XVIII
Réponse particulière de M. de Montigny, du 8 septembre 17 08,
à la lettre du 4.
Je vois. M., par une lettre de vous que M. le Contrôleur Général me renvoie et qui est datée du 4 de ce mois, que vous l'assurez qu'il est à votre connaissance que les boulangers d'Orléans ont fait une manœuvre pour faire monter fictivement le prix du blé, afin d'obtenir de la police une taxe plus avantageuse. Une manœuvre de cette espèce me paraît des plus condamnables, et c'est le fruit du privilège exclusif de vendre du pain dont jouit cette communauté et de la taxe qu'on fait rigoureusement à Orléans sur le prix de celte denrée. Partout où la liberté est gênée, on voit l'empreinte du monopole. Mais, dans l'état où sont les choses, vous
pourrez, à ce que je crois, vous informer, le plus secrètement que vous le pourrez, de celui qui s'est livré à une manœuvre d'autant plus déplacée qu'au moyen du privilège des boulangers, ils n'ont pas la concurrence des étrangers à craindre. Mais il est bien essentiel de ne pas jeter l'alarme par des perquisitions trop éclatantes, par dos plaintes qui peuvent percer dans vos bureaux et par d'autres choses qui pourraient déceler de votre part le manque de confiance et d'assurance suffisante. Croyez que tout le monde cherche à lire dans vos yeux la situation actuelle des choses, et que, si on vous croit inquiet ou persuadé des mauvaises manœuvres des marchands, le peuple se portera à suivre de luimême les impulsions qu'il croira avoir reçues de vous, et cela ne servira peut-être qu'à accélérer un événement que vous craignez avec raison . Je ne puis m'empécher de penser que si, par malheur, des précautions trop grandes venaient à éloigner les marchands de dessus votre marché d'Orléans, il serait infiniment moins garni. Vous m'avez parlé avec confiance, M. ; vous voyez que je vous réponds de même. Vous connaissez mieux que moi les principes, et je ne vous les rappelle que pour répondre à la consultation que vous avez paru désirer de me faire. Je vous réponds particulièrement, parce qu'une réponse de M. le Contrôleur Général traînera quelque temps et que je sais combien la promptitude de la correspondance est tranquillisante dans la situation où vous êtes. Vous connaissez M., le respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.