LETTRE DE DROZ X MOBEAU
Besançon, 3 février i76§.
Je suivrai, Monsieur, avec plaisir le plan que le Ministre m'indique par votre organe pour le dépouillement de nos archives, et il paroit en elTetie plus simple; cependant je n'a vois pas cru devoir Tadopter d*abord, pour les raisons que j*ai écrites dans le tems à M. Bertin : la première, parce qu il 'me paroissoit convenable de s'assurer de prefférence des pièces les plus importantes; la seconde, parce que les propriétaires des arduves se prêtent difficilement à un dépouillement général et soupçonnent toujours quelque vue secrette , au moyen de quoy ils rebutent par des longueurs et par des formalités, au lieu qu'en s'assurant par les inventaires de l'existence des pièces, on se les procure insensiblement. Gela demande plus de soins , à la vérité , •mais on éprouve moins de désagrément et l'on a d'abord des monumens plus précieux.
Dez que cette manière de travailler ne remplit pas votre objet, j'essayerai de nouveau celle que vous proposes, mai8,pourcela, je vous prierai. Monsieur, de rnc procurer un ordre positif du Ministre.à cet égard, que je puisse montrer aux corps et communautés pour leur justifier de ma mission et les persuader qu'elle n'a d'objet que la perfection de l'histoire. Si cela ne suffit pas, il faudra des ordres particuliers pour chacun des réfractaircs, mais ce ne sera qu aprez avoir épuisé toutes les voyes d'invitation et de négotia-
lion, qui sont toujours preffërables, d*autant plus que, dans quelques dépôts, il doit exister des pièces non inventoriées, comme réputées inutiles aux droits actuds , et qui sont peut-être les plus essentielles pour notre objet; pour quoy on ne manqueroit pas de les celer, pour peu que Ton} fût sur la deffensive.
Quant à f indication du numéro de la. pièce et de la ,case ou liasse cpii la contient, il n*est pas possible de donner aucune notion certaine, attendu qu il ne règne pas assez d*ordre dans nos archiver , les inventaires du Parlement ne tendant qu à constater lexistence de Tacte , en sorte que , dans les différens récollemens ou dans d'autres occasions, on a souvent changé Tordre. Cest pourquoy M. de Beaumont ^^^ , étant en cette province , lors de la fondation de l'Académie ^^^ avoit conçu le projet de faire apporter à Besançon dans un dépôt général les originaux des archives des bénéficiers et de ne leur en laisser que des copies authentiques, au moyen de quoy on auroit également pourvu à Tordre- et à la conservation des chartes.
Vous verrez, Monsieur, dans une note à la suite de Tétat des pièces que j'ay envoyées à votre dépôt, le précis de ce qui concerne nos inventaires et la nécessité de faire exécuter une déclaration de i yS i , qui enjoint aux bénéficiers de faire faire à leur entrée une description exacte de leurs titres, ce qui esttrez-mal exécuté, par la trop grande bonté de M. le Procureur général ^'^ mortdepuis peu, et il seroit bon d'aviver le zèle de M. son fils^^^ à cet égard.
Quant aux dépôts royaux^ il ne faut pas croire quils soient plus en règle. Je sçais de bonne part quil y a à la Chambre des comptes, beaucoup de papiers non inventoriés, et que plusieurs se perdent dessus ou dessous des armoires; il y en a sur Téglise ou au clocher de Dô le, chez le garde-livre, etc., et, entr autres , j ai vu [dans] une copie de Tancien inventaire de ladite Chambre ( 8* sac , cottes 6 5 1 et 6 5 a ) Tindication d*une procédure instruite cm Parlement de Dôle en 1^02 contre le sire de Thoiré pour les limites du comté et la mouvance Jtune partie du Bagey,oà Von avoit produit l,âO0 chartes, dont plusieurs de la seconde race: Cependant on n'en voit pas la moindre trace dans l'inventaire usuel.
Jugez par là , Monsieur» combien il est important de mettre ordre à cette partie; c'est une entreprise bien digne du zèle de M. Bertin et du
(^} Intendant de Besançon de 1750 à 1754* 11 en a déjà été parié page 318.
W En 175a.
f*ï Philippe-Antoine Doroz, mort le 6 ou 7 janvier 1769.
(*) Ciaude-Théopbiiè-Joséph Doroz , qui avait saccédé à son père.
vôtre , et si vous ne procurez pas quelques ordres sur ce point , nous aurons le regret de voir périr insensiblement les restes les plus précieux de nos antiquités; ainsi il seroit encore trez-utile de ranimer le zèle de Messieurs de la Chambre des comptes sur cet article.
Tous ces préliminaires me paroissent essentiellement liés à vos vues; c*est pourquoy je vous en parle avec franchise, sans prétendre inculper personne et uniquement pour indiquer les différens moyens de perfectioner votre entreprise; en attendant, je ne laisserai pas de faire, de mon côté, le plus de découvertes qu'il sera possible, et je continuerai à vous en faire part , espérant que vous voudrez bien , lorsque vos affiiires le permettront , me ' communiquer vos observations et vos instructions, dont je ferai toujours grand cas.
J*ai l'honneur, etc.
Droz.
(CoUectioo Morefta, n' 3*28, foi. 26.)