LETTRE DE BEBTIN À DOM TURPIN ET DOM HERMANT
3ojiun 1771.
Votre Général vous ayant présentez pour être chargez d'un travail que je crois important au progrès de Thistoire et du droit public, je vous envoyé, mes Révérends Pères, les instructions qui doivent vous guider et auxquelles j espère que vous vous conformerez.
II est question de dresser un inventaire raisoné et composé de notices exactes de toutes les chartes renfermées à la Bibliothèque du Roy.
Parmy ces monumens anciens, il y en a un grand nombre qui ont été publiez par des savans; ces titres, desjà connus, n'ont pas besoin de notices, et, pour rendre général votre inventaire, il suffira d'y insérer le titre de ces pièces, en avertissant qu'elles sont desjà connues et indiquant, si faire se peut, les auteurs qui les ont données au public.
Quant aux chartes que l'on ne connoit point encor ou dont tout au plus on ne connoitroit que le titre inséré dans le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque du Roy, vous joindrez à ce titre : i ^ une description du matériel de la charte, de sa forme, du sceau qui y est attaché, de l'écriture et des altérations qu'elle peut avoir souffertes; a*" une notice de ce qu'elle contient, où vous aurez soin d'insérer la date du tems et du lieu , les noms des per-
sciences. Bibliophile édairë , M. de Lauragnais avait formé nne riche faibiioUiè<{ae : il dut la vendre pour refairj en partie sa fortune compromise.
(^) Dom Claude-François Turpin , né à Paris vers 1731, d abord chargé de travailler à rhistoire du Berry, |dus tard membre du Comité des chartes. Dom Raymond Hermant, né à Beauvaia vers 1741.
sones qui y parlent pu qui y paroisseni comme témoins, et un extrait succinct des dispositions qu elles renferment. Vous pourrez y joindre vos observations sur la chronologie , sur la topographie et sur les usages dont ces titres font preuve.
Pour exécuter ce travail , on vous confiera à lun et à Tautre , sous votre récépissé, un certain nombre de chartes dont vous vous partagerez entre vous deux le dépouillement, et loi^que le travail sera fini , vous reporterez à la Bibliothèque du Boy les pièces que Ion vous aura confiées, et Ton vous en confiera de nouvelles , sous un autre récépissé , qui sera échangé contre le précédent.
 mesure que vous avancerez Tinventaire et les notices dont il s'agit, vous en remettrez les cahiers à M. Moreau, préposé à la' garde de notre dépôt général des chartes, avec qui vous pourrez conférer sur tous les détails qui peuvent concerner votre ti*avaiL Je seray fort aise aassy que vous me rendiez quelquefois compte et de votre ouvrage, et des découvertes qu'il vous procurera; ce sera une occasion pour moy de vousen témoigner ma satisfaction.
Je vous envoyé deux lettres, Tune pour M. Bignon , Tautre pour M. Béjot; vous les leur remettrez de ma part. Vous prendrez les ordres du premier, vous vous arrangerez avec le second. Je me cliarge des petits frais de papier et de copistes qui vous seront nécessaires , et pour lesquels vous vous adresserez à M. Moreau. Cette lettre et ces instructions vous seront remises , par le Père Général; car c'est principalement de leur Supérieur que de bons religieux doivent recevoir leur mission , et je vous connois assez pour être persuadé qu'en faisant passer par lui tout ce que j'ay à vous dire, je me conforme à vos vues et je pars d'après vos maximes.
Je suis, etc.
BiRTIN.
(Collection Moreau, n* 295, fd. 187.)
LETTRE DE BERTIN k BIGNON (^).
3o juin 1771.
Dom Turpin et dom Herman, religieux de la congrégation de Saint-
(^) La lettre écrite par Berlin à Béjot, pour lui recommander dom Turpin et dom Hermaot, est conçue dans ie même sens. EUe est conservée dans la Collection Moreau, n" 395, fol. 188.
Maur, m'ont été présentez, Monsieur, par leur Supérieur général, pour travailler au dépouillement et aux notices des chartes ancienes qui se trouvent à la Bibliothèque du Roy. Vous vous rappeliez que Sa Majesté vous a fait donner par M. le duc de la Vriilière la permission de les leur confier sous leur récépissé. Comme le travail dont ils doivent s'occuper est dans mon département, je vous les présente comme deux hommes dignes de votre estime et de vos boutez. Je leur ay prescrit de recevoir d'abord vos ordres , et de s'arranger ensuite avec M. Béjot pour le nombre de chartes qu'ils recevront à la fois. On ne leur en remettra de nouvelles qu'en recevant d'eux celles dont ils se seront d'abord chargez. Les notices raisonées qu'ils dresseront de ces titres, en enrichissant notre dépôt généra] des chartes, tourneront aussy au profit de la Bibliothèque du Roy, pour qui vous pourrez. Monsieur, en faire faire des copies. Je connois votre zèle pour le progrès des connoissances littéraires, et je suis bien persuadé que cet arrangement méritera votre su£Brage, intéressera votre zèle et sera protégé par vos soins.
Je suis , etc.
DBRTIN
(ColiedioD Moreaa , n* 395 , fol. 189.)
RAPPORT DE MOREAU AU COUlTi SUR L'ÉTAT ET LES PROGRÈS DE LA COLLECTION DES CHARTES.
Mars 1774*
Pour mettre le Ministre en état de décider sur les questions qui peuvent être relatives au progrès de l'entreprise littéraire qui nous réunit, il est avant tout nécessaire d'en indiquer le but, et de mettre sous vos yeux les différens moyens par lesquels on a cru y atteindre.
L'objet que le Ministre s'est proposé a été d'ouvrir un chemin facile à tous ceux qui doresnavant voudroient étudier l'histoire et le droit public de la France. Ce qui rend ce travail difficile est principalement la recherche des monumens. i"" Il faudroit d'abord savoir où ils sont, et on ne le sait pas. n"* Quand on le sauroit à-peu-près, ils sont si dispersez, si éloignez les uns des autres, que c'est l'ouvrage de la vie que de se les
procurer tous. Ainsi la vie se passe à faire des recherclies ; l'auteur meurt à la peine; son successeur ne connoit pas son plan; Touvrage avorte. S*il pouvoit y avoir un magasin commun et à portée des savons, qui réunit ou la multitude innombrable des monumens qu'il faut consulter, ou du moins un état, un catalogue, une nomenclature qui les indiquât tous par ordre, il resteroit sans doute la peine du travail, mais on n auroit plus Tcmbaras de la recherche et Tincertitude du succès; on sauroit du moins où porter ses pas.
Réunir dans un même dépôt tous les monumens historiques de la France est une chose impossible; mais le Ministre a voulu essayer s'il le seroit également de rassembler une espèce de carte générale de ces monumens, quelque chose qui les représentât, en un mot, un état général d'après lequel les savans pussent connoitre leur route et n'avoir plus qu'à vérifier l'exactitude des recherches que Ton auroit commencé à faire pour eux. C'est cette idée qui a donné lieu à l'établissement d'un dépôt général des chartes. Il n'est peut-être encor qu'à son berceau : notre établissement est peut-être encor très-imparfait, et c est pour le perfectioner que le Ministre vous rassemble.
Vous voyez, Messieurs, que le dépôt général des chartes doit être une espèce de représentation de tous les dépôts du Royaume. On doit y trouver le nom et la nomenclature de toutes les archives, des renseignemens sur leur état actuel et sur le progrès des recherches qu'on y aura desjà faites, des copies des pièces les plus intéressantes qu'elles renferment, et des états ou inventaires de toutes celles que l'on n'aura pas copiées. Et, à cet égard, j'auray fhoneur de vous indiquer dans ce moment une différence essentiele quil faut faire entre les archives royales et les chartriers particuliers. Si ce dépôt général existoit tel que je l'ay conçu , j'ose dire que l'étude de l'histoire ne coûteroit presque plus rien, et que nous aurions commencé par en arracher toutes les épines.
Ce projet étoit, comme vous le voyez, Messieurs, digne d'un grand Ministre, mais il fabt convenir que, pour en avancer l'exécution, il sembloit exiger de très-grandes dépenses. Eh bien, Monsieur le Ministre qui nous rassemble l'a entreprise avec les fonds les plus modiques. Et nous avons au moins esquissé Touvrage, nous sommes en état d'employer utilement ce que nous avons et de voir croître un jour nos richesses en raison de nos ressources (voicy celles que nous avons aujourd'huy), et de joindre ce que I. 18
noiis pouvons faire à ce qui a desjà été fait. Notre objet étant de réunir tous les monumens et de la législation et de ladministration françoise, et de counoltre tous les titres qui peuvent conduire à la connoissance de Tantiquité, il faut d*abord regarder comme nous appartenantes, et du moins comme faisant partie des matériaux que nous rassemblons, les deux collections desjà fort avancées et que Ton continue sous les yeux du Gouvernement. L*une est la collection des Ordonnances qui s'imprime au Louvre, lautre , le Receuil des historiens de France.
Pour remplir Tintervalle qui sest écoulé entre les derniers capitulaires que nous connoissions et les premières ordonnances de nos Roix de la 3' race, nous n avons que deux espèces de monumens :
Les uns sont ceux que M. Howard ^^^ a receuiiiis dans deux excellens ouvrages de sa façon, dont un seul a vu le jour. Ce savant a prouvé que Rolion et ses successeurs, établis en Normandie avant l'entière décadence de la a' race , y avoient conservé les usages et les loix que Ton suivoit sous cette a* race, et qu*on retrouvoit les uns et les autres dans les loix anglonormandes qu a receuitlies Littleton ^^K Ce receuil est donc très-intéressant pour nous faire connoitre le droit public de la France depuis Charles le Chauve jusqu'à Hugues Capet.
La 9* espèce de monumens, les autres titres qui vienent à notre secours , sont cette foule innombrable de chartes et d actes de toute espèce qui nous sont restés du régime féodal. Ces actes ont été conservez dans les chartriers soit des églises et monastères, soit des ancienes maisons.
La pluspart de ces dépôts ont desjà été visitez et dépouillez par tous nos sa vans antiquaires ou diplomatiques qui se sont livrez à ce genre de travail. Mais comme chacun d*eux avoit son objet et son but particulier, la recherche n'a pas été générale et le dépouillement n'a pas été entier.
'^^ David Houard« né à Dieppe le 26 février 1726, mort à Abbeville le i5 décembre 180a, membre associé de TAcadémie des inscriptions, s'occupa particulièrement de la Coutume de Normandie, à laquelle il consacra plusieurs ouvrages. Moreau fait allusion ici à celui d'entre eux qui a pour titre : Anciennes lois des François conservées dans les contâmes at^loises, recueillies par Littlelon, avec des Observations historiques et critiques, etc., Rouen, 1766, 3 vol. in-4". Une a* édition de cet ouvrage parut en 1779. Houard copia pour le dépôt des chartes diverses pièces des archives municipales de Dieppe et du prieuré de Longueville-en-^aux ; il envoya aussi à ce dépètune copie du cartulaire de Saint-Laurent d'Envermeu , qui porte le n** 1 00 5 8 du fonds latin à la BiMiothèque nationale.
t*^ Francis Littleton, jurisconsulte an^ais, né à la fin du xiv* siècle à Frankley (Worcester), mort le 23 août i48i, dont Houard publia les Anciennes lois des François, ainsi que l'indique la note précédente.
Pour réunir tout ce qui a résulté de ces travaux si variez, M. Secousse d abord, après lui M. de Sainte-Palais et enfin M. de Bréquigny ont commencé par former Timmense catalogue de toutes les découvertes desjà faites. Cet ouvrage s'imprime ; il fait desjà une partie précieuse de notre collection, et M. de Sainte-Palais a eu la bonté d*en donner les matériaux au Roy; mais ce catalogue fait mieux encor : il sert de guide à nos travailleurs pour distinguer les cbartes qui ont desjà été publiées de celles qui jusqu'à présent étoient restées dans la poussive et dans Toubli.
Ce sont principalement ces monumens inconnus et oubliez , à la recherche desquels le Ministre souhaite de mettre tout le plus de savans qu'il pourra , et ce sont ces savans eux même qui, enrichissant tous les ans notre dépôt, le mettront peu-à-peu en état de remplir sa destination.
En joignant au dépouillement desjà fait tous ceux qui nous restent à faire, on se mettoit peu-à-peu en état de former pour la France un receuil infiniment plus précieux que n*est celui de Rimer pour l'Angleterre.
Mais, pour en venir là, il falloit un centre à Touvrage, et le dépôt général des chartes est maintenant ce centre.
En 1763, la congrégation de Saint-Maur offrit au Ministre ses services. E^le promit des doubles de tous les monumens que ses travailleurs découvriroient; elle ne demanda que le remboursement de leurs déboursez, et le Roy destina â,ooott par an à cette dépense.
Cet exemple ayant été suivi par quelques gens de lettres, trois ans après , le Roy augmenta ce fonds médiocre d une somme de 6,000 ^, également employée non à p^yer les recherches des savans, mais à les mettre en état d'en faire transcrire les résultats.
Pour remplir l'idée que j'ay voulu donner plus haut de notre dépôt général et pour le mettre en état de représenter un jour en petit toutes les archives du Royaume, dont il doit être la table et l'indice, on a commencé par se procurer une nomenclature générale de tous les dépôts du Royaume. Elle a été dressée en vertu des ordres du Roy et par les soins des Intendans des provinces. Il s'en faut bien qu'elle soit encor parfaite , mais on s'occupe du soin de lui donner sa dernière forme.
Elle sera divisée par provinces et par subdélégations, et on sera en état d'écrire à côté de chaque dépôt et ce que l'on a fait par raport à lui , et ce qui reste encor à faire.
id.
Cette nomenclature générale sera la table universelle qui, en indiquant les noms de toutes les archives du Royaume, indiquera en même [tems] le nombre et la place des boëtes ou des cartons destinez à donner une idée de chaque dépôt particulier, d'en annoncer ou d*en représenter même les richesses.
Mais les dépôts dont il sagit sont de deux espèces, et cette différence en produira une dans la représentation de chacun.
Il y a des archives royales; le Roy en est le propriétaire et ses officiers en sont gardiens. Ces sortes d archives ne sont point exposées au danger d*être spoliées ou dissipées comme celles des particuliers. Il suffit donc que le dépôt général des chartes renferme des inventaires fidèles et entiers de tous ces dépôts; une suite de notices des titres qu'ils renferment nous suffit.
Tels sont les dépôts des Chambres des comptes, des autres Compagnies supérieures, des bureaux des finances, des greffes des hôtels<deville, etc.
Âussy avons-nous cherché à nous procurer les inventaires des Chambres des comptes; nous en avons desjà plusieurs, et nous ne perdons point de vue cet objet, ainsi que celui des catalogues de tous les dépôts royaux que nous travaillons à faire copier.
Les autres dépôts sont les chartriers des églises et des chapitres, ainsi que des seigneurs particuliers. Ces titres peuvent être transportez, dissipez; tous les jours, on en trouve de précieux dans des mains qui nont aucun intérêt à leur conservation. Pour tous ces titres , le Ministre en a donc ordonné la transcription.
Voicy donc, Messieurs, le résumé de tout ce qui composera notre dépôt : •
1^ Une nomenclature. générale de toutes les archives du Royaume;
2° Chacun de ces dépôts en petit et représenté, les Chambres des comptes et autres archives royales par des catalogues fidèles et par des notices exactes; les archives particulières, par des boëtes ou cartons qui contiendront des copies figurées de toutes les pièces qui mériteront l'attention.
Ainsi dans le dépôt général , si Ton ne trouve pas toutes les pièces dont on peut avoir besoin pour smstruire de l'histoire et du droit public de chaque province , on connoitra du moins et le titre de ces pièces et le lieu où on est sur de les trouver.
On joindra à cela un catalogue général de tous les titres qui seront ou indiquez ou copiez en entier dans le dépôt : j*ay un homme que m*a donné M. Béjot, de la Bibliothèque du Roy, et qui travaille à nos notices ^^^ Jen ay aporté icy quelques-unes, afin, Messieurs, que vous jugiez si elles sont bien faites.
Je dois ensuite vous parler de nos travailleurs, pour vous engager à suggérer au Ministre des moyens de les augmenter, et des questions quils nous font sur leur manière de procéder, afin que , par la solution de ces questions, vous puissiez nous aider à perfectioner Touvrage.
La congrégation de Saint-Maur nous fournit aujourd'hui beaucoup moins de travailleurs qu elle ne le pourroit.
Nous avons aujourd'hui dom Grenier; on peut justement le mettre à la tête des savans Bénédictins qui nous aident. Dom Fonteneau ^^\ à Saint-Jean-rAngeli, paroit s'être condamné à Tinaction, mais pour un tems seulement : il sera possible de réveiller son zèle. Dom Quincer ^^^ ne les vaut pas ài beaucoup près, mais il parcourt les abbayes de Flandre, et envoyé, tous les ans, au moins 600 copies de chartes; il est vray quil faudra un peu revoir sa besogne. 11 a beaucoup d'ardeur, mais peu de critique.
Je ne mets pas en ligne de compte dom de Vienne ^^^ à Bordeaux. Dom Col, à Limoges , travaille pour les particuliers qui le payent; dom Le Noir,
^') Peut-être Giier, dont il est fait mention p. i58.
(*) Dom Léonard Fonteneau, né à Juily, diocèse de Bourges, fournit sur le Poitou au Comité des cbartes une quantité considérable de documents antérieurs h Tan 1 ido. Ces documents ont été disséminés dans la première partie des cbartes et diplômes de la Collection Moreau. Les manuscrits de dom Fonteneau conservas à la bibliothèque de Poitiers forment quatre-vingt-neuf volumes, dont vingt-neuf volumes de chartes : la Bibliothèque nationale possède une copie de ces derniers , sous les u*' 1 8376-1 84od [fonds latin). M. Paul de Flenry a donné un dépouillement sommaire de la Collection Fonteneau dans son Inventaire des manuscrits de la bibliothèque de Poitiers, p. 43 et suivantes. M. Redet a publié une Table des manuscrits de D. Fonteneau, Qt uu supplément, qui contiennent le catalogue chronologique des vingt-neuf volumes de chartes, Poitiers, 1839 et i855, in-8'.
(') Dom J.-B. Queinsert, né à Bapaume, proies à Saint-Faron de Meaux, le 29 juillet 1733, à Tâge de vingt ans , fut chargé d*explorer les archives d* Artois , de Flandre , du Hainaut et de Picardie, n recueillit environ six mille documents , qui sont disséminés dans le recueil des chartes et diplômes de la Collection Moreau et dans la Collection Grenier, notamment darfs les n*' 60, i5o, a49-25i.
W Dom Chaiies- Jean-Baptiste d*Agneaux de Vienne, historiographe de Bordeaux, né à Paris en 1738 , mort en 1793 , n^envoya rien au dépôt des chartes.
très-savant, paroit uniquement occupé de son histoire de Normandie; dom Villevieille ^^\ & Dijon, s'est refroidi ^^^.
J'ay vu le P. Général ; il nous promet de nous nommer, à la Pentecôte, un grand nombre de sujets qu il fait actuellement examiner, et dont il sera sûr. Mais il demande que Ton donne à ce travail une espèce de publicité qui encourage les religieux, et une méthode uniforme qui puisse le mettre luimême à portée de donner des ordres dans ses maisons. Pour cela , il avoit proposé de faire imprimer une espèce de prospectus qui auroit non-seulement contenu les instructions particulières que doit suivre chaque religieux, mais le plan et le but général auquel ils se croiroient tous appeliez. Il promet de distribuer lui-même ce prospectus, et comme il compte que la Congrégation se tiendra fort honorée de cette espèce de mission, il est persuadé que Témulation de tous ses membres se trouvera réveillée et produira des fruits qu elle n a point rendus jusqu'aujourd'hui.
Cette proposition mérite d'autant plus d'attention qu'il entre dans le système du P. Général de payer lui-même ses religieux, en sorte que ce que le Roy aura à fournir sera très-modique. Jusqu'à présent, ce qui a nui au progrès de la besogne, c'est que les religieux demandoient, outre les déboursez qu'occasione le travail , des frais de voyages, de chevaux, de nourriture, etc. Le P. Général se chargera de tout cela , et le travail se multipliera sans que nos frais augmentent.
D'ailleurs, le moyen d'ôter toute espèce de défiance aux corps et aux particuliers dont on veut fouiller les archives est de prouver bien clairement que c'est icy une entreprise purement littéraire, et tout le monde en sera bien persuadé, lorsqu'on verra que les Bénédictins y ont la principale part.
Outre les religieux , nous avons encor quelques savans que nous occupons à plus ou moins de frais.
(^) Dom Jacqaes-Joseph Vilievieiile, ne à Nuits le a 3 septembre 1736, mort à Paris le 3 septembre 1820. Sa vie et sa correspondance ont fait Follet d^ane intéressante étude, publiée en tête du Trésor généalogique, t I, Paris, 1875, par MM. Henry et Alphonse Passter. Les manuscrits de dom Villevieille et les chartes originales qu*il avait recueilJies et qui sont conservées à la Bibliothèque nationale y forment , avec les papiers de dom Gaffîaux , un ensemble de cent soixante volumes.
^*) On peut voir, dans la biographie de dom Villevieille par MM. Passier, les causes de ce refroidissement. Les fonds promis par Moreau étaient rarement et tardivement envoyés, ou ils étaient insuffisants. Les lettres des autres Bénédictins contiennent souvent, à ce sujet, des réclamations semblables'.
Nous avons à Dieppe ce M. Howard dont j'ay desjà parlé; jusqu*à présent il n a rien coûté.
A Besançon, M. Droz^^^ conseiller au Parlement et secrétaire de TAcadémie, nous a fourni la majeure partie des monumens qui peuvent éclairer sur rhistoire et sur le droit public de Franche-Comté. Le Ministre leur a fait obtenir un petit secours sur la province, qui, joint à environ 700 à 800^ que nous donnons par an , nous a desjà procuré un très*grand nombre de volunies.
Nous avons à Cambray M. Mutte ^^\ doyen du chapitre et ami de Sainte- Palais, qui nous a desjà envoyé une grande partie des chartes de son église.
Nous avons enfin à Clugny M. Lambert de Barive ^^\ occupé à nous dépouiller les archives de ce monastère; à Troyes, M. Grolé^*' et dom Maréchal ^^\ occupé à l'histoire de cette province.
De tous nos travaux depuis plusieurs années, il a résulté environ huit à neuf mille chartes, indépendamment de plusieurs cartuiaires ^^^ et d*un grand nombre d'inventaires que nous avons fait copier.
Celuy qui dépouille actuellement les archives de Clugni a fait sur son travail et sur la méthode qu'il doit y suivre plusieurs questions quil s'agit
'^^ François'Nioolas-Eugène Droz, né à Pontariier le 4 février 1735, mort à Saint-Claude le i3 octobre i8o5, secrétaire perpétuel de rAcadémie de Besançon, fut le plus actif collaborateur de Moreau. Aidé de dom Roux, de dom Charles et de dom Grappin, il envoya, outre les pièces disséminées aujourd'hui dans la collection des chartes et diplômes, des copies qui, sons le titre de Collection Droz, forment quarante-quatre gros volumes (n*** 863*905 de la Collection Moreau}. M. Ulysse Robert en a donné le dépouillement dans son Catalogue dès manuscrits relatifs à la Franche- Comté qui sont conservés dans les bibliothèques publiques de Paris, Paris, 1878, p. 195-222.
^'^ Mutte avait recueilli les anciennes chartes relatives à la cathédrale de Cambrai longtemps avant 1774, c'est-à-dire avant ce rapport.
(') Lambert de Barive, avocat, consacra plus de vingt années au dépouillement des chartes de Cluny et fournit au Cabinet des chartes les copies de plusieurs milliers d'actes dont les originaux sont perdus. Une partie de ces actes, qoi n'avait pas été envoyée à Moreau, est entrée à la Bibliothèque nationale en i855. Ce sont les n*' 8990, 9090-9092 et 988^ du fonds latin.
t*î L'érudit Pierre-Jean Grosley, qui ne paraît pas avoir fourni une contribution bien importante au Cabinet des chartes.
(^) Dom Mareschal dépouilla les chartriers du prieuré de Saint-Julien de Sézanne , des établissements civils et religieux de Bar-sur-Aube , du prieuré de Belleroy et celui du seigneur de la Bande.
(*) Les principaux cartulaires dont la copie est due aux collaborateurs du Cabinet des chartes sont, outre celui de Saint-Laurent d'Envermeu, cité plus haut (p. i38, n. 1), celui de Saint-Lô de Bourg-Achard, transcrit par les soins de dom Probst, ms. latin n" 921a , ceux de Morienval et deSaint-Quentin-en-lile, n*' 9987 et 10116 du fonds latin, celui de l'abbaye de Buillon,qui est dans le n** 332 de la Collection Moreau, et les cartulaires franc-comtois dans la Collection Droz.
de résoudre, et dont la solution pourra fournir une r^gle générale pour tous ceux qui sont cliargez de la même besogne que luy.
En eiïet, ie Ministre ayant demandé que dans tous les dépôts particuliers, tels que ceux des f giises, on copiât en entier toutes les pièces, la première question quil s*agit de décider est de savoir jusques à quelle époque on doit tout copier. Le Ministre avoit d'abord cru qu*il étoit important de tout copier jusqu'au règne de Philippe-Auguste et à Tannée i*kii. M. de liarive observe que la multitude des pièces antérieures à cette époque est telle à Clugny, quil faudroit qu'il passât sa vie à ce travail, et que d'ailleurs cette multitude ne paroit pas rendre ce que Ton en attend.
Il propose de faire de toutes ces pièces des extraits, dont il a desjà envoyé plusieurs cahiers. Il s'agit d'examiner ces extraits et de décider s'ils remplissent l'intention du Ministre.
Je propose donc pour cette conférence deux q[uestions, sur lesquelles je prie le Ministre de donner des ordres :
i"" Quel est ie moyen d'augmenter le nombre de nos travailleurs et que dois-je répondre aux propositions du P. Général des Bénédictins ? Peut-on donner à l'entreprise un peu plus de publicité et d'authenticité? Doit-on le mettre en état de distribuer à ses religieux un prospectus?
Je dois observer en même tems que, quoique notre entreprise soit protégée par le Roy, qui a même donné une maison pour placer notre dépôt, nous n'avons aucun titre en règle pour son établissement, rien qui puisse le mettre en état de réclamer des secours.
2^ Si le Ministre prend ce parti, il me semble qu'il faudra refondre dans ce prospectus les instructions nécessaires et y faire entrer la solution de la deuxième proposition que je propose :
Dans les dépôts particuliers, jusq[u'à quelle époque doit-on copier, et doit-on tout copier?
( Collection Moreaa , n* 285 , fol. 1 1 o. )
MÉMOIRE DE BERTIN À LOUIS XVI SUR LES DÉPÔTS ET COLLECTIONS DE CHARTES ET LES TRAVAUX