‹ Le commandeur de Malte (volume 5)Chapitre 12 sur 48 · LA MAISO.N-FOP.TE · texte numérisé non relu

LA MAISO.N-FOP.TE

ments pussent mouiller , le reste de la côte n'offrant que des rochers inabordables.

La façade du château des Anbiez , qui regardait le nord et la terre, offrait un coup d'oeil assez pittoresque.

Quelques bàlimenls irréguliers, ajoutés à Tédifice principal selon les différents besoins des propriétaires successifs , rompaient la monotonie de ses lignes.

Les écuries , le chenil , les bergeries , les communs, le logement des laboureurs et des métayers , formaient l'enceinte d'une espèce de cour immense , plantée de deux rangs de sicomores à laquelle on arrivait par un pont-levis jeté sur un large et profond fossé.

Ce pont se retirait chaque soir , et une forte porte de chêne , solidement étayée à l'intérieur, mettait la petite colonie en sûreté pour la nuit.

Toutes les fenêtres de ces bâtiments s'ouvraient sur la cour , à l'exception de quelques lucarnes solidement grillées qui donnaient sur la campagne.

La Maison -Forte et ses dépendances contenaient environ deux cent cinquante personnes , tous domestiques, métayers, laboureurs ou bergers.

Parmi eux, on trouvait une soixantaine d'hommes de làge de trente à cinquante ans, dont la plupart avaient été habitués au maniement des armes pendant les guerres civiles auxquelles l'impétueux baron avait souvent pris part.

Royaliste et catholique , Raymond V avait toujours monté achevai lorsqu'il s'était agi de défendre contre les gouverneurs ou contre leurs déléaués les anciennes

es LE COMMANDEUU UE MALTE.

franchises et les droits acquis de la Provence , dont les rois de France n'étaient pas rois, mais comtes.

Les intendants de justice ou les présidents des cours, toujours chargés de recueillir les impôts et d'annoncer aux états assemblés le taux des dons volontaires que la Provence devait offrir au souverain , étaient presque toujours les premières victimes de ces révoltes contre l'autorité royale , faites au cri de vive le roi!

Dans ces circonstances , le vieux Raymond V était des premiers à s'insurger. Lors des dernières rébellions des Cascaveoux (1) qui avaient eu lieu deux années auparavant , nul n'avait crié d'une voix plus retentissante vive le roi,fuoro eleus! nul n'avait plus bruyamment agité et fait agiter par les siens la clochette qui servait de signal aux révoltés.

En cela le baron se montrait le digne fds de son père

(1) On parlait dans toute la Provence <lu mal que les nouveaux 'mpôts allaient y causer, impôts qui taxaient non-seulement les biens Immeubles, mais les meubles et jusqu'au travail des artisans. Vn chacun disaitqu'il fallait s'opposer.l une nouveauté pernicieuse; et comme de bouche en bouche roii disait : flla/'s qui commencera à sonner la clochette? W y en eût quelques-uns qui attachèrent une sonnette, en langage provençal cascaveoii , au bout d'une courroie de cuir, et faisant amas d'un très-Rrand nombre de c<ts sonnettes, marquées au bout de la courroie du cachet en cire d'Espagne de celui qui était le chef de la compagnie , ils en donnèrent à ceux qui voulurent se jniinlre à eux, A charfjeque, parlent où ils entendraient parler d'élections et d'élus, ils fissent grilleter leurs cascaveoux en criant vive te roi, Hioro eleus, d'où la dérivation des noms de cascaveoux doiuiés à tous ceux qui firent en ce tempslà quehiues remuements en Provence. Daubray, intendant de la justice à Aix , première victime, avait transféré la chambre des comptes d'Aix à Toulon. On y envoya le prince de Condé cl toute la noblesse de Provence. (Couche, vol. IV, liv. 12.)

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