‹ Le commerce au dix-neuvième siècle: état actuel de ses transactions dans lesChapitre 28 sur 66 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Effets de l'agrandissemsnt^ et de la prospérité du Commerce d'Importation et d'Entrepôt*

L'Inégalité des dons de la nature qui favorise les contrées méridionales » et bien plus encore Tétat de barbarie si long-temps prolongé des pays septentrionaux » ont obligé pendant dix siècle>v« une partie de l'Europe à dépendre de Tautre^our satisiûire à ses besoins. Les peuples les plus fiers aujourdliui de la beauté de leur culture » étaient forcés 9 il y a vingt ans , de recourir pour leur subsistance aux céréales des bords de la Méditerranée. Les pays doQl Tindustrie revêt maintenant de ses tissus les habitons des régions les plîis éloignées, ne pouvaient « il y a moins d'un siècle y vêtir les leurs qu'en empruntant à l'Espagne ses lainages » à la Toscane ses soieries , et à l'Inde ses mousselines. L'importation des produits étrangers était une nér cessité irrésistible ; et sa fatalité était d'autant plus grande que , n'ayant point d'objets d'échange , il fallait l'acheter en valeur métallique. Cet ordre de choses n'est plus » et les progrès de la civilisation et des arts utiles ont affranchi les principales nations de l'Europe de cette fâcheuse dépendance. Actuellement l'importation n'a point pour but, comme autrefois , de fournir uniquement à la consommation ; il lui faut encore procurer au commerce extérieur une grande masse d'objets qui sont réexportés , les uns tels qu'on les a fait entrer dans les entrepôts » et les autres après avoir reçu, par les opérations de l'industrie , un

1^5 RECnERCnES STATISTIQUE»

énorme accroissement de valeur. Plus est grande l'exteiition de ces deux branches , comparativement à la consommation , et plus est prospère le commerce d'importation; car les bénéfices que donnent les marchandises qu'on revend peuvent l'emporter sur la valeur de celles qu'on garde pour ses besoins ; et conséquemment il est possible que la balance soit encore en faveur de l'exportation , nonobstant une consommation considérable d'objets étrangers.

C'est sous ce point de vue qu'il convient d^examiner les progrès du commerce d'importation de la France et des deux autres grandes puissances maritimes , attendu que son accroissement ne serait qu'une prospérité délusive, s il n^était en raison directe des débouchés ouverts aux marchandises entreposées et aux produits manufacturés formés de matériaux exotiques.

i.** Progrès du commerce d'Im^portatiofide la Grande-^ B^tagnCé

Pour montrer par quels degrés l'Angleterre, est parvenue à la prospérité commerciale qui constitue les principauii^ élémens de sa prépondérance politique , nous avons esquissé , dans le chapitre 2 , l'histoire de ses exportations^ Nous tracerons ici , d'une manière analogue , le tableau des accroisseméns progressifs de ses importations. Nous en ferons apprécier ensuite les immenses avantages , en développant dans un aperçu de leur état actuel , les diverses parties qui composent leur ensemble.

SUR LE GOMMEAC£.

tableau de la valeur des Importations dans la Grande^ Bretagne , pendant le dix-huitième siècle et le corn-mencement du dix-neuvième.

4,55o,ooo lîv. st. 1798..^ 27,857,000'lîv* st

1 801 ^2 ,79g,oOo

i8o9,.,..».»„.33,769,ooo

1810 4i7i3o,ooo

t8ii 28,63i,ooô

i8i3.... 3o,ooo,ooo

•.•i»«4,ooo,ooo 4^900,000

.•.•••5,35o,ooo

7,55o,ooo

••• 7,25o,ooo

.•.•io,3oo,ooo

••..II.o5o OrtTk

.••• 9,5oo,ooo

>..«i6,28o,ooo

•,.i9,i3o,ooo

lyg&M**.*.

••.•2I,Ol3,000

Total de la valeut des importations pendant neuf années de paix 276,800,000 st.

Année moyenne pendant cette période • • . • 80,700,000 st.

Balance pour l'export. pendant neuf années . 2i,5oo,ooo

Teitne moyen des 4 dernières années. • . . • 3o, 000, 000

Balance pour l'exportation. ..•••.•.. i5,43o,ooo

L'examen de ces termçs numéciques » et leur comparaison avec la valeur mes exportations et la balance annuelle y que celles-ci semblent donner constamment à la Grande-Bretagne depuis is4 ans» présente une série de résultats historiques et commerciaux , dignes d'arrêter l'attention de l'observateur.

EiL 1 700 , les Importations en Angleterre étaient évaluées à i3g millions de francs» les exportations les surpassaient déjà de près de 5o ; le produit des douanes était au-dessous de 67 millions. Pendant un demi-siècle » tous les efforts du commerce ne purent lui faire doubler la valeur de ses premières transactions ; et les talens militaires de Guillaume III » les succès de Marlborough » ni même une prépondérance continentale » chèrement achetée» ne firent faire aucun progrès à la prospérité commerciale de la Grande-Bretagne. Ce ne fut que pendant la guerre de 1765 qu'elle prit cet essor ^ qlii» dans moin^ de cinquante ans» l'a portée au faite de la puissance maritime. Ses importations montèrent vers 176a à 267 millions» quoiqu'elles fussent dépassées de prèa de ]( 00 millions de francs » par la valeur des objets exportés. L'insurrection des colonies américaines et la lutte qui la suivit 9 suspendirent ces succès ; la paix de 1 784 rétablit leur cours, et dès l'année suivante l'importation fut de 4oo millions; mais par un phénomène extraordinaire, dans les annales d'un peuple dont l'habileté commer-

sua JLB ^01IM£BGJS. I77

ciale semble avoir fixé la fortune » la balance s*abais«a» laissant d'abord un faible bénéfice de la nuUio^> mS^yeur de Texportation » et tournant ensuite contre ellç du double de cette ^omme ^ en 1 787 iBt ijSSt. Jjsl rérç^ution , qui bientôt donna naissf^ce à Js^ gœrre la plus longue et la plus sanglante de l'histoire modeme.^ fit cesser le comr merce français^ et livra celui du mondai entier à la Grander Bretagne. Dès 1790» les importations anglaises; étaient de 475 oiillions^ toutefois la balance n'en exqédait la faleur que de 25 seulement; l'effet , des événemens politiques pa^ rut dès l'année suivante : l'importation fut semblable» mbis la balance fut triple. Depuis ce ten^ps;,, les seù]a revers que l'Angleterre ait éprouvés se sont Tédiûts h une prctôpérité sts^tioimaire au lieu d'être rapidement accrois* santé*

X*impert.. fut en 1796 de 676 millions, et la balante l'emporta tféio^ 4^ 1798 «.'700 «••*. .^««.«...l •/•••'.. k.«.ti5o

Elle diminua par la. reprise des liostifités ;^ mais' d^ gratrds succès maritimes relevèrent de nouveaii à ^n teânne prodigieux ; eHe fut , *'; -

Eu 1809 de 825 millions ^ et l'excès de la balance de. . .413 — iSio. . . i,oo5 millions , ei la balapce. . .'. % .'• 118

il estyi^i que, dans ces énormes sonmiçs , furei^ comprises , les cargaisons des bâtimens pris à[|a mer et^^ms les ports^ des colonies , et les marchandises, trouvées dans les magasins de nos possessions d'outre-mer tpn^ées au pouvoir des a^ées anglaises ; mai;» ; en 1811 et iSiS»

is

}çS .B£CH£RGfi£8 STÀTrSTiQUBS

rimpctl£d;ion s^étevôlt encore sans ce stircrôît de tafeur il entiroll ^Sd milliénd >dè fràiiëft ^ laissant iihé balance

' 'ï)^'§ te >lii3t • rfcip<a^àtîoa é^ûméh ^bn ttmihmrii , We^bès ici 9éclàraff|ids' '(^î f^tteiit Mén moins que •Fftp^i^cîàtîbô ^^^dëlle basée' hurlée' tarife, a rarié de a^'h^^^S iMffîéhÀ i Ittiéëdiit éhcbré née balance fayo^able 'de 36'4 i 6^5 îniHions , perte m iSiS par ronvertnre de Ibùis Te§ porto dû c^htiiient ^ à là somme pi^esqne inâroyai^ de 8^7 âiillibâls. La prélongatidri de l^état de pai^ ftt^isatit la éoncmTence des- aulttes puksariees m^ritîtees-, et 4e '^Moppemént des résisôUrèes iâdastrleHes de» ^pfèttfrtés^ idé i*Ebrô|)fe -, fee» éttiô^nfes mttôsés de ii<ehe$se se ibWÛI éîrcie® écrites. En chfei^aËt, pour établir la i^îtualion vraie des choses , le terme moyen des quatre aftttées emprises entre 1819 et i8a^ , on trouve que l'importa- ^tian dans les lies.Britanniques , est maintenant de 3o mil- !fon$ sterlings, ou 760 nûlllons de francs , laissant une balancé de i5,'45o,odo livres sterlings à l'avantage de Texpbrtfttion ^ ou 38& lillliéns die franco de bénéfice*

Quelque prodigieux que ps^aisseiit ces terxbes numériques, ils étaient encore plus élevés ayaAt iSig. En calculant Tensemble des importations qui oi^t eu lieu peii^dant neulis^n^es de paix , on reconnaît que leur valeur est de 276,800,000 livres sterlings, ce qui donne 60,700,000 îéàP ^Ûem^h, et ^h'offîe ^u'udô Idfflgi^^è de ïyltËibifefef^èiàr'defï^fesavecl'^d^ inaiè là ^bàffetriëé 'èfet »de si,®oa,ooo liVitt^stterfîngs on i%^,5o6;66o francs , ^ùând on étiîbrasse la ^période de Yieut ans , tandis ^u-i^ n'è^ plm ii^e éé M5 ihllfiéns dé

cetle dernière monnaie» quand on fait des quatre «dernièpèB aimées Uûe année moyenne. Ainsi, dans ces- derniers temps , le commerce Vmglaîs a éprouvé dans ses bénéffoes V une atténuation de i5â millions» résultant dé te qu'il maintient son importation à la mêifee valeur, quoique ses exportations aient évidemment diminué. Malgré cel é^nec , sa balance actuelle est ^i^esque quintuple de sa valeur , il y a un siècle; elle est quadruple de son mont^iM^ lors doi l'émancipation des États-Unis ; elle est triple de sa valeur titi 1804 et 18107 ' ^^^^ ^''® ^^^ inférieure deipoîtîè à ce que produisirent les événemens extraordinaires de j8i4 et i8i5 , dôiit lé commerce aiigtaîs profita avec Beaucoup d'habileté , et lien mieux , il faut l^ dipe , que le Gouvernement Britannique. , .1. ' . . .- < Quant à Fimportation > considérée ^mïè manière absolue, ettte eét maintenant de 3 fois sa valeur en 1766 et 1 781 ; elle est double 4e 1785 çt 1786; elle rein|)orte.du .ti^rs siw .celle de 1793 et 1797 i elle égale eelîe fie 1800, i8o5, et i8i3; elle n'est inférieure qu'à celles de 1801, 46o9<^ 1810, 4'8f4 et \Si%% JMtiEtid , c'est en i^camlnant de -quelles mass^ elie se coinf^Se et quelle eât'fa destination de. chacune de ses parties, qu'on potÈ?rà ^détennînèr cfe qu'elfe fait peur le commerce extérieur et intérieur de 1* Angleterre.

tuteur et dr^giTie (les produits étrangers^ importés dans

. la Grande-Bretagne. '

Produits coloDianx; Produits étrangers. Total d^l^mpor'

. talion.

181 4i ^ • i8,6y 8,000. liv. st. 13,942,000. . . 32,6!io,ooo î>6i5. . • 1^7,507,000» . . • ^ *473i6,ooo. . '. 3i;822,ooo

is..

l8o B£GH£aGHB8 STATISTIQUES

iSi6. • • 15,^69,000 io,6o5,ooo. • . 26^3jJt.^ooo

1817. . • i5,o64,ooo i4f852,ooo« • • 39,916,000

s8i8.: . • i3,58o)Ooo. . • « • ia^a3^,ooo. • • 35,819,000

^19. • • i3v6o5,ooo i6,o49fOoo« • • 29,654,000

x82o« • . i4i932,ooo i6,9749<>oo* • • 3 1,517, 000

1821. , . 14^543,000. i5,i8i,ooo« . . 29,724,000

Nature et valeur des produite réexportés»

Prod. colonUme Prodpitt Total de U Sacn nffaé Valeiir nstanC

7 comprit Ucotoa. étrange»* rèexportatuw. «iport& ponrUcon-

St< fommatioB.

]8i4 ...16,317,000. .9,840,000.. 19,157,000.. i,5i3,ooo... 11,969,000 i8i5 . • . 13,393,000. .2,315,000.. 15,708,000. .1,688,000. . . i4,425,ooo 1816.. . 10^880,000. •2,56i,oo0..i3,44i,ooo.. 1,626,000... ii,3o6,ooo 1817 . . • 8,483,000. .1,786,000. . 10,269,000. . 1,942,000. . • 17,704,000 i8i8 •• •. 8^27,000. .^,008,000» . 10,835,000. • 1,964,000. • .23,019,000 1819... 7,771,000. .2,108,000.. 9,879,000.. 1,466,000.. .18,309,000 1820* . . 8,199,000. .2,326,000. . 10,525,000. . 1,879,000. . • 19,110,000 1821 . . • 8,096,600. .2, 5b6,ooo. . 10,602,660. . 1,765,000. . . 17,357,000 i822i . . 7,028,000. .2,i83,ooQ. . 9^211,000. . 949,000. . . 19,240,000

Ces nombres sont renfermés dans ceux que contiennent les dociunens publics; maisj pour les en faire sorr tir 9 il a fallu un travail laborieux. Il est presque superflu de remarquer que' la supériorité des totaux , sur la réunion des sommes qui en sont les élémens , résulte de la simpli* fication , opérée à l'égard de tous les nombres , dont on a retranché les quantités au-dessous de mille.

De ces tableaux résultent des données intéressantes» qu'on chercherait vainement dans les ouvrages d'écono-^ mie politique , même dans ceux de l'Angleterre , qui ce^ pendant sont si riches en fajl^. En formant une année

StB LS GOMMBRCE. l8l

moyenne des quatre ans compris entre 1819 et i8i^9» on obtient les termes suivans , qui sont les plus rapprochés possibles de Tétat actuel des choses.

Les produits coloniaux , importés des Indes orientales et occidentales , montent à la valeur de 1 5^68 1,000 livres sterlings ou 34s millions de francs. Les produits étrangers , importés de toute autre part que les Indes ou la Chine » montent à i6»473»ooo livres sterlings ou 4i i»835>ooo fr. ' Ainsi rimportation totale est de 5o»i 74^000 sterlii^ ou « 754 millions de francs. Voici la destination que reçoit \ cette masse de richesses. Il est réexporté des entrepôts de la Grande-Bretagne» dans Tétat où ils y ont été reçus : des produits coloniaux pour 7»774»ooo livres sterlings ou i94»35o>ooo francs; et des produits étrangers de toute autre origine pour 2,38 lyooo livres sterlings ou Sg^SaSyOoof. Ce qui porte la réexportation à io,i55,ooo livres ster- . ling ou 353,875,000 francs.

Ainsi nous trouvons , par d'autres données , le résultat ' établi dans le chapitre des exportations , savoir : que le * commerce d'entrepôt enlève le tiers des produits importés dans la Grande-Bretagne^; la valeur en est ici moins grande que celle qui lui est assignée précédemment, parce que pour atteindre Texpression la plus vraie dé sa situation actuelle» nous n'avons pris ici que la moyenne des quatre dernières années, au lieu de celle des neuf années de paix , qui , par Textréme élévation des transactions de 1814 et i8i5, donnerait une idée exagérée de l'état actuel des choses.

L'exportation des sucres rafiinés, montant annuellement^ 1 ,5 1 5,000 livres sterlings ou 37,875,000 fr. , elle

iSa ^ RECHERCHES STATISTIQUES ,

porte à ii^670>ooo livres steriings la valeur totale de& marchandises réexportées» équivalant à sgi^ySoyOOO fr. Gonséquemment , de 5o millions sterlings d'importation» il reste à la charge de la Grande-Bretagne , tant pour la consommation journalière de ses habitans » que pour la consommation de ses manufactures en produits exoti* f ques 9 une masse d'objets étrangers ^ qui lui coûtent ; 1 8y5o4»ooo livres sterlings ou 46â»Goo,ooo francs.

Ces nombres sont gros de conséquences économiques et politiques; mais nous devons résister au désir de leur donner naissance ; car nous n'avons pour objet que de chercher des termes de comparaison , qui puissent faire apprécier notre conmierce, et nous n'avons point entrepris d'écrire l'histoire de celui de l'Angleterre. Assez de détails importans » qu'il est difficile de resserrer et impossible d'exprimer sans chiffres , vont nous être offerts par notre sujet.

, 2.* Progrès du commerce d'Importation de la France^

Fidèles au plan que nous nous sommes tracé , jious aUona, en marchant à la lueur des faits» montrer» dans une table numérique » les progrès de nos importations depuis un siècle; nous en tirerons les conséquences dans uae'c^squisse rapide» qui nous conduira à examiner quelle est aujourd'hui la composition élémentaire de l'importation » et l'origine ainsi que la destination des objets qui la constituent. Les nombres suivans sont tous empruntés aux documens officiels ; afin d'en resserrer l'étendue » nous avons réduit leur première série à des termes moyens.

«IIB hM (]OM||£ROfi»

Tableau de la valeur des Importations de la France pendant le dix-huitième siècle et le comm^encemsnt dû dix-neuvîèm,e, . .

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