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funestes conséquences de cet arrêtet à en demander le retrait; MM. du Collet et Mosneron de Launay étaient désignés en qualité de députés extraordinaires pour faire des démarches à Paris dans le même sens ; une requête était envoyée aux Etats de Bretagne pour les engager à demander au roi le rapport de l'arrêt, et les ports maritimes de France étaient invités « à se joindre à cette place pour la défense de cette cause commune » (1).
Le Mémoire des négociants de Nantes contre l'admission des étrangers dans les colonies fut bientôt rédigé et imprimé. En voici quelques extraits :
«.… Le Commerce interlope appuyé par les clameurs, les intrigues des colons plus avides d'un bien précaire et momentané qu’éclairés sur leurs vrais intérêts, a détruit les projets des négociants français et éludé les lois établies contre la fraude. Les marchandises de France ont toujours diminué de valeur dans nos colonies depuis la paix (2). Elles s’y vendent presque toutes aujourd'hui au-dessous du prix de France. Les denrées coloniales y sont montées à des taux si excessifs qu'on y perd, au retour en France, 50 °}. Le fret vient d'y tomber à 12 den. avec crainte de le voir réduire à 10 den. Une position aussi allarmante avoit porté le découragement parmi les armateurs. La plupart hésitoient à réarmer leurs navires, lorsque la connoissance des nouveaux Entrepôts accordés par l'arrêt du 30 août dernier a porté la consternation à son comble. La néces-
sité d'attribuer privativement à la métropole le commerce
(1) Ch. Com. C 584.
(2) Il s’agit de la paix de 1783 avec l'Angleterre.
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de ses colonies est une vérité qui dérive de l’objet de ces établissements... »
Le Mémoire examinait et réfutait les divers motifs que les colons avaient fait valoir pour solliciter l'admission des étrangers : diselte des vivres, impossibilité de tirer de France les bois de construction et les merrains, besoin de bestiaux, de poissons salés, etc., nécessité d'ouvrir des débouchés aux sirops et tafias des colonies « dont l’entrepôt n’était admis en France que pour la traite des noirs », enfin nécessité d’une importation de noirs de traite étrangère, « sous prétexte que le Commerce de France ne fournissait pas la quantité nécessaire à la consommation ».
Les négociants nantais peignaient l’avenir sous les plus sombres couleurs et ils exprimaient l'opinion qu’on devait «s'attendre à de nouvelles démarches de la part des colons. Tant que l'Amérique septentrionale a été sous la domination anglaise, ce sont les secours des Anglais @'ils ont réclamés. Aujourd'hui qu’elle forme un empire séparé, les colons rangeront les Anglais dans la classe des nations dont le Commerce peut être prohibé, parce qu'ils en retirent moins d'avantage. Ils se réduiront facilement à ne demander que l’admission des bâtiments des Etats-Unis, parce que ces peuples sont plus à‘portée de leur importer en fraude des farines, et d’en exporter les denrées coloniales, n'ayant pas encore de colonies à sucre. Mais loin que le commerce national puisse se soutenir avec une pareille exception, ce sont les peuples de l’Amérique septentrionale dont la concurrence est le plus à redouter. »
Ces plaintes restèrent vaines, et si nous les avons notées
un peu longuement, c’est qu’elles formeront l’un des arti-
cles essentiels des doléances du Commerce nantais en 1789, c’est que, jusqu'aux derniers jours de l’ancien régime, elles se reproduiront plus vives et plus pressantes.
En même témps, les négociants de France réclamaient le paiement des dettes contractées par les colons envers eux, et ils témoignaient d'inquiétudes d'autant plus grandes que leurs débiteurs nouaient des relations nouvelles avec les étrangers. Le montant de leurs créances était effectivement élevé. Si nous en croyons Huet, qui, pensons-nous, a pris ces chiffres dans les documents des Archives du Commerce,
.Q une seule maison de Nantes se trouvait créancière de 2.203.123 livres » sur la colonie, en 1785, « pour des ventes faites antérieurement à la guerre », et «les calculateurs modérés portaient à plus de trente millions » en 1790, les créances de Nantes sur les Antilles.
Ainsi, le commerce avec les colonies, source des richesses et de Ja prospérité du port de Nantes, reposait sur ces bases : la traite des noirs et le maintien des colonies
dans une servitude étroite envers la mère patrie.