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voilà deux jours seulement que j'ai commencé ma tournée... mais elle est loin de s'annoncer d'une manière agréable. Hum ! la noblesse prend mal le recensement des armes que monseigneur le maréchal de Vitry a ordonné : on nous reçoit dans les châteaux comme chez le Turc...
— Et encore bien heureux sommes-nous quand on nous y reçoit , maître Isnard — dit le clerc. — Le sieur de Sérignol nous a fermé au nez la porte de son manoir , et nous avons été obligés de verbaliser au clair de la lune... Le sieur de Saint-Yves nous a reçus fort à contrecœur...
— Et toutes ces résistances ouvertes ou sourdes aux ordies de Son Éminence le cardinal seront dûmerît enregistrées, clerc... et les mauvais vouloirs seront punis !
— Heureusement que la réception du baron des Anbiez nous dédommagera de ces tribulations, maître Isnard ?. . . On dit ce vieux seigneur le meilleur des hommes. Son humeur joviale est aussi connue dans le pays que l'austérité de son frère le commandeur de la ga-
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ière Noire cl que la charité du P. Elzéar de la Merci, son autre frère.
— Hum !... Raymond V fait bien d'être hospitalier • — murmura le greffier ; — c'est un de ces vieux remueurs toujours prêts à dégainer contre tout pouvoir établi... Mais patience, clerc ! bon courage ! le règne des hommes de paix et de justice est arrivé, Dieu merci ! Tous ces arrogants batailleurs à longues rapières et à longs éperons se tiendront cois dans leurs maisons fortes comme des loups dans leurs tannières, ou, maugrebleu !... on rasera leurs demeures pour y semer le sel ! Enfin — ajouta maître Isnard comme s'il eût voulu se donner un courage factice — nous sommes toujours sûrs de l'appui du cardinal. Et nous ôter un cheveu de la tête... voyez-vous, clerc, c'est arracher un poil de la barbe de Son Éminence I
— Ce qui doit être furieusement préjudiciable et sensible à ladite Éminence , maître Isnard, car on dit qu'elle a une vraie barbe de chat, rare et rude.
— Vous êtes une pécore — dit le greffier en haussant les épaules et en donnant un coup de
alon à son cheval.
Le clerc iaissa la tête , ne dit mot et souffla dans ses doigts par nîanière de contenance.
La petite caravane cheminait depuis quelque temps sur la grève , ayant à sa droite la mer , à sa gauche d'interminables rochers , lorsqu'elle fut rejoiniepar un voyageur modestement assis sur un âne.
Au teint basané de cet homme , à son surcot de cuir , à son bonnet rouge qui laissait échapper une forêt de cheveux noirs , crépus et hérissés, enfin à une petite forge portative établie sur un des côtés du bât de son âne, on reconnaissait un de ces bohémiens ambulants qui allaient de ferme en village offrir leurs services aux ménagères pour ressouder ou raccommoder leurs ustensiles de ménage.
Malgré le froid, cet homme avait les jambes et les pieds nus. Ses membres grêles mais nerveux , sa figure expressive à peine ombragée d'une barbe noire et claire, offrait le type particulier aux hommes de sa race.
Son âne , à la physionomie calme et débonnaire, n'avait ni mors , ni bride ; il le conduisait au moyen d'un long bâton qu'il lui approchait de l'œil gauche, s'il voulait le faire aller à