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EXTRAITS DES MEMOIRES SUR LES PROGRÈS DE LA COLLECTION DES CHARTES

(TlRis DS8 iîATS OBESSts POUft LB TBAVAn DU BOl, DB I764 X I77O.]

N* 1. — Du 8 déoemhre 1764.

Dans le travail du sam^dyi/^ nottefmbre dernier, te Roy eut la bonté d approuver un état de distribution de a,aooA en faveur des Bénédictins et

pour fournir aux dépenses de$ copistes qu ils employent Le Ministre eut llionneur de mettre aussi sons les yeux de Sa Majesté la liste des savans Bénédictins de la congrégation de Saint -Maur actuellement occupés aux recherches qui doivent enrichir le dépost des chartes. Voici ce qui s*est passé depuis ce dernier travail.

MM. les Intendans de Normandie et d'Orléans , auxquels le Ministre avoit recommandé dom Le Noir et dom Girou^^\ deux bénédictins, dont Tim est actuellement occupé à Tabbaye de Saint-Ouen de Rouen , et l'autre à celle de Saint-fienpist-sur-Loire à Orléans , ont répondu qu'ils mettroient tout en usage pour iadliter à ces religieux laccès des déposts de ces deux provinces. Dom Le Noir même a écrit qu'il étoit extrêmement flaté des bontés que lui témoignoit i Rouen M. de la Michaudière.

On a envoyé de la part du Ministre à dom Fonteneau , bénédictin , chargé de la recherche des chartes du Poitou , un mémoire par lequel , en répondant à celui dans lequel il avoit rendu compte des déposts qu'il avoit déjà visités , on lui demande un état exact et détaillé de tous ceux qui sont et à Poitiers et dans toute ]a province.

On a fait, par lettres, la même demande à dom Gaffîaux^^), chargé de rhistoire de Picardie, et à dom VillevieilJe , chargé avec dom Salasard^'^ de celle de Bourgogne. On compte successivement tirer de tous les Bénédictins employés par la Congrégation ces sortes d*états, qui mettront le Ministère à portée de diriger plus iacilement leurs différens travaui^.

Pendant ce temslà, le Ministre a fait dresser un mémoire, qui est une espèce de plan général qui présente l'ensemble des différens moyens par les^ quels il est possible de former sous les yeux de Sa Majesté un tableau général de tous les monumens anciens qui peuvent ou éclairer l'administra- , tion, ou faciliter les études du droit public, oujetler de nouvelles lumières

(^ Dom Guillaume Gérou, ne à Orléans en 1700, mort à Saint-Benoit-sur-Loiie en 1767, qui explora rOilëanaia, le Blaisois, le pays Chartrain et le Berry. M. L. Jarry a consacré une notice à ce bénédictin : Dom G^b, bénédictin de la congrégation de Saint-Maor, sa vie et ses travaux Uuinùres^ daprh sa correspondance inédite, Orléans, 1879, in-8*. Il a inséré dans ce travail une partie de la correspondance de dom Gérou avec Moreau.

^) Dom PhilippeJoseph CaiBaux, né à Valenciennes en 1713, mort à Saint-Germain-des-Prés Je a6 décembre a 777>; thvgéf après la mort dfi dom Hongé, de continuer avec dom C««nier rhistoire de ja Picardie.

<*> Dom Alexis Salaur, né'k BoQrg-en-B»sse, profès 1i Vendôme le aa mai 1733, à l'âge de digHaaifaos, moAk Sû^Wnigne deDijai le 19 «aloibBB 1766. finr ion Vilevieille, wyet p. «43.

sur rhistoire et sur les usages des différentes provinces. Ce mémoire doit être examiné par le Ministre , qui en rendra compte à Sa Majesté.

( Collection Moreau , n* ^SS , fol. 1 3 à. )

fi* 2, — Du S au 33 décembre 1764.

Le sieur de Bréquigny, qui a passé sept mois en Angleterre , pour y faire dans les dépôts de TÉchiquier, de la Tour et du Muséum , la recherche de tous les titres et monumens anciens qui peuvent intéresser la France, est venu pour rendre compte aux Ministres de ses premières découvertes. Il a rapporté avec lui le premier des vingt-trois volumes manuscrits in-folio qui contiennent le catalogue de toutes les chartes imprimées, commencé par le feu sieur Secousse, suivi par le sieur de Sainte-Palaye , et de la continuation duquel le sieur de Bréquigny est aujourd'hui chargé.

Le Ministre a cru devoir proposer au Roy de £aiire imprimer ces catalogues, parce qu*ils doivent naturellement abréger et faciliter le travail des Bénédictins chaînez de la recherche et de la collection des chartes non imprimées. Sans le secours de ces catalogues, ils pourroient mettre beaucoup de tems et de soins à copier des titres desjà connus.

Dans une conférence qui s*est tenue chez le Ministre, levendredy là décembre , avec les sieurs de Sainte-Palaye , de Foncemagne , de Bréquigny et Moreau, il a été avisé aux moyens de hâter l'impression du premier volume de ces catalogues, et le sieur de Bréquigny a été chargé de revoir ce volume d*un bout à l'autre, pour en vérifier tous les titres et pour ajouter sur chacun le dépôt d'où il a été tiré, dans le cas où il se trouveroit indiqué ' par les livres où les chartes ont été imprimées. Le sieur de Bréquigny est occupé à ce travail , et, dès qu'il sera fini , on prendra l'ordre du Roy pour ^impression.

{Ihid., fol. lÂo.)

N" 3. — Du 5 janvier au i3 février 1765.

Le Ministre a fait addresser à tous les religieux qui travaillent sous ses ordres une première instruction , par laquelle il leur demande de former, chacun dans le district dont il est chargé, une nomenclature exacte des noms

de tous les dépôts qui peuvent contenir des chartes ancienes, d*y joindre le nom des possesseurs et une note qui puisse faire connoitre si ces dépôts ont été déjà visités et exactement dépouillés.

Ce travail sera long et ne peut être fait qu'à mesure que les Bénédictins acquéreront les connoissances dont il doit être le résultat; quelques-uns Tout déjà commencé et entre autres. dom Fonteneau pour le Poitou , dom Girou pour rOrléannois, dom Deschamps ^^^ pour TÂuvergne.

En conséquence, on inscrit dans un registre destiné à former la nomenclature générale les noms de tous ces dépôts , à mesure qu'ils sont envoies , et on les range sous les titres de chaque province.

Le sieur de Bréquigny, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, est reparti vers le qo du mois de janvier, pour continuer le dépouillement des dépôts de Londres. Il a laissé à Paris le premier volume du catalogue des chartes imprimées, et a promis que son premier commis seroit ici avant le 1 5 février et apporteroit avec lui quelques-uns des volumes suivans pour les faire imprimer.

Il seroit important aujourd'hui :

1** De faire transporter dans le dépôt, chés le Ministre, tout ce qui a été jusqu'ici receuilly;

a"* De mettre à fin le mémoire qui doit servir de seconde instruction aux travailleurs: il est entre les mains du Ministre depuis longtems;

S"" De se former un plan général pour l'ouvrage; à cet égard, le Ministre a entre les mains un long mémoire qui contient différentes vues et qu'il est supplié de remettre sous ses yeux.

On croit qu'après avoir formé la société des gens de lettres sur lesquels , en pareille matière, se repose la confiance du Ministre, il faudroit les engager à s'assembler, une fois tous les quinze jours, dans le lieu qui sera destiné au dépôt. L'objet de cette conférence seroit de lire toutes les coppiés qui jusquicy ont été envolées, et de mettre sur des bulletins leurs observations et le jugement qu'ils porteroient de chaque pièce. Ce seroit, d'après ces observations que l'on conviendroit de demander aux Bénédictins les éclaircisse-

<*} Les envois de dom Deschamps sont dans le n* 3^7 de la Collection Moreau, fol. a 54-336. I. i6

IMMItWriltE «ATIOKALC.

mens dont on auroH besoin et de leur prescrire les opérations les plus utiles au dépôt.

(CoOcctioo Moreaa, a*388, fol. i4i.)

N* 5. — Do i3 lévrier ao sk avril 1765.

Comme lobjet de rétablissement est de procurer au Roy : 1* une liste ou able générale de toutes les chartes et monumens, imprimes ou non imprimez , qui peuTent servir aux progrès du droit public et à la connoissance de lliistoire; !i* des copies figurées de ceux de ces titres qui, par leur importance, mériteront une attention particulière et dont il importera de conserver des doubles ; 3* des notices bien faites et exactes de ceux de ces monumens qui auront aussi leur degré d'importance, et dont la conservation sera d'ailleurs assurée par la nature du dépôt où ils sont renfermez, le Ministre a cru devoir proposer aux différens religieux 0€X^upez à ce travail, de former dans chaque dépôt qu'ils dépouilleront : 1* une espèce de procès-verbal de description de Tétat où il se trouve ; a* un inventaire général de toutes les pièces quil contient, sans y rien omettre.

C'est sur ces inventaires généraux, qui eux même doivent faire partie du dépôt, qu'une société de savans, appliquez et à l'histoire et au droit publie de France, doivent juger quels sont les titres dont il est nécessaire de &ire une copie figurée , quels sont ceux dont une notice suffit. Cette société doit aussi juger de l'autorité de chaque titre en particulier et fixer Tusage que l'on en peut faire. Il seroit important de la former promptement , pour qu'elle ne soit pas dans la suite accablée par la multitude de la besogne.

Quelques-uns des Bénédictins ont envoyé des états des piè<2es les plus importantes qu'ils ont trouvées dans les chartriers de leurs abbayes , et ont eux même demandé qu'on leur prescrivit celles dont ib dévoient faiie 00

des copies, ou des notices Pour donner à ce travail un

peu de consbtance et pour en tirer tout l'avantage dont il est susceptible, il est important de former promptement la société littéraire dont on donnera le projet par un mémoire particidier.

N* 7. — Dn 10 joiii an as août 176s.

On s'occupe de donner la dernière main au catalogue des chartes im-

primées, commencé par feu M. Secousse et continué après lui par M. de Sainte-Paiaye et par M. de Bréquigny. Gomme la publication de ces catalogues peut seule mettre les Bénédictins en état de distinguer dans leurs recherches les chartes qui sont encore inconnues d'avec celles dont les auteurs diplomatiques ont donné ou des copies ou des extraits , on a cru qu'il falloit incessanoment faire imprimer ces catalogues. Mais, avant tout, on a voulu faire une vérification de tous les titres quils renferment, afin de joindre, s'il est possible, à l'indication de l'auteur qui en a parlé celle des dépôts où ils sont renfermez. Ce travail se fait dans le cabinet de M. de Sainte-Paiaye et sous ses yeux.

( Collection Morean , n* 288 « fol. 1 56. )

N" 8. — Du a 3 août au lo octobre 1765.

M. de Sourivierre, auditeur des comptes, et l'un des commis de M. le Procureur général pour le travail du Trésor des chartes, a communiqué a M. l'évêque d'Âgde ^^^ plusieurs registres très-curieux tirés de ce dépôt. Le Ministre a consenti qu'on les fît coppier; il s'est présenté un homme qui s'engage à en coppier quatre d'ici à Pâques, moienant a 5 louis.

(Ihi<L, foL 160.)

N** 12. — Du i4 mai au a 5 novembre 1766.

On imprime au Louvre, avec la permission du Roi, le catalogue de toutes les chartes qui jusqu'icy ont été publiées par difTérens auteurs. Ce catalogue, commencé par feu M. Secousse, continué par M. de Sainte-Palaye et fini par M. de Bréquigny, facilitera beaucoup les recherches et les travaux commencez par Tordre de Sa Majesté. En effet, d'un côté, il mettra en état de comparer avec les copies que nous receuillons celles qui ont été données par diffiérens écrivains et qui peuvent être ou imparfaites ou infidèles. D'un autre côté, il dirigera les recherches des ouvriers, qui pourront se dispenser de receuillir les chartes que ion connoit desjà, et se borner, lorsqu'ils les rencontreront, à collationer de nouveau avec l'original les copies imprimées que Ton en connoit.

(0 Gbar)es4^raiiçoii^iD^n de Saint-Simon de Sandrioourt, évè(|ue d*Agde, de 1759 à 1790.

Le Directeur de rimprimerie royale ^^^ a promis une feuille par semaine et a commencé pendant le voyage de Gompiègne. Gomme il remet un exemplaire de chacune de ces feuilles à celui qui préside au dépôt, on est en état, à mesure quelles paroissent, de faire dans la collection des copies desjà envoyées le triage et la séparation des chartes desjà comiues par les auteurs d avec celles qui paroissent au jour pour la première fois.

L'émulation paroit se réchaufer parmi les Bénédictins. Il y en a toujours un certain nombre qui travaillent avec fruit dans les provinces. Quelques autres offrent leurs services et demandent h être employez. De ce nombre sont deux religieux de Saint-Jean-d'Ângéli ^^), qui, voulant entreprendre rhistoire de la Saintonge, ont offert au Ministre des doubles des monumens qui seront le fruit de leurs recherches. Il faut convenir que leur zèle tend un peu à se rendre indépendans de leurs Supérieurs, et se sent un peu de Tardeur et des inquiétudes qui agitent aujourd'hui la Gongrégation. On cherchera à profiter de leurs travaux, en les ramenant tout doucement à la règle. On leur a demandé une simple nomenclature de tous les dépôts de cette province, et ils Font promise.

( Collection Moreau , n* 388 , fol. 1 7 4. )

N' 13. — Da aS novembre 1766 aa 10 mars 1767.

On continue au Louvre fimpression du catalogue des chartes imprimées; qn en est à la feuille 0 et à Tannée 760. Incessamment, ce catalogue va devenir très-utile, soit pour s*assurer si les pièces découvertes et envoiées par ceux que le Ministre emploie à la recherche des chartes ancienes, sont desjà connues ou sortent pour la première fois de l'obscurité des dépôts, soit pour comparer ces coppies nouvelles avec celles qui ont été données des mômes titres par les auteurs qui les ont counus.

Le Ministre a cru devoir faire dépouiller un dépôt assés considérable qui se trouve à fabbaye de Saint-Martin-des-Ghamps, et qui renferme une multitude d'anciens titres dont plusieurs peuvent être importans. Ge dépôt avoit été formé. par un religieux, nommé dom Pernot^'\ qui avoit entre

(1) Jacques Aiîisson.

(') Dom Martin et Hom Maximilien Duex, dont il a été parié plos haut, p. lod.

^') Dom Pierre-François Pernot, bibliothécaire de Saint-Martin-des-Champs , mit en ordre environ huit mille pièces dont il avait fait Tacquisilion et qui provenaient des archives de la Chambre des comptes. Il mouniten 1768. Dom Chamoux lui succéda dans l*em|.loi de bibliothécaire.

autres choses receuilly un grand nombre de pièces dispersées et vendues , lorsque l'incendie de la Chambre des comptes avoit obligé de transporter une partie des titres qu'elle renferme.

Parmi ces pièces se sont trouvées quelques ordonnances que Ton ne connoissoit point et qui n avoient point été insérées à leur datte dans' le travail qui s'en imprime au Louvre.

Le bibliothécaire de Saint-Martin-des-Champs , nommé domChamou, est préposé à la garde de ce dépôt : il lui a été promis Soo^par an, sur les fonds dont le Ministre peut disposer pour ce genre de travail, et tousses samedis, il envoie les notices qu'il a rédigées pendant la semaine, et qui sont revues par les sieurs de Bréquigny et de Foncemagne. Il en a donné 60 depuis le mois de novembre ^^^

(Collection Moreau» n* 288, fol. 178.)

N* 14. — Du 10 mars au 28 ayril 1767.

Dom Ghamou, bibliothéquaire de Saint-Martin-des-Champs, continue les notices des ordonnances et autres chartes non imprimées, ni connues, qui se trouvent dans le dépôt dont la garde lui est confiée. MM. de Foncemagne et de Bréquigny lui indiquent les pièces dont il doit ou donner des coppies entières, ou seulement faire des extraits. Ils ont aussi le soin de revoir l'ouvrage de ce religieux.

Dom Col, qui travaille à Limoges, a envoie, le 20 mars et le 10 avril dernier, 20 coppies figurées de chartes, tirées des dépôts de la ville de Limoges et presque toutes du xin* siècle.

Ce religieux presse le Minisire de trouver bon qu'il prenne pour collègue dans ses recherches littéraires dom Girodias, prieur de l'abbaye de Solignac près Limoges ^^K

Il lui a été répondu que l'on trouveroit toujours bon que le nombre des travailleurs se multipliât, mais que le Père Général et la Congrégation ayant présenté au Ministre un certain nombre de religieux entre lesquels elle a pailagé le travail des provinces, la correspondance littéraire ne pou-

t^) ^inventaire analytique -dressé par dom. Chamoux des titres conservés à Saint-Martin-des- Champs forme les n*' i43o et i43i de la Collection Moreau.

(') Dom François Girodias, né à fiillom, profës à Saint-ÂHyre de Clermont, le 29 mai 1734* à i*âge de dix-sept ans, mort le ao août 1771 au monastère dlssoire.

voit être qu*avec chacun de ceux qui avoient ëté appliqués à ce travail par leurs Supérieurs : qu ainsi on seroit fort aise que dom Girodias aidât dom Col dans ses recherches, mais que le Ministre ne s'addresaeroit jamais que celui-cy, }usqu à ce que dom Girodias lui eût été présenté par le Père Général. On a cru devoir tenir cette conduite réservée, parce que Ton s'est apperçu qu un grand nombre de religieux ne demandoient pas mieux que de lier avec le Ministre un commerce direct et indépendant de leurs Supérieurs, vis-à-vis desquels ils emploioient ensuite le nom du Ministre pour se soustraire à quelques-uns des devoirs de Tobéissance.

On compte se procurer d'ici à peu de tems tous les inventaires qui existent dans les différentes Chambres des comptes du Roiaunie, et le Ministre sera en état d'en faire faire successivement des coppies. S*il est quelques-unes de ces Compagnies qui n'aient pouit d'inventaire de leurs titres, il sera alors possible de proposer au Roy quelques mesures que l'on peut prendre pour

en faire faire.

Il seroit important que le Roy voulût bien procurer un logement au dépôt des chartes. Il est impossible de les arranger jusques-ià avec quelqu'ordre , et elles commencent à exiger un emplacement où l'on puisse se retourner.

(Cdlection Moreau, n* 3SS, fol. 186.)

N* 15. — Du 28 avril au 30 juillet 1767. .

M. de Bréquigny a remis au dépôt des chartes un mémoire qui contient la relation de son voyage en Angleterre et des découvertes quil y a faites.

Au surplus, nous touchons au tems où il sera possible de diriger les recherches des Bénédictins avec plus de sûreté et d'en apprécier les succès avec plus de certitude. Quoique l'on ait avancé assés lentement au Louvre l'impression du catalogue des chartes imprimées, dont nous n'avons encore que quarante-quatre feuilles tirées, cependant nous en sommes à l'année 8a g, et ce catalogue nous aide desjà à discerner, dans les chartes du ix' siècle qui nous sont envoyées, les découvertes nouvelles d'avec celles qui pourroient avoir été connues des savans. On peut, dès makiteaant, assurer que, parmi les titres de cette époque qui meublent desjà notre dépôt, il y en a un très-grand nombre qui n'avoient jamais vu le jour.

Au reste, pour employer encore plus utilement les fonds que le Roi veut bien destiner à ce travail, en attendant que les Bénédictins puissent être guidés par le catalogue dont on vient de parler, le Ministre a pris le parti de se mettre au fait des dépôts des différentes Chambres des comptes du Royaume e( de se procurer des copies des inventaires ou répertoires des chartes et autres titres qu'ils renferment.

C'est dans cette vue quil a écrit aux Procureurs généraux de ces Compagnies, et leur a demandé, au nom de Sa Majesté, des mémoires instructifs sur l'état de leurs archives et sur les différens moyens que l'on pourroit employer pour se procurer des notices des chartes qu elles renferment.

Le Ministre a desjà de très*bons mémoires sur les Chambres des comptes de Bourgogne, de Franche-Comté , de Provence, de Pau^^^, de Nantes et de Blois ; on lui en fait espérer de semblables de la part des autres Chambres des comptes.

Plusieurs d'entre elles ont des répertoires ou inventaires de leurs titres bien en ordre; et nous aurons dès cette année, sans faire des frais très-considérables, des copies très-exactes des inventaires de la Chambre des comptes de Dijon , de celle de Bourgogne et de celle de Provence.

On se procurera successivement tous les autres, et s'il existe quelquesunes de ces Compagnies dont les titres mal en ordre n'aient point encore été distribuez et indiquez dans des répertoires, le Ministre sçaura du moins dans quelles Chambres des comptes cette opération est nécessaire, et pourra proposer au Roi les moyens les plus faciles et les moins dispendieux d'y parvenir.

Lorsque ces copies seront faites ou même è mesure qu'elles se feront, on pourra mettre sur autant de cartes ou de bulletins différens toutes les notices de ces différens titres, et les ranger suivant la date des années et celle des matières. Par là s'assembleront peu-à-peu les matériaux des tables immenses qui entrent dans le plan de Sa Majesté , et qui seront infiniment plus étendues que celles des chartes desjà connues.

On n'a point besoin d'en annoncer icy l'utilité. Tous ceux qui s'appliquent à l'étude ou de l'histoire ou du droit public de la France sentent la nécessité d'un indicateur général qui puisse leur épargner la portion la plus difficile de leurs recherches , et les assurer clu succès de toutes celles qu'ils entreprendront.

(>} N« 370 de la Cdlectioii Moitaa.

On ne cessera de représenter la nécessité de donner un lieu à ce dépôt : jusques-là il est impossible d y établir Tordre qu*on se propose.

(GoUection Moreau, n* 288, fol. 190.)

N* 16. — Du 1*' janvier au i5 octobre 1768.

Pendant ce tems-là, le dépôt des chartes s'augmente tous les jours des collections faites par un certain nombre de travailleurs, qui, à peu de frais, fouillent dans les dépôts des églises et dans les archives des seigneurs particuliers.

Ces travaux purement littéraires n'effraient persone, parce que les recherches sont faites par des savans sans autre caractère que celui que leur donne la mission du Ministre; peu-è-peu ils gagnent la confiance; les Intendans des provinces les aident plustôt de leur crédit que de leur autorité.

Ces travailleurs sont un certain nombre de Bénédictins, qui, déjà emploies par la congrégation de Saint-Maur, coûtent fort peu d'argent On

peut y joindre quelques ecclésiastiques qui , en différens lieux , s'occupent de ces sortes de recherches, et sont en correspondance soit avec le Ministre, soit avec le gardien du dépôt qui travaille sous ses ordres.

C'est au moien de l'activité et de fémulatiôn qu'on trouve le moien de leur faire inspirer à peu de frais, qu'on a ramassé jusqu'icy : i*" ii,o3a copies de chartes ; 2"* plusieurs coppies de caitulaires très-anciens ; 3" des inventaires Be titres de plusieurs abbaies, qui non-seulement désignent tous les titres, mais les décrivent et en contienent d'excellentes notices, d'ares lesquelles on sera en état de faire copier tout ce qu'on voudra; Ix^ des manuscrits précieux que quelques savans ont même donnés au dépôt. De ce nombre est l'abbé Joly. Dans le moment même, il est sur le point d'envoier un manuscrit de M. Dupuy, écrit de la main même de ce savant, sur l'origine des Parlemens. Cet homme de lettres , qui a été longtems emploie par M. le chancellier Daguesseau , mériteroit une petite pension sur un bénéfice, et ne fût-elle que de 5 à 600 tt, elle le flateroit infiniment.

On a joint, cette année, à ces recueils 7 ou 800 titres originaux, triés avec soin par M. de Bréquigny dans le cabinet du sieur Blondeau deCharnage^^^ et par lui remis au dépôt des chartes.

0) Charles-Françob Blondeau de Chamage, généalogiste, mort en 1776. En 1755, 1769 et 1777, la Bibliothèque du Roi acquit un certain nombre de documents , la fdupart peu intéressants , qu'il

Il est nécessaire de rendre compte de ce qui s*est passé sur le local du dépôt. Jusques à présent , faute d'une place et par œconomie , il avoit été gardé dans le cabinet même du dépositaire et sous ses yeux. Mais comme il grossissoit à vue dœil, il devenoit de jour en jour nécessaire de lui trouver un autre lieu. Le Ministre a projette plusieurs arrangemens qui dévoient ensuite être présentés au Roy, mais ils n ont eu aucun succès, parce quils eussent été trop dispendieux.

C'est dans ces circonstances que le dépositaire, ayant été obligé de quitter lappartement qu'il avoit et d'en louer un autre qui s'est trouvé moins grand, quoique beaucoup plus cher, dans lequel il n'a pu même placer ses livres , a été obligé de placer le dépôt des chartes h la Bibliothèque du Roy, dans un grand cabinet contigu à celui dans lequel se trouve desjà un dépôt de plus de 60,000 pièces, attaché au Ministère des finances. Ce dépôt des finances, assés analogue au dépôt des chartes , en ce que le premier contient toutes les loix relatives k la législation , à l'administration , à la jurisdiction du Roy, est desjà une collection importante à la connoissance de notre droit public , et comme l'un et l'autre dépôt est confié à la garde de la même persone, au moien de quoi cette disposition provisoire lui est d'autant plus commode que, dans un bureau situé dans la cour même de la Bibliothèque du Roy, le dépositaire de l'un et de l'autre emploie trois commis , dont il se sert pour la correspondance et pour coppier tous les mémoires.

Mais, pour plus de sûreté, il a fait placer dans ce cabinet même de grandes armoires grillées et fermantes à clé. C'est là que sont rangées dans des cartons toutes les copies de chartes et d'autres monumens qui ont déjà été recueillies. Ce dépôt peut rester là jusqu'à ce que les arrangemens pris pour [transporter] la Bibliothèque du Roy dans le Louvre aient été effectués, et que l'on ait pu donner un local plus vaste et plus commode à ce dépôt , qui se trouvera vraysemblablement alors considérablement augmenté.

Ce lieu, tel qu'il est même aujourd'hui, estasses grand pour contenir les collections qui ont été apportées de Londres par M. de Bréquigny et qui doivent être jointes au dépôt des chartes. En attendant, M. de Bréquigny travaille à en faille les tables.

avait rëanis. Ceux d'entre eux €[in sont signalés ici font partie de ia Collection Moreau, n*' iod7loSi; les autres sont compris sous les n*' 263o9-a6484 du fonds français. Un inventaire sommaire en a été publié dans le Cabinet historique, 1877, 3* partie» p. 5i-ioo.

On doit ajouter, en finissant » que la collection des chartes non imprimées que Ton rassemble au dépôt doit servir de complément au catalogue des chartes imprimées, dont le premier volume est sur le point de paroltre. Ce qui en est desjà imprimé nous conduit presque jusqu'au xf siècle « et nous met en état : i "^ de distinguer dans les chartes qui nous sont envolées cdles qui ont desjà été connues davec celles qui étotent ignorées jusqu*icy ; 2^ de suppléer ce qui manque à celles qui n'ont été imprimées que par extrait; 3*" de confronter avec ces nouvelles coppies les chartes qui ont été imprimées en entier. Par là, on découvre quelques fois des erreurs importantes dans les transcriptions.

Tel est fétat actuel dans lequel se trouvent et le dépôt des chartes et les travaux littéraires destinés à lenrichir.

(Collection Moreaa, n*288, (ciL 196.)

N* 17. — Du i5 octobre 1768 au i5 mai 1769.

Jusqu'icy on a tâché de mettre en mouvement les talens et la bonne volonté soit des religieux de la congrégation de Saint-Maur, soit de plusieurs autres sa vans, qui, par zèle pour le bien public, se sont prêtés au plan dont le Roy souhaite l'exécution. Le peu de fonds qu'il a destiné à ce travail a été exactement ménagé et n'a presque jamais été employé qu'à payer des déboursés. Mais, quoique l'on ait desjà ramassé une quantité immense de monumens placés dans le dépôt général des chartes , on n'a pu jusqu'ici mettre assés d'ordre et d'ensemble dans toutes les opérations, et cela iaute d avoir une carte générale qui indiquât l'universalité des dépôts qu'il s'agit de fouiller. Aujourd'hui le Ministre s'occupe plus que jamais du soin de former cette carte, et voicy les moyens qu'il y a employés.

Il a écrit, avec l'agrément du Roy, une lettre circulaire à tous MM. les Intendans des différentes généralités du Royaume et leur a envoyé une in* struction , qui , distribuée à tous leurs subdélégués , a mis ceuxrcy en état de former une nomenclature exacte de tons les dépôts de leur département. Ces différentes nomenclatures, receuillies par le^ Intendans et renvoyées ensuite au Ministre, forment aujourd'hui un corps de matériaux, qui s'augmente successivement tous les jours. En les comparant avec les différentes nomenclatures que Ton a desjà reçues des Bénédictins, on va être incessamment en état de rédiger par province et par subdélégation une table

générale qui contiendra un état exact de toutes les différentes archives du Royaume. On annoncera dans cette table celles qui ont déjà été exactement dépouillées et les noms de ceux qui ont été chargés de ce travail. On fera connoître également celles qui nont été qu'imparfaitement examinées et celles qui n*ont pas même encore été abordées. Cest à laide de celte immense nomenclature que l'on pourra ensuite distribuer avec ordre des travailleurs dans toutes les provinces et prendre des mesures assurées pour n'être pas obligé de revenir à deux fois sur les mêmes objets.

Ce plan annonce un travail immense et de longues recherches , mais on doit se rappeller que, sans qu'il en coûte au Roy plus de 1 0,000 ^ par année, il se trouvera, quelque jour, avoir réuni dans un des dépôts attachés à sa Bibliothèque royale : i"" des inventaires exacts de toutes les archives des Chambres des comptes de son Royaume ; 2"* des notices de toutes les chartes contenues dans toutes les archives qui luy appartienent et qui sont confiées à la garde de ses officiers; 3^ des copies figurées de toutes les anciennes chartes renfermées dans les chartriers des églises, des communautés et des seigneurs.

Ce plan une fois exécuté, rien ne sera plus facile que l'étude de l'histoire et du droit public, car lorsque les savans auront toutes les facilités qu'ils pourront désirer pour s'instruire exactement des faits, ils ne seront plus tentés de s'égarer en composant des systèmes.

On doit regarder comme faisant partie du dépôt général des chartes la nombreuse collection que M. de Bréquigny a rapportée d'Angleterre, et dont il s'occupe à rédiger les inventaires et les notices. Ainsi il paroît nécessaire de constater Tidentité de ces deux dépôts en ordonnant, par un arrêt du Conseil, que cette collection, avec un double des inventaires qui en seront faits, sera remise au dépôt général des chartes.

On a déjà dit que le premier volume du catalogue des chartes imprimées éloit sur le point d'être donné au public; la seule chose qui ait retardé jusqu'ici la publication de ce volume est la nécessité d'y joindre une préface instructive. On y travaille actuellement, et on y rendra compte et des recherches ordonnées par Sa Majesté pour perfectionner notre histoire et des succès qu'elles ont eus jusqu icy.

(CoDectioa Moreaa, n* 288, fol. ao6.)

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