‹ Le Commerce de Nantes et la RévolutionChapitre 52 sur 62 · LAB · texte numérisé non relu

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traitât, affirmait-elle, que ce qui a rapport au commerce et à l’agriculture, et qu’il ne fût jamais question dans ses assemblées « d’affaires politiques » (1).

Et, pourtant, certaines questions qui préoccupaient le Commerce étaient liées à des discussions ou à des événements présentant un haut degré d'actualité politique. Un négociant de Nantes, Montaudouin, saisit la Société d'Agriculture d’une réclamation « contre les prétentions du département qui croit avoir le droit de compulser ses livres de commerce à raison de comptes courants qu'il a avec divers émigrés ». (2) La Société, lorsqu'elle examine cette affaire, a bien soin de stipuler qu’elle n’a pas égard à la cause particulière de Montaudouin, et qu’elle discute seulement le principe général du droit que les Corps administratifs peuvent avoir ou non «de compulser les registres et livres des négociants à raison de leurs opérations commerciales avec les émigrés ». Et elle évite de donner une réponse catégorique à cette question.

La seule véritable manifestation politique, dont on trouve des traces dans les Archives du Commerce, à l’époque dont nous parlons, a un caractère surtout pittoresque: c’est, après la proclamation de la République, la décision prise de planter un arbre de la Liberté sur la place de la Bourse. La cérémonie eut lieu le 8 décembre 1792.

Nous en avons un procès-verbal détaillé, qui figure sur le

(2) C'était probablement Arthur Montaudouin, qui avait été consul de 1768 à 1770, et juge en 1785-86 : il avait eu vingt-deux frères ou sœurs, au nombre desquels on compte deux des plus célébres membres de cette famille : Daniel Montaudouin et Jean-Gabriel Montaudouin de la Touche, le collaborateur d'Abeille, (Cf. Expilly, Levot, our! cités).

registre même des délibérations de la Société d’Agriculture. Nous savons que l'arbre, un chêne, fut offert par Alexis Mosneron ; que le Commerce donna des secours aux indigents, à cette occasion, et que, notamment, les curés de Saint-Jacques de Pirmil et de Saint-Similien firent distribuer en son nom 500 livres de pain aux pauvres de chacune de ces paroisses : cette distribution dut même être précédée d’un Te Deum et de prières « pour la prospérité de la République, de l'Agriculture, du Commerce et des Arts ». Les prisonniers eux-mêmes ne furent pas oubliés. On ne voulut pas, au milieu de lallégresse générale, entendre « la voix des esclaves dans l’ergastule » : les commissaires de la Société n’allèrent pas ,\ comme les soldats d'Hamilcar au festin de Mégara, délivrer ces malheureux ; mais ils leur envoyèrent 50 paires de sabots pour les consoler, sans doute, de ne pas participer à cette fête — pour eux chimérique — de la Liberté.

Les frais des travaux de plantation de l'arbre, en plus de ces diverses générosités, montèrent à 800 livres. Dame! cela fut bien trouvé exagéré. Mais, sur états justificatifs, on paya. Que n’aurait-on pas payé, d’ailleurs, pour - cette cérémonie, dont le procès-Verbal relate la fin en ces

termes lyriques :

« Des groupes de citoyens, yvres de joie et dans l’enthousiasme qu'inspire naturellement la vue du simbole de notre régénération, formaient des danses au son des cornemuses qui faisaient retentir des airs patriotiques, et

ces danses se sont prolongées jusqu’au lendemain. »

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