‹ Le commerce de l'alcoolChapitre 22 sur 48 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dans l'étude de la production des alcools industriels, La première place revient par droit d'ancienneté aux alcools de grains (1).

Nous nous proposons de retracer ici les phases diverses

par lesquelles cette industrie a passé depuis son origine.

(1) La distillation des farineux remonte fort loin. C’est au docteur Libavius, de Hall, en Saxe, que l'on s'accorde généralement à attribuer, vers la fin du xvi siècle, la découverte de la saccharification et de la fermentation des produits amylacés. La pratique s'en est d'abord répandue dans les Flandres où, de bonne heure, l'alcool produit par la saccharification et la fermentation des farineux, — principalement de l'orge et de la pomme de terre, — était employé à la fabrication du genièvre. Arnould, dans les tableaux qu'il a dressés des importations et des exportations françaises de 1716 à 1788, mentionne les alcools de grains et les genièvres en bonne place. Mais la distillation de la pomme de terre, si importante en Allemagne, où elle forme encore de nos jours la base principale de la production de l'alcool, n'a pas persisté en France. Vers 1845, la maladie intense qui sévit sur les pommes de terre a tué dès son berceau cette branche de la production, La distillation des topinambours, essayée dans le dernier quart du siècle dernier dans le Loiret, et plus récemment dans le Maine et-Loire, n'a pas donné de résultats satisfaisants. La cause en est au peu d'encouragement que les usines qui l'avaient entreprise ont rencontré de la part de la cullure qui reprochait à cette plante d’épuiser rapidement le sol, et des difficultés d’approvisionnement qui en sont résultées,

Même les beaux travaux d'Aimé Girard sur la variété de pommes de terre « Richter Imperator » n’ont pu rendre en France la vie à la

7h PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII

L'histoire nous en paraît, en effet, singulièrement instructive.

Elle nous montrera sa fortune rapide, le haut degré de prospérité auquel elle ne tarde pas à atteindre. Nous la verrons ensuite, victime de cetie prospérité même, brutalement ruinée sous les coups de l'esprit protectionniste le plus étroit et le moins défendable, celui qui s'exerce non pour la protection de l'industrie nationale contre l’industrie étrangère, mais pour la protection d’une industrie nationale à l'encontre d'une autre industrie nationale rivale et momentanément moins heureuse. Nous la verrons enfin tendre, de nos jours, à renaître de ses cendres et à redevenir un élément essentiel d'équilibre dans la production.

Chose curieuse : c’est au nom des intérêts de la distillerie agricole de betteraves que la distillerie de grains a été jadis combattue ; c’est au nom des intérêts de cette même distillerie agricole que l'extension de la production du 3/6 de grains apparaît aujourd’hui comme un facteur désirable.

Nulle histoire ne saurait vraiment mieux illustrer les dangers de l'intervention arbitraire de l'Etat dans le domaine industriel, ni mieux démontrer à quel point les

répercussions de cette intervention sont le plus souvent

distillation des féculents, Dans la concurrence entre la féculerie et l’amidonnerie pour l'achat de la matière première, la distillerie a toujours eu le dessous et a dû renoncer à la lutte,

différentes de celles qu'on avait escomplées dans le prin-

cipe.

La distillerie de grains est restée très peu importante jusqu'aux environs de 1845, et ses progrès, très lents d'abord, n’ont suivi que de bien loin, pendant de longues années, ceux si rapides, si intensifs, réalisés depuis 1850, par la distillation des mélasses et des betteraves. La situation se modifia complètement à cet égard à partir de 1877.

Nous sommes à cette époque au début de la crise terrible du phylloxera. D'une année à l’autre, la production des eaux-de-vie de vin tombe de 545.994 hectolitres à 197.070 hectolitres.

Les prix de l'alcool, aussi bien de l'alcool d'industrie que des eaux-de-vie de vin, subissent une forte hausse qui se maintient pendant plusieurs années consécutives. Ni la production des alcools de betteraves,malgré la transformation provisoire en distilleries d'un certain nombre de sucreries, ni celle des alcools de mélasses, devenue pourtant très considérable, ne sauraient suffire à combler le trou ainsi creusé dans les ressources, et à fournir aux besoins d’une consommation croissante dont la cherté des vins tend à favoriser le développement. Il y faut encore

l’appoint de plus en plus important du 3/6 de grains.

Il n’est peut-être pas inutile de présenter maintenant, pour l'intelligence de la suite de notre chapitre, quelques

brèves observations sur les procédés de fabrication des

usines de grains, ainsi que sur les raisons qui ont motivé leur répartition géographique.

C'est l'Allemagne et l'Autriche qui ont fourni à la France ses modèles pour l'établissement des grandes usines de grains. Ces deux pays où, à l'exception toutefois de la Hongrie,la distillation des vins a été longtemps inconnue, avaient par contre, conséquence naturelle, devancé considérablement la France dans la voie du progrès, en ce qui concerne les alcools d'industrie. Et ceci non seulement pour l'épuration chimique des flegmes et leur rectification par des appareils perfectionnés et donnant des alcools absolument neutres, mais aussi pour la fabrication des levures, corollaire pour certaines usines, de la distillation des grains.

Pour les distilleries de cette catégorie, la levure est souvent le produit principal, et les facilités plus ou moins grandes que rencontre sa vente règlent la production de l'alcool qui joue ici, théoriquement du moins, le rôle de sous-produit.

Ce sont principalement des distilleries de grains avec production de levure qui, copiant l'Allemagne et l’Autriche, s'installent ou se développent en France à l'époque où nous sommes maintenant parvenus. Elles s’établissent dans le Nord de la France, qui présente à cette industrie le double avantage d’être un centre d’approvisionnement facile, en ce qui concerne les grains indigènes et l’importation des maïs étrangers, et d'offrir, en raison de la densité de la population et de la proximité de la Belgique, un

débouché facile pour l’écoulement de la levure.

LES ALCOOLS DE GRAINS by:

Des raisons analogues président à la création dans la Seine et la Seine-et-Oise, par des capitalistes autrichiens, d'usines importantes pour la production de la levure et de l’alcool, usines appelées depuis à un grand développement.

Un autre motif entre en ligne de compte pour déterminer le choix de l'emplacement géographique des fabriques de levure. C’est celui du plus ou moins de facilités que ces usines peuvent en espérer pour l'écoulement de leurs drèches, celles-ci constituant pour cette industrie un résidu très rémunérateur. Leur valeur nutritive en fait un produit fort apprécié de l'agriculture là où la proximité du transport en permet l'emploi sans trop de frais, et explique qu'il soit plus particulièrement recherché par les nourrisseurs des grands centres.

Les fabriques de levure de grains, le point, nous le verrons plus tard, a son importance à noter, tirent en grande

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