TOME I
tempêtes, ni des pirates... je lui dirai seulement que je donnerai dimanche au patron Bernard un ruban de mon corset pour parer sa lance de jouteur à la targue (i) , ou bien que je demanderai au lamaneur Terzarol une bonne place à l'une des fenêtres de la maison de sa mère, pour aller avec dame Dulceline, la femme de charge de la Maison-Forte , voir la lutte et le saut de la barre sur la place de laCiotat, alors... je vous jure, maître Peyroû, que Luquin ne sortira pas du golfe , quand même le consul Talebard-Talebardon couvrirait de pièces d'argent le pont de sa polacre.
— Voyez-vous , la fine mouche? dit le vieillard en souriant ; je n'aurais jamais pensé à ces ruses. .. hélas !... hélas ! Buou vicl fa rego drecho. ( Vieux bœuf fait son sillon droit.) Allons, allons, rassurez-vous, Stéphanelle... vous n'aurez ni à dégarnir votre corset pour donner un ruban à Bernard, ni à demander une place à la fenêtre de la maison de Tcrzarol , le vent souffle du ponant , s'il ne change pas au coucher du soleil et si ]\îarlin-Bouffo (2) ne dit rien demain au point du jour, Luquin pourra sortir du golfe et aller à JNice sans crainte : quant à la traversée, j'en réponds; quant aux pirates , je vais vous donner un charme d'un effet sûr, sinon pour les conjurer tout à fait, du moins pour les
(1) Joutes sur mer.
(2) Grotle très-profonde siUiée dans Tintérieur du golfe ; lorsque les eaux s'y engouffrent avec bruit, c'est signe de teuiiièie prochaine. —(Chorograi)liie de la Provence.)