‹ Le commerce de l'alcoolChapitre 45 sur 48 · SE · texte numérisé non relu

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Montpellier élait à cet égard le grand fournisseur des cafés et des apothicaires vers le milieu du xvrre siècle (1).

Si les eaux-de-vie de vin constituaient la presque totalité des eaux-de-vie exportées, elles n'étaient cependant pas les seules, et dans le commerce intérieur, on trouvait, malgré la protection accordée aux eaux-de-vie de vin pendant près d’un siècle, des esprits d'autre provenance.

La Normandie et la Bretagne connaissaient à cette époque l'eau-de-vie de cidre, Orléans fabriquait les eaux-de-vie de sirop de sucre et de mélasse ; les Flandres des alcools de grains. La Bourgogne depuis 1696 avait appris à distiller les marcs, résidu jusqu'alors inutilisé etsans valeur.

Les pays à cerises, plus particulièrement la Franche- Comté, la Lorraine et l'Alsace, fabriquaient l’eau-de-vie de cerise (Kirschwasser), dont l'usage était connu à Paris dès le milieu du xvrr° siècle.

Les colonies d'Amérique savaient faire fermenter le sirop de canne à sucre eten tirer le lafia qui obtint rapidement le suffrage des consommateurs.

Mais les eaux-de-vie de vin étaient entourées par le pouvoir d'une protection toute spéciale.

C'est ainsi qu'un arrêt du 13 mars 1699 avait défendu d'importer, débiter ou consommer à Paris d’autres eauxde-vie que celles provenant de la distillation du vin, à

peine de confiscation et de 100 livres d'amende.

(1) Nous avons fait pour celte partie de notre exposé de larges

emprunts à l'ouvrage de Savary des Bruslons et à l'Encyclopédie méthodique. Commerce, ouvrages déjà cilés.

Quelques années plus tard, l'ordonnance du 24 janvier 1713 édictait des mesures analogues.

Elle faisait défense «à tontes personnes, à peine de 3.000 livres d'amende. de fabriquer les eaux-de vie, dans le royaume et terres de l’obéissance de Sa Majesté, de mélasses, grains, bières, baissières, mares de raisin, hydromel, et de toute autre matière que de vin,excepté pour les provinces de Normandie et de Bretagne, à l'exception du diocèse de Nantes, dans lequel elle permet la fabrication de l’eau-de-vte de cidre et de poiré » (1).

Il convient de ne pas prendre à la lettre Les considérants par lesquels l'édit de 1713 motive cette interdiction.

Ce n’est pas « parce que les eaux-de-vie de sirop, mélasses, grains, lies, bières, baissières, marcs de raisin et hydromels, causent un tort considérable aux eaux-de-vie de vin, et que d’ailleurs leur usage est très préjudiciable au corps humain par la qualité de matière qu'on fait entrer dans leur composition » (2), que l'édit de 1713 a été rendu.

La mesure ne procédait en réalité ni de préoccupations économiques, ni encore moins de préoccupations hygiéniques.

La question de l'hygiène n élait ici qu'un prétexte.

L'édit n'était pris que dans l'intérêt des fermiers généraux, à leur instigation, et n'avait d'autre but que de leur permettre de mieux assurer ainsi la rentrée de l'impôt(3).

(1) Brunet de Grandmaison, Dictionnaire des Aydes, 1130, p. 176.

(2) Béchade, Régime fiscal de l'alcool, thèse 1898. (3) Léon Say, Dictionnaire des finances.

On en trouve l'indication dans l'arrêt du Conseil du 21 novembre 1713 qui permettait « au fermier de poursuivre à son profit la condamnation d'amende et la confis-

calion des eaux-de-vie d'autre matière que de vin » (1).

Toutes ces prohibitionsdevaient disparaitre en 1789 avec l’ancienne monarchie, et le commerce des alcools devait jouir pendant quelques courtes années d’une liberté qu'il n'avait pas connue auparavant, qu'il ne devait plus connaître depuis, et qu’il ne connaîtra, selon toute vraisemblance, plus jamais à l’avenir.

Sous l'influence des économistes et plus particulièrement de Dupont de Nemours, l'édit de 1784 affranchit les eaux-de vie de tous droits d'exportation ; il autorisa la distillation des mares et lies jusque-là interdite.

Le traité de commerce du 26 septembre 1786 avec l’Angleterre permit l'importation dans ce pays des eaux-de-vie françaises à tarif particulièrement réduit.

C'est de celte époque que date l'établissement des maisons anglaises en Charente et l'importance considérable prise par le commerce de Cognac.

Celui-ci n'allait cesser dorénavant de se développer, principalement en tant que commerce d'exportation. IL allait enrichir toule une région de la France et répandre

dans l'univers entier la réputation des eaux-de vie fran-

(1) Brunet de Grandmaison, op. cit.

çaises. IL était parvenu au début de la seconde moitié du dernier siècle, au plus haut degré de prospérité, et tous les espoirs lui semblaient légitimement permis, quand l'invasion de l'oïdium et du phylloxera en vint brutalement arrêter l'essor.

La production des alcools industriels, nés de la crise du vignoble, va dorénavant modifier du tout au tout les conditions d'existence du commerce des eaux-de-vie.

Avec elle nous touchons aux débuts de la période moderne ; période caractérisée dans l'ordre économique par l'intervention incessante de l'Etat dans les conflits qui divisent les diverses classes de producteurs ; et dans le domaine commercial, par la création du marché des

alcools à la Bourse de commerce de Paris.

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