XXXVII
Réponse de M. de Cypierre, du 24 septembre 1768.
M. — De toutes les lettres que j'ai reçues depuis que je suis appelé à Orléans, aucune ne m'a été plus sensible que celle dont vous venez de mhonorer. Qui? Moi, M., me plaindre de tous côtés de ne pas recevoir de réponses aux lettres que j'écris, tandis que j'exalte partout les bontés de M. le Contrôleur Général, qui me mettent à portée de soulager les malheureux qui ont éprouvé les effets de la grêle, tandis que je ne cesse de faire valoir ici les attentions du gouvernement, et spécialement les vôtres. M., puisque vous nous envoyez du riz pour les pauvres, dont nous avions grand besoin, mais que je n'avais pas encore pris la liberté de vous demander ! De toutes les correspondances que ma place me procure, aucune n'a été plus active que la vôtre et ne m'a plus flatté dans
les circonstances. J'ai reçu autant de réponses que j'ai eu l'honneur de vous écrire de lettres ; elles ont soutenu mon courage, animé ma confiance, et m'ont pénétré de reconnaissance. Il n'y a pas de lettres où je ne vous en aie renouvelé l'hommage, et je suis véritablement affligé, M., que vous ayez pu ainsi prendre le change sur mes sentiments, d'après les expressions de sensibilité que je me suis fait un devoir et un plaisir de vous reproduire à chaque réponse. Mon rôle devient trop pénible si je suis obligé de me justifier auprès des personnes auxquelles je désire le plus plaire, lorsque je ne suis occupé qu'à leur rendre hommage; vous avez vu ma confiance, M., et mes efforts pour mériter la vôtre. Dans le fait, l'accusation porte à faux, puisque j'ai reçu vos réponses à toutes mes lettres et que vous m'en avez procuré même de M. le Contrôleur Général. Dans l'ordre des procédés, l'accusation est une calomnie aussi noire que grossière de me supposer des plaintes amères et sans fondement, et surtout dans le public qui doit ignorer et l'objet et le motif d'une correspondance particulière avec vous. Je vois avec peine que mon cœur ni mon caractère ne vous sont pas connus. Je respecte mes supérieurs ; je ne forme jamais de plaintes, et surtout dans le public; et indépendamment de ces lettres, vous en êtes personnellement. M., d'autant plus à l'abri que la confiance que vous m'avez inspirée ajoute au désir que j'ai toujours eu de vous plaire et de mériter votre suffrage. J'accepte avec un plaisir et un empressement infinis, non l'explication que vous avez la bonté de m'offrir, mais une entrevue à mon retour, puisque ce sera une occasion de vous reproduire mon hommage et ma sensibilité. Vous me jugerez peut-être plus favorablement lorsque j'aurai le bonheur de vous retracer de vive voix mes sentiments. Comme ma confiance, M., est plus entière que jamais, je continuerai à vous faire part de tous les événements qui viendront à ma connaissance dans mon département. Je sens que mon avis ne peut et ne doit être qu'indifférent dans les circonstances ; aussi tout mon objet n'est que de vous déférer ce que j'apprendrai successivement dans la tournée que je vais faire pour l'assiette des impositions. Si je suis par état obligé de vous rendre compte, votre zèle pour le bien public et l'accueil que vous avez bien voulu faire à mes lettres ajoutent à mon empressement.
Je ne suis pas encore instruit, M., que les officiers de police aient rendu une ordonnance pour gêner la liberté de la vente dans les marchés ; je vais tâcher de me procurer les éclaircissements à cet
égard avec toute la prudence et la discrétion que l'objet exige. Je vous supplie, M., de continuer à me faire part de tout ce que votre zèle vous inspirera dans les circonstances. Je me suis bien conformé à vos avis et à vos conseils et (sic) que votre amitié vous a inspirés. Je n'ai donné aucun ordre; ma discrétion a égalé ma confiance, et je me croirai heureux si vous m'accordez votre suffrage et si vous voulez bien juger de mes sentiments d'après la vérité.