LES EAUX-DE-VIE DE FRUITS
La loi provisoire du 5 juillet 1887, en portant à 70 francs les droits d'entrée en France par hectolitre d’alcool étranger (1), allait arrêter net les importations de provenance alsacienne ou allemande et donner un stimulant à la production française qui se développa vivement après que la loi du 11 janvier 1892, promulguant le tarif général des douanes, eut consacré à titre permanent les taxes prohibitives établies à la frontière française sur les alcools étrangers.
La loi du 31 mars 1903, en faisant bénéficier les eauxde-vie de cerises et de prunes de l’acquit blanc d'origine, et plus particulièrement l'article 6 du décret du 3 septembre 1907 (2) limitant aux produits authentiquement purs de tout mélange le droit aux dénominations de kirsch, questch, etc., a eu pour résultat de diminuer, dans une certaine mesure tout au moins, les coupages d'alcool d'industrie ou d'alcool en acquit en blanc, auxquels se livrait auparavant le commerce des kirschs quand le produit était cher, et tend à exercer par suite une influence favorable sur l'importance de la production réelle. Celle-ci,dépendante naturellement du résultat de la récolte des fruits, a reçu une nouvelle impulsion de la suppres-
sion de l'exercice des bouilleurs de cru.
(1) Prorogée successivement par les lois des 25 novembre 1887, 25 février 1888 et 29 mai 1888.
(2) Décret du 3 septembre 1907 portant règlement d'administration publique pour l'application de la loi du 1° août 1905 sur la répression des fraudes.
C'est que la production des eaux-de-vie de fruits est surtout le fait des petits bouilleurs de cru de la région de l'Est qui, à l’autre extrémité du territoire, font pendant, pour les conditions où s’effectue leur industrie, aux bouilleurs de cru de cidre et de poiré de la Bretagne et de la Normandie.
Si nous prenons en effet la statistique officielle, nous voyons que, pour l’année 1909, la dernière de celles pour laquelle nous possédions des chiffres complets, la production des eaux-de-vie de fruits s'est élevée à 24.781 hectolitres.
Sur ce chiffre, les bouilleurs de profession n’entrent que pour 778 hectolitres, et les bouilleurs de cru, dont la production a été contrôlée, que pour le chiffre dérisoire de 3 hectolitres.
Les 24.000 hectolitres restant proviennent de la production des petits bouilleurs, non contrôlés, et qui vendent au commerce, le plus souvent en fraude, une bonne partie de leur distillation.