XXXIV
Réponse de M. de Cypierre, du 23 septembre il 68.
M. — J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 21 du présent mois pour me faire part des intentions de S. M. relativement à l'exécution des règlements faits soit pour l'approvisionnement de Paris, soit pour entretenir dans les marchés du royaume la tranquilhté et l'abondance des denrées destinées à la subsistance du peuple. Pour pouvoir remphr avec succès les ordres de S. M. relatifs à l'approvisionnement de Paris, je crois essentiel d'expédier une ordonnance, que je rendrai publique dans
les élections de Chartres, Dourdan et Pithiviers, pour enjoindre aux laboureurs de porter dans les marchés des quantités de blé proportionnées à leurs exploitations, conformément aux règlements réservés dans Fédit du mois de juillet 1764 dont je demanderai à cet effet des exemplaires à M. le Prévôt des Marchands. Cette ordonnance, dont j'aurai l'honneur de vous adresser le projet, si vous approuvez ma proposition, en procurant l'approvisionnement de la capitale, réprimera les arrhements faits des grains dans les granges, même sur pied. Quant au second objet de votre lettre, M., je vais écrire aux officiers de police des principales villes de la généralité d'Orléans pour qu'ils fassent exécuter les règlements faits pour assurer la subsistance du peuple dans les marchés. Il est bien à désirer, M., que le gouvernement apporte un prompt remède aux abus qui se commettent à l'abri du commerce des grains et dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte le 2 du présent mois. Je suis, etc.
[xxx\n
Lettre aux officiers de police des 19 chefs-lieux de la généralité d'Orléans, du 54 septembre il 68.
Je suis chargé, MM., de vous prévenir que l'intention de S. M. est que vous teniez la main à l'exécution des règlements faits pour entretenir sur les marchés la IranquiUité et l'abondance des denrées destinées à la subsistance du peuple. Vous devez, en conséquence, empêcher que, pendant la première époque de la durée des marchés, aucuns marchands, boulangers ou autres faisant le commerce du blé y achètent aucuns grains, afin de laisser au peuple le temps et la facilité de se pourvoir à un prix convenable des denrées qui lui sont absolument nécessaires. Je vous prie de m'informer, le plus promptement qu'il vous sera possible, des mesures que vous aurez prises pour exécuter les ordres du Roi, afin que je puisse en rendre compte à M. le Comte de Saint-Florentin, qui m'en a chargé expressément. Je suis, etc.
[XXXVIJ
Lettre de M. de Montigny, du 23 septembre ilôS.
Gomme il me revient de tous côtés, M., que vous vous plaignez de ne pas recevoir de réponse aux lettres que vous écrivez, je ne
veux pas perdre un moment à répondre à celle que vous m'avez adressée le M de ce mois. J'avais déjà entendu parler des malheurs dont les environs de la ville de Chartres ont été affligés, et je ne puis que joindre mon affliction à la vôtre. J'ai entendu dire que les officiers de police de cette ville avaient rendu une ordonnance pour gêner la liberté de la vente dans le marché et que cette époque avait été celle d'un renchérissement subit et très-considérable. Je ne sais si, en effet, cette sentence a produit cet effet; mais le fait vaut, à ce qu'il me semble, bien la peine d'être éclairci par des yeux sûrs, discrets et clairvoyants. J'ai toujours pensé que toutes les gênes et les obstacles dans la liberté du commerce produisaient des effets funestes ; mais, dans la malheureuse circonstance où nous nous trouvons, ce n'est ni de votre avis ni du mien qu'il s'agit ; il faut aller au bien de la chose. J'en suis plus occupé que je ne puis vous dire et je vous assure que, si je ne puis mériter voire confiance, ce n'est pas ma faute, car je la désire beaucoup, et j'avais cru que ma franchise et mon ouverture vis-àvis de vous auraient pu me l'attirer. Au surplus, croyez. M., que je saurai renfermer au-dedans de moi le chagrin que j'en ai. Je vous demande une exphcation quand vous serez à Paris, et j'ai tout lieu de ne pas douter que nous n'en sortions tous deux contents, étant, de mon côté, aussi sûr de vos intentions que vous devez être sûr des miennes. Vous connaissez, M., le sincère et respectueux attachement, etc.