CHAPITRE III
Causes de V agrandissement et de la prospérité du commerce d^Importation et d'Entrepôt.
La plus simple notion de la nature des choses Navait enseigné que les peuples , comme les individus , qui achètent plus qu'ib ne vendent » et dépensent plus qu'ils ne ga-
gnent , courent nécessairement à leur ruine ; mais une considération plus subtile de cet important sujet , a fait décourrir de nos jours qu'un excédant de l'importation sur l'exportation , ou vice versa , est tout-à-fait impossible» puisque le commerce est essentiellement un échange de valeurs approximativement semblables. Ce système est sans doute fondé , si l'on ne tient aucun compte de la différence d'espèce des valeurs échangées , et si l'on fait embrasser aux transactions commerciales une grande étendue de temps et de pays. Dans cette triple hypothès'e , en effet > la balance , à laquelle les économistes du siècle passé attachaient un intérêt si puissant , n'offre véritablement qu'une chimère dans l'apparence de son inclinaison» puisqu'il est indifférent que les retours se fassent en numéraire ou en marchandises , quand on doit en trouver également l'emploi dans les occasions que le temps peut faire nailre et que le monde commercial peut présenter. Il en est précisément , au contraire , quand on borne la question aux intérêts d'une contrée et d'une génération; il devient alors évident que malgré la compen-.^ sation que semble établir l'échange du numéraire contre des marchandises, et inalgré l'équilibre, produit par une longue série d'événemens, agissant entr'eux en sens in — verse , une balance favorable est la condition impérieuse de la prospérité comîaierciale et des progrès «èçtucls de la richesse d'un peuple. Pour en être persuadé , il faut seulement jetter les yeux sur l'Espagne et le Port^igal. Pendant trois siècles , ces deux états ont^ payé ; avec le produit des mines de leurs possessions d'Amériqii^, les importations étrangères , qui fournissaient aux besoins
de leur population; la source de leurs trésors s'est tarie; cependant , il leur faut toujours acheter ces mêmes oLjets exotiques » qui soirt nécessaires à leur consommation ; s*iÏ8 pouvaient les acquérir en les échangeant contre les productions dé leur agriculture et de leur industrie , chaque moisson renouvellerait leurs moyens d'échange^ et chaque progrès de la culture et des fabriques en augmenterait l'étendue , tandis que , privés de ces ressources inépuisables et forcés de livrer leurs métaux précieux , chaque année diminue la masse de leur numéraire, et avec elle le revenu public , la puissance commerciale , la richesse de l'état et sa prépondérance politique.
Au lieu de ces tristes effets, si l'on veut apprécier la puissance d'une balance favorable , qu'on regarde la f Crrande^Bretagne , prenant à sa sol^e toutes les puissances de l'Europe, afin de combattre la France, et dépensant en 2 1 ans de guerre , et sans succomber sous le poids de sa ùélie publique , l'incroyable somme de 3o milliards 837 millions. Comment cet effrayant déficit aurait-il été comblé , si le papier-monnaie , qui en représentait la valeur, n'avait été remplacé partiellement dans la circulation , par les retours en numét'aire qu'effectue le commerce anglais ? Et comment l'édifice de cet énorme crédit, accru par la dette antérieure jusqu'à 07 milliards et denaî, aurait-il reçu pendant ^e quart d'uii siècle, Tappuî de la confiance publique , si l'on n'avait reconnu la possibilité d'échapper à la banqueroute , par le secours d'une balance annuelle de 5oo millions ?
Il faut donc reconnaître , non comme un avantage purement mercantile , mais comme une puissance tulélairc ,
128 RECHÊBCHES STATISTIQUES
libératrice des peuples et conservatrice de leur indépendance» et de leurs institutions» cet accroissement de richesse [nationale opéré chaque année , par les retours ^f^ • avantageux du commerce , et l'excédent de Texportation ^ sur Timportation » soit en crédit » soit en numéraire. Il "faut voir dans Cette cause, dont on révoque en doute l'existence » celle qui a sauvé la Grande-Bretagne de sa perte» et dont l'action salutaire manque à l'Espagne» pour la détourner de la sienne. C'est la première condition de toute prospérité commerciale» que de maintenir» dans des limites moins étendues que celles de l'exportation , la valeur des objets importés chaque année. Après avoir examiné ce sujet» dans ses détails « nous nous oc- \ cuperons du perfectionnement industriel des produits importés » de leur réexportation » et des bornes de la consommation qui en est faite par les manufactures et par les individus.
!.• Limites nécessaites de V Importation*
C'est le malheur des nations nouvellement entrées dans la carrière du commerce et de celles qui ressentent encore les calamités des guerres intestines ou étrangères » de ne pouvoir opposer , pour balancer une grande importation , qu'une exportation bornée dans la valeur et la quantité de ses objets. Ainsi , les États - Unis dont l'activité est si prodigieuse» qu'en 18 ans» ils ont décuplé deux fois la masse de leur commerce » ne peuvent échapper que rare- . ment à la nécessité de recevoir plus d'objets d'échange qu'ils n'en ont à donner; et ils se sont trouvés débiteurs» en 1822» de 58 millions» en i825» de i5» et en 1824»
de 24* D^ même la Russie , malgré les avantages qu'elle a tirés récemment du défrichement de ses parties méridionales » est obligée d'acheter beaucoup plus qu'elle ne vend ; en 1819^ elle s'est trouvée en perte de 142 millions; et les importations n'ont différé que de 23 millions de la valeur double de aes exportations. Le Portu gai est obéré depuis 1810» jusqu'aujourd'hui, par un excédant d'importation » qui égale le tiers ou la moitié de la valeur de tous les objets qu'il exporte. La France elle^ même a reçu» en 1822» pour 4i millions d'importation au-delà de l'équilibre de sa balance. La Grande-Bretagne seule est parvenue à fixer la fortune et à tirelr de ses retours » en crédit ou en numéraire » une richesse immense. En suivant chacun de ces différens pays , dana ses opérations commerciales , nous montrerons que la première condition d'une importation avantageuse à l'état est la limitation de sa valeur au-dessous de celle de l'exportation , attendu que lorsqu'elle s'élève au-dessus , la différence est en perte pour le commerce intérieur» et en définitive» pour l'agriculture, tandis qu'au contraire, quand elle est inférieure en valeur à l'exportation , la différence constitue la riche sse , dont s'accroît annuellement celle du pays.
La preuve qu'il en est bien réellement ainsi , c'est qu'en examinant la situation des pays dont le commerce n'obtient qu'ui^e balance défavorable , on reconnaît que leur industrie manufacturière est faible ou nulle , leur agriculture languissante et le crédit public sur son déclin.
L'Espagne a reçu, en 1822, pour 35, 800,000 francs d'importation de la Grande-Bretagne ; elle n'a pu livrer
en échange que pour 25,5oo,oo6 francs de marchandises; idle â dû solder en argent près du tiers des objets 'Qu'elle achetait pour sa consommation ; et dès Tannée suivante Tépuisement de ses ressources a diminué de moitié cette consommation, en réduisant à 16 millions la valeur des importations àn^aises qui ont pu trouver place dans ses »mar^chés.
Le Portugal , d'après les tableaux de Mamîcîo Teîxeira de Moraes, ptibliés par M, de Balbi , a reçu de l'importalion par uii terme moyen de dix années finissant en 1 8 19 , pour une valeur d'environ 69 millions de cruzàdes , ou i47,5oo,bbo francs. Les prx)dnits ajgricoles et manufacturés, qu'il a donnés en échange, ne se èont élevés pendant chaque ramée moyèïifte de cette péi^iode, qu% la valeur de 54 millions de cruzàdes ou 85 millions de fr. Il a done fallu qu'il payât annneHemieïit ^ux puissances commerciales- 62,5oo,'ooo francs en lettres de crédit ou en valeurs métalfi<j[ues , enlevées i leur circulation inté- Heui% ou provenant partiellement des colonies qu'il avaït encore pendant cette même période , et qu'il a perdues depuis.
Ainsi , depuis pltrsieurs années , l'Espagne et le Por*^ tugal ne pouvant solder, avec leifrs productions intSgènés, que le tiers ou la moitié des marchandises étrangères , que consomme lém* population , il leur faut, pour payer le surpllis, épuiser lès ressources chaque jour décroissantes de leur numéraire et de leur crédit. On conçoit comment , dans cet état de choses , la rentrée des impôts est impraticable , le payement des charges de l'état impossible, et la garantie de là foi publique tellement; dour
SUR LE COMUKnCK. \ l3l
leuse , pour les étranjçers , que ses oLIîgalions perdent 80 pour 100» et qu'on lui refuse les emprunts, dont le secours semble seul pouvoir empêcher la société de se dissoudre.
Les contrées» qui éprouvent ces désastres» sont les plus belles de l'Europe; la terre y rapporte cinq fois plus que le sol de la France ; elle y donne des produits dont la valeur est double de ceux que nous obtenons de nos cultures , et cependant leurs peuples et teurs gouvememens périssent ensemble de besoin ! Exemple terrible» qui nous enseigne que » de nos jours , les destins des empires sont liés inséparablemeùt aux succès de ragriculture et de Tindustrie , et que cWt dans leur prospérité qu'il faut chercher la garantie du bonheur des peuples et des Rois. .
Que le témoignage de l'Angleterre et de la France confinne nos paroles.
En se prévalant de ses avantages naturels et acquis , la Grande-Bretagne est arrivée à rendre tributaires de son commerce toutes les <}ontrées du globe ^ excepté les Indes orientales et la Chine. Le besoin et la consommation de ses marchandises font connaître quels sont dans la carrière de l'industrie , les progrès de chacun des pays où elle les importe.
Le tableau suivant montrera : la valeur des productions britanniques et étrangères, exportées en 1820, le Inontant de l'importation et le bénéfice que le commerce atiglais a fiiit sur chaque région des deu^ hémisphères, qu'il approvisionne , an moyen vtes doli2e mille navires Portant annuellement de ses ports. '
i52 . hecherches statistiques
Cootrées. E&porUtiont. ImporUlioni. Balance en faTe«r
de U Gde.-Bretagne«
St. st. 8t*
Allemagne ^,6^^,106 64i»o85 g,253,025
Italie. ............ 5,767,602 817,597 2,960,025
Russie 3,668,383 2,5oo,2oi 1,168,182
Hollande 2,047,612 562,6i4 i,4S5,oo8
Portugal 1 ,824,905 400,537 1
Gibraltar. 1,765,963 i5,3o9 > s,9i5;236
Espagne •« 666,912 926,698)
Pays-Bas » . • . i,542,33i 99>i98 i,442>i33
Prusse • . . * • i,3i2,58o 712,295 600, 285
France. 1,162,756 761,564 401*192
Turquie .• 961,746 l^iy,i5S 5449588
Danemarck 308,576 i4i»23o 167,346
Suède et Norwège. • > 211 ,444 ^ 4 1 >93o 69,5 1 4
Malte.. 21*261 528,4331
Iles Ioniennes i4>o4i 92,828/ ' '^
États-Unis.. 3,920,220 3,65 1,542 268,888
Brésil ••.... 2,278,269 1 ,2949025 984*444
Indes occid. étrang*". 1 ,257.o5o 798,620 458,43o
Amérique méridien.** 917,916 255,711 684>2o5
Âmér. sept, anglaise. 1,676,316 841,272 835,o44
Nouvelle Hollande. . . 1 18,086 5,o3i 1 i3,o55
Cap-de-Bonne-Espér.** 256,465 78,494 i77>97i
Afrique • 3o9,586 95,920 2i3,666
Iles anglaises. 3o6,358 1^7,541 168,817
Totaux 1820.*. 40,717, 877 15,590,157 25,529,451 1819. . 55,990,998 i5,852*i47 22,i58,84i i8i8. . 45,823,o3o 19^707,559 24,115,709
SUE LE COMM£BC£. ^ l33
Ainsi» en ne comprenant point le commerce des Indes orientales et de la Chine , celui d'Irlande et le produit de la pêche» la Grande-Bretagne» par un terme moyen de trois années » dont une très-défavorable » élëve ses exportations à 4o»i8o»ooo livres sterling» on plus d*un milliard de francs. Ses importations» qui se composent en grande partie des matières brutes nécessaires à ses manufactures » montent année commune » à i6»35ô»ooo sterling » ou approximativement 4oo millions* La balance est annuellement» en sa faveur» de près de 24 niillions' sterling ou 600 millions de francs. Cette «somme énorme est atténuée par les trois branches de commerce suivantes :
Impoxtation.
LUrlande • • 5,ooo,ooq
Les Iniles orient, et la Chine. 7,562»648 Les Pêcheries % . . 553»77 1 >
ExporUtion.
Diffbencc.
La balance contre la Grande-Bretagne serait ici , de i6i»375»ooo fr. » si Ton considérait Flrlande comme une contrée étrangère; mab elle n'est pas de 121» si Ton eih exclut le commerce de cette lie » qui ne peut être regardé comme extérieur» et elle est méine réduite encore plus bas si Ton en ôte le montant des pêcheries qui sont une inçlùstrie nationale.
On est donc ccmduit par ces détails à port^ la limite de l'importation dans les Iles Britanniques » à envircm 5oo millions au-dessous de la taleurde l'exportation ; et c'est » en effet » le terme donné précédenunent par d'antres calculs.
On est tenté de révoquer en doute, la possibilité d'un- '
si prodigieux bénéfice qài égale la yaleur totale des exportations de la France ; rn^is on ne peut en i^epauss^r la conviction quand on examine la concordance de tous , les documens qui en administrent la preuve , et lorsqu'on reconnaît combien de peuple^ y coAtribuent» coi](ibien de navires en sont le? agen$ , et dans combien de ports est recueilli ce tribut payé par une civilisation arriérée à une industrie transcendante. Il n'y a pçut-être pas un endroit au monde , même habité par des hpmmes à l'état do barbarie » où l'on ne trouve des ^larchandi^çs anglaises; et jamais 9 dans nos longs voyagea» bous ne sommes descendus sur une plag^ lointain^ , sans j reponnaj^tre dans les vêtemens » les ornemens , les armes de leurs habitans sauvages , les produits de& fabriques de Liverpool et de Manchester. Lors des dernières tentatives des navigateurs anglais, pour s'ouvrir le Japon, ils trouvèrent que leur réputation les y avait devancés et qu'îb y étaient connus du peuple sous le nom de marchands de couteaux.
Dou;se mille navires » mpntés par j^^iQOo marins, et formant un port in 2,âoo,ooo tonnçai|x , rapportât chaque année ces 5oo miHions , pour fruit de leur expéditions; ils tirent de FAUen^figne sJi nMlUons.— De TItalie 7^.— De la Russiie ag.— De )a HoU^pde S.y.-rrUe Ift Pénin^le 7 s^ r- Des Pays^Bia^ ^8* — Pu S^é^il 9% , ejc, C'est l'un pour Tautre, par navire rentrant 4^^ \^ ports. I)ritannique8;, uapr^^Çt moy^nde 42,Ç(Qqfr. ,iw4a»t200ir. par tonneau çt 5jt55ofr. p^r En^riât Lefitro^uit Jbrut éb ragricui^ure p'est guères qpe dç 700 fir. p^r îç^divid»^ do la classe agricole ^ conséq^n^m^l çel»i ^^ oommercé e^i cinq fois plus grand.
SUE L£ GOMM£AC£.\ l55
Sans offrir de tels prodiges , la France peut ajouter par les heureux efforts de son industrie , par les nou-^ ireapx progrès de ton agriculture et par sa supériorité^ dans les arts , à ce magnifique spectacle où Tesprit humain déyeloppe dans les yastes combinaisons du commerce, une puissance inconnue jusqq'à nos jours.
Depuis 181 5 jusqu'en iSsS^ la valeur de nos exportaticma
> de toute espèce a excédé celle de nos importations d'tme
somme qui» répartie également sur chacune des neuf
ani^ée^ , n^ donnç guères moiçs de cent miliîoQs pour
terme aïoyea.
Jusqu'ici, nous avons considéré par induction» cet excédât conune le montant des bénéfices du cornmarçe » et nous aroos adnûs qu'il s'en finsai^ aécessai-' çemeptun retour en argent ou en crédit. Nous ne pQuyions proicéder, pour la Grande-Bretagne , d'une manière plus positive » parce que le mouvement du num^aîre p'est point indiqué dans les documens publics de cette puissance* Quxs- dressés récemment en France , n^ permettant \me plus grande précision ; ils donnent b montant aniimel des importations et des exportations de l'argent , et laissent calculer, par ap|»roximàtion , queUè richesse es^t acquise ou perdue » pourJe royaunie , par les trapsiactions commerciales opérées en valeqrs métalliques ou en marchandises.
De 181 5 à ^9^ 5 , le mouvement du numéraire et des matièrp^ hr#e^ d'pr ât.d'ar.9^t, enregistrées aux Douanes^, a été ainsi qu'il ^ujt : « j
lOO
BBCHBACHKS STAT1*TIQU£S
Aiwin.
£xporUtK>a.
Imporutian.
Gain.
Peiu.
Ainsi, en neuf années, il y a eu un gain de 306,609,000 fr. sur le numéraire et les matières brutes d'or et d'argent importés en France; et une perte de 328,o47>ooo sur l'exportation à l'étranger. Il semble être resté dans le royauoie» 78,^6 1 >ooo fr. , ce qui fait pour l'année commune 8,729,000 fr. Mais, pendant cette période, nous avons dû satisfaire aux conditions des traités de i8i4et i8i5; et les deux dernières années sont les seules dégagées de leur influence immédiate; car, eficore est-il que les rentes qu'ils ont obligé de créer, donnent lieu à UQe exportation considérable de numéraire, puisqu'une partie est possédée par des capitalistes anglais ; mais , d'un autre côté , l'affluence des voyageurs provenant des Iles britanniques , rétablit l'équilibre; on évalue, en Angleterre , à 100 millions , leur dépense annuelle , dont les quatre cinquièmes reviennent à la France.
Si l'on considère les deux dernières années du tableau
ci-dessus ,. comme pouvant offrir une idée de l'état des
choses dégagé de l'influence politique , il en résulte que
le mouvement du miméraire donne annuellement au
! royaume , une balance favoFable de 1 1 1 millions. Nous
StR L£ GOMUERCË. l^J
avons vu précédemment que la différence moyenne entre l'importation des marchandises étrangères et Texportàtion des marchandises indigènes , est à l'avantage de ceUe-ci , de 82,900^000 fr. qui doivent nous être acquis en crédit ou en argent. Les 28 à 29 millions que nous trouvons en phis, proviennent peut-être de l'interlope , des rentes possédées par les étrangers , ou de l'inégalité, des termes» dont l'un est la moyenne de neuf années avec déduction du déficit des années défavorables , tandis que l'autre est formé de deux années seulement.
En définitive, et malgré les effets prolongés et désastreux de deux invasions , la France a tenu pendant huit années sur neuf, la balance de ses exportations au-dessus de celle des importations; par un terme moyen formé de l'ensemble de toute la période , elle a dû obtenir chaque année de son commerce extérieur, un bénéfice de près de 83 millions sur la vente de ses produits agricoles et industriels; et, en effet, il est constaté qu'elle a reçu pendant ce temps une importation de numéraire de 1,0149796,000 fr. , faisant, année mpyenne, 1 1 2,755,000 fr. Elle a exporté, il est vrai , une masse métallique de 936,234>ooo fr. , mais la majeure partie en appartient à l'exécution des traités de Vienne et de Paris, et depuis que l'action de ces causes a cessé , la circulartion monétaire trouve une accession de 100 millions dans le mouvement favorable donné par le commerce , aux valeurs numéraires , représentant ses profits.
Les États-Unis sont loin d'obtenir un pareil retour ; nouvellement entrés dans la carrière de l'industrie , ils ne pejivenl fournir à leurs besoins et sont forcés de recourir
l38 RECH^EGHfiS 9 "Ç^ATIST IQU ES
sans cesse à l'étranger, lie caraclère ^asarde^x 4& ^i^ur commerce lait varier, d*uBe aimée à l'autre » a^ rapports avec les contrées lointaines , et parrient quelquefois » comme en 1821 » à faire franchir à l'exportation» la limite oii le plus souyent elle est retenue en deçà de la valeur des objets importés* D'après les tableau:!; officiels , les relations commerciales des États-tlnis présentaient en 1822 , la balance suivante :
Contrées. Importation. Exportation. Balance pour. Balance contre.
dollars.
Russie 3,307,328 629,081 » 2,778,247
Suède 1,151,788 ' 260,621 D 99.M^7
Daneioarck..«. .. 2i,333 >9?|7Bo 171,543 »
Hollande.. ...... 863^995 3,662,o5i 2,738,056 »
Grande-Bretagne. 34,806,287 24,468,347 » 10,307,94©
A-Uemagne 1,678,757 2,5o5,oi5 926,268 »
France 6,089,833 6,02fi,36ô » 64,473
Espagne 826,1^1 210,666 » 617,626
Gibraltar 490,378 1 ^160,782; 66o,o44 »
Portugal ..... .*.. 442,660 121,490 » 321,176
Italie et Malte... i,662,o33 i,46a,i84 9 111,849
Autriche mérid.. 274,376 476,720 20i,345 9
Levant 364,677 4rij32i 46,644 »
Balance du con\m. âméricaiti, en Europe. .4,743,896 16,092,477
Ainsi lea États-Pnis perdent 4ai\s leurs transactions avec la Russie , la Grande-Bre^tagne , la Suède , l'E^a^e, le PqrtugaL Htalie et la France; ib gagujenjt avec les autres pays. En niasse , ils retirent de TEurope une quantité de ipsirç^andis^s dont la valeur est trois tqifi aussi grande qqe ceUe ^e$ objets qq'U^ y vepdent ; ils demeurent débiteurs d'une somme de io,348,ooo dollars, ou 55
SUE l'E COMMERCE. l39
millions de francs. G^ défîcit for^q presque la tonalité de celui ^'éprouve leur cppiç^erce en généi^aj , car il ne s'en esifall^, en iSâs, que de 732,698 dollars <|iie leur« expoFtalions, da^s les £|utres parties du monde, n'égalassent leurs importajtipns* La r^uniop de ce^ deux sommes fait monter à ii^oSi^sGo dollars l'excédent de Taléur des marchandises importées aux États-Unis; et, conséqûemment, il s'en faut de 58 millions de francs que leur exportation atteigne la limite qui la mettrait en équilibre avec l'importation. Le commerce américain est donc , en réi4^té, moins avantageux que ^e le font supposer sa va^te étendue et ses progrès surprenans ; mais il sème maintencàit pour recueillir bientôt ; dL , pour accroitre la ricbease dis ses laoîs^ofts , il n'a besoin que du^jocours ^e& rivalités imabit^use^ de l'Europe.
L'ensemble de t<Maa ces laîls naus donne les termes sjii-. vans^ pctur bilan des grandes puissances commerciales :
L$( Cînm^- Bretagne, par un ternie moyen de trois années , élè^e la i^teur de ses exportations à 5oo million^ au-dessus du pair* Cette valeur est réduite à 21 3 miUions» si l'on en défalque le commerce d'entrepôt.
La France , par un terme mayen de neuf ai^nées, obtient i^e balance faVfOiraUe de 83 miUions, qu'il .&uk même f&f^îer à 100, lorsqu'on l'-éi^lue par l'imponkatioa surabondante du nu]pià:>aire , et qui monte à 1 35 miUiona en y coBiprenant le commerce d'enfo*epôt.
Les Étatorllnis sont tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du pair, et leur$ importations ont récemment excédé de 58 millions , la valeur de feurs jexp€Ai;ations , quoique leur commerce d'entrepôt soit de 142 millions.
La balance favorable ^ comparée à la valeur totale des objets exportés , est , pour la Grande-Bretagne , comme 5 à II ou presque moitié ; elle est pour la France , comme 1 à 4 » oQ seulement d'un quart. La balance contre les États-Unis a été en 1822, comme 1 à 6, mais Tannée précédente elle avait dépassé le pair d'un Sy.*