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Lettre à M. de Montigny, du 24 octobre 1768, M. — Je me conformerai exactement à la lettre de M. le Contrôleur Général et à vos intentions concernant la liberté du commerce des grains. Si je me suis permis quelques réilexions, elles étaient l'effet de mon zèle et n'ont été que pour vous. J'apporterai le même zèle à exécuter ce qui m'est prescrit à l'égard des abus qui surviennent et sont des obstacles à l'exécution de [la loi concernant la liberté. J'ai eu l'honneur de vous en faire le détail et de vous les déférer par ma dernière lettre. Vous y verrez, M., combien les officiers de police excèdent leur mission, et les obstacles qu'ils apportent à la liberté. M. le Contrôleur Général me chargeant de lui en rendre compte, je vous supplie d'avoir la bonté d'en conférer avec lui et de lui en faire part ; car je ne pourrais que me répéter sur cet objet. J'espère que vous lui rendrez un témoignage satisfaisant de ma conduite, puisque j'ai été le premier à vous prévenir des obstacles que les officiers de police apportaient à l'exécution de la loi qui ordonne la liberté indéfinie, quoique, dans mon opinion particulière, j'eusse présumé que celte loi pût être susceptible de quelques modifications sur lesquelles je n'insisterai plus, d'après la décision de M. le Contrôleur Général.
Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur les secours que soUi-
citait aupi'ès de M. le Contrôleur Général le lieutenant de police de Romorantin en faveur des habitants de sa ville ; je suis d'autant plus en état de vous rendre compte de la légitimité de sa demande que j'étais avant-hier à Romorantin. La misère, en effet, y est extrême. Les habitants y sont naturellement portés au travail, et l'industrie y a toujours été très active. Mais la cherté du pain, la surcharge des impositions ont ralenti toutes les manufactures; les entrepreneurs ont cessé de faire travailler les ouvriers, et plus de 2,000 sont presque aujourd'hui dans l'inaction. J'en ai été tellement touché que j'y avais déjà fait passer quelques sacs de riz, que vous avez eu la bonté de m'envoyer le mois dernier, et je me propose de faire participer les habitants de cette ville aux nouveaux secours que j'ai eu l'honneur de vous demander pour les pauvres chefs de famille de la généralité. Vous ne pouvez trop, M., les multiplier ; ils seront distribués avec exactitude et économie. M. l'Évéque veut bien s'en charger à Chartres ; les dames de charité s'offrent, à Romorantin et dans les principales villes du département, de le faire préparer, de le faire cuire et de le distribuer dans l'hiver aux pauvres de leurs paroisses. On désirerait aussi un peu d'argent pour aider aux frais de la préparation et de la cuisson ; car les dames de charité ont une méthode pour préparer le riz, qui tourne à l'avantage et au profit des pauvres, en y mêlant un peu de pain et do lait pour en augmenter la ressource et la distribution. J'ose vous supplier, M., de nous accorder des soulagements efficaces. Cette année sera bien difficile à passer pour les habitants des villes et de la partie du vignoble (1). La ville de Romorantin participera aux secours que votre bienfaisance nous procurera et que les circonstances exigent très-abondants. Je suis, etc.