‹ Le commerce des grains dans la généralité d'Orléans: d'après la correspondance inédite de l'intendant CypierreChapitre 18 sur 74 · XXIV · texte numérisé non relu

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Réponse de M. le Contrôleur Général, du i4 septembre ilG^.

M. — Je vois avec peine que les blés sont considérablement renchéris à Orléans et dans tous les environs. La récolte a été cependant assez abondante pour donner des espérances très fondées de diminution sur ces prix. On ne peut attribuer ce renchérissement qu'à la petite quantité de blés vieux qui restent actuellement entre les mains des laboureurs, ces blés ayant été employés pendant le cours de l'année dernière à alimenter une grande partie des provinces

du royaume qui avaient fait de 1res mauvaises récoltes ; les grains qui viennent d'être récoltés ne sont pas encore battus. Vous n'ignorez pas qu'une grande partie des récoltes en avoine ou en grains ne sont point encore renfermées et qu'elles exigent d'autant plus de soins que la saison, depuis plusieurs jours, a été très-défavorable. C'est à ces causes qu'il est très-vraisemblable qu'on doit attribuer la cherté actuelle. Le peuple, et surtout celui des villes, ne connaît pas ordinairement l'ordre des travaux de la campagne ; il ne sait qu'exprimer son chagrin sur la cherté des denrées, et celte inquiétude donne souvent lieu de sa part à tous les genres de conjectures. Lorsque les magistrats se livrent à ces conjectures, ils croient remédier souvent à ce mal passager par des règlements sévères dont l'effet est de gêner le commerce et la circulation intérieure des denrées, et par là d'augmenter le mal auquel il est question de remédier. La crainte de manquer de subsistance étant celle qui agit le plus fortement sur les esprits, il est rare qu'on puisse discuter de sang-froid cette matière dans le temps de la cherté. Les marchés sont ordinairement plus remphs d'acheteurs, et il est important que les officiers de police veillent avec la plus grande attention à ce que cette affluence de peuple ne cause quelque désordre et que l'inquiétude ne porte les esprits à des violences dangereuses. C'est à quoi devraient naturellement se borner les fonctions des juges de police et de tous ceux qui sont chargés par le roi d'entretenir le bon ordre et la tranquillité dans le royaume.

Il est d'usage, dans plusieurs endroits, de partager la durée des marchés en plusieurs époques. Pendant la durée de la première, on ne permet pas aux marchands et autres qui achètent le grain pour le revendre ou pour le réduire en farine d'acheter en concurrence avec le peuple, qui achète pour sa consommation journalière, afin que, la foule des acheteurs étant moindre, il y ait moins de confusion dans le marché. On a pensé qu'il était impossible, quant à présent, d'exécuter le règlement, qui ne porte qu'une atteinte indirecte à la liberté établie par les lois données en dernier lieu sur cette matière ; c'est ce dont je vous prie de prévenir les officiers de la ville d'Orléans et de leur dire que je pense que ce règlement, regardé comme tendant seulement à entretenir la tranquillité, est de nature à être exécuté jusqu'à ce que, sur le compte qui sera rendu au Roi de ses avantages et de ses désavantages, S. M. prononce elle-même sa décision. Il est encore plus important de veiller à ce que la sûreté et la bonne foi régnent

dans le commerce, qu'il ne soil fait aucune manœuvre frauduleuse et dont il pourrait résulter lésion, que les actions ou les paroles qui pourraient tendre à augmenter l'inquiétude du peuple et à l'exciter soient promptement et rigoureusement réprimées. C'est à quoi, à ce qu'il me semble, se réduisent les soins que les officiers de police doivent donner à la manutention des marchés, et il est important qu'ils y veillent. Je ne puis, au surplus, trop leur recommander, dans un temps comme celui-ci, de prendre garde de ne laisser percer dans leur maintien, dans leurs actions et dans leurs discours rien qui puisse témoigner une inquiétude qui augmenterait de beaucoup celle du peuple. Je suis, etc.

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