IL'8 I.£ COM.MANOIXIJ DE MALTE
dévoué ; encore deriiièrcmeiit , aujourd'hui même, tu m'as firlèlement servi. Ecoute-moi.
— Parlez promptement, Seigneur Érèbe , car Pog-Reis attend le signal , et si je tarde à l'exécuter, il me fera chevaucher sur le coursier de sa galère, avec un boulet à chaque pied, pour me tenir en équilibre.
— Si tu m'obéis, tu n'auras rien h craindre, Cette vie de meurtre et de brigandage m'est odieuse; les hommes que je commande sont moins féroces que leurs compagnons ; ils m'aiment; ils ont confiance en moi, je puis leur proposer d'abandonner les galères. Le chebek leur est supérieur en vitesse. Après une expédition dont jeté parlerai tout à l'heure, nous ferons à l'instant voile pour l'Orient, pour T Archipel grec ; arrivés à Smyrne , nous nous mettrons à la solde du bey : au lieu d'êtie pirates ; nous deviendrons soldats ; au lieu d'égorger de malheureux marchands sur le pont de leurs navires, nous Combattrons des hommes. Veux-tu me seconder ?
Hadji avait toujours à la main sa mèche allumée ; T'ipp^'ochant de sa bouche, il aviva son feu avec un imperturbable sang-froid, et
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dit à Érèbe : — Ce sont là tous vos projets , Seigneur Êrèbe?
— Non , ce n'est pas tout Pour empêcher les nouveaux crimes que Pog-Reis médite, nous allons nous mettre sous voile, nous approcher des galères, et crier avec effroi que nous venons de voir à l'horizon les feux des galères du roi de France ; on les sait à Marseille .. on redoute leur venue, on nous croira facilement. Pog-Reis prendra la fuite devant ces forces si supérieures, et cette malheureuse ville échappera au moins cette fois au sort horrible qui la menace. Eh bien! que dis-tu démon projet? Tu as de Tinfluence sur l'équipage, seconde-moi.
Hadji souffla de nouveau sa mèche, regarda fixement Érèbe, et pour toute réponse, avant que celui-ci ait pu l'en empêcher, il mit le feu à la fusée qui devait servir de signal h l'attaque des pirates.
Elle s'élança dans l'espace comme un funeste météore.
Presffue an m(^M;e instant on entenditgronder le canon des pirates, et la descefitcà la
Ciotat fut effectuée ainsi que nous lavons raconté.
— Misérable ! — s'écria Érèbe en se précipitant avec rage sur Hadji.
Celui-ci, d'une force supérieure à celle du jeune hoinnio, se délivra de ses mains, et lui dit jivec un mélange d'ironie, de respect et d'attachement :
— Écoutez, seigneur Érèbe ; ni moi, ni ces braves gens, nous n'avons encore envie de changer notre liberté contre la discipline des beyliks. La mer est à nous dans toute son inri,mensité ; nous aimons mieux être le fier coursier qui a pour carrière le désert sans fin, que le cheval aux yeux bandés qui use sa vie à tourner dans un manège pour tirer de l'eau d'un puits. Or, le service d'un beylik comparé à noire vie aventureuse n'est pas autre chose. En un mot, nous sommes des diables, et nous no nous trouvons pas encore assez vieux pour nous faire ermites, comme disent les chrétiens. Le métier nous plaît ainsi ; nous n'abandonnerons pas la liberté pour la prison.
— Soit, tu es un sccléiat endurci, je te croyais de meilleurs sentiments tant pis
LE GHëUëR. SM.
pour toi, l'équipage m'est attaché, il m'écouteia, et me prêtera main forte pour me débarrasser de toi , si lu oses t'opposer à mes projets.
— Par Éblis ! que dites-vous , Seigneur Erèbe ? — s'écria le bohémien d'un air ironique.— Me traiter ainsi, moi, qui, pour vous servir, ai chanté à votre belle la chanson de l'émir ! moi qui ai consenti à faire le vil métier de chaudronnier! moi qui me suis profané jusqu'à aider dame Dnlct'li ne àéleveruneespèce^d'autel au Dieu des chrétiens ! moi qui, pour vous servir, ai remis la patte du lévrier de Raymond V ! moi qui enfin ai consenti à ferrer le cheval de ce vieil ivroiiue !
— Tais-toi, misérable ! pas un mot de plus sur ce malhejireux père h qui je porte peutêtre maintenant un coup si douloureux ! Réfléchis bien, je vais parler à l'équipage, il m'écoutera ; il en est temps encore, rallie-loi à moi, redeviens honnêle homme.
— Écoutez , seigneur Érèbe ; vous me proposez de redevenir honnête homme? je vais vous répondre en poète et en chatidronnier. Ouand les annéesont entassé une rouille épais-
se et corrosive sur un vase de cuivre, et que cette rouille y a été bronzée par le feu... on frotterait mille ans et plus sans parvenir à éelaircir ce vase et à lui redonner, non pas son éclat et sa pureté première, mais seulement un aspect un peu moins noir que les ailes d'Éblis!!! Eh bien ! voilà où nous en sommes, moi et mes compagnons, nous sommes bronzés par le mal. N'essayez donc pas de nous débaucher au bien... vous ne serez ni compris , ni obéi.
— Je ne serai pas compris, soit, mais je serai obéi.
— Vous ne serez pas obéi si vos ordres contiarient certaines instructions que Pog-Reis a données à l'équipage avant que de partir do Porte-Cros.
— Des instructions ! Tu mens comme un chien.
— Écoutez, seigneur Érèbe — dit Hadji avec un inaltérable sang-froid , — quoique je ne veuille pas rentrer dans le bon chemin , je vous aime à ma façon, je veux vous empêcher de faire une fausse démarche. Pog-Heis... depuis une certaine conversation, m'a-t-il dit, se dé-
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fie de vous. Tout à l'iieiiro, loisque du haut (lu cap de l'Aigle, où j'avais endormi le vieux guetteur, j'ai vu nos galères s'avancer, je suis descendu sur la plage, et je me suis rendu à bord de la Gallione rouge ; là j'ai eu à votre sujet un entretien secret avec Pog-Reis.
— Traître!.... Pourquoi m'avais-tu caché cela !
— LeTsage sur deux actions en cache trois. Pog-Reis m'a dit qu'il avait prévenu l'équipage et qu'il me piévenait que les oidrcs qu'il t"avait donnés étaient ceux-ci : — Enlever la jeune fille — faire le signal que l'enlèvement avait réussi — croiser au veut de la Ciotat pendant que les galères attaqueraient cette ruche de gros citadins — veiller enfin à ce que nos gens ne fussent pas surpris par les galères du roi de France qui pouvaient venir de l'ouest — est-ce vrai ?
— C'est vrai.
— Kh bien doue! seigneur Érèbe, je te dis que si les ordres que tu vas donner contrarient ceux-là, on ne t écoutera p;is.
— Mensonjie!
— Essayez.
— A l'instant même — dit Eièbe. Et s'a- (Iressant au timonier et aux marins qui attendaient ses ordres, il commanda une manœuvre qui tendait à rapprocher le chebek de iii Maison-Forte.
Quel fut l'étonnemen t d' Érèbe lorsqu'au lieu d'exécuter ses ordres, il vit, sur un sigue d'Hadji, le timonier et les marins, par une manœuvre toute contraire, rapprocher davantage le chebek du lieu de l'action,
— Vous refusez de m'obcir — s'écria Érèbe.
— Eh bien 1 seigneur Érèbe, que vous disais-je ?
— Tais-toi, misérable...
Érèbe tenta en vain d'ébranler la lidélité des matelots, soit terreur, soit habitude de l'obéissance passive, soit amour de leur vie grossière et licencieuse, ils restèrent fidèles aux ordres qu'ils avaient reçus.
Érèbe baissa la tête avec désespoir.
— Puisque tuas le commandement de ce chebek — lui dit Érèbe, avec un sourire amer — c'est à toi que je m'adresse pour faire met-