LBTTRB DE DOM COL À MOREAU
Limoges, 11 avril 1765.
Monsieur, dans les coppies que je vous envoie» je me suis plus étendu â décrire la forme phisique de l'acte , ainsi que vous l'exigiés dans une de vos précédentes lettres. Je m'étois contenté d'abord de vous en donner de simples notices, ne croiant pas qu'on pût tirer de ces chartes assés de secours pour l'histoire de la nation, pour qu'elles méritassent d'être coppiées en entier. Vous avés voulu en avoir la coppie figurée , et pour qu'on pût tirer quelque utilité de mon ouvrage» je me suis attaché plus scrupuleusement à décrire la forme des caractères , de la ponctuation , des abbréviations et des autres caractères dipplomatiques de ce siècle.
Vous voulés actuellement, Monsieur, que je me borne à vous envoyer seulement une simple notice de toutes les chartes que je trouveray : je pense néantmoins que, pour ne pas se jetter dans un travail immense et peu utile, il sera également nécessaire d'un pçu de choix à cet égard. Toutes les chartes du xiv' siècle et au-delà peuvent mériter cette attention; dans ces tems reculés, tout devient utile, souvent même ce qui paroit moins pouvoir l'être. Mais depuis le xiV siècle jusques au règne de Louis XII, terme de la collection projettée, si l'on vouloit lire et parcourir tous les^tittres pour en faire des notices, ce seroit un ouvrage immense. Il est des archives dont on ne sortiroit plus; je crois donc qu'il faut encore du choix à cet égard.
Je continueray à vous envoler des coppies figurées de toutes les chartes que je croiray pouvoir être d'une utilité marquée; pour les autres, je me contenteray de vous en envoyer des notices» M. de Bréquigny ne prescrit aucune forme dans son instruction sur ces notices; je les réduiray en cahyert» parce que je pense qu'il seroit assés innutile de les distribuer toutes
par feuilles , comme les coppies figurées. Au resle , s il se trouve quelque chose à réformer après que je vous auray envoyé mon premier cahyer, vous aurés la bonté de m'en avertir.
Je suis obligé d'interrompre mes recherches dans les archives de Solignac^^) pour dépouiller le tbrézor de la vicomte de Turenne, dont touts les papiers sont aujourd'huy chez Monsieur Tlntendaut ; j'espère de trouver ià bien des choses curieuses. Baluze a dû parcourir ce dépôt en faisant sa fameuse hystoire de la maison de Bouillon ^^\ S'il se trouve dans ce pais une édition de ses ouvrages, je passeray toutes les chartes qu'il aura fait imprimer, mais si je ne puis les avoir, je vous feray passer touts les tittres qui me paroitront être de quelque utilité. Je vous avertiray cependant qu'il s'est trouvé des pièces qui ont formé de grandes contestations : c'est peut-être icy où il faudra plus d'examen , de critique et de discernement que partout ailleurs.
J'ay l'honneur, etc.
Col.
( Collection Morean , n* 330 , f<^ gS. )