II
iy4 LE COMMANDEUR DE MALTE.
jetant un regai'd dédaigneux, si irrité... qu'Él'èbe n'osa faire un pas.
Un voile lui tomba des yeux. L'accent, l'émotion, l'indignation de Reine étaient si sincères, qu'en un instant il perdit tout espoir. Il vit ou plutôt il crut qu'il s était grossièrement trompé , que la jeune fille n'avait jamais rien ressenti pour lui.
Dans sa douloureuse surprise , il tomba aux genoux de Reine, et les mains jointes, il s'écria de la voix la plus douce et la plus louchante.
— Vous ne m'aimez donc pas ?
— Vous .. vous...
— Oh ! pardon... pardon., mademoiselle — dit Érèbe toujours à genoux, toujours enjoignant les mains, et il ajoutaavec une ingénuité charmante. — Mon Dieu... pardonnez-moi, je croyais que vous m'aimiez... Eh bien, non , non, ne vous fâchez pas. . je le croyais, le bohémien me l'avait dit... sans cela je n'aurais pas fait ce que j'ai fait...
Sans la gravité des circonstances , on n'aurait pu s'empêcher de sourire en voyant ce jeune pirate, naguère si hardi, si résolu, alors
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lieiiiblaiil L'I baissant les yeux sous le rciiard irrilc de Reine.
Stéphanette, frappée de ce contraste , malgré son chagrin, ne put s'empêcher de dire : — Mais, c'est qu'à l'entendre... on croirait qu'il s'agit d'une espièglerie de pag^, de quelque ruban ou de quelque bouquet dérobé... fi... fi, Monsieur... vous êtes un païen, un monstre...
— Ah!... c'est affreux... affreux ..Et mon père... mon pauvre père — s'écria Reine en ne pouvant retenir ses larmes qui coulaient avec abondance.
Cette douleur, si vraie, navra le cœur d'Érèbe, il sentit toute l'étendue de son crime.
— Oh ! par pi lié... par pitié ne pleurez pas ainsi — s'écria-til , les yeux baignés de larmes. — Je reconnais mes torts... Dites , que voulez- vous que je fasse pour les expier ?... je le ferai, ordonnez, ma vie est à vous...
— Ce que je veux... c'est que vous me fassiez remettre ii terre, à I instant même... Et mon père... mon pèi'e , s'il .«^'(■sl aperçu de ret eiilèveineiiljquelcuupafficiix pour lui... C'est
peut-être encore un crime que vous aurez à vous leprocher...
— Accablez moi... je l'ai mérité; mais au moins n'oubliez pas que j'ai sauvé la vie de votre père.
Et qu'importe , que vous la lui ayez sauvée pour la lui faire maintenant si malheureuse... Ce n'est plus pour vous bénir , mais pour vous maudire que je penserai à vous désormais...
— Non, non — s'écria Érèbe en se relevant.
— Non, vous ne me maudirez pas.. Vous direz, vous direz bientôt que votre vue, que vos paroles on arraché un malheureux à l'abîme d'infamie où il allait s'engloutira jamais.... Ecoutez... cette ville est maintenant paisible, D'affreux malheurs la menacent... Les pirates sont proches... Qu'un signal parte de ce chebek...la mort, le pillage et l'incendie vont désoler cette côte...
— Mon Dieu!... mon Dieu! et mon père !...
— s'écria Reine.
— Rassurez-vous, ce signal ne sera pas donné... Cette ville, je la sauverai. ..Vous êtes en mon pouvoir... A l'heure même, je vais vous reconduire à terre. Eh bien, alors... di-
LE CHEBEK. 197
tes... si je fais cela — reprit Éièbe avec un accent de tristesse profonde — penserez-vous quelquefois à moi sans courroux et sans mépris y
— Je ne remercierai jamaisDieu de m'avoir rendu à mon père , sans i)enscr avec reconnaissance au sauveur du baron des Anbiez — dit Reine avec divinité.
— Et Krèbe sera digne de votre souvenir ! — s'écria le jeune jnrate — Je vais toutprépaicr pour votre départ et je reviens vous chcrclier.
Il monta précipitamment sur le pont.
Lechebekétaittoujouisen panne. On voyait au loin les deux galères. Quoique Iccbebek appartînt à Pog-Reis, Érèbe, depuis trois ans, commandai t ce bâtiment ; il croyait avoir gagné l'affection de l'équipage. Il monta doue sur le pont. Hadji allait allumer une fusée, signal convenu entre Pog et Érèbe, pour annoncer que mademoiselle des Anbiez était à bord du chebek, et qu'on pouvait commencer l'attaque de la Ciofat.
- Arrête dit, Erèbe à Hadji, ne donne pas encore le signal. Depuis long-temps tu m'es