LETTRE DE DOM COL À MOREAU
Limoges, 6 mai 1766.
Monsieur, il paroit que, pour accellérer l'ouvrage de la collection des chartes, vous aies pris le parti de vous contenter d'un simple inventaire de touts les tittres qui se trouveront dans chacque dépôt. Ce projet est d'une
(^) Solignac, abbaye bénédictiiie de la congrégation de Saint-llilaur, dans le diocèse de Limoges, fondée en 63 1.
(*) Il s*agit de la célèbre Stsioire génétdogifue de la maison dAwvergne, paUîée en 1708, dans laquelle Baloze avait inséré des fragments d*an ancien cartulaire et d*un obituaire de Brioade , fabriqués par un faussaire, Jean-Pierre Bar ou de Bar. Ces fragments prouvaient qae les Bouillon descendaient en ligne directe des comtes d'Auvergne. Ils avMent été fait», asaurait-on, pour soatenir les prétentions du cardinal de Bouillon, qui Fe disait indépendant de Louis XIV, et fondait son droit sur ce qu*il était né d*une maison souveraine, dans la principauté de Sedan, avant que l'ocbange de cette souveraineté avec le Roi eât été consommé. Pour avoir publié ces fragments , fialuie fut privé de la chaire de droit canon au Gc^ège royal et interné & Rouen, Blois, Tours et Orléans jusquen 1713.
ejiécution très-facile, mais je le crois d'une bien médiocre utilité, Â Texception de quelques dippl6mes qu*on trouve rarement, et dont tout le corps renferme des faits remarquables, toutes les autres chartes qui sont dans les archives ne sont intéressantes qu à quelques égards et sous certain point de vue ; tantôt c*est par leur date, où il est marqué que facte a été passé sous le règne d*un tel Roy, sous le gouvernement d un tel duc , comte , vicomte , etc. ; tantôt cest par le nom des témoins, des souscripteurs, ou par quelque clause étrangère à lacté et aux part.js contractantes; tantôt enfin par la forme de Tacte, le stile, les termes singuliers qui s*y trouvent, les signatures, les monogrammes, les différents signes dont les notaires se servoient dans chacque siècle «Touts ces objets deviennent intéressants comme bien d*autres que j omets, qui servent souvent à fixer des faits impoiiants dans la chronologie, Tantiquité et remplacement des lieux dans la géographie. Or il est bien sensible qu*un simple inventaire ne donnera point totits ces éclaircis* sements. Il se réduira à faire connoitre la liste des papiers qui sont dans un dépôt, sans montrer de quelle utilité ils pourront être, et les secours qu'on peut en tirer; par conséquent, voilà un travail immense dont Futilité se réduira presque à rien.
Si vous m'allégués qu il faut faire mention dans cet inventaire de touts les objets qui paroitroni importants, je répons : Alors que faire à Tégard de la pluspart des tittres dont futilité est nulle, comme seroit un contract de mariage entre des laboureurs , un testament, une acquisition, une transaction, où l'on ne découvre rien de remarquable que les noms de Jacques et de Perrette? Je pense qu*il seroit plus utile de négliger ces sortes de tittres et de les passer sous silence; sans cette précaotion, il faudroit des deux et trois ans pour sortir d'un chartrier; ce seroit beaucoup de tems perdu et, quoy qu on en dise, le tems doit être compté pour quelque chose. Je suis actuellement à dépouiller les titres de la vicomte de Turenne; parmy un fatras de papiers, j ay pu à peine trouver de quoy faire quelques notes. Lorsque jauray fini de parcourir ce dépôt, je vous feray passer les notes que j y ay faites. Pour Tinventaire que vous demandés, je suis trop avancé pour Tentreprendre actuellement; j'ay cru d*ailleur que ce travail seroit d'autant plus innûtile que M. Tui|^t, notre intendant^ fait travailler à cet inventaire depuis longtems. Si vous persistes dans l'avis d*avoiv des inventaires de chacque dépôt, il sera facile d'avoir une coppie de celui qui se Ëiit à l'Intendance, et dans les premières archives que je dépouilleray, je feray l'inventaire des
tittres qui y sont, mais, comme j*ay déjà eu Thonueur de vous Tobserver, je crois que ce sera un travail très- long et d*UDe petite utilité. , •••••.•••••. •••••f.^... ••.....
J*aY rhonneur, etc.
Coi.
(CoUection Moreav, n* 39S, loi. 97.)