‹ Le commerce des grains dans la généralité d'Orléans: d'après la correspondance inédite de l'intendant CypierreChapitre 17 sur 74 · XXIII · texte numérisé non relu

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Lettre à M. le Contrôleur Général, du iO septembre il68.

M. — Je ne pourrai m'empécher de vous exposer la situation critique de la généralité d'Orléans relativement aux subsistances, tant que les circonstances qui l'ont fait naître seront les mêmes, et je vous supplie d'être persuadé, M., qu'alors que j'ai commencé à vous déférer les monopoles qui se commettaient à l'abri de la loi qui permet le commerce des grains, 'ce n'a été qu'alors que je m'y suis vu forcé, et après m'être bien assuré de l'exactitude des faits que je prenais la liberté de vous déférer. En effet, ces faits se réduisent à quelques principaux qui sont : 1" les arrliements faits dans les campagnes pour le compte d'une Compagnie privilégiée; 2» ceux faits sur les routes et dans le marché même ; enfin les manœuvres pratiquées par les boulangers pour forcer les officiers de police à augmenter la taxe du pain.

Je ne puis douter du premier fait, puisque, outre les avis que m'ont donnés mes différents subdélégués, j'en ai été moi-même le témoin, les commissionaires ayant parcouru toutes mes fermes sous mes yeux. Les arrliements sur les routes et dans les marchés sont journellement constatés par les officiers de police qui, toutes les fois qu'ils ont envoyé des commissaires hors de la ville les jours de marché, ont trouvé des délinquants. Mais ces officiers, d'un côté, ne se trouvant pas par vos lettres, M., suffisamment autorisés à sévir, et, d'un autre côté, retenus par les principes singuhers de quelques-uns d'entre eux que j'ai eu l'honneur de vous citer, tels que M. Legrand deMelleray, heutenant de pohce, et M. Le Trosne, avocat du Roi, ils n'ont prononcé que de légères amendes qui n'ont pas même été payées. C'est précisément cette nnpunité qui a fait augmenter le mal sensiblement, au point que je n'y vois actuellement d'autre remède que la plus grande fermeté de la part des officiers de police pour rendre une ordonnance qui renouvelle les anciens i^glements pour la police des marchés et pour y tenir la main afin d'assurer la subsistance du peuple.

J'ai déjà eu l'honneur de vous marquer. M., que, le mercredi 24 août il n"y avait pas un seul sac de blé exposé au marché. Mercredi,

dernier, 7 decemois, il n'y en avait à l'ouverture du marché que 40 sacs formant environ 6 setiers de Paris ; tous les vignerons et journaliers des paroisses voisines qui étaient venus s'approvisionner furent obligés de s'en retourner sans grain, et plusieurs boulangers ont refusé de cuire, faute de matière. Cependant la veille, c'est-àdire le 6 septembre, j'avais vu moi-même plusieurs cliarrettes chargées de blé sortir de la ville par la porte de Paris. Ce ne sont point là, M., des allégations vagues ; ce sont des faits malheureusementtrop notoires. J'ai engagé MM. les maire et échevins faisant partie du siège de police à faire des achats de blés pour faire garnir les marchés, même à faire distribuer ce blé à un prix inférieur à celui de l'acquisition. Mais les mouvements qu'ils se son» donnés à cette occasion leur ont fait connaître que les greniers étaient vides par la quantité prodigieuse de blé enlevé depuis environ deux mois, et le peu qu'ils ont trouvé leur a été v(^ndu au prix du dernier marché, c'est-à-dire à 7 1. 5 s. la mine pesant 50 I. Aujourd'hui samedi, malgré toutes les précautions des officiers municipaux et celles particulières que j'ai prises, il y a fort peu de blé au marché ; ce qui fait craindre encore une augmentation sur le prix et, par conséquent, sur celui du pain.

Je me bornerai désormais. M., à vous rendre compte de ce qui se passera, ne pouvant rien ajouter à mes précédentes lettres, notamment à celle que j'ai écrite à M. de Montigny le 7 du présent mois, et par laquelle vous avez pu voir que je ne demande pas d'agir directement, mais que du moins les officiers de police ne soient pas réduits à une inaction dont tout l'odieux rejaillit sur moi et des suites de laquelle il m'est douloureux d'être spectateur. Je suis, etc.

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