec vous, mon Révérend Père, que je conféreray sur les moyens de concilier et le travail et la subordination. Vous jugerez vous-même de nos plans et vous disposerez des ouvriers que vous nous présenterez W. » Les reUgieux de la congrégation de Saint-Maur devenaient, en effet, singulièrement turbulents. En 1766, vingt-huit

Bénédictins de Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés avaient demandé à être dispensés de la règle; et, loin de s'être assoupi, Tesprit de révolte avait bientôt gagné plusieurs monastères. Parfois, d^ailleurs, il se dégui* sait sous l'apparence de Tamour de la science. Bertin et Moreau avaient fait appel à la vanité des Bénédictins , ils les avaient flattés de Tidée d'une correspondance directe avec ie Ministre et de la faveur particu* lière du Roi. Quelques-uns avaient jugé l'occasion favorable pour s'émanciper de plus en plus, t U faut convenir, écrivait Moreau, que leur zèle tend un peu à se rendre indépendans de leurs Supérieurs, et se sent un peu de l'ardeur et des inquiétudes qui agitent aujourd'hui la Congrégation. On cherchera à profiter de leurs travaux , en les ramenant tout doucement à la règle ^^K »

Pour éviter tout désordre, Bertin prenait soin de ne donner aucune instruction à un religieux sans passer par l'intermédiaire de son supérieur. «On a cru devoir tenir cette conduite réservée, disait-il « parce que l'on s'est apperçu qu'un grand nombre de religieux ne demandoient pas mieux que de lier avec le Ministre un commerce direct et indépendant de leurs Supérieurs, vis-à-vis desquels ils emploioient ensuite le nom du Ministre pour se soustraire à quelques-uns

des devoirs de l'obéissance ^"^K »

Evidemment le seul remède à cette insubordination était le travail. Autant dans l'intérêt de l'Ordre que dans celui de son entreprise , Bertia insistait donc auprès du Supérieur général pour que ses propositions fussent acceptées. Il eut, en effet, la satisfaction de voir instituer, presque aussitôt après, un corps d'archivistes dont les attributions étaient définies par le plan d'études de 1 7 56 (^), et un Bureau de littérature, ayant pour objet de relever le niveau des études diplomatiques et historiques. Composé de quatre religieux , nommés par les Dignitaires et résidant à Saint-Germain-des-Prés , ce bureau possédait un droit d'inspection sur tout ce qui avait rapport aux travaux soit des

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t littérateurs de Paris » , au nombre de douze , soit des « correspondants de littérature » , choisis parmi les Bénédictins des monastères de province, n commença à fonctionner dès le 16 décembre 1766.

Le 1 8, le Supérieur général écrivait à Bertin : « Le bureau de littérature a commencé avant-hyer ses séances; j y ai présidé, et j'ai eu la satisfaction de voir ceux qui le composent répondre à mes vues , ainsi qu'à tout ce qui peut faire aller de pair la régularité des mœurs avec les études. Ces deux objets. Monseigneur, ne seront point séparez. Le bureau de littérature ne s'occupera pas seulement des moyens de faire fleurir les études; les principes sur lesquels le plan est établi concourent également à faire des Bénédictins de Saint-M aur des religieux estimables par la sagesse , par la simplicité des mœurs et par les travaux littéraires ^^K »

Tous ces efforts , poursuivis avec une persévérance et une habileté vraiment admirables , ne pouvaient manquer de développer sans cesse le dépôt des chartes. En août 1769, des ordres furent envoyés aux Procureurs généraux des Chambres des comptes pour leur demander des renseignements sur Tétat de leurs archives ; à la même époque , les Intendants furent de nouveau priés de dresser la nomenclature des chartriers de lem*s généralités respectives , opération prescrite , on l'a vu, en 1765; enfin l'Intendant de Metz fiit consulté sur la question de savoir quelles richesses les Bénédictins de Saint-Amould avaient recueillies dans les archives du pays Messin, et si elles étaient de nature à enrichir le dépôt des chartes.

Ce dernier avait pris une telle importance qu'il fallut songer à lui donner un logement définitif. On sait que la Bibliothèque des finances , à côté de laquelle il s'était fondé, avait été transportée à la Bibliothèque du Roi, où on l'avait déposée dans les combles, en attendant de pouvoir lui assigner un local plus convenable. Le dépôt des chartes n'avait pas d'abord suivi la Bibliothèque des Gnances; « faute d'une place et par œconomie • , Moreau l'avait gardé dans son cabinet et sous

ses yeux. Mais, conune il grossissait toujours, on avait fait divers projets d'installation particulière , tous repoussés conune trop dispen* dieux. Finalement, il avait fallu se résigner à le transporter à la Bibliothèque du Roi, Moreau ayant changé d*appartenient, et, conune il nous l'apprend, celui qu'il venait de louer s étant trouvé trop petit pour contenir la collection. La consolation de Moreau était de voir réunies les deux œuvres qu'il avait toujours espéré rapprocher. Toutefois il ne lui plaisait guère de rester à la Bibliothèque , où il ne se sentait pas chez lui ; aussi s'empressa-t-il de profiter de la première occasion pour reconquérir son indépendance. En 1 76^1 Bertin, qui n'était plus Contrôleiu* général, mais Ministre d'Ëtat avec certaines attributions empruntées soit aux finances, soit à la maison du Roi, et qui était, semble-t-il, chef du Secrétariat du Roi, se vit dans la nécessité de loger quelque part les titres et les papiers de la principauté de Dombes, restés jusque-là à l'hôtel du Maine. Il fiit convenu quon louerait à cet efiet l'hôtel du fermier général Richard, à l'angle de la place Vendôme et de la rue des Capucines , et qu'on y transférerait le dépôt des chartes avec les papiers de la principauté de Dombes et du Secrétariat d^Etat. Le bail devait être fait au nom de Moreau, qui allait enfin se trouver tout à fait maître de ses collections. A la vérité , la Bibliothèque des finances restait encore à la Bibliothèque du Roi , mais ce ne fut pas pour longtemps. Non content d'avoir échappé à la surveillance de Bignon, Moreau songeait, nous l'avons déjà vu, à exploiter la Bibliothèque du Roi au profit de son dépôt, à la traiter comme les archives provinciales. Dès 17649 il avait rattaché à son service la direction des missions à l'étranger. 11 formait peu à peu ce qu'il devait appeler plus tard une sorte de « département » compre* nant les travaux et les missions scientifiques.

Malgré les tâtonnements inévitables de la première heure, cette première période de l'œuvre de Moreau, que l'on pourrait appeler la période préparatoire du Comité des chartes, avait été relative* ment féconde en résultats. La mission de Bréquigny à Londres avait eu un succès aussi complet que rapide. Il faut Tattribuer sans nul

doute à rintelligente et habile direction de Bréquigny lui-même ; mais la libéralité de l'Administration , qui ne lui marchandait pas les fonds nécessaires à son entreprise , y contribua puissamment. Pour n^avoir pas compris qu'il fallait agir de même avec les Bénédictins, pour avoir trop compté sur leur désintéressement, et peut*ètre sur la participation de la Congrégation aux dépenses qu'entraîneraient leurs travaux » les créateurs du Cabinet des chartes firent fausse route. Reconnaissant bientôt le vide des promesses du Ministère, le découragement n'avait pas tardé à s'emparer de ceux-mémes qui avaient montré le plus d'ardeur au début. Les sommes qui leur étaient dues ne leur étaient versées qu'après des retards considérables , lorsqu'ils avaient nourri et payé d'avance leurs copistes, et souvent lorsqu'ils avaient été obligés, dans les dépôts particuliers, de payer, en outre, les joiu*nées de leurs surveillants, ainsi que dom Villevieille , par exemple, fut forcé de le faire à plusieurs reprises.

Les lettres des Bénédictins à M oreau et même à Bertin contiennent à ce sujet de nombreuses doléances, par malheur trop fondées. C'est sans doute le motif qui inspira à Moreau l'idée de demander qu'une subvention de 6,000 livres, accordée à l'abbé de Foy pour ie travail sur la notice des chartes imprimées , fût consacrée à augmenter les fonds destinés à la collection des chartes. Cette augmentation fut accordée par le Roi, le 21 août 1765. Mais ce n'était là qu'une ressource insuffisante; et Moreau persistait dans les idées d'économie quand même et d'emploi de flatteries, à la place de ressources pécuniaires, que nous avons exposées plus haut, sans s'apercevoir qu'à la longue les hommes les plus vaniteux ont besoin de biens plus tangibles que des lettres ministérielles, des articles dans les gazettes , des promesses dépensions ou autres bénéfices ne se réalisant que tout juste à la veille de leur mort. De dix-huit Bénédictins que comprenait la liste envoyée en 1762 par le Supérieur général, et de ceux qui, comme dom Villevieille^ avaient fourni, dès la première heiire jusqu'à celle des désillusions, un concours intelligent et dévoué » il n'y en avait, au moment même où Bertin écrivait à l'évéque d'Orléans, chaîné de la feuille des béné-

fices, la lettre dont nous avons cité On si curieux et si piquant pas^ sage, il ny en avait, disons-nous, que sept ou huit, « bons travailleurs, habiles déchiflreurs et infatigables dans leurs recherches », parmi lesquels figuraient en première ligne dom Grenier, dom Fonteneau, dom Col et dom Le Noir. Encore ce dernier avait-il déclaré naguère k Moreau qu'il cessait sa collaboration au dépôt des chartes pour s^occuper uniquement de Thistoire de la Normandie. Cependant Moreau se déclarait satisfait du résultat. Dans un état des travaux, daté de i 768, il constate qu'il était entré au dépôt 4«o3a copies de chartes, plusieurs copies de cartulaires très anciens, des inventaires de titres de plusieurs abbayes, qui ne désignaient pas seulement les titres, mais les décrivaient et en contenaient des notices assez complètes pour qu^on pût juger de leur valeur et faire copier celles qui avaient de Timportance. Le dépouillement d*un certain nombre de documents provenant de la Chambre des comptes de Paris, et déposés à Saint-Martin-des- Champs, était entrepris par dom Chamoux, bibUothécaire du prieuré. Les inventaires ou répertoires contenant un état ou des notices de tous les titres renfermés dans les archives des Chambres des comptes de Franche-Comté , de Bourgogne , de Provence et de Blois , avaient été envoyés au dépôt par les soins des Procureurs généraux.

Bréquigny, qui rédigeait des inventaires et des notices des copies de documents qu^il avait raqpportés d'Angleterre , avait en outre contimié, amélioré et préparé Timpression de la Table chronologiqme des chartes et diplômes, dont le premier volume parut en 1 769. Ce travail aurait rendu les plus grands services aux collaborateurs du dépôt des chartes s*il avait été publié avec moins de lenteur; il leur eût épargné les pertes de temps considérables qui résultaient de la copie de pièces déjà imprimées; mais ce dernier inconvénient dut, dans maintes circonstances, être laidement compensé par Tavantage que procura, pour le Bymer français , comme l'appelaient ses auteurs, Tenvoi de co* pies de chartes plus fidèles que celles qui avaient déjà fait Tobjet de publications.

Pendant que les recherches de chartes manuscrites se poursui-

valent plus ou moins activement dans les provinces, Bertîn se préoccupait des moyens soit de faire dresser im inventaire ou des notices des anciennes chartes originales, boit de faire copier des pièces contenues dans les cartulaires de la Bibliothèque du Roi. Dom Turpin et dom Hermant furent, dès 1771, chargés spécialement de ce soin. Des instructions analogues à celles qui leur avaient été données durent être renouvelées en 1780. D'autres collections, dont les richesses aiu*aient largement contribué à l'accroissement du dépôt des chartes , étaient aussi l'objet de la sollicitude de Bertin et de Moreau. Tels étaient le Trésor des chartes et les registres du Parlement. Le premier fonds avait depuis longtemps déjà été exploré. Sans parler des inventaires qu'en avaient dressés les Dupuy et les Godefroy, un dépouillement avait été commencé en 1703, en vue de la confection de tables analytiques; plusieurs commissaires, parmi lesquels Villevatdt et Bonamy, y étaient attachés à l'époque dont nous nous occupons; et, dans le dessein de relier ces travaux au bureau de Moreau, Bertin avait entamé, dès l'année 1762, des négociations avec le procureur général Joly de Fleury. Ces négociations restèrent sans résultat; mais elles furent reprises au mois d'avril 1770. Bertin demandait la permission de faire copier des notes déjà achevées sur i34 volumes des registres du Trésor des chartes. Par malheur, la défiance ou le mauvais vouloir étaient si puissants que l'influence du Ministre lui-même n'en put triompher. Un instant on espéra réussir. En 1778, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, avait proposé de subvenir aux dépenses des frais de copies de ces notices; il offrait d'y consacrer, chaque année, 5o,ooo livres. Jean-François Joly de Fleury, conseiller d'Etat, y consentit d'abord; mais, devenu Contrôleur général des finances, il changea d'avis, parce que Christophe de Beaumont demandait, en retour de sa générosité, Tautorisation de prendre copie des actes qui concernaient son Eglise. Le projet de Bertin et de Moreau n'eut donc pas de suite : Bertin avait seulement obtenu pour lui une copie très complète des registres de Philippe- Auguste.

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Les efforts tentés pour se procurer 'des oopîes des registres du Parlement furent plu« heareux. Dès 1770, on conçut le projet de les faire transcrire; l'exécution de ce travail fut confiée à Chevreuil en 1771- 11 commença par le premier volume des Olim; cette copie « faite en doul)le exemplaire, traîna sans doute en longueur, ou bien le travail subit une interruption, car elle n'était point acbevée au mois d'avril 1777, et la suite en fut alors reprise. Aux termes du traité passé entre Moreau et Cbevreuil^ la transcription des trois volumes restants des Olim devait être exécutée au prix de àA^o li^^ vres et terminée le 1 5 avril 1 779. Sans attendre qu'elle ftit complète. Chevreuil entreprenait la copie des Judicata, jusques et y compris l'année i36i. En même temps, on copiait un recueil de testaments enregistrés au Parlement de Paris sous le règne de Charles VI, puis on reprenait la suite d'un travail commencé autrefois sur les rouleaux du Parlement par l'avocat Meslé. Cette opération, qui consistait à classer les extraits de rouleaux déjà faits par Meslé, et à prendre des extraits des rouleaux qui n'avaient pas encore été dépouillés, fut confiée à Pitorre. Elle fournit l'analyse d'environ 1/^,000 rouleaux, depuis 1 2 7A jusqu'en 1 576. De toutes les entreprises du Cabinet des chartes, il en est peu qui furent conduites plus activement que la copie des registres du Parlement et le dépouillement des rouleaux. En 1789, cette copie formait 43 volumes.

Dans im rapport du mois de mars 177^^*^ Moreau constate un ralentissement presque général des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Il ne signale guère que de zèle de dom Grenier^ qui ne diminuait point, et celui de dom Queinsert, qui était beaucoup plus ardent qu'éclairé. Le Général promettait de réveiller l'émulation de ses religieux et de concourir pour la plus grande part aux dépenses qu'entraîneraient les recherches. Ailleurs, il est vrai, Moreau rendait hommage aux services rendus à son dépôt pai* Houard , à Dieppe ; par Droz, à Besançon; parMulle , doyen du chapitre, à Cambrai; par Lam-

^'^ T. I, p. iSf).

bferl de Barive , à CluDy ; par Grosley et par dom Mareschal» à Troyes. Le nombre d^s. charte^ copiées jusqu'alors , indépendamment des cartidaires et des .inventaires, s'élevait à' 8 ou 9^000. Lambert de Barive e3t Un des érudits qui apportèrent au dépôt des chartes le contingent le plus consi4érable ^t le plus important; gr^Lce à lui, nous avpms aujoiu'd-bui une quantité d'actes de premier ordre, copiés dans les archives, de Cluny et dont Ija plupart des originaux sont perdus. Droz avait d,é)k fourni, a|u d^ôt un .certain nombre de volumes de documents relatifs à la Franc]lier-Conité ; sa collaboration ne se ralentit jamais, Qt elle eutipour résultat, en dépit des incorrections qtii déparent bien des copies, de doter, pour une de nos anciennes provinces, le Cabinet d^ chartes djime des collections les plus riches que nous possédions. Droz.eut, en cnutre, le. mérite d'appeler, l'attention de Moreau sur le , ccmflQurs^ que lui avaient prêté les Béniédiatins frai^c-comtois de las congrégation de. Saint-Vanne, et de faire entrevoir ainsi leis sei?vices que pourraient rendre £^u, dépôt des chartes , tant en Lorraine qu'en Chan^pagne^ les religieux de la ix^ème congrégation. .

P^jcni, les.princip£^ux collaborateurs^ nous trouvons, en effet, un religieux , de la congrégation de Saint-Vanne, dom Berthod, qui fut çl^^rg^, ien, 1 7 7 A , d'^aller conapléter, dans .lep Pays-Bas ,: diverses recherches qu'il avait été am^né à y faire en étudiant de très près l'importante collection des. papiers du cardinal de Granv.elle. Sur «a demande , Berlin rauraijt, .voulu, V.anoé^ suivante, lui confier xme nouvelle mis-, siou, .afin de lui permettre d'explorer les dépôts d'^^rchivea au profit du Cabinet des chartes; ce projet fut abandonné. Entre temps, dom Berthod £^¥ait.insisté auprès dé Bertin , comme Droz auprès de Moreau , sur l'idé^d^fs^ire )ippelr à la congrégation de Saint-Vanae , où les bonnes études étai^t et^ ; ;vigui^, dont les jeunes, religieux, étaient instruits), et qui çppptait (beaucoup dp membre çap^les de devenir, aprèsr quelques n^oits 4§ préparation, d'excellents «auxiliaires p6ur le dépôt dea. chartes^ .C^^e. propp^ition lui ayant plu, Bertin avait invité dom Be^lhod .à' fpnpet,' dans, un monastère de la Congrégation, de jeunes reli^eux à. la diplomatique et à Thistoire. Le Supérieur général.

LU

dom Brihy, pressenti par Berlin sur ses dispositions à cet égard, montra peu d'empressement à favoriser le projet du Ministre; il en donnait pour raison que la plupart de ses religieux étaient voués à renseignement, occupation qui les absorbait et ne leur laissait pas le loisir de s'adonner à des études désintéressées. Ce ne fîit guère que dix ans après, en 1784, que la congrégation de Saint- Vanne se mit résolument à Toeuvre. Elle fournit quelques collaborateurs actifs, mais les résultats de leurs recherches, tout apprè* ciables quils sont, furent loin de répondre, soit au nombre des travailleurs employés, soit à l'importance des dépôts qu'ils devaient explorer. Il ne faut point oublier, à la vérité, qu'on était presqu'à la veille de la Révolution et que l'heure n'était guère favorable aux entreprises purement scientifiques. Quant à dom Berthod, il fut désigné par l'empereur Joseph II pour succéder à Ignace Hubens , l'un des hagiographes chargés de la continuation des Acta Sanctoram. Soupçonné de jansénisme, il ne réussit pas dans cette mission, à laquelle il semblait pourtant si propre. Si nous signalons cette particularité, c'est qu'il peut être intéressant d'apprendre que la continuation des Acta Sancloram préoccupa quelque temps le Comité des chartes, qui toucha ainsi à toutes les grandes œuvres historiques du siècle. Des négociations furent entamées par la France pour obtenir, après la suppression des Jésuites, la cession des matériaux de cette importante collection; elles restèrent malheureusement infructueuses. Les tentatives suggérées par dom Berthod et faites auprès du chapitre d'Aix-la-Chapelle, en vue d'obtenir des copies figurées des chartes originales de Charlemagne et de ses successeurs conservées dans les archives de ce chapitre, échouèrent également. On doit déplorer aussi la renonciation à une entreprise qui n'aurait pas eu moins d'importance, tant pour le nombre que pour la qualité des pièces qu'elle aurait mises en lumière, à savoir l'édition projetée par l'abbé de Saint-Bertin des copies figurées de tous les actes intéressants contenus dans les archives de son abbaye. Cette édition, qui devrait former au moins huit volumes in-folio, ne reçut

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