XXX
Lettre de M. l'Évêque d'Orléans à M. de Cypierre, du 19 septembre 1768.
M. — Une lettre que j'ai reçue de Romorantin, dans laquelle on me fait part de la disette du blé dans ce canton, des enlèvements qu'on en a faits, la récolte n^ênie encore pendante, de la juste crainte de la disette, des désordres des marchés, du cri du peuple et de la crainte d'une sédition, m'a engagé à lever le masque et à parler fortement à M. le Contrôleur Général. De vous à moi, j'ai trouvé ce ministre prévenu contre vous et pensant que votre tète s'était échauffée sans raison. J'ai combattu très-fortement son idée ; je l'ai assuré que vous étiez d'un plus grand sang-froid que lui et M. de Montigny, quoique vous vissiez le danger de plus près.
(1) G'est-à-dire la qualité commune de blé.
(2) C'est-à-dire les travaux du département ou répartement de la taille.
11 m'a paru que je l'avais converti, très-ébauché (sic), si je ne l'avais pas convaincu, et je dois présumer même qu'on vous fera parvenir, et même pour le pays, des grains pour parer à l'insuffisance. J'ai tenu les mêmes discours, et sur les faits et sur votre personne, à M. de Saint-Florentin et à M. le Duc de Choiseul, et, d'après la vivacité et la vérité de mes paroles, vous êtes très-bien dans leurs esprits. M. de Saint-Florentin, de vous à moi et en secret, m'a demandé si, dans ces circonstances critiques, il serait prudent à lui de passer par Orléans pour aller à Chàteauneuf vers le 2 du mois d'octobre ; je lui ai dit qu'il n'avait rien à craindre, d'autant que j'étais persuadé que d'ici à ce temps vous y remédieriez par vos représentations à M. le Contrôleur Général ; et, d'après la conversation très-vive que je venais d'avoir avec lui et qui l'avait ébranlé, M. de Saint-Florentin m'a promis de lui en parler fortement. Je vous adresse copie de la lettre que j'ai reçue de Komorantin. Gomme c'est le canton de Chàteauneuf, occupezvous qu'il soit fourni et tranquille quand M. de Saint-Florentin principalement y passera. Ne cessez d'écrire aux ministres qu'on ne vous ait permis de faire observer les ordonnances des marchés et de punir les contrevenants ; vous ne serez jamais blâmé quand vous ferez votre devoir et empêcherez la sédition, d'autant mieux que si, une fois, elle commençait, elle suivrait dans une grande partie du royaume. Adieu, M.; soyez sûr de ma tendre amitié et de la protection que je vous accorderai quand vous n'aurez pas tort.