‹ Le Commerce de Nantes et la RévolutionChapitre 41 sur 62 · DT TS EE · texte numérisé non relu

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revenu avec une franchise et un zèle dont nous sommes pénétrés, et nous en sentons les heureux effets. »

Les députés extraordinaires comprirent immédiatement qu'il leur faudrait borner leur ambition à solliciter leur admission à l’Assemblée nationale avec voix consultative : encore leur demande n’aurait-elle quelque chance de succès qu’à la condition d’être présentée collectivement par tous les députés extraordinaires délégués par les autres villes de commerce ou de manufactures. Or, il n’en était encore arrivé aucun à Versailles. Mais, au contraire, les députés de Saint-Domingue formaient déjà un Comité «très actif » et bien décidé à revendiquer pour la colonie le droit de commercer avec l'étranger.

La position des Mosneron était difficile. Les députés qu’ils rencontraient ne les écoutaient pas ou les écoutaient distraitement ; on vivait dans une fièvre que trop de causes plus grandes entretenaient pour que l’on püût s'intéresser aux questions de commerce. Ceux qui s'y intéressaient étaient généralement des profanes : « Nous sentons — écrivent les frères Mosneron le 24 juillet — ... que nous serons souvent dans la position du Maître de philosophie vis-à-vis du Bourgeois gentilhomme qui voulait tout savoir et à qui il fallut d'abord apprendre à distinguer les voyelles des consonnes. » ;

Aussi, sur leur demande, les Juges-Consuls pressaientils les autres places de se faire représenter auprès de lAssemblée Nationale :

«€. Nous avons renouvelé nos instances auprès des: places de Marseille, Bordeaux, la Rochelle, Lorient, Saint-

Malo, du Havre et de Rouen, pour les presser d'envoyer le

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plus promptement possible leurs députés extraordinaires à Versailles... afin de se réunir avec vous pour demander, en corps, à être admis à l’Assemblée nationale. 1] est bien fâcheux, sans doute, que ces différentes places n’agissent que par impulsion et que nous soyons presque toujours les premiers à leur donner l'exemple. Il est à croire que les . députés extraordinaires qu’elles ont nommés ne se pressent guère... »; — les Américains, pendant ce temps, gagnent des partisans : « Nous ne pensons pas néanmoins que la liberté du commerce que pourront solliciter nos colons

leur soit accordée d'emblée... (1) »

Le commerce de Nantes voyail avec regret que son action n’était soutenue que mollement par certains ports : Marseille, par exemple, n'avait désigné qu'un seul député extraordinaire, et c'était celui qui la représentait déjà au Conseil du Commerce. Nos Juges-Consuls ne se privèrent pas d'adresser à la Chambre de commerce de Mar-

seille une lettre de reproches (2).

Cependant, l’ordonnance du marquis Duchilleau avait été cassée, comme le Gouvernement lavait promis (2 août). Ce n’était pas pour les colons une raison de se décourager ; désormais le conflit qui existait, à l’état latent, entre eux et le commerce de la Métropole va aller en s’accentuant ostensiblement. Les Français étaient alors, il faut bien le dire, hantés par un indéracinable sentiment

de défiance envers le peuple anglais, d’une part, et,

(4) (A MM. Mosneron, 7 août.) (2) 20 août 1789.

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