POG ET ÉRÈBE
Avant de continuer ce récit, quelques éclaircissements sont nécessaires à l'endroit d'Érèbe et du seigneur Pog , l'homme silencieux et sarcastique.
En 1612 environ, vingt ans avant l'époque dont nous nous occupons, un Français, jeune encore, arriva à Tripoli avec un seul serviteur.
Le capitaine du bâtiment sarde qui l'avait amené remarqua dans plusieurs occasions que son passager était fort expert dans les choses de la navigation ; il conclut que son passager était un officier 4es vaisseaux ou des galères du roi : il ne se trompait pas.
Le seigneur Pog (nous continuerons de lui donner ce nom emprunté) était un excellent marin , ainsi qu'on le verra bientôt.
Lors de son arrivée à Tripoli, Pog, après avoir, selon la coutume de Barbarie, acheté la protection du bey Hassan, loua une maison aux environs de la ville, non loin de la mer. ïl y vécut pendant une année avec son valet dans une solitude profonde.
Quelques négociants français, établis à Tripoli, s'épuisèrent en vaines conjectures sur le singulier goût de leur compatriote qui venait seulement , pensaient-ils , par caprice , habiter une côte sauvage et déserte.
Les uns attribuèrent cette bizarrerie à un chagrin violent, désespéré ; d'autres virent, sinon de la folie, du moins de la monomanie dans cette étrange résolution.
Ces dernières suppositions ne manquaient pas de fondement.
A certaines époques de l'année, Pog entrait, disait-on, dans de tels accès de désespoir et de rage, que les pâtres attardés entendirent quelquefois en passant, la nuit, devant sa maison solitaire, des cris furieux, frénétiques.
Trois ou quatre années se passèrent ainsi.
Pour toute distraction , Pog faisait de longues promenades -en mer sur un petit bâtiment très fin voilier qu'il manœuvrait
lui-même avec une adresse rare ; deux jeunes esclaves maures lui servaient d'équipage.
Un jour, l'un des plus fameux et des plus féroces corsaires de Tripoli , nommé Kemal-Reis, faillit périr avec sa galère en échouant sur la côte, à peu de distance de la maison de Pog.
Celui-ci revenait de Tune de ses promenades sur mer ; reconnaissant la galère de Kemal-Reis, il fit voile vers elle, et lui donna les secours les plus efficaces.
Un des esclaves de Pog rapporta plus tard qu'il lui avait entendu dire : — Les hommes seraient trop heureux si Ton détruisait les loups et les tigres.
Le sauvetage de Kemal-Reis, redouté par ses cruautés, fut une conséquence de la farouche misanthropie de Pog. Au lieu de céder à un mouvement de générosité naturelle, il voulut conserver à l'humanité Fun de ses plus terribles fléaux.
Peu de temps après cet événement, Kemal-Reis visita quelquefois la maison isolée du Français, une sorte d'intimité s'établit peu à peu entre le pirate et le misanthrope.
Un jour les curieux de Tripoli apprirent avec surprise que Pog s'était embarqué à bord de la galère de Kemal-Reis.
On supposait le Français très riche, on crut qu'il avait nolisé le bâtiment tripolitain pour faire un voyage d'agrément sur la côte de Barbarie, d'Egypte ou de Syrie»
Au grand étonnement du public, Kemal-Reis revint un mois après son départ avec sa galère remplie d'esclaves français, enlevés sur les côtes de Languedoc et de Provence.
Le bruit courut à Tripoli que le favorable résultat de cette audacieuse entreprise avait été dû aux renseignements et aux avis donnés par Pog, qui devait mieux que pas un connaître les atterrissements du littoral français.
Ce bruit acquit bientôt tant de vraisemblance, que notre consul à Tripoli crut devoir informer contre Pog et instruire les ministres de Louis XIÏI de ce qui s'était passé.
Il est bon de dire, une fois pour toutes, qu'en 1610, comme en 1630, comme en 1700, l'enlèvement d'habitants de nos côtes, par les pirates des régences barbaresques, ne fut presque jamais considéré comme un motif de déclaration de guerre à ces puissances ; nos consuls assistaient au débarquement des captifs et servaient généralement d'intermédiaire pour leur rachat.
Si quelques poursuites furent dirigées contre Pog, c'est qu'il
avait pris part comme Français à une attaque à main armée contre le territoire.
L'information du consul fut vaine, au grand scandale de nos compatriotes et des Européens établis à Tripoli. Pog fit une abjuration solennelle, renia la croix, prit le turban et ne put être inquiété.
Kemal-Reis avait partout proclamé que le nouveau renégat était un des meilleurs capitaines qu'il eût connus, et que la régence barbaresque ne pouvait faire une acquisition plus utile.
De ce moment, Pog-Reis équipa une galère et dirigea sa course seulement contre les bâtiments français, et surtout contre les galères de Malte commandées par des chevaliers de notre nation.
Plusieurs fois il ravagea impunément les côtes du Languedoc et de la Provence. 11 faut dire que cette fureur de pillage et de destruction ne s'emparait de Pog, pour ainsi dire^ que par accès.
Sa rage semblait atteindre son paroxysme vers la fin du mois de décembre.
Pendant ce mois il se montrait sans pitié, et on racontait en frémissant que plusieurs fois il avait lait égorger un grand nombre de captifs, épouvantable et sanglant holocauste qu'il offrait sans doute à quelque terrible anniversaire.
Ce mois passé, son esprit, obscurci par une folie sanguinaire, redevenait plus calme.
Rentrant à Tripoli, s'enfermant dans sa solitude, il restait quelquefois un ou deux mois sans reprendre la mer.
Puis, d'effroyables ressentiments se soulevant de nouveau dans cette âme désespérée, il remontait sa galère et recommençait le cours de ses férocités.
Parmi les captifs français qu'il avait faits lors de sa premier e expédition avec Kemal-Reis, et qu'il abandonna généreusemen t à ce corsaire (à la seule condition de ne leur jamais rendre la liberté), parmi ces captifs, disons-nous, il en avait gardé un ;* c'était un enfant de quatre à cinq ans, enlevé sur la côte de Languedoc, avec une vieille femme qui mourut pendant la traversée.
Cet enfant d'une beauté accomplie était Érèbe.
Pog le nomma ainsi, comme s'il eût voulu par ce nom fatal prédestiner ce malheureux au rôle que lui réservaient ses ténébreux desseins.
Dans l'exaspération de sa haine contre l'humanité, Pog eut l'infernale fantaisie de perdre Pâme de cet infortuné, en lui donnant la plus funeste éducation. Il se mit à l'œuvre avec une détestable persévérance. A mesure qu'Érèbe avançait en âge, Pog, sans pouvoir se rendre compte de Tétrangeté de ces contrastes, ressentait tour à tour pour cet enfant , tantôt une aversion furieuse, tantôt des mouvements de sollicitude involontaire, les seuls bons sentiments qu'il eût éprouvés depuis bien des années. Peu à peu ces rares accès de sympathie diminuèrent ; Pog enveloppa bientôt Érèbe dans la commune exécration dont il poursuivait les hommes, et resta fidèle à sa fatale résolution. Loin de laisser inculte l'esprit d'Érèbe, il s'était au contraire appliqué à développer son intelligence. Parmi les nombreux esclaves que la course renouvelait sans cesse, Pog-Reis trouva facilement des professeurs de toute sorte; il achetait à d'autres corsaires ou se procurait par d'autres moyens ceux qui lui manquaient.
Ainsi, ayant su qu'il existait à Barcelone un célèbre peintre espagnol, nommé Juan Peliéko, il usa de stratagème pour l'attirer hors de la ville, le fît enlever et conduire à Tripoli. Lorsque cet artiste eut perfectionné Ërèbe dans son art, Pog le fit mettre à la chaîne, où il mourut.
Pog, dans son impie et cruelle expérimentation , voulant faire parcourir à sa victime tous les degrés de l'échelle du mal, depuis le vice jusqu'au crime, s'était donc plu à donner à ce malheureux enfant des connaissances nombreuses.
Pog croyait qu'avec une intelligence vulgaire on restait un scélérat vulgaire ; Pog croyait qu'une fois dans une voie perverse on la parcourait avec d'autant plus d'audace et de méchanceté, que les ressources de l'esprit étaient plus nombreuses.
Dans son abominable système, les arts, au lieu d'élever l'âme d'Érèbe, devaient la matérialiser en développant outre mesure le besoin de jouissances sensuelles.
Quand les prodiges de la peinture ou de la musique n'emportent pas l'âme dans les plaines infinies de l'idéal ; quand on n'y cherche qu'une mélodie plus ou moins harmonieuse à 'oreille, qu'une forme plus ou moins séduisante pour les yeux, les arts dépravent l'homme au lieu de le grandir.
Certes, il fallait qwe Pog eût une bien terrible vengeance à tirer de l'humanité, il fallait même que sa misanthropie par-
ticipât de la folie , pour qu'il eût la cruauté sacrilège de dénaturer, de dégrader une âme jeune et candide !
Aucun scrupule ne le retint... Autant un père met de tendre circonspection à écarter de l'esprit de son fils les pensées dangereuses, autant il encourage ses instincts généreux, autant il combat ceux qui sont bas et funestes, autant Pog mettait d'épouvantable persistance à fausser, à pervertir ce malheureux enfant, à exalter ses mauvaises pensées.
Il en est de certaines organisations morales comme de certaines organisations physiques, on peut les affaiblir, les étioler, mais on parvient difficilement à les ruiner complètement, tant leur germe vital est sain et vigoureux.
Il en fut ainsi d'Érèbe. Par un hasard providentiel, les funestes enseignements de Pog n'avaient encore, pour ainsi dire, rien altéré d'essentiellement organique dans le cœur de ce malheureux enfant.
Le singulier instinct de contrariété particulier à la jeunesse le garantit de beaucoup de dangers. La facilité avec laquelle il aurait pu, à peine adolescent, se livrer à tous les excès, les odieux encouragements qu'on osait même lui donner, suffirent presque à le préserver de précoces désordres.
En un mot, l'élévation naturelle de ses sentiments lui faisait impatiemment rechercher les émotions nobles, pures, douces, v dont on voulait l'éloigner.
Malheureusement la fatale influence de Pog n'avait pas été absolument vaine.
Le caractère ardent d'Érèbe en conserva une fatale empreinte.
S'il avait par moments des élans passionnés vers le bien, s'il luttait souvent contre les détestables conseils de son tuteur, l'habitude de la vie guerrière et aventureuse qu'il menait depuis l'âge de douze à treize ans, l'impétuosité de son caractère, la fougue de ses passions , l'entraînaient souvent dans de fâcheux excès.
Dès sa plus tendre jeunesse, Pog l'avait emmené avec lui dans ses courses, et le courage, la témérité naturelle d'Érèbe, s'étaient vaillamment révélés dans plusieurs combats.
Instruit par l'expérience et par la pratique , il avait aussi appris avec une grande facilité le métier de marin ; le but constant de Pog avait été d'inculquer à Érèbe une haine profonde et incurable contre les chevaliers de Malte ; il les lui avait toujours montrés comme les meurtriers de sa famille, à
lui Érèbe, lui promettant de lui dévoiler un jour ce sanglant mystère.
Rien n'était plus faux. Pog n'avait aucune notion sur les parents de cet orphelin ; mais il voulait pour ainsi dire perpétuer en lui la haine invétérée qu'il portait aux chevaliers de la religion.
Ërèbe combla ses vœux ; un ardent désir de vengeance se développa dans sa jeune âme contre les soldats du Christ qu'il croyait les meurtriers de sa famille.
Sous d'autres rapports, Érèbe donnait moins de satisfaction à Pog. La férocité à froid le révoltait, il se sentait quelquefois douloureusement ému à la vue des souffrances humaines.
Pog avait remarqué que l'ironie était une arme puissante et infaillible pour combattre l'élévation naturelle du caractère d'Érèbe.
En le comparant à un clerc, à un chrétien tonsuré, en l'accusant surtout de faiblesse et de lâcheté, il poussait souvent le malheureux enfant à des actes coupables.
La scène des roches d'Ollioules, où Érèbe vit Reine pour la première fois, est une preuve frappante de cette lutte constante entre ses bons penchants naturels et les mauvaises passions que lui inspirait Pog.
Le premier mouvement d'Érèbe avait été de courir au secours de Raimond V, et de répondre avec une vénération presque filiale à l'élan de gratitude de ce vieillard, de se croire enfin payé de sa généreuse conduite par la satisfaction de sa conscience, par le regard reconnaissant de la jeune fille...
Une amère raillerie de Pog, une grossière plaisanterie de Trimalcyon, changèrent ces nobles émotions en une velléité sensuelle, en un dédain profond pour la courageuse action dont il venait de s'honorer.
Malgré les plaisanteries cyniques des deux pirates, l'image enchanteresse de Reine fit une profonde impression sur Érèbe.
Il n'avait jamais aimé, son cœur n'avait jamais pris part aux grossiers plaisirs qu'il avait cherchés parmi les esclaves que le hasard de la guerre jetait entre ses mains.
Pog et Trimalcyon ne furent pas longtemps sans s'apercevoir d'un certain changement dans le caractère d'Érèbe.
Quelques paroles indiscrètes apprirent à Pog combien ce premier amour prenait d'influence sur ce jeune homme; le pirate craignit les suites de cette passion; en élevant le cœur d'Erèbe,
l'amour pouvait le faire rougir de l'abominable vie qu'il menait, et réveiller en lui de généreuses passions. Pog résolut donc de tuer cet amour par la possession, et proposa à Érèbe d'enlever Reine de vive force.
11 rencontra chez le jeune pirate une vive résistance. Érèbe trouvait ce rapt odieux, il voulait être aimé ou se faire aimer.
Pog proposa un moyen terme; il flatta outre mesure l'amourpropre d'Érèbe , il lui prouva qu'il devait avoir fait une profonde impression sur le cœur de la jeune fille, mais qu'il fallait, par des moyens mystérieux, entretenir, exalter le souvenir qu'elle garderait nécessairement du sauveur de son père. Puis, quand Erèbe aurait la certitude d'être aimé, il paraîtrait, offrirait à la jeune fille de l'enlever, et se retirerait si elle n'acceptait pas ses offres .
Ce plan, que Pog se proposait de modifier à l'endroit du dénoûment, satisfit Érèbe. Nous avons vu qu'il fut en partie exécuté à la Maison-Forte.
Un Maure qui avait accompagné sur mer le jeune pirate depuis son enfance, et qui lui était très attaché, dut s'introduire mystérieusement dans le château des Anbiez.
Cet homme était le bohémien qu'on a vu à la Maison-Forte; il accompagnait Érèbe lors de l'audacieux voyage des trois pirates en Provence. Lorsque ceux-ci eurent regagné le port de Cette, où ils avaient laissé leur chebec, ils s'embarquèrent et rejoignirent leurs galères mouillées aux îles Majorques, alors ouvertes à tous les pirates de la Méditerranée.
Là, Érèbe, Pog, Trimalcyon et Hadji ( tel était le nom du bohémien) concertèrent leurs plans.
Le jour même de l'aventure des gorges d'Ollioules, Hadji avait dépeint à ses hôtes de Marseille le vieux gentilhomme et la jeune fille qu'Érèbe venait de sauver; chacun lui avait nommé Raimond Y et sa fille, car le baron des Anbiez était bien connu en Provence.
Durant son séjour à Majorque, Érèbe qui, pendant ses loisirs, s'était perfectionné dans l'art de la peinture, fit de souvenir la miniature dont nous avons parlé; un orfèvre habile avait émaillé la petite colombe sur quelques objets destinés à Reine. Enfin, Érèbe ajouta un portrait de lui, qui fut placé dans le médaillon ornant la guzla du bohémien.
Les préparatifs terminés, le Maure partit, emportant, comme moyen de correspondance avec les pirates, deux pigeons élevés
à bord du chebec d'Érèbe, et habitués à chercher et à reconnaître ce bâtiment, qu'ils regagnaient à tire-d'aiie dès qu'ils l'apercevaient à une distance que l'œil de l'homme ne pouvait atteindre.
Au bout de quinze jours, les deux galères et le chebec devaient aller croiser et louvoyer en vue des côtes de Provence.
On Fa dit, le mois de décembre était le mois sombre de Pog, le mois où ses cruels instincts s'exaspéraient jusqu'à une monomanie féroce.
11 n'avait osé se présenter sous un faux nom à M. le maréchal de Vitry, que pour examiner à loisir l'état de la côte et des fortifications de Marseille, ayant l'audacieux dessein de surprendre cette ville, de la ravager et d'incendier son port. Il comptait sur ses intelligences avec quelques Maures établis dans Marseille pour se rendre maître de la chaîne du port.
Quoiqu'elle paraisse presque insensée, cette attaque ou plutôt cette surprise pouvait réussir : Pog n'en désespérait pas. Si les intelligences qu'il s'était ménagées manquaient à son signal, s'il se voyait obligé de renoncer à cette entreprise, il était sûr au moins de pouvoir désoler une côte sans défense; et la petite ville de la Giotat, à cause de son voisinage de la Maison- Forte, devait, en ce cas, subir le sort de Marseille.
Pendant le tumulte de la bataille, Reine des Anbiez serait facilement enlevée.
On a vu que les manœuvres du bohémien réussirent.
Longtemps caché au milieu des rochers. qui avoisin aient la Maison-Forte, il avait plusieurs fois vu Reine au balcon de la fenêtre de son oratoire, et avait remarqué que cette fenêtre restait souvent ouverte. Grâce à son agilité, le bohémien s'y était introduit deux fois le soir : la première, avec le verre de cristal renfermant une amaryllis de Perse, plante bulbeuse, qui fleurit en très peu de jours; la seconde fois, avec la miniature.
Certain d'avoir assez bien établi ces mystérieux antécédents, destinés à irriter la curiosité de Reine et à la forcer de s'occuper d'Érèbe, Hadji, croyant pouvoir se présenter à la Maison- Forte sans éveiller les soupçons, s'était rendu chez RaimondV, et avait rencontré, sur sa route, le greffier Isnard et sa troupe.
Quinze jours après son arrivée à la Maison-Porte, le chebec, au coucher du soleil, devait venir croiser au large. Hadji lui envoyait alors un des pigeons porteur d'une lettre, qui apprenait à Érèbe s'il était aimé, et à Pog s'il pouvait tenter un dé-
barquement dans le cas où il aurait renoncé à surprendre Marseille.
L'aigle du guetteur empêcha cette correspondance, en dévorant le messager. Malheureusement Hadji avait un double émissaire. Le lendemain, au coucher du soleil, le chebec parut encore, et une lettre portée par le second pigeon annonça à Érèbe qu'il était aimé, etàPog que le moment le plus favorable pour une descente à la Ciotat était le jour de Noël, époque à laquelle tous les Provençaux sont occupés des fêtes de famille.
La tempête commença de souffler le soir même du jour où Érèbe reçut cet avis; il rejoignit les deux galères qiû croisaient du côté d'Hières; le temps devenant de plus en plus mauvais, les trois bâtiments relâchèrent dans le port Mage, à Port-Cros.
Ils y étaient mouillés depuis la veille, ainsi que nous Favons dit, attendant avec impatience que le vent changeât, car les fêtes de la Noël avaient heu le surlendemain. Avant de rien tenter sur la Ciotat, Pog voulait s'assurer que son entreprise sur Marseille n'était pas possible.
Maintenant que nous connaissons les liens funestes qui attachaient Érèbe à Pog, nous suivrons le jeune aventurier sur la galère de Trimalcyon, à bord de laquelle il se rendait, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent.
Érèbe monta lestement à bord de la Sybarite et entra dans le gavon, où le diner était servi.