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Réponse de M. le Conti^ôleur Général, du 16 septembre il 68.
M. — Je suis aussi vivement affligé que vous de la cherté et de la rareté actuelle des grains. Vous êtes persuadé que ces malheurs sont causés par les manœuvres d'une Compagnie établie à Orléans. Quelque étonnant que soit ce fait, quelque étendue qu'il suppose dans les moyens de cette Compagnie et quelque extraordinaires que puissent être ses vues, l'objet est d'une trop grande importance pour n'être pas approfondi, et je ne puis me dispenser d'insister très fortement pour vous demander des éclaircissements plus certains et plus particuliers. Si vous connaissez les commissionnaires qu'elle emploie, il doit vous être facile de savoir le nom de quelques-uns des intéressés et de juger par là du véritable objet de leur commerce. Je vois par ce que vous me mandez des lettres de voiture qui vous ont été montrées, que cette Compagnie, outre les blés qu'elle achète dans les environs d'Orléans, en fait encore venir du bas de la rivière. Son intention est-elle de les vendre à Orléans, ou de les faire passer de là dans une autre province, ou enfin de les mettre en réserve pour les vendre dans un temps où, les travaux de la campagne devenant moins intéressants, il est plus que vraisemblable que l'abondance se rétabhra sur les marchés et que les prix seront plus modérés ? Envoyez chercher M. Beaufils ; tâchez de savoir de lui sans l'alarmer quelles peuvent être les vues de ses commettants ; peutêtre trouverez-vous que les intéressés dont il est question ne sont point habitants d'Orléans, qu'ils habitent Paris ou tout autre endroit, et que, ne pouvant trouver de grains dans les provinces qui avoisinent la capitale, ils en ont fait venir de Saumur; et alors vous conviendrez qu'Orléans n'étant pour eux qu'un lieu de passage, il serait injuste et dangereux de troubler ce commerce qui, sans avoir aucun inconvénient pour la subsistance de cette ville, aurait pour but l'approvisionnement d'une autre ville aussi précieuse aux yeux du Roi. Peut-être aussi ces intéressés ont-ils spéculé sur le prix des grains à Orléans, et leur intention est-elle d'y faire vendre des blés qu'ils auraient tirés de Saumur à meilleur marché. Avec quelque soin et de la prudence, vous pourrez approfondir tous ces faits sans alarmer personne, et on pourra en tirer des lumières utiles pour rassurer au moins sur l'état à venir des
subsistances. Je suis affecté jusqu'au fond du cœur de ce que vous me mandez de l'état de misère des habitants d'Orléans; soyez sûr que j'engagerai le Roi à venir à leur secours autant qu'il sera possible. Je viens de donner des ordres pour vous faire par' venir 40 quintaux de riz ; je vous prie d'en faire faire la distribution, avec toute la prudence que vous pourriez y mettre, aux plus nécessiteux. Employez à cet effet le ministère des curés des paroisses, et tâchez que ce secours accordé par le Roi soit aussi utile qu'il doit l'être. Je suis persuadé que le haut prix des denrées attirera les spéculations de quelques négociants et qu'il sera bientôt pour votre ville une source d'abondance. Je ne puis qu'approuver beaucoup la circonspection et la fermeté que vous me marquez avoir mis[es] dans votre conduite ; c'est le plus sûr moyen de faire le bien que vous désirez. Je suis, etc. . .
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Lettre à M. le Contrôleur Général, du 18 septembre il 68.
M. — J'ai reçu les deux lettres que vous m'avez fait l'hohneut* de m'écrira les 14 et 16 du présent mois; j'ai vu avec grand plaisir par celle du 16 la part que vous avez la bonté de prendre à la position critique dans laquelle se trouve la généralité d'Orléans relativement aux subsistances, et je ne puis trop vous remercier. M., des 40 quintaux de riz que vous voulez bien m'annoncer. Je vais prendre les mesures convenables pour que la distribution de ce riz ne soit faite qu'aux plus indigents, dont le nombre n'est malheureusement que trop considérable par la cessation de toute espèce de travail et de tout commerce. J'ose même espérer que vous augmenterez ce secours, la ville d'Orléans n'étant pas la seule qui se ressente de la misère du temps. J'ai à Blois 70 quintaux de riz et 40 à Montargis, qui sont destinés pour les dépôts de mendiants ; je vous supplie, M., de vouloir bien m'autoriser à en faire distribuer la majeure partie, d'autant mieux qu'on n'en fait que très-peu d'usage dans ces dépôts à cause de la différence de l'apprêt.
Je vais, au surplus, prendre des éclairbisiseinents, tant du s"" Beaufils que des autres marchands-commissionnaires, pour tâcher de découvrir quelques-uns des membres de cette Compa-
gnie qui, par ses arrhements et ses enlèvements considérables, a totalement épuisé nos ressources. Ces éclaircissements ne peuvent être pris avec trop de précaution ; je ne témoignerai pas le moindre empressement, et il me suffit, M., que vous approuviez mes recherches à cette occasion ; je vous rendrai compte du résultat. Au moyen des précautions prises par les officiers municipaux et du blé que je continue de faire porter à Orléans par mes fermiers, le marché d'hier était suffisamment garni. Cependant il n'y a pas eu de diminution sur le prix du blé froment ; il en a même été vendu jusqu'à 7 1. 15 s. la mine pesant 50 1., ce qui fait 37 1. 4 s. le setier de Paris. Il y a eu seulement une légère diminutiôil sur là commune (1), et la taxe du pain est restée la même qu'au marché du 10 de ce mois, c'est-à-dire à 2 s. 10 d. la livre de pain bis, 4 s. celle du pain blanc et 5 s. celle du beau pain. Suivant les états particuliers que je reçois de la 1'" quinzaine de septembre, le pain est encore plus cher dans les villes de Komorantin, Blois, Dourdan, Chartres et Pithiviiers. Comme je vais commencer mes départements (2), je ne pourrai pas vous informer aussi exactement de l'événement des marchés ; je continuerai cependant d'y faire veiller. Je suis, etc..