PRÉPARATIFS DE COMBAT
de ce songe. Cette révélation devait en effet l'impressionner profondément , lui paraître presque surnaturelle , puisqu'il croyait son crime à tout jamais enseveli dans l'oubli.
— Ah!... Dieu le veut... Dieu le veut — > murmura tout bas le commandeur.
Le bohémien continua sans paraître l'entendre.
— L'esprit à dit Pog : Demain tu combattras ce soldat du Christ seul à seul, et un grand crime aura été expié... Pog-Reis a commis de grands crimes, monseigneur, il n'avait jamais eu de remords, la révélation de l'esprit l'a touché... il a voulu lui obéir. Il vous offre donc le combat... Prenez garde de le refuser. Chrétien ! le Dieu de tous envoie à tous indistinctement ses songes. C'est par les songes qu'il leur dit sa volonté ! peut-être, il te choisit toi, saint homme, pour l'instrument d'une grande vengeance, tu dois obéir... Peut-être, en te demandant le combat, Pog-Reis te demande-til la mort...
On coniprend la stupeur, l'effroi du commandeur. Dans ces paroles, il vit une révélation divine, il crut entendre la voix du Seigneur lui ordonner cette expiation.
Au contraire du bohémiou, il se croyait la victime que la colère céleste voulait faire tomber sous les coups de Pog.
Enfin, en acceptant le combat, il assurait le salut de Reine des Anbiez, il rendait une fille à son père, des prisonniers à leur famille éplorée... dernière preuve que la justice divine ne voulait frapper que lui, puisqu'elle lui offrait les moyens de réparer en partie les maux que son crime avait peut-être attirés sur les siens. Si l'on réfléchit que les remords incessants de Pierre des Anbiez, sans altérer sa raison, l'avaient du moins prédisposé à une sorte de fatalisme religieux, sans doute peu orthodoxe, mais fait pour impressionner vivement son caractère sombre et concentré, on comprendra l'effet écrasant que le langage d'Hadji dut produire sur lui.
Après un moment de silence, il dit au bohémien.
— Va-t'en sur le pont, je te dirai mesordres. Puis le commandeur fit venir un comité, et lui commanda de conduire Iladji sur le pont, de le surveiller et de le prendre sous sa protection.