PET VAR
« Nous sommes informés que ces négociants ne se sont point rebutés par les pertes considérables qu’ils ont souffertes, par la mortalité des noirs, tant dans la traversée de la côte de Guinée aux Isles que dans les ports des dites Isles jusqu'à la vente, ni par la prise et le pillage de leurs navires par les forbans... » (1).
Ainsi, en 1788, aucun de ces bourgeois « amis des lumières », grands admirateurs des philosophes, passionnés de l'Encyclopédie, n’aperçoit, ou ne parait apercevoir ce que ce trafic à de honteux et d’immoral.
Young peut noter que « Nantes est aussi enflammé pour la cause de la liberté qu'aucune autre ville de France »: aucun des négriers avec qui l’illustre Anglais s'est sûrement entretenu n’a songé un seul instant que les noirs pourraient bien un jour revendiquer, eux aussi, cette
Liberté! La question ne se pose même pas.
Il était, dans l’ordre économique, une liberté dont, en tout cas, on ne voulait pas entendre parler: c'était celle, pour les colonies, de commercer avec d’autres que la mère patrie. Les négociants de France professaient toujours à cet égard la même théorie que celle dont on trouve la formule dans les instructions de Louis XV à d'Emery, gouverneur de la Martinique, en 1765: « Les colonies n’ont dû être instituées que pour opérer la consommation et le débouché
des produits de la métropole ». Avec un zèle incessant, les
(1) Déclaration faite à l'occasion d’une réduction du droit sur lés nègres introduits aux îles. Reproduite au recueil de Mémoires C 887 (1785).