LXIV
Déclaration du s"" Corbin, du 21 septembre 1168.
Je soussigné, Louis Corbin, huissier-audiencier en la maîtrise des eaux et forêts d'Orléans, m'étant rendu chez M. l'Intendant à l'occasion de l'inventaire de la succession d'un de ses gardes, et m'ayant demandé par forme de conversation combien valait le pain à Cercottes (1), lieu de ma résidence, et s'il n'y avait pas d'abus ni de surcharges dans les tailles, lui ai déclaré et représenté que la paroisse était surchargée de taille, attendu que la maîtresse de poste avait retiré un domaine entier qu'elle faisait valoir en vertu de son privilège, dont l'objet faisait le tiers de la paroisse, sans qu'elle eût été diminuée, lors de l'exploita lion qu'elle en a faite personnellement. — Sur l'autre objet et sur la demande qu'il m'a faite s'il y avait des blés vieux dans les environs, lui ai déclaré que, loin qu'il y eût aucuns blés vieux, on s'était empressé d'arrher et d'acheter les blés nouveaux ; notamment que le nommé Pierre Hardy, marchand d'Orléans, était venu il y a environ six semaines acheter dix-huit muids de blé mesure d'Orléans, le blé étant encore dans la grange et aVant d'être battu ; que le marché se fit en ma présence à raison de 4 1. 10 s. la mine, qui vaut aujourd'hui plus de 7 1. au marché, ledit achat fait chez Jean Malaquin ; que le même jour, étant chez moi, il se trouva trois autres mar-
(1) Cercottes, département du Loiret, arrondissement d'Orléans, canton d'Artenay.
chands, nommés EloyleBœuf, le s'' Peigné et un troisième nommé Caume, tous d'Orléans et qui passent pour commissionnaires achetant pour autrui ; qu'après le prix et l'achat fait par Pierre Hardy, deux d'entre les trois voulurent avoir part à ladite vente et, en partager le profit et en firent la demande en ma présence ; que ledit Pierre Hardy est en société avec François Poirier, lesquels m'ont dit en conversation qu'ils en avaient pareillement acheté dans la grange du nommé ï-evin, laboureur à Boulay (1) et dans la grange du nommé Héchard, fermier à Beaugency-le-Cuit (2) ; que ces deux associés se sont promenés plusieurs jours dans les environs pour acheter des blés. — Déclare que Jean Malaquin, fermier et les dits deux marchands. Peigné etCaume, m.e dirent qu'ils avaient offert douze cents livres en bloc de la totalité des gerbes dans la grange et que ledit Malaquin avait refusé les offres. — Déclare avoir entendu dire par plusieurs personnes qne le nommé Laurent Lafosse, marchand de blé à Orléans, que l'on regarde comme très-riche, s'est promené dans le moment des récoltes dans les paroisses de Rozières, Gémigny, Saint-Sigismond (3) et autres des environs à l'effet des blés, offrant de l'argent et d'acheter les granges en bloc et proposant des à-comptes aux laboureurs par avance, afin d'avoir les blés à meilleur marché. — Qu'enfin il passe pour constant que Pierre Hardy, Poirier, Eloy le Bœuf travaillent pour des marchands dont ils sont commissionnaires ; que tous les blés qu'ils achètent ne se portent jamais au marché et se conduisent directement aux greniers particuliers pour des destinations étrangères, et que le même Pierre Hardy a été repris de la police pour avoir sur les chemins acheté du blé les jours de marché et l'avoir conduit chez lui.
D'après toutes ces considérations que j'ai cru devoir représenter à Mgr l'Intendant, j'ai pris la liberté de le supplier de nous accor- , der une diminution sur les tailles, comme étant chargé par le syndic de faire des représentations sur la surcharge delà taille et le prix du pain que les veuves et les journaliers sont dans l'impuis-
(1) Boulay, département du Loiref, arrondissement d'Orléans, canton : N.-O. d'Orléans.
(2) Beaugency-le-Cuit, déipartemeni du Loiret, arrondissement d'Orléans, canton d'Artenay, commune de Greuzy.
(3) Bozières, département du Loiret, arrondissement d^Orléans, canton de Meung. — Gémigny, département du Loiret, arrondissement d'Orléans, canton de Patay. — Saint-Sigismond, département du Loiret, arrondissement d'Orléans, canton de Patay.
sance de gagner pour vivre au prix où il est, d'autant que la paroisse de Cercottes a le bonheur de lui appartenir (1).
Fait ce vingt-sept septembre mil sept cent soixante -huit- Signé : Corbin.