XVI
Auti'e lettre à M. le Contrôleur Général, du 4 septembre 1168.
M. — J'ai eu l'honneur de vous rendre compte hier matin des précautions que j'avais prises pour faire garnir le marché du même jour. Il s'y est effectivement trouvé suffisante quantité de blé, et, en conséquence, le peuple se flattait de voir diminuer le prix du pain ; je l'espérais moi-même. Mais la surprise a été générale lorsque l'on a constaté que le prix du blé avait été le même que celui de la semaine précédente, et ce par une suite des monopoles qu'exercent les marchands de blé et gros boulangers en arrhantles blés, soit en route ou dans le marché même, avant les
heures fixées par les règlements de police, et se rachetant ensuite ces mêmes blés à un prix beaucoup plus haut que celui delà véritable acquisition. Ce sont cependant ces ventes simulées, que l'autorité seule peut découvrir et arrêter, qui font subitement hausser le prix du blé et déterminer les officiers de police dans la taxe du pain.
Enfin, M., samedi dernier, un de ces boulangers a fait un achat sur le pied de 7 1. 8 s. la mine d'Orléans pesant 50 livres, ce qui fait 35 1. 40 s. 4 d. pour le setier de Paris, tandis que le prix commun dû surplus des achats a été fait sur le pied de 6 1. 2 s. 6 d. la mine. Une différence aussi considérable annonce bien clairement la fraude, et cette fraude serait facile à découvrir et à faire cesser en usant d'autorité vis-à-vis 'du vendeur, qui, s'il était intimidé, dévoilerait bientôt la convention faite entre lui et l'acquéreur. Un autre boulanger demandant du blé au marché a offert et voulu donner un prix plus considérable que celui même qui lui était demandé, afin de hausser par le prix de son marché le prix du pain.
Enfin, M., je ne puis plus espérer de voir sitôt les marchés aussi bien garnis que samedi dernier, de sorte que j'aurais tout à craindre pour la suite, si les monopoles continuaient d'être tolérés. Mais j'espère que le tableau fidèle que je vous ai tracé de notre situation par ma précédente lettre vous déterminera. M,, à prendre les mesures capables de rétablir la tranquillité dans les esprits échauffés de voir naître la disette au moment d'une récolte assez favorable. Ces mesures, loin de nuire à la liberté du commerce des grains, ne peuvent au contraire que la soutenir.
Je suis, etc.