LETTRE TROISIÈME
« 14 décembre, une heure du matin.
» Dieu a eu pitié de moi.
» Ce malheureux enfant vit; s'il ne succombe pas, il ne vivra que pour vous... que pour moi...
» Mes femmes sont sûres... cette maison est isolée... loin de tout secours... Demain, je ferai demander au village le vénérable abbé de Saint-Maurice... encore un mensonge. .. un mensonge sacrilège.
» Je lui dirai que ce malheureux enfant est mort en naissant. Justine s'est déjà occupée d'une nourrice ; cette nourrice attend dans la maison inhabitée du garde du carrefour... ce soir, elle lui portera ce pauvre petit être; ce soir, cette femme partira pour le Languedoc, comme nous en sommes convenus...
» Me séparer de mon enfant... qui m'a coûté tant de larmes, tant de désespoir î ! ! m'en séparer pour jamais... ah! je n'ose, je ne puis me plaindre ! c'est la moindre expiation de mon crime...
» Pauvre petit, je l'ai couvert de mes larmes, de mes baisers, il est innocent de tout ce mal... Ah! c'est affreux.
» Je ne survivrai pas à ces déchirantes émotions... c'est tout mon espoir.
» Dieu me retirera de cette terre... oui... mais pour me damner dans l'éternité...
» Ah! je ne veux pas mourir, je ne veux pas... oh! pitié... pitié... grâce!...
» Je reviens d'un long évanouissement. Peyroû vous portera cette lettre; renvoyez-le-moi à l'instant. »
Cette autre lettre d'Emilie de Montreuil annonçait au commandeur que le sacrifice était consommé.