‹ Le commandeur de Malte (volume 3)Chapitre 27 sur 47 · DECOUVERTE · texte numérisé non relu

DECOUVERTE

Pog était trop vivement préoccupé de la position fâcheuse où se trouvaient ses galères , pour avoir prêté beaucoup d'attention aux dernières paroles d'Hadji. Un des spahis ramassa le coffret , et le porta dans la chambre de Pog, où ce dernier descendit bientôt, après avoir laissé au pilote le commandement de la galère.

Cette chambre était entièrement tendue d'une grossière étoffe de laine rouge. Sur cette tenture, on voyait ça et là une grande quantité de croix noires tracées à la main avec du charbon. Parmi elles , on remarquait aussi quelques croix blanches marquées à la craie, mais en petit nombre.

Une lampe de cuivre jetait dans cette pièce une lueur blafarde et sépulcrale.

On y voyait, pour tout ameublement, un lit recouvert d'une peau de tigre, deux chaises et une table de bois de chêne à peine équarrie.

Lorsque le More eut mis le premier appareil sur les blessures de Pog , il se retira.

Celui-ci, resté seul, s'assit, appuya son front sur sa main, et réfléchit aux événements de la nuit.

Sa vengeance n'était qu'à demi satisfaite.

Sa retraite précipitée humiliait son amour-propre, et soulevait en lui de nouveaux ressentiments.

Néanmoins, en songeant au mal qu'il avait fait, il sourit d'un air sinistre, et se leva en disant :

— C'est toujours cela ! Ma nuit n'aura pas été perdue...

Puis , il prit un morceau de charbon , et fit plusieurs croix noires sur la tenture...

De temps à autre il s'arrêtait en ayant l'air de rassembler ses souvenirs... Il venait.de tracer une dernière croix , lorsqu'il se dit à lui-même :

— Ce baron des Anbiez est tué ! je le crois , je l'espère... A la sourde vibration du manche de ma masse d'armes dans ma main, j'ai cru sentir que le crâne était brisé; mais le baron avait un casque... la mort n'est pas sûre. N'augmentons pas faussement le nombre de mes victimes. Après cette plaisanterie lugubre , il effaça la croix , et il se mit à compter les croix blanches.

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