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Afrique pour les besoins de la traite, aux Antilles et en Espagne ; il s’en vendait de grandes quantités aux foires de Bordeaux et de Beaucaire. Cette industrie devait en grande partie sa prospérité à la ‘prohibition absolue qui frappait les indiennes étrangères.
Il y avait eu autrefois à Nantes un certain nombre de tanneries, dont plusieurs avaient disparu par suite de la concurrence que leur faisaient les tanneries de l’Anjou.
Les cuirs verts et les peaux en poil étaient importés de l'Irlande, des Etats-Unis, de l'Espagne et du Portugal, et c'était surtout dans ces deux dernières nations qu'élaient exportés les cuirs tannés. Les tanneurs, au nombre de 10, occupaient au total une quarantaine d'ouvriers en 1789 (1); les salaires étaient en moyenne de 24 sous par jour.
Vingt chamoiseurs-mégissiers employaient45 à 50ouvriers, qu'ils payaient 30 sous. Voici quelques prix des matières premières de cette industrie (2):
Peaux de mouton (consommation annuelle : 60 à 70.000): 180 à 200 livres le cent.
Chamois :..::.:.. -160 livres à 170 livres le cent.
Line PAL 130 livres à 160 livres le cent.
Une brosserie, établie en 1788, avait rapidement pris aux Hollandais une partie de la clientèle que ces derniers avaient eue jusqu'alors dans la région.
Les chapelleries fabriquaient des feutres communs qui
(1) Ch. Gom. C 818, Doléances de la Manufacture des cuirs. Ce chiffre et celui des ouvriers mégissiers ne concordent pas avec ceux du tableau de l'an X.
(2) Ch. Com. Z 19.
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étaient surtout exportés à la Côte d'Afrique et aux Antilles. Huet prétend que leur production annuelle s'élevait à 90.000 chapeaux, mais nous n'avons pu vérifier ce chiffre. Les corderies occupaient en moyenne 600 ouvriers. Elles achetaient dans les pays du Nord presque tout le chanvre qu'elles consommaient. Leur activité était liée à celle de la navigation, et elles avaient une clientèle assurée dans les nombreux bâtiments qui fréquentaient le port de Nantes. Quant aux chantiers de constructions navales ils étaient loin d'occuper à cette époque le rang auquel ils auraient pu prétendre, et les juges-consuls attribuaient leur décadence aux funestes effets de l’arrêt du 30 août 1784 qui avait ouvert de nouveaux entrepôts aux étrangers dans nos colonies. Dans une lettre du 9 septembre 1788, au comte de la. ‘Luzerne, ministre de la Marine, ils disaient que, depuis cet arrêt, les chantiersétaient vides (1). On pouvait cons- truire à Nantes des navires de 700 à 800 tonneaux que l'on mâtait à Paimbœuf. (Tableau des Ports de Commerce, 1791, Arch. mod. C 8.)
Il existait naturellement, pour les besoins de l’armement, ' . } A . .
des clouteries, des fabriques de mâtures, des voïileries, etc.
où travaillait un personnel nombreux.
Une seule verrerie, à Nantes, munie d’un privilège, appartenait au directeur d’un établissement de même nature, situé à Ingrandes. En 1784, le commerce réclamait la création d’une deuxième verrerie à Nantes, en faisant observer
que celle qui fonctionnait — irrégulièrement d’ailleurs —
(1) Ch. Com. C 608, cf. 887, Mémoire « contre les Paquebots » (1787).
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ne pouvait pas suffire aux besoins des négociants (1). Les produits de cette industrie étaient en effet très recherchés pour la traite des noirs.
C'était encore à la côte d'Afrique, ainsi qu'aux iles eten Espagne, que la manufacture de faiences trouvait des débouchés. Cette fabrique, qui luttait avecavantage contre celles de Rouen et de Nevers, employait 100 ouvriers. Sa vente annuelle s'élevait à 150.000 livres.
Il existait une fonderie en chaudières à sucre et en tambours pour moulins de sucreries, et autres pièces en fer fondu : une autre, à peu près semblable, à Clisson. Signalons encore la fonderie de canons d’Indret, qui ne travaillait que pour le gouvernement : Arthur Young a raconté la visite qu’il y fit et décrit l’appareïl à forer les canons de son compatriote Wilkinson (2).
Un armurier, nommé Ponsard, fabriquait pour la traite 3.000 fusils, de 8 à 9 livres pièce. En outre, il livrait, pour la vente au détail, 1.000 fusils et paires de pistolets fins. Ses ouvriers, au nombre de vingt, étaient payés de 24 à 40 sous.
Un sieur Gaudin avait monté une aciérie importante, où l’on fabriquait des instruments aratoires et des ouvrages en fer et en acier.
Une fabrique d'huile de vitriol avait été créée par Pierre
Athénas : elle produisait 16.000 livres de cet acide, que l’on
(1) Ch. Com., C 887 (7 février 1784).
(2) T. I, p. 160, C£. sur l'Etablissement d’Indret, une étude historique de M. MARC BERRIER-FONTAINE dans La Ville de Nantes et la Loire- Inférieure, 1898 (Congrès de l'A. F, A. S.) tome II.
employait à la préparation des indiennes, à la blancherie des toiles et au tannage des peaux.
La quincaillerie, la bonneterie, l'imprimerie étaient représentées par quelques maisons prospères.
Il nous reste à parler des industries de l’alimentation. La plus importante était la raffinerie qui était représentée par douze établissements occupant 150 ouvriers, et produisant pour 600.000 livres. L'un des fabricants, qui n’occupait que quelques hommes, déclare qu'il les payait à raison de 160 livres par an, couchés et nourris (1).
Les droits que payait le sucre raffiné, en entrant dans les cinq grosses fermes par le bureau d’Ingrandes, entravaient le développement des raffineries de Nantes, qui lultaient difficilement contre celles d'Orléans et de l'étranger, en particulier de l'Angleterre (2).
M. Levasseur écrit (3) qu'on fabriquait du chocolat à Nantes : nous n'avons pas trouvé de renseignements à ce sujet, pas plus que sur l’industrie des salaisons qui fournissait cependant des provisions importantes aux navires
et aux colonies d'Amérique.
Il y avait une brasserie, peu importante (4), des vinai-
(4) Z 19 (Renseignement donné en l’an III). |
(2) Voir un mémoire protestant contre l'introduction en franchise dans les trois évêchés, la Lorraine et l’Alsace, des sucres raffinés en Angleterre (C 887). a
(3) T. IL, p. 672. +
(4) Huer (p. 459) note trois brasseries avant la Révolution, dnt une à Couëron. Mais, en 1790, les juges-consuls écrivent que le s. Paillet est le seul brasseur qui soit établi à Nantes (C. 608, du 8 mai 1790, à Guinebaudi.
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greries et des distilleries, dont une seule fabriquait jusqu'à 150.000 bouteilles.
On estimait la fabrication annuelle de l’eau-de-vie à 240.000 veltes, « qui s’exportaient au nord de l’Europe, dans l'Afrique et dans l’Inde ». (Huet).
Un mot des pêches : elles intéressaient la place de Nantes, non seulement en tant que marché pour la vente du poisson des côtes (1), mais suriout en tant que port d'armement pour la pêche de la morue à l'erre-Neuve. A vrai dire, l'importance de ces armements avait beaucoup diminué dans la seconde moitié du xvie siècle. Tandis qu’en 1738, 53 bâtiments avaient introduit plus de 800.000 morues vertes, 578.628 livres pesant de morues sèches, et 230 barriques d'huile et d'œufs de morue, cinq navires seulement armaient pour Terre-Neuve en 1787; on trouve le même chiffre pour l'année 1786 (2). Et les jugesconsuls, dans un mémoire du 31 janvier 1784, demandant des encouragements pour «le rétablissement des pêches
françaises », disaient:
€ [Il n'y à pas de port mieux situé que celui-ci pour approvisionner la moitié du royaume de morue verte et sèche. La Loire lui donne cet avantage et, par conséquent, il en peut fournir à l’Anjou, au Maine, au Saumurois, à la Touraine, à l’Orléanais et jusqu’à Lion par ce fleuve; au
Berry parle Cher et même à Paris par le canal d'Orléans ;
(1) « La poissonnerie de Nantes est un des plus beaux marchés de : France — dit HUET. On y trouve chaque jour, et en immense quantité, le poisson de mer, de fleuve, de rivière, de lac et d’étangs. »
(2) C 663, tableau de la navigation au long-cours.
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mais les droits exhorbitants, qui se lèvent sur la route, montent à plus des deux tiers de la valeur des morues vertes ». Les procédés des employés des bureaux des traites décourageaient ceux qui ne reculaient pas devant la multiplicité des droits : én effet, à chaque visite nouvelle — et les visites étaient fréquentes ! — la morue était secouée, frappée même « à coups de canne » pour en faire tomber Je sel qui était considéré comme superflu — tant était forte l’obsession de la fraude sur cette denrée! — : si bien que, dans beaucoup de cas, la morue, arrivée à destination, était pourrie et bonne à jeter (1).
Ajoutons que Paimbœuf armait deux bâtiments pour ja pêche À la morue (2), et que, au Croisic, des presseurs préparaient et encaquaient des sardines que l’on expédiait
ensuite aux colonies et dans le midi de la France (3).
(1) Ch. Conz. C 887.
(2) Ch. Com. Z 4.
(3) HUET, p. 166.