STÉPHANETTE
la rivalité s'aigrir... une rixe s'en suivre , le sang couler, et alors...
— Ah! maître Peyroù , que dites-vous là? j'en mourrais de désespoir. Tout cela, ce sont des folies; j'ai eu tort , j'çn conviens, de m'amuser des œillades de Bernard et de Terzarol... mais avant tout j'aime Luquin , voyez-vous... il m'aime, nous devons nous marier le même jour que mademoiselle et M. Honorât de Berrol , monseigneur le veut ainsi... Enfin, vous qui devinez tout , maître Peyroù , vous devez bien savoir que je n'ai jamais pensé qu'à Luquin. C'est à propos de son voyage , que je venais vous consulter... Maître Talebard-Talebardon , consul de la Ciotat , envoie à Nice trois tartanes chargées de marchandises. Il a fait prix avec Luquin pour les escorter... croyezvous, maître Peyroù, que la traversée soit bonne? Peut-il s'en aller en mer avec assurance? n'ya-t-il pas de pirate en vue? Oh! d'abord, si les corsaires sont proches, si la tempête menace, Luquin ne partira pas.
— Holà!... holà, mon enfant , croyez-vous avoir cette influence sur notre intrépide bombardier? vous vous abusez , je crois : le retenir au port quand il y a du péril à en sortir. . . autant vaudrait ancrer un navire avec un fil de votre quenouille !
— Oh ! soyez tranquille , maître Peyroù , dit Stéphanette avec assurance , pour retenir Luquin près de moi, je ne lui parlerai ni de labèchades (i) , ni des
(1) Coups de vents de sud-ouest très-violents sur les côtes de Provence.