XV
Lettre à M. le Contrôleur Général, du 3 septembre il68.
M. — Au moyen des précautions que j'ai prises soit vis-à-vis de mes fermiers soit avec quelques marchands de blé à Orléans, j'ai lieu de présumer que le marché d'aujourd'hui sera suffisamment garni ; ce qui pourra procurer une légère diminution, ou du moins arrêter l'augmentation rapide qui a donné l'alarme. Mais, mes fermiers n'ayant plus de blé et n'ayant pas encore battu le nouveau, ils m'ont prévenu qu'ils ne pourraient pas continuer de garnir les marchés ; de sorte que, mercredi prochain, il n'y aura peut-être pas plus de blé en vente que le mercredi 24 août. Alors les plaintes se renouvelleront, les esprits s'échaufferont de nouveau, et les précautions que je prendrai pourront tout au plus retarder les effets de la fermentation.
Je crois aussi devoir avoir l'honneur de vous envoyer la copie d'une lettre que je viens de recevoir de M. de Bury, lieutenantgénéral de police et mon subdélégué à Romorantin. C'est un homme sage et prudent, le style de sa lettre l'annonce assez. Vous
y verrez, M., un tableau qui vient à l'appui de celui que j'ai tracé par ma lettre du l""de ce mois à M. de Montigny en lui demandant vos ordres. M. de Bury convient comme moi des avantages de l'exportation ; mais il s'élève contre les monopoles, surtout contre les arrhements des grains dans les greniers et les granges ; on m'a même assuré qu'il en avait été vendu sur pied.
Enfin, M., le cri du peuple est général, et les différents avis que je reçois, suivant lesquels la récolte que l'on vient de faire n'est pas aussi bonne qu'on s'en flattait, par le défaut de qualité du grain, font craindre un avenir plus effrayant, si vous n'avez la bonté de donner des ordres précis pour faire cesser les manœuvres, annuler les arrhements faits dans les greniers ou les granges, sauf aux marchands à faire leurs achats dans les marchés après les heures réglées par la police pour l'approvisionnement du peuple et à le {sic) transporter ensuite où ils voudront, pourvu qu'ils l'aient acheté au marché. C'est, selon moi, le seul moyen de rétablir la tranquillité sans nuire à la liberté de commerce des grains, cette liberté ne paraissant avoir pour objet que l'excédent de la subsistance de chaque canton, qu'il est naturel de faire verser dans les provinces qui ont besoin de cet excédent.
Je vais engager les officiers municipaux à prendre des mesures pour que le marché de mercredi prochain soit garni, parce que, dans l'intervalle, j'espère que vous aurez la bonté de me faire savoir vos intentions en me prescrivant la conduite que je dois tenir dans une circonstance aussi critique.
Je suis, etc.,