‹ Le commerce des grains dans la généralité d'Orléans: d'après la correspondance inédite de l'intendant CypierreChapitre 35 sur 74 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

Lettre du subdélégué de Dourdan, du 24 septembre 1168, à M. de Cy pierre.

M. — On ignore qui a pu rendre compte à M. le Contrôleur Général qu'il y a quinze jours ou trois semaines, tous les blés ont été enlevés au marché de Dourdan. J'ai pris à ce sujet tous les éclaircissements qu'il m'a été possible, et il résulte que ceux qui ont fait le plus grand nombre de ces achats sont des laboureurs des envivons qui, pour renouveler leur semence, ne manquent jamais en cette saison-ci de s'en pourvoir. Il est [vrai] qu'avant la liberté accordée à toutes personnes indistinctement de faire commerce de grains, ces mêmes laboureurs étaient astreints de faire voiturer et exposer aux marchés autant de sacs de blés vieux qu'ils en achetaient de nouveau pour le renouvellement de leur semence ; mais cette poli,ce ne s'observant plus, il n'est pas surprenant que les marchés se trouvent aussitôt dégarnis qu'ils sont approvisionnés. D'ailleurs, la rareté des blés vieux qui s'exposent fait nécessairement un vide, et l'aisance de certains laboureurs, maîtres de la matière, leur fait acheter librement des blés semences en plus grande quantité qu'ils en ont besoin pour leur exploitation, et autres qu'ils magasinent {sic) pour bénéficier ; il y en a même qui ont acheté des granges entières des faibles cultivateurs pour faire battre à leur profit et qui spéculent sur les événements. D'ailleurs, le ministère des juges de police devenant oisif à cet égard, ne pouvant même trop librement s'informer des personnes qui achètent et pour le compte de qui ils(s^■c) achètent, étant même dans le cas d'essuyer des refus à cet égard sans pouvoir sévir, toutes leurs fonctions se réduisent aujourd'hui à taxer, chaque jourde marché, le prix du pain des boulangers eu égard à la vente des grains, et à veiller à ce qu'ils {sic) soient bien cuits et élaborés et aient le poids prescrit par les règlements. Je n'ose m'étendre plus au long sur une matière aussi importante, dans la crainte d'être taxé de préjugés populaires, et, quoique l'objet des blés intéresse si essentiellement le bien-être de l'humanité, il n'est pas de mon état de réprimer les abus. Je ne puis. M., que vous les représenter à titre de confiance ; et, tant que le laboureur aisé, maître delà matière, qui par cette raison a toujours été exclu par la sagesse des anciens règlements d'en faire commerce, achètera d'une main dans

un marché et vendra de l'autre, se répandra quelquefois en propos hasardés sur le prix des grains, la cupidité qui ne connaît point de frein sera toujours un tléau pour le même peuple, je veux dire pour le mercenaire qui n'a pour lui que l'indigence et la crainte. Aussi la mendicité des domiciliés augmente-t-elle de jour en jour; des bras que la nécessité force d'offrir pour le travail sont mal salariés par ce genre d'hommes, dont la plupart, nés sans éducation et dépourvus de sentiments, ne connaissent que leurs intérêts. J'en connais même qui, cette année, ont eu l'indécence de plaider pour 5 s. par arpent, que les moissonneurs demandaient en plus que les années précédentes, et qui ont fait appel des jugements qui les ont condamnés de payer celte faible augmentation, qui certainement n'est pas, à beaucoup près, proportionnée au prix du pain et à la cherté de leur subsistance et celle de leur famille, à laquelle il leur sera impossible de pourvoir l'hiver prochain, a fortiori au paiement de leurs impositions, si les choses continuent sur le même pied. Je suis, etc.

Réponse de M. de Montigny, du 3 octobre 17 68.

Je souhaite fort. M., que le parti pris par le Conseil de faire ordonner aux laboureurs de garnir les marchés produise un bon effet. Je crois comme vous qu"ii faut qu'il y ait de l'ordre et de la tranquillité sur les marchés ; mais je ne crois, ou du momsje ne vois pas encore bien clairement que la cherté actuelle tienne entièrement à l'exécution de ces règlements. Je n'ai que mon avis, et je me soumets avec grand plaisir à ce qui est décidé, même contre mon avis. Vous me ferez grand plaisir de continuer à me faire part de tout ce qui se passera d intéressant dans votre généralité sur cet objet, et soyez sur que je me ferai toujours un grand plaisir de répondre à la confiance que vous me marquez. Vous connaissez, M., etc.

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