II. l
clai'é l'ennemi de monseign evir ; voilà-t-il pas, un de ces petits malheureux enfants trouvés , qui s'arrête devant moi et devant le consul , et qui nous dit, d'une voix douce en nous baisant la main — Bonjour, ma mère ! bonjour, mon père! — Par sainte Dulceline, ma patronne, monsieur l'abbé ! je suis devenue pourpre de honte ; maître Talebard-Talebardon aussi... Je vous fais grâce , par respect , des grossières plaisanteries que maitre Laramée, qui nous accompagnait , s'est permises à mon sujet à propos de l'impudente apostrophe de ceteufant trouvé? Mais ce M. Laramée n'a ni honte ni vergogne. Toujours est-il que, repoussant avec horreur ce nourrisson de la charité publique, je lui ai pincé vertement le bras en lui disant: Voulez-vous bien vous taire, vilain petit bâtard que vous êtes ? Il a senti sa faute, s'est mis à pleurer, et comme je me plaignais de cette audace indécente à un grave citadin, il m'a répondu : — Ma bonne dame, tel est l'usage ici, les enfants trouvés ont le privilège le jour de Pàques-fleuries, de parcourir les rues, et de dire, mo7i père et ma mèrCy à tous ceux qu'ils rencontrent.
r,A XOEL. 15t
— C'est en effet l'usage, dame Dnlceline — (lit l'abbé..
— C'est l'usage , monsieur l'abbé , soit ; mais n'est-ce pas un usage bien impertinent quece-lui là ? permettre à de petits malheureux sans père ni mère de venir appeler ma mère d'honnêtes et prudes personnes qui , comme moi, par exemple, préfèrent la paix du célibat aux inquiétudes de la famille... Quelle est la moralité de cet usage, je vous prie, monsieur l'abbé ? J'ai beau y regarder de tous mes yeux, je n'y vois qu'une coutume furieusement indécente.
— Et vous vous trompez , dame Dulceline — dit Mascarolus — cet usage est digne de respect et vous avez eu tort de rudoyer ce pauvre enfant...
— J'ai eu tort ? Ce petit drôle vient m'appeler sa mère, et je souffrirai cela ? Comment, grâce à cet usage...
— Grâce à cet usage , grâce au privilège qu'ont ces petits infortunés de pouvoir dire un jour dans l'an née : mon père, ma mère, à tous ceux qu'ils l'cncontreiit, 'cs noms si doux, (ju'ils ne prononcent jamais, leur passent au
moins une fois sur les lèvres ! Combien y en a-t il, hélas ! et j'en ai vu, qui disent ces mots bénis, les larmes aux yeux, en pensant que, ce jourpassé, ils ne pourront plus même répéter ces paroles sacrées. Aussi quelquefois, dame Dulceline,des étrangers émus de tant d'innocence et de malheur, ou se sentant touchés de ces paroles caressantes , ont adopté quelqu'un de ces petits abandonnés ; d'autres leur ont fait une abondante aumône, car ce naïf appel à la sensibilité de tous est presque toujours entendu. Vous voyez , dame Dulceline, que cet usage a aussi un but utile, une signification pieuse.
La vieille femme de charge baissa les yeux en silence, et répondit au bon chapelain :
— Vous êtes un habile homme, monsieur l'abbé; vous avez raison. Ceque c'est que la science, pourtant ! Maintenant, je me repens d'avoir rudoyé ce petit malheureux. À la prochnine Paque-fleurie , je ne manquerai pas d'emporter quelques aunes de bon drap bien chaud , de bonne toile de lin , et cette fois, je vous le promets , je ne ferai pas la marAtre avec le premier de ces pauvres enfants qui
me dira tna mère ! iMais si ce vieil ivrogne de Laramée fait quelque indécente plaisanterie à mon sujet , aussi vrai qu'il a des yeux , je lui prouverai que j'ai des ongles,
— Cette preuve sera de trop, dame Dulceline. Mais puisque monseigneur ne rentre pas encore , et que nous parlons des usages de notre bonne et vieille Provence , et de leurs utilités pour les p;iuvres gens, tenez, qu'avezvous remarqué le jour de la Saint-Lazare, dans le Branle de Saint-Ebne * ?
— Que voulez-vous que je vous dise , monsieur l'abbé. Maintenant je me délie de moi ; avant votre explication, je pestais contre l'usage de la Pàque-fleurie des enfants trouvés , maintenant je le respecte.
— Dites toujours, dame Dulceline, tout péché d'ignorance est excusable... Selon vous, quel est le but du Branle de SaitU-Elme ?
— Dame, monsieur l'abbé, je n'y comprends rien. Je me demande à quoi bon, le jour de la fête de la Saint-Elme , faire habiller , aux frais de la ville ou de la commune, tous les jeunes
* iMges dp Marseille par M. de Ruffi. Cet usage s'cpt ron- «erve jusqu'au rommenceraent du dix-huitierae sieclr.
iài Lli C031.MA\DtlK L>E MALTL.
garçons et toutes les jeunes lilles pauvres, le plus magnifiquement possible? Ce n'est pas tout ; non contente de cela, cette jeunesse s'en va de maison en maison, soit chez les riches bourgeois, soit chez les seigneurs, demander encore à emprunter, celle-ci un collier d'or, celle-là des boucles d'oreilles de diamant, cette autre une ceinture d'orfèvrerie, celui-là un cordon de chapeau en j)ierreries, ou un ceinturon à tresses d'or. Eh bien ! à mon avis (sauf à en changer tout à l'heure), monsieur l'abbé, on a lort de prêter tous ces riches atours à des artisans, à des artisanes ou à des pauvres gens qui n'ont ni sou ni maille.
— Pourquoi cela? Depuis qu'on fête ici la Saint-Lazare, dame Dulceline, avez-vous jamais entendu dire que quelqu'un de ces j)récieux joyaux ait été larronné ou perdu?
— Bon Dieu du ciel! jamais, monsieur l'abbé, ni ici, ni à Marseille, ni dans toute la Provence, je crois ; Dieu merci, cette jeunesse est honnête, après tout ! Ainsi, l'an passé, mademoiselle Ueine a prêté sa cordelière de Venise, qui vaut, dit Stéphanolle, plu^ de deux mille ecub. Eh bien i Théréôon, la lille du meunier
de la Pointc-aux-Caiîles , qui avait porlé ce riche bijou pendant toute la fête, est venue le rapporter bien avant le coucher du soleil, quoiqu'elle eût la permission de le garder jusqu'à la nuit. Pour cette même fête de Sainl- Lazare , monseigneur a prêté à Pierron , le pêcheur de la Maison-Forte , sa belle chaîne d'or et son médaillon entouré de rubis, que M. Laramée nettoie, ainsi que vous le lui avez dit, avec des pleurs de la vigne.
— C'est vrai ; et si l'on peut joindre à ces pleurs do vigne une larme de cerf tué dans le temps de la cervaison,dameDulceline, les rubis brilleront comme des étincelles de feu...
— Eh bien ! monsieur l'abbé , Pierre le pêcheur a aussi rapporté lidèlement cette précieuse chaîne, même avant l'heure fixée. Encore une fois, monsieur l'abbé, cette jeunesse est une honnête jeunesse ; mais je ne vois pas quelle utilité il y a à risquer de perdre, non par larionnerie , mais par hasard , de beaux joyaux, pour le plaisir de voir , pai' les rues et les chemins , défiler ces farandoles de jeunes gens, au son des liachias * , des cymbaleltes
* Barlii^N |.e laiiiboiirin. — Les rymbalette»* étaient df
156 LK COMMANDlil'H J)l- MALTE.
et des galoubets, qui jouaient des ooubados et des bedocheos à vous assourdir.
— Eh bien! dame Dulceline — dit Mascarolus eu souriant doueemeut — vous allez encore reeonuaîtie que vous avez eu tort de ne rien voir dans cet usage, ni enseignement, ni utilité ; quand mademoiselle a prêlé à Thért'son la pauvre tille du meunier de monseigneur, une parure précieuse, digne de la demoiselle d'un baron , elle lui a montré une couliance aveugle ; or , dame Dulceline la confiance augmente l'honnêteté, et chasse l'improbité. Ce n'est pas tout, en associant pour un jour ïhéréson aux jouissances de la parure, notre jeune maîtresse lui ou a montré à la fois le plaisir et le néant; et puis, cette jouissance n'étant pas interdite aux pauvres gens , ils n'en conçoivent pas de jalousie. Cet usage, enfin, cnhetient, entre les riches et les indigents,, de précieux rappoits, basés sur la probité, sur la couliance, sur une touchante com-
peliles cymbales tu acier. — Lfs ouubaclos et l)edoclieos, les airs nalioiiaiix ((n'oii jnuail .<iu' ces in^lniiiRUts. — Voir .MarclieUi.
LA AOEL. 157
munauté... Que pensez- vous maintenant du Branle de Saint-Elmc, dame Dulceline?
— Je pense, monsieur le chapelain, que je n'ai d'autres bijoux qu'une croix et une chaîne d'or, mais qu'à la première fête de Saint- Lazare je la prêterai de bon cœur à la jeune Madelon, la meilleure ouvrière de ma lingerie ; car toutes les l'ois que je sors cette croix d'or de sa boîic, la pauvre fille la dévore des yeux, el je suis sûre qu'elle sera l'olle de joie... Mais que je suis donc étourdie, monsieur l'abbé, j'apporte de l'huile vierge pour rem})lir les deux laujpes du calênos , que mademoiselle doit allumer, et je les oublie.
— A propos, dame Dulceline, n'oubliez pas de bien remplir d'huile le bocal dans lequel j'ai mis infuser ces deux belles grappes de raisin, je veux essayer si l'expérience citée |iarM. (leMauconysse réalisera.
— Quelle exj)éiieiice, monsieur l'abbé?
— Ce docte et véiidique voyageur prétend qu'en laissant pendant sept mois, dans un bocal <rhuile vierge, des grappes de raisin cueillies le jour de l.i Mïi-se|ilembre , l'huile ai<pierra une Icllc <i ?>i pailiculiciç|>ropriélé,
que cette huile brûlant dans une lampe et jetant sa clarté sur une muraille ou sur un parquet, on apercevra sur cette muraille ou sur ce parquet des milliers de grappes de raisin * d'une couleur véritable , mais trompeuse comme des objets peints sur du verre.
Dame Dulceliue allait lémoigricr de son admiration au bon et crédule chapelain, loisqu'elle entendit dans la cour un bruit de carrosses et de chevaux qui annonçait le retour de Raymond V.
La femme de charge disparut précipitamment.
Tne porte s'ouviait.
Raymond V entrait dans la galerie avec plusieurs gentilshommes et plusieurs femmes de ses parents et de ses amis, qui avaient aussi assisté à la messe de minuit dans l'église paroissiale de la Ciolat.
Raymond V et les autres hommes étaient en habit de gala , les femmes aussi parées qu'elles pouvaient l'être, dans la nécessité où elles se trouvaient presque tontes, de venir et
" Voyage de Maucoiiys d<'jà ciic.
LA NOKL. 159
lie s'en retourner à cheval avec leurs mnr're , les carrosses étant extrêmement rares.
Quoique la physionomie de Raymond Vfùt toujours joyeuse et cordiale lorsqu'il recevait ses hôtes à sa Maison-Forte , une expression de tristesse voilait de temps en temps ses traits il avait perdu tout espoir de voir ses frères assister à cette fête de famille.
Les hôtes du baron allèrent admirer la crèche de dame Dulceline, le chapelain reçut les louanges de la compagnie avec autant de modestie (pie de reconnaissance.
Honorât de Berrol paraissait plus mélancolique que jamais.
Reino au contrairo, soit qu'elle sentît le besoin de lui faire oublier à force d'amitié le refus de sa main qu'elle était bien décidée cà lui faire, Reine regardait le jeune gentilhomme avec une affectueuse tendresse.
Néanmoins, Reine ressentait un embarras mortel; elle n'avait pas encore piévciiu le baron de sa détermination de ne ]»as épouser Honorât. Elle avait seulement obh'nu de son père que les fiançailles fus^enl rjlaniées jusqu'au retour du commandeur et du Irère
EIzéar, qui d'après leurs dernières lettres devaient arriver d'un moment à l'autre.
On ne tarissait donc pas d'éloges sur la crèche, lorsque le baron, s'approchant du groupe, dit à ses hôtes : — M'est avis mesdames, que nous ferions bien de commencer le cacJiofué * ; cette salle est humide et froide, et le feu ne demande qu'à flamber !
Oui, oui, le cachofué, baron ! ! — dirent gaiment les femmes. — Vous êtes acteur dans la cérémonie, ainsi cela dépend de vous.
— Hélas! mes amis, j'espérais bien que cette cérémonie de nos pères aurait été plus complète, et que mon frère le commandeur m'aurait amené mon bon frèie EIzéar. Mais il n'y faut plus songer... pour cette nuit du moins.
— Que le Seigneur fasse que le commandeur arrive bientôt avec sa galère noire — dit une des hôtesses du baron. — Ces maudits pirates que l'on redoute, le sachant dans le port, n'oseraient pas faire de descentes.
* Feu caché, ou appelle ainsi la cérémonie qui consiste à apporter une bûche de iXoël ei à l'allumer chaque soir jusqu'au nouvel an; on l'allume et ou l'cteint afin quelle dure cet espace de temps.
LA NOFi . 1,'l
— Au diable les piralos, ma cousine — s'écria gaimeiU Raymond V ! — Le guetteur les surveille du haut du cap de l'Aigle ; à son premier signal, toute la côte sera en armes: le port de la Ciotat est armé ; les bourgeois et les pêcheurs ne fêtent la Noël que d'une main, ils ont l'autre sur la crosse de leurs mousquets; mes canons et mes fauconneaux sont chargés et prêts à faire feu sur la passe du port, si ces brigands de merosaient s'y montrer, maujour ! mes hôtes et cousins, si j'avais pourtant obéi au maréchal deVitry, à cette heure ma maison serait peut-être désarmée et hoi's d'état de secourir la ville.
— Et vous avez bien bravement fait, baron — dit le sieur de Serignol — d'agir ainsi. Maintenant l'exemple est donné, et le maréchal ne s'occupera plus de nos affaires.
Maujour ! je l'espère bien ! car sans cela nous nous occuperions des siennes — dit le baron — mais où est mon jeune <;om])èro du cachofué — ajouta-t-il — je suis le plus vieux, il me faut le plus jeune pour aller chercher le calignaou *.
* La bûche de NoëL
i;2 IV. CO.MMAVnFri! br MAÎ.TK.
— Voici le cher eiil';jiit, nmn pi^e — dit Reiiin en arnenant un lavisaiit petit garçon de six ans, aux grands yeux bleus, aux joues roses, et que sa mère, cousine du baron , contemplait avec un certain orgueil mélangé de crainte, car elle tremblait qu'il ne se rappelât pas le rôle assez compliqué qu'il devait jouer dans cette cérémonie patriarcale.
— Sais-tu bien ce qu'il faut faire, mon petit César ? — demanda Raymond V en s'abaissant ])rès de l'enfant
Oui, oui, monseigneur. L'an passé, chez mon grand-père, j'ai aussi apporté le calignaou — répondit l'enfant d'un air capable et résolu. — Le linot deviendra épervier. Je vous en réponds, ma cousine — dit Raymond V, enchanté de l'assurance de l'enfant.
Raymond V le prit par la main, et, suivi de ses hôtes, il descendit à la porte de la Maison- Forte qui s'ouvrait dans la cour intérieure, afin de commencer la cérémonie du cachofué.
Tous les habitants du château, laboureurs, métayers, vignerons, pécheurs, domestiques, femmes, enfants ou vieillards, étaient assemblés dans la cour.
LA XOEL. 1-tS
Quoique Ja rlaité de la iuiie fût assez viv^, iiii giaud nombre de torches de bois résineux allachées à des perches éclairaient cette scène et illuminaient de leurs reflets tous les bâtiments intérieurs de la Maison-Forte.
Au milieu de la cour étaient amoncelés les combustibles nécessaires à un immense bûcher auquel on devait mettre le feu au même instant où on allumerait le cachofué dans la salle du dais.
Raymond V parut ; quaire laquais en casaque de livrée, portant des flambeaux de cire blanche, marchaient devant lui.
Il était suivi de sa famille et de ses hôtes.
\ l'aspect du baron, des cris de : Vive monseigneur! retentirent à plusieurs reprises.
En dehors de la porte était couché à terre un olivier entier avec son tronc et ses branches.
C'était le calignaou, ou la bûche de Noël.
L'abbé Mascarolus en soulane et en surplis commença par bi-nir h; calignaou. puis l'enfant s'approcha, suivi de Laramée.
Ce dernier, en costume de majordome, tenait sur un plateau d'argent une coupe d'or i-cmplie de vin.
iU LE COMMAXDEI'R DE MAI.TE.
L'enfant prit la coniic dnnsses petites mains, et versa, par trois fois, quelques i?outles de vin sur le calignaou, en disant ces uiots d'une voix douce et aj-gentine :
Allègre, Diou nous allègre,
Cachofué veu , tou ben veii ,
Diou nous fague la grâce de veire l'an que ven ,
Se sian pas mai , que sigiien pas men.
Soyons joyeux, Dieu nous rende joyeux ; Cachofué vient, tout vient bien; Dieu nous fasse la gr;i(«' de voir l'an prochain; Si nous ne sommes pa>. plu», ne soyons pas moins.
Ce.> paroles naïves, prononcées par l'enfant avec une candeur charmante, furent écoutées avec un recueillement religieux.
Alors l'enfant trempa ses lèvres dans la coupe et l'offrit à Haymond V, qui l'imita.
La coupe circula ainsi de mains en mains parmi tous les membres de la famille de Raymond V, afin que chacun pût tremper ses lèvres dans le breuvage consacré.
Alors douze vigoureux bûcherons, vêtus de leurs habits de fête, enlevèrent le calignaou et le transportèrent dans la salle du dais, tandis que, pour la forme, Raymond Y tenait à
\A XOtL. U5
la main une des racines (\o l'ail>i'e, IViifant une de ses branches.
Le vieillai'd disant : — Les noires racines sont )a vieillesse.
L'enfant disant : — Les branches vertes sont la jeunesse.
Les assistants ajoutant en chœur : — Dieu nous bénit tous, nous qui l'aimons, nous qui le servons.
Le calignaou, enlevé sur les robustes épaules dos bûcliei'ons, fut bientôt transporté dans le salon et placé en liaveis de riinrncnsc foyer de la salle du dais.
L'enfant piit inie Imt-lic <io pin onnanjniée, l'approcha d'un amas de sarnients et de pommes de pin ; une flamme immense, blanche, pétilla dans le vaste et noir foyer, et jeta une joyeuse claité jusqu'au fond de la galerie.
— Noël !.... Noël ! — crièrent leshôles du baron en frappant des mains.
— Noi'l !.... .Noël ! — lépélëicnt les vassaux assemblés dans la cour intérieure.
An uu'muc instant, le bûcher qui y était élevé s'eidlamma au milieu d<'s ciis d'une joie folle »'l de- lonrnoieMii'Uts de la larandoN*. 11. i'»
ii^ LE COMMANDFXR DE MALTE.
Une dernière formalité remplie, le souper allait rassembler les hôtes.
Reine s'avança près de la crèche, Stéphanette lui apporta sur un plateau une grande sébillc de bois remplie du blé de la sainte Barbe * déjà tout verdoyant.
La jeune fille posa la sébille au pied de la crèche et alluma de chaque côté de cette offrande deux petites lampes d'argent carrées, nommées lampes de calênos.
— Blé vert à la sainte Barbe, belle moisson dans l'année! — s'écria le baron — qu'ainsi soit ma moisson et les vôtres, mes hôtes et cousins ! Maintenant à table ! à table ! et viennent les calênos de la Noël, qui rassemblent les amis et les parents.
Maître Laramée ouvrit les deux battants des portes qui donnaient dans la salle à manger et annonça le souper de monseigneur.
* Le 4 décembre, jour de la sainte Barbe, on sème des grains de blé dans une ocuelle remplie de terre fréquemment §irrosée. On expose cette tei re détrempée à une température assez haute, et le blé lève. — S'il est vert, la moisson saiinoncc comme belle; s'il es' jaune, comme mauvaise.
JMaiclietti. — Usages marseillais déjà cites.
LA NOËL. lif
il est inutile de parler de l'abondance de ce repas, en tout digne de l'hospitalité de Raymond V.
Seulement on fera remarquer que sur la table il y avait trois nappes selon l'usage.
Sur la plus petite, au milieu de la table, en manière de surtout, étaient lescalênos ou présents de fruits et de gâteaux que les membres de la famille faisaient à son chef.
Sur la seconde, un peu plus grande et débordant la première, étaient rangés les mets nationaux les plus simples ; tels que le raïto, labouille-abaisse, le thon salé, grillé.
Enfin, sur la troisième nappe qui couvrait le reste de la table, on voyait les mets les plus recherchés, disposés avec une abondante symétrie.
Nous laisserons les hôtes de Raymond V se livrer aux douces joies de celte fêle d'une hospitalité patriarcale, parler des vieilles coutumes, s'animer en causant dos franchises et des anticpics privilèges, toujours si respectés , toujours si vaillamment défendus par ceux qui restent fidèles à ces toucha n-
m LE COMMANDEUR DE MALTE.
tes et religieuses iraditions des anciens temps.
Cette soirée paisible, heureuse, ne sera que trop tôt troublée par plusieurs événements auxquels nous allons initier le lecteur.