LXX
Réponse de M. le Contrôleur Général, du 8 octobre 1768, aux lettres des 6, 9 et 10 du même mois.
M. — J'ai reçu les trois lettres que vous m'avez écrites les 6, 9 et 10 de ce mois, à l'occasion de la cherté des grains. Je ne puis rien changer aux lois qui ont été publiées sur le commerce de cette denrée et qui doivent être exécutées ; vous ne pouvez mieux faire que de vous y conformer exactement. Faites vos efforts pour entretenir la liberté de la communication des secours d'un lieu à un autre, et, si vous apprenez qu'il se passe quelque chose qui soit contraire aux lois ou qui soit un abus prouvé, mandez-le moi, et j'en rendrai compte au Roi. Je compte sur votre exactitude à vous conformer aux intentions de Sa Majesté et à m'informer de tout ce qui se passera. Je suis, etc. . .
[LXXl]
Lettre de M. de Montigny, du 13 octobre 1768.
J'apprends avec une vraie peine, M., que le renchérissement survenu sur le dernier marché d'Orléans a été occasionné par l'arrêt qui a été fait à Romorantin de près de vingt voitures chargées de grains. Ce sont ces obstacles particuliers qui sont cause du renchérissement de cette denrée beaucoup plus que les prétendus monopoles. Je crois que vous n'avez pas un moment à perdre pour détruire, si vous le pouvez, ces barrières intérieures capables elles seules d'amener la famine; je ne doute pas que vous ne donniez tous les soins possibles pour y parvenir. Vous m'avez permis de vous écrire particulièrement pour vous avertir de ce qui viendrait à ma connaissance, et j'use avec empressement de cette pennission.
[LXXII] Réponse de M. de Cy pierre, du 15 octobre il 68.
M. — En arrivant de Chartres où je m'étais rendu pour l'assiette de la taille, j'ai trouvé la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 13 du présent mois, par laquelle vous avez la bonté de m'informer de ce que vous avez appris s'être passé à Romorantin à l'occasion de l'enlèvement des blés. J'ai su. M., cet événement par les marchands de blé eux-mêmes et par M. de Bury, lieutenant général de pohce à Romorantin, qui m'a marqué avoir rendu compte à M. le Contrôleur Général de la crise dans laquelle il s'est trouvé; j'ai moi-même rapporté le fait succinctement dans ma lettre à M. le Contrôleur Général du 9 du présent mois, en lui observant que la même sensation avait eu lieu à Gien et à Montargis. Au surplus, M., j'ignore absolument quels senties moyens que je pourrais employer pour prévenir ces obstacles à la liberté du commerce des grains, l'exécution de la loi qui accorde cette liberté ne m'étant pas confiée, et n'ayant conséquemment ni ne désirant même avoir aucune autorité dans cette partie. Je n'ai que la voie d'invitation, et j'en profite lorsque les occasions se présentent. Les marchands qui ont éprouvé des difficultés à Romorantin sont venus me trouver pour savoir s'ils n'avaient rien à risquer en continuant leur commerce ; je les ai bien assurés qu'ils avaient toute liberté pour le suivre, qu'ils seraient protégés par le gouvernement et par les juges ordinaires, et que l'édit devait avoir sa pleine et entière exécution. Je n'ai et ne peux avoir que cette voie pour entrer dans vos vues, et je me borne au surplus à vous déférer successivement, M., ainsi qu'à M. le Contrôleur Général, ce qui vient à ma connaissance, et je m'en rapporte avec la plus grande confiance à vos lumières supérieures pour les ordres à donner en conséquence.
Le marché d'aujourd'hui a été garni comme celui du samedi, 8 de ce mois ; le prix du beau blé s*est soutenu, et il y a eu une légère diminution sur le commun, ce qui a empêché l'augmentation de la taxe du pain. Je suis, etc. . .