TOME II. c
*;î le commandeur de mai.te.
voyage des trois pirates en Provence. Lorsque ceux-ci curent regagné le port de Cette, où ils avaient laissé leur chebek , ils s'embarquèrent et rejoignirent leurs galères mouillées aux îles Majorques, alors ouvertes à tous les pirates de la Méditerranée.
Là, Érèbe , Pog, Trymalcion etHadji (tel était le nom du bohémien) concertèrent leurs plans.
Le jour même de l'aventure des gorges d'Ollioules, Hadji avait dépeint à ses hôtes de Marseille le vieux gentilhomme et la jeune fille qu'Erèbe menait de sauver: chacun lui avait nommé Raymond V et sa fille, car le baron des Anbiez était bien connu en Provence.
Durant son séjour à Majorque, Érèbe qui, pendant ses loisirs , s'était perfectionné dans l'art de la peinture , fit de souvenir la miniature dont nous avons parlé ; un orfèvre habile avait émaillé la petite colombe sur quelques objets destinés à Reine. Enfin , Erèbe ajouta un portrait de lui, qui fut placé dans le médaillon ornant la guzla du bohémien.
Les préparatifs terminés, le More partit, emportant, comme moyen de correspondance avec les pirates, deux pigeons élevés à bord du chebek d'Erèbe , et habitués à chercher et à reconnaître ce bâtiment, qu'ils regagnaient à lire d'aile dès qu'ils l'apercevaient à une distance que l'œil de l'homme no pouvait atteindre.
Au bout de quinze jours , les deux galères et le chebek devaient aller croiser et louvoyer en vue des eôtes de Provence.
POG ET EREBE. 63
On l'a dit , le mois de décembre était le mois sombre de Pog , le mois où ses cruels instincts s'exaspéraient jusqu'à une monomanie féroce.
Il n'avait osé se présenter sous un faux nom à M. le maréclial de Vitry que pour examiner à loisir l'état de la côte et des fortifications de Marseille, ayant l'audacieux dessein de surprendre celte ville, de la ravager et d'incendier son port. 11 comptait sur ses intelligences avec quelques Mores établis dans Marseille pour se rendre maître de la chaîne du port.
Quoiqu'elle paraisse presque insensée, cette attaque ou plutôt cette surprise pouvait réussir : Pog n'en désespérait pas. Si les intelligences qu'il s'était ménagées manquaient à son signal, s'il se voyait obligé de renoncer à cette entreprise, il était sûr au moins de pouvoir désoler une côte sans défense ; et la petite ville de la Ciotat , à" cause de son voisinage de la Maison-Forte , devait , en ce cas , subir le sort de Marseille.
Pendant le tumulte de la bataille, Reine des Anbiez serait facilement enlevée.
On a vu que les manœuvres du bobémien réussirent.
Longtemps caché au milieu des rochers qui avoisinaient la Maison-Forte , il avait plusieurs fois vu Pleine au balcon de la fenêtre de son oratoire , et avait remarqué que cette fenêtre restait souvent ouverte. Grâce à son agilité, le bobémien s'y était introduit deux fois le soir ; la première , avec le verre de cristal renfer-
niant une amaryllis de Perse, plante bulbeuse, qui lleurit en très-peu de jours ; la seconde fois , avec la miniature.
Certain d'avoir assez bien établi ces mystérieux antécédents, destinés à irriter la curiosilé de Reine et à la forcer de s'occuper d'Érèbe , Hadji , croyant pouvoir se présenter à la Maison-Forte , sans éveiller les soupçons, s'était rendu cbez Raymond V, et avait rencontré, sur sa route , le greffier Isnard et sa troupe.
Quinze jours après son arrivée à la Maison-Forte , le chebek , au coucher du soleil, devait venir croiser au large. Hadji lui envoyait alors un des pigeons porteur d'une lettre , qui apprenait à Érèbe s'il était aimé, et à Pog s'il pouvait tenter un débarquement dans le cas où il aurait renoncé à surprendre Marseille.
L'aigle du guetteur empêcha celte correspondance, en dévorant le messager. Malheureusement Hadji avait un double émissaire. Le lendemain , au coucher du soleil , le chebek parut encore, et une lettre portée par le second pigeon , annonça à Erèbe qu'il était aimé , et à Pog que le moment le plus favorable pour une descente à la Ciotat était le jour de Noël , époque à laquelle tous les Provençaux sont occupés des fêtes de famille.
La tempête commença de souffler le soir même du jour où Érèbe reçut cet avis; il rejoignit les deux galères qui croisaient du côté d'Hières ; le temps devenant de plus en plus mauvais , les trois bâtiments relâchèrent dans le Port-Mage , à Port-Gros.
POG ET ÉRÈBF:. 6 5
Ils y étaient mouillés depuis la veille, ainsi que nous l'avons dit , attendant avec impatience que le vent changeât , car les fêtes de la Noël avaient lieu le surlendemain. Avant de rien tenter sur la Ciotat, Pog voulait s'assurer que son entreprise sur Marseille n'était pas possible.
Maintenant que nous connaissons les liens funestes qui attachaient Erèbe à Pog, nous suivrons le jeune aventurier sur la galère de Trymalcion , à bord de laquelle il se rendait , ainsi que nous l'avons dit , dans le chapitre précédent.
Érèbe monta lestement à bord de la Sybarite et entra dans le gavon où le dîner était servi.