LE C0.M.\IA.\DI;L'U
en se levant i»réci[jitamnienl ijour ncconipagner le cap-dc nicslrc.
Le religieux soili, Pierre des Aiibiez recommença de se promener lentement dans sa chambre.
De temps à autre ses regards étaient attirés, comme malgré lui , vers le portrait fatal dont on a parlé, portrait d'un homme dont il se reprochait le meurtre.
Alors le commandeur faisait quelques pas avec agitation, sa figure s'obscurcissait davantage encore.
Pour la première fois peut-être depuis bien longtemps, le commandeur sentit une émotion pénible en pensant au cruel supplice que subissait le Main e.
Cette punition était juste, méritée ; mais il se souvenait (jue ce malheureux captif avait été jusque-là doux, soumis, laborieux.
Telle était l'inflexibilité du caractère de Pieire des Anbicz qu'il se reprocha cette pitié involontaire comme une faiblesse coupable.
Enfin, les lugubres fanfares des clairons de la galère aimoncèrent que l'exécution était terminée.
On entendit le mouvement lent et régulier du pas des soldats et des mariniers qui romjmient leurs rangs, après avoir assisté au supplice.
Bienlôt le pèie Elzéar entra pâle, défait , les yeux baignés de larmes, sa soutanelle tachée de sang.
— Ah! mon frère!... mon frère !... si vous assistiez à ces exécutions, de votre vie vous n'auriez le courage de les ordonner.
— El le Maure? — demanda le commandeur sans autrement répondre à son frère.
— J'avais ses pauvres mains dnns les miennes il a supporté les premiers coups avec
une résignation héroïque, fermant les yeux comme pour arrêter ses larmes , et me disant seulement : — Mon bon père , ne m'abandonnez pas. — Mais quand la douleur est deveuue intolérable... quand le sang commença à jaillir sous les lanières... ce malheureux a paru concentrer toutes ses forces sur une pensée qui devait lui donner le courage de supporter ce martyre. Sa figure a pris une expression de pénible extase, alors il sembla vaincre, défier la douleur 5 il s'est écrié avec un accent qui
LE COMMAXDErR. 51
semblait venir du fond de sesentrailles paternelles : — Mon fils ! 1 Acoûb !... mon enfant aimé.
En racontant le supplice et les dernières parole? du Maure , le père Elzéar ne put retenir ses larmes, et dit à son frère :
— Ah ! Pierre... si vous l'aviez entendu, si vous saviez avec quel accent passionné il disait ces mots : — Mon fils... mon enfant aimé !... — vous auriez eu pitié de ce pauvre père... qu'on a emporté privé de connaissance.
Quel fut Tétonnement du religieux lorsqu'il vit le commandeur, ne pouvant surmonter son émotion, cacher sa tète dans ses mains et s'écrier au milieu des sanglots:
— Un fils un fils moi aussi j'ai un
fils!...