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CHAPITRE XII

Limites trop restreintes de la Consommation coloniale.

Il serait possible qu’un peuple qui ne consommerait qu’une médiocre quantité d’objets naturels et manufactuturés , et dont conséquemment le commerce intérieur serait peu considérable, compensât ce désavantage par des colonies riches et populeuses, offrant de vastes débouchés à ses productions. Telle serait la France, si elle eût conservé la possession des contrées qu’elle avait autrefois dans l’Amérique septentrionale. En 1821, l’Acadie et le Canada ont reçu une importation de produits -anglais d’une valeur de 40,224,000 fr. L’approvisionnement de la haute et basse Louisiane aurait doublé cette -somme. Mais un concours d’événemens malheureux n’a cessé de limiter la consommation des colonies françaises , et de la tenir fort au-dessous des besoins du commerce de

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leur métropole. Lors de la fondation des premiers étabhssemens des deux Indes, l’industrie manufacturière u existait point encore , et conséquemment on ne put faire entrer la nécessité de lui donner des débouchés parmi les vues qu. dirigèrent le choix des contrées où ces établissemens furent formés. L’idée dominante qui présida 4 ,a fondation des colonies, fut l’avantage de se procurer exclusivement , par leur culture, des productions que la nature refusait à notre climat. Dans cet objet , on attacha 1» leur glèbe une population esclave, capable de beaucoup e travail , sans exiger, pour son entretien, beaucoup de f epenSes* 11 en cst résulté en premier lieu une grande masse de denrées coloniales, dont la valeur menace de

diminuer proportionnellement à leur accroissement, et en second lieu, une consommation dans les établissemens d outre-mer, presqu’uniquement bornée à la population ibre c est -à -dire, au sixième du nombre des habitans on plutôt au neuvième, puisque la plupart des affranchis ne diffèrent que peu ou point des esclaves , par les habitudes qui atténuent les besoins de la civilisation.

Une autre cause également puissante agit d’une manière semblable ; c est la situation des établissemens européens sous la zone torride, où l’élévation de la température et la langueur des facultés humaines limitent prodigieusement les nécessités physiques et morales de la vie 4U tant.l est favorable aux pays qui possèdent des colonies «e pouvoir en obtenir , par l’effet do leur gissement , les produits exotiques particuliers aux régions tropicales autant ,1 leur est nuisible que la population de ces corn Irees lointaines, soit par la nature de leur climat, dans

une indépendance de besoins qui restreigne l’importation dans des limites extraordinairement étroites. Qu’il nous soit permis de citer à cet égard un exemple frappant. En 1821 , après une longue suite d’efforts dirigés avec bonheur et habileté , la Grande-Bretagne est parvenue à placer, dans ses marchés des Indes orientales, et y compris ceux qu’elle s’est ouverts à la Chine , une quantité de marchandises évaluées 71 ,472,000 f. La population de l’Indoustan et de la presqu’île de l’Inde est portée à environ 70 millions d’hommes et même à 83. Ainsi, chaque habitant de ces immenses contrées ne consomme que pour à-peu-près un franc d’objets importés par le commerce anglais; il est nourri par sa terre natale et vêtu de son heureux climat.

Mais il n’en est point ainsi des colonies situées sous la zone tempérée, et peuplées de transmigrans d’Europe, qui conservent tous les besoins de la civilisation de leur pays originaire. En 1774? quand les provinces qui forment maintenant l’Union américaine , étaient l’une des colonies de l’Angleterre, elles recevaient annuellement de leur métropole pour 35 millions d’objets naturels et manufacturés; leur population étant alors de 2, 485, 000 individus , la consommation de chacun d’eux , en marchandises exotiques, presqu’entièrement fournies par la Grande- Bretagne , s’élevait à près de 1 4 francs. Aujourd hui que leur population est de 10 millions d’ames, et leur importation d’une valeur de 5i2,5oo,ooo fr. , si ces contrées n’étaient pas échappées à la domination anglaise , leur ancienne métropole fournirait à chaque personne , une quantité de produits d’environ 3 1 fr. , ou trente fois plus que ne consomme l’habitant des Indes orientales.

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Toutefois, le commerce, malgré le détriment qu’il éprouve sous la iône torride, par l’influence du climat e. par les I, mites qu’impose i> la consommation le régime e 1 esclavage , acquiert une extension prodigieuse, dans les étabhssemens où tous les besoins sont alimentés par 1 importation du dehors , et trouvent dans les dons d’une riche culture , la possibilité d’être satisfaits; telles sont les colonies des Antilles, dont la population agglomérée est ourme par 1 étranger , de presque toutes les choses nécessaires à son existence, et reçoit du prix et de la quantité des productions du pays, le pouvoir de les.acheter. Les les de la Martinique et de la Guadeloupe ont une populatmn de 220,000 habitans; elles reçoivent tant de l’im portât, on française qu’étrangère, pour 7o b 80 millions de denrées, matériaux et marchandises; c’est de 32o à f 4 fr. pour chaque individu sans distinction de caste , Jamaïque n’a guère plus de Soo.ooo habitans de toutes classes, malgré l’exagération de son dénombrement dans les ouvrages de Colquhoun et de Bryan Edwardsses importations s’élevaient, il y a peu lunées’ à >o3 millions de fr. ; c’était, pour chacun des habitans de cette colonie une dépense de 344 fr. Cuba, dont 1 agriculture et le commerce sont si récens , et dont a consommation restreinte par le défaut d’industrie de Espagne, n a pas encore pris l’extension qu’elle doit recevoir de sa prospérité , présente un terme très-inférieursa population est d’environ 4oo,„oo âmes, et son imporl atmn de près de ,00 millions de fr. ; ce qui fait monter à aSo fr. la dépense de chaque individu en produits exetiques tant d’Europe que de l’Amérique septentrio.

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naie (1). En 1788, on comptait à Saint-Domingue 455,ooo habitans; îa valeur des objets importés par le commerce français n’était que de 45 millions ; ce qui ne portait pas au-delà de 1 00 francs , la consommation annuelle de chaque individu , en produits du sol et des fabriques de la métropole ; mais le commerce étranger approvisionnait l’ile d’une quantité de comestibles et marchandises , dont la valeur excédait des deux tiers celle des produits français ; son importation licite était d’un peu moins de 1 1 millions, et son interlope de 62 , faisant ensemble une somme de 71 millions. Ainsi, Saint-Domingue recevait avant la révolution, pour 116 millions de marchandises, qu’il consommait annuellement , et la dépense de chaque individu en produits exotiques était de 260 fr.

Des résultats intéressans sortent de ces termes numériques ; on trouve en comparant ces données , que l’île de Cuba , demeurée trois siècles dans l’inertie , est sur le point d’égaler par les progrès qu’ellefait , depuis une vingtaine d’années seulement , la prospérité qu’avait atteinte Saint-Domingue , avant ses désastres. O11 voit également par ces rapprochemens , que les Antilles françaises tant décriées, ne sont pas dans une situation qui diffère de celle de la Jamaïque; et que la consommation des Indes occidentales s’est agrandie depuis trente-six ans , comme celle des contrées de l’Europe. En effet , l’habitant de la

(1) La population de cette île est portée à 63o,g8o habitans , par un calcul évidemment exagéré du tiers. On compte seulement dans ce nombre 120,000 affranchis et 200,000 esclaves, ce qui laisserait 3 10,000 individus pour la population blanche.

Martinique et de la Guadeloupe dépense, comme celui de la Jamaïque, une centaine de francs de plus que ne le faisait autrefois celui de Saint-Domingue, et sa consommation s est améliorée de plus du quart.

Mais le commerce français n’a point profité de cet accroissement des besoins de nos possessions des Antilles. Les étrangers y font annuellement une importation de 16 h 20 millions, qui est toujours prête à doubler de valeur h la moindre occasion favorable. Ensorte que la métropole fournit seulement à châque habitantxdes Antilles, pour 269 fr. de produits naturels ou manufacturés, au lieu de 564 » et que souvent encore cette somme est réduite à 180 fr. seulement. Ce sont les États-Unis qui fournissent des approvisionnemens à la population des Antilles françaises à raison de 89 fr. dans les circonstances ordinaires; leurs importations dans les îles anglaises n’excédaient pas en 1821, i,45 1,000 fr. La population de ces îles , jointe à celle de la Guyane britannique et de Honduras , étant d’environ 750,000 personnes ,' la consommation des produits américains n’est pas de 2 fr. par individu dans les colonies occidentales de la Grande-Bretagne , tandis quelle est 44 fois plus grande dans celles de la France.

Cette différence montre de combien la concurrence étrangère limite le commerce français, dans l’importation des produits nécessaires à la consommation des colonies. Mais indépendamment de cette première cause , qui nous prive de plusieurs débouchés importans , il en est une autre non moins nuisible : c’est le petit nombre d’individus dont est formée la classe de la population coloniale , qui seule, consomme des produits naturels et manufacturés ,

comme dans les contrées de l’Europe. Sur 220,000 habitans que possèdent les Iles de la Martinique et de la Guadeloupe , il y a 180,000 esclaves , étrangers à la consommation de ces produits , en toute autre chose que de la morue, de la viande salée et quelques tissus de coton; objets fournis exclusivement par les anglais et les américains. En réunissant la classe des blancs et celle des affranchis , il y a seulement 40,000 individus susceptibles d’une consommation plus étendue; encore faut-il restreindre ce nombre considérablement, attendu qu’une grande partie des gens libres ne vivent pas d’une manière différente que celle des esclaves. Il est douteux qu’on puisse évaluer à plus de 5o,ooo habitans , ceux des Antilles françaises que notre commerce habille et nourrit en partie. Ainsi 190,000 , ou six fois davantage se passent defc objets qu’il importe, ce qui en diminue d’autant la masse et la valeur.

Voici les effets de cette limitation; l’importation des farines dans les îles de la Martinique et de la Guadeloupe, est, année moyenne, de 120,000 barils, dont la vente s’élève de 6 à 7 millions; c’est à raison d’un demibaril par individu de toute caste, et la répartition de cette valeur est, pour chacun, d’environ 02 fr. par an. Les vins importés montent à 4o,ooo barriques, estimées de 2 millions à 2,800,000 fr. ; si le tiers n’en était réparti dans les îles voisines par l’exportation ou l’interlope , la consommation coloniale serait de i5 fr. par individu. L’article important, qui , sous la désignation de marchandises sèches , comprend les tissus et tous les autres objets manufacturés , s’élève dans l’importation de la Martinique à

i5 ou 16 millions, et dans celle de la Guadeloupe à i3 à i4; c’est à peu près i5o fr. par personne. — L’huile, le Leurre, 1 eau-de-vie , le savon et les objets secondaires forment une masse dont la valeur est pour les deux colonies de 10 à 12 millions, ou 55 fr. pour chaque habitant. — 3o,ooo barils de viande salée et 12,000 livres de morue et autres poissons salés compleltent l’importation des comestibles ; leurs valeurs réunies montent à 4 millions pour la Guadeloupe et à 5 pour la Martinique, faisant une consommation annuelle de 4i fr. par personne. — L importation étrangère se forme principalement de viande et poissons salés, bois de construction , bestiaux, mulets, tabac, riz et autres approvisionnemens ; elle varie, selon les temps, de 20 à 28 millions pour les deux colonies; dans le premier cas, elle ajoute 91 francs, et dans le second 128 , à la consommation de chaque habitant de la Martinique et de la Guade! oupe.

L’ensemble de tous ces objets porterait la dépense de chaque individuàpIusde4oo francs, mais une partie des salaisons, dont nous avons indiqué la valeur séparément, étant fournie par les étrangers, se trouve comprise une seconde fois dans le montant de leurs importations; et de plus il s’écoule par le cabotage de l’Archipel une assez grande quantité de vins et de marchandises sèches, dont le marché commun est à Saint-Pierre de la Martinique. Ainsi la part de chaque habitant des Antilles françaises, dans la masse des objets importés, élève ordinairement sa dépense à 364 francs, dont 2G9 reviennent à la métropole, et de 95 ou davantage, au commerce étranger. Il est presque superflu de dire que plus l’importation étran-

gère est considérable , et plus celle du commerce français est atténuée; et vice versâ.

Dans la dépense de chaque habitant des colonies françaises des Antilles, il y a une valeur de 126 fr. en objets d’industrie et matériaux; et pour 238 fr. de choses nécessaires aux premiers besoins. Pour ces seuls articles , l’habitant de Paris dépense annuellement 3q4 francs et en sus 45 fr. de taxes ; mais tout espèce de comestible est comprise dans cette somme, tandis qu’il faudrait ajouter à la consommation de la population des colonies , pour que les termes fussent égaux , la valeur du manioc , qui tient lieu de pain et sert de base à la subsistance , le prix des bestiaux du pays , et la masse considérable des végétaux alimentaires. On ne peut évaluer ces objets indigènes; mais dans une contrée où la main-d’œuvre a trois fois la valeur du travail , en France , leur prix est toujours excessif, comparativement à celui des comestibles fournis par l’importation. Il est facile de juger combien on peut accroître la quantité des subsistances exotiques , en considérant que dans l’état actuel des choses la part de chaque individu est annuellement de 55 livres de farine de froment importée; 182 pintes de vin de France, réduites à 120 par l’exportation , et 3o livres , tout au plus , de poissons secs et de viande salée. Il est évident que cette consommation est rétrécie par les habitudes du pays , le petit nombre d’individus des classes supérieures , le prix trop élevé des denrées , la concurrence des étrangers , et le défaut d’activité, de bras et d’exemples utiles; ce sont ces causes quhen agissant d’une manière funeste sur la prospérité des Colonies occidentales , empêchent leur population

SUR LE C O M M eu ce.

de décupler leur consommation, ainsi une le „■ I ^ 4 k ** " *“<*» et ceux de notre commet "6"1

l’art f n? UnereChePche a«ent, Voles causes, dont 1 aetton fait décimer la prospérité du commerce ou met

obstacle à son développement, nous avons trouvé „ue ^ plus nuisibles sont: -L’extension du commerce L-

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